CHAPITRE PREMIER
-est homogène," par la traduction suivante: «[il enseignait la loi] tout entière, sens « et lettres compris. » Peut-être est-il maintenant nécessaire de justifier le sens de Ictlre que je donne à vyahdjana, mot dont la signification fondamentale est celle de signe, marque, attribut, et qui, parmi divers sens d'extension, a celui de consonne. Le sens que j'adopte me paraît ressortir nettement de l'opposition que marque le rapprochement des deux mots artha et vyandjana; artha est le sens, vyandjana est le signe du sens, ce qui le caractérise, ce qui l'exprime. C'est ce que dit formellement l'auteur de la grammaire pâlie intitulée Padarâpa siddhi, quand il commente le mot vyandjana, « con- « sonne,» de cette manière : vyaiidjîyaii êtéhi althôti vyandjana, «le sens est exprimé 0 par elles, voilà pourquoi on les nomme vyandjana^ . » Il est bien naturel qu'en parlant de l'enseignement de la loi, on signale et le sens et les syllabes qui l'expriment; traduire vyandjana par caractère, attribut, serait, ce me semble du moins, donner une idée moins précise de ces deux termes artha et vyandjana , qui reviennent, en dernière analyse, à exprimer le fonds et la forme. J'ai essayé de retrouver ce sens dans un des édits de Piyadasi, comme on le verra à V Appendice , n" X.
La naissance, la vieillesse, etc.^ Dans une discussion relative à l'enchaînement des éléments constitutifs de l'existence, et qui fait partie du Vinaya sûtra, l'un des manuscrits de M. Hodgson, je trouve le passage suivant qui jette quelque jour sur plusieurs mots de notre texte: «De bhava, l'existence, vient djâti, la naissance; la naissance, c'est la pro- « duction d'un skandha (agr-égat), qui n'est pas encore né; or la naissance vient de « l'existence. De la naissance viennent plus tard les peines de la vieillesse et de la mort, «de la douleur et autres, y compris les lamentations, le chagrin, le désespoir; c'est à- « dire que la vieillesse et la mort et les autres maux ont pour origine la naissance. Voici « l'explication de chacun de ces termes , conformément aux Sûtras. La complète maturité «de l'agrégat [existant], c'est la vieillesse; la séparation d'avec l'agrégat complètement «vieilli, c'est la mort. La douleur de cœur qu'on éprouve au moment où un homme « meurt, où il s'en va, c'est la peine ; les discours et les paroles que nous arrache la peine, <i ce sont les lamentations; la mort des cinq organes des sens, c'est la douleur; la mort du « cœur, c'est le chagrin ; le désespoir résulte de l'accumulation de la douleur et du cha- « grin^. » Comme le manuscrit est très-incorrect, j'ai été obligé d'abréger de quelques mots la définition de çôha, que je traduis par peine, et celle de duhkha, que je rends par douleur. Ces termes sont assez rigoureusement fixés , tant par eux-mêmes que par le voisinage des autres expressions, pour que cette perte de quelques mots soit peu regrettable. Au reste, ces expressions sont en quelque sorte sacramentelles , et elles appartiennent aux notions les plus anciennes que nous possédions sur la théorie morale du Buddhisme. Elles jouent en effet le même rôle dans les écoles du Sud que dans celles du Nord, et j'en trouve un exemple caractéristique dans le Djina alaihkâra pâli, dont je possède le texte avec un commentaire; c'est, comme on va le voir, une stance des mètres Djagatî et Trichtuhh.
' Padarâpa siddhi, fol. 3 a, 1. 2 de mon man. — ^ Vinaya sûtra, fol. 176 b.
NOTES
Ekôva sô sattikarô pahhanikarô samkhâya nêyjâni asésitâni têsam hi madjdjhê paramâsabhiih vadaih sivafuljasam dipayitam samatthâti : Tassatthô sô ékakôva asahâjahhûiô mahâpurisô sattikarô sahbasattânam nihhânasâdhakô kilèsaddham tiibhdpakô râgaggi dôsaggi môhaggi djâtiaggi djarâaggi vyâdhiaggi maranaggi sàkaggi paridêvaggi dukkhaggi dôinanassupâyâsaggîti imêhi êkâdasaggîhi santattânam tam aggini désanâmatavasséna nibbâpétâ ^.
« Cet homme, quoique seul, faisant le bien [du monde], répandant la lumière, après » avoir embrassé , sans en rien omettre , toutes les choses à connaître , faisant entendre au « milieu des êtres sa voix suprême et dominatrice, est capable d'enseigner la voie du bon- <• heur et de la rectitude. Voici le sens de cette stance : Ce grand homme seul, c'est-à-dire « sans compagnon , faisant le bien [du monde] , c'est-à-dire accomplissant le Nibbânapour " toutes les créatures , c'est-à-dire leur faisant anéantir l'incendie des vices , fait avec la « pluie de l'ambroisie de son enseignement , éteindre le feu , en faveur des êtres consumés « par ces onze espèces de feux, savoir, le feu de la passion, celui du péché, celui de l'er- « reur, celui de la naissance, celui de la vieillesse, celui de la maladie, celui de la mort, « celui de la peine, celui des lamentations, celui de la douleur, celui du chagrin et celui « du désespoir. »
La production de l'enchaînement mutuel des causes de l'existence.] C'est là une paraphrase un peu verbeuse de l'expression concise du texte pratîtya samutpâda , que j'ai essayé d'expliquer dans une note spéciale de mon Introduction à l'histoire du Buddhisme indien, en me servant du passage même qui nous occupe ; j'y renvoie le lecteur, ainsi qu'aux développements que j'ai donnés de la théorie elle-même dans une autre partie du même ouvrage^, et dans YAppendice, n° VI du présent volume.
Les quatre vérités des Aryas.] J'avais ainsi traduit dans le principe le terme spécial âryasatyâni , entraîné par l'autorité de M. Abel-Rémusat; mais depuis et chaque fois que s'est rencontrée cette expression dans Ylnlroduction à l'histoire du Buddhisme indien, j'ai préféré, avec Deshauterayes, faire du mot ârya une épithète, comme saint, ou mieux encore sublime^. M. Foucaux, d'après les Tibétains, adopte également le même système d'interprétation, et il choisit le mot respectable'^. Je prie donc le lecteur de corriger ainsi ce passage : « les quatre vérités sublimes. » L'exposition de cette théorie qui devrait trouver ici sa place, nécessitant quelques développements étendus, j'en ai fait l'objet d'une note spéciale à YAppendice, sous le n° V.
Parfaitement maîtres des six perfections.] Cette traduction est conforme au texte du manuscrit de Londres, qui lit chatpâramitâpratisaihyuktânâm , épithète qui est en rapport avec Bôdhisattvânâm; et cette leçon est confirmée par un des manuscrits, par le plus incor-
^ Djina alamkâra, fol. 69 a, init. ^ Introd. à l'hist. du Buddh. ind. t. I, p. 82 et 85,
^ Introd. à l'hisi. du Buddh. indien, t. I, p. 485 et aux notes, suiv. p. 628 et 624. * Rgyatch'er rolpa, t. II, p. 892.