‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 180 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sous ce rapport, passer pour une des plus anciennes expressions de l'idée que les Buddhistes ont dû primitivement se faire d'un Kalpa. Ce texte nous donne sans aucun doute une notion plus frappante de l'immensité d'une pareille période, que l'invention des nombres, même les plus gigantesques, parce que ces nombres, visant comme ils font à une précision rigoureuse, s'arrêtent en dernière analyse à une limite que la pensée a toujours le droit de franchir. Le lecteur qui parcourra le troisième mémoire de Turnour sur les annales buddhiques conservées à Ceylan, et qui se placera au point de vue que j'indique, se convaincra que la précision en ce qui touche la détermination des Kalpas et des subdivisions qu'on y a introduites, ne commence qu'avec les commentateurs'. Quand le texte passe pour l'expression propre des idées personnelles de Çâkya, on n'y trouve rien autre chose que des^termes très-généraux et même des expressions vagues. Au commencement du Satta pâli intitulé Aggafma, qui est un morceau classique sur les destructions et les rénovations de la terre, Çâkyamuni annonce en ces termes que le monde passe par des périodes successives de destruction et de renaissance : « Il y a une époque , ô fds de 11 Vasittha, où à un certain jour, à un certain moment, au bout d'un temps très-long, «ce monde est détruit-." Les mots du texte sont dîghassa addhanô atchtchajêna, «au «1 terme d'une longue voie, » ce qui exprime l'idée de la longueur du temps d'une manière générale. Il est en même temps très-aisé de comprendre comment la doctrine du Maître se développant et se régularisant entre les mains des disciples , a dû peu à peu se compléter par des combinaisons destinées à substituer une précision apparente à des assertions très-générales. Distinguer ce qui est primitif de ce qui s'est développé après coup, c'est là l'œuvre de la critique, œuvre délicate et qu'on ne peut espérer de voir achevée, si même elle peut l'être pour toutes les questions, que quand tous les matériaux auront été réunis et livrés aux savants, pour que chacun les examine et les discute suivant son point de vue particulier.

Plus innombrables que ce qai est sans nombre.] J'ai traduit un peu librement l'expression du texte asamkhyêyâih kalpâir asamhliyêyatarâih , par laquelle l'auteur a probablement voulu dire " des Kalpas incalculables, encore plus incalculables. » Mais j'avoue que je suis plus embarrassé de la leçon des deux manuscrits de M. Hodgson , asamkhyêyâih kalpâir asamkhyéyâir bharâih. Je ne comprends pas le mot bharâih, et je ne pourrais tirer un sens de ce passage qu'en supposant une erreur de copiste consistante dans la substitution d'un r à un de sorte qu'il faudrait lire bavâih , et traduire , « des Kalpas incalculables , des exis- « tences incalculables. » Je ne propose cependant pas encore de substituer ce sens à celui que j'avais anciennement admis d'après le manuscrit de la Société asiatique, et que de nouveaux manuscrits ne m'ont pas fourni le moyen de modifier. Il est d'ailleurs possible que la leçon des deux manuscrits de M. Hodgson ne soit elle-même qu'une faute de copiste occasionnée par la ressemblance qu'offrent dans l'écriture Randjâ les lettres i et bh, de sorte que asarîikhyéyâir bharâih reviendrait à asaihkhyêyatarâih.

' Examin. of Pâli Buddh. Annals, dans Jouin. as. Soc. of Bengal, t. VII, p. 690 et suiv. — ^ Aggàïma sutta, dans Digh, nih. fol. i54 h.

330 NOTES

Tchandrasâiyapradipa.] Ce nom signifie «celui qui répand la lumière du soleil et de " la lune. « C'est le premier exemple de ces noms fabuleux dont j'ai parlé ailleurs, et dont la présence forme un des caractères les plus frappants des Sûtras développés ^ Le Lotus de la bonne loi nous en offrira d'autres bien plus démesurément longs et bien plus exagérés par l'idée qu'ils expriment. Je regrette seulement de ne les avoir pas imprimés en séparant les unes des autres les parties dont ils se composent, de cette manière Tchandra sûrya pradipa; autrement ils sont à peu près impossibles à prononcer.

f, 1 ] a. Dont le sens est bon, dont chaque syllabe est bomie.] Ceci est traduit d'après le manuscrit

de la Société asiatique qui donne svartham suvyandjanam, et cette traduction, qui repose sur la division naturelle de ces deux mots, comme il suit, su-artham et su-vyandjanam, est également celle qu'ont admise les Tibétains, d'après M. Foucaux, qui traduit ces deux épithètes par «au but excellent, bien exprimé^. » Il semble qu'ici le doute ne soit pas possible; cependant deux manuscrits de M. Hodgson lisent le dernier mot svavyandjanam, les deux syllabes g «a et Fôt sva se confondant très-aisément dans l'écriture des manuscrits du Népal, qui tient à la fois du Randjâ, du bengali et du dêvanâgari. Maintenant cette dernière épithète se décomposant en sva vyandjanam, et signifiant , à n'en pas douter, « avec « ses attributs, ou avec ses consonnes, ses lettres, » et la vraisemblance autorisant à penser que les deux épithètes sont formées de la même manière , on devra traduire , par analogie, svartham, «avec son sens;» seulement on devra reconnaître que svartham est une orthographe fautive pour svartham. Mais ne se pourrait-il même pas que svartham fût la véritable leçon , leçon oubliée chez les copistes du Nord ? C'est du moins celle à laquelle nous mènent directement les textes pâlis du Sud, où se trouve la phrase même du Lotas, qui est comme une définition classique de la loi enseignée par le Buddha. Ainsi, dans le commentaire du Djina alanikâra, je rencontre cette définition reproduite mot pour mot dans les termes suivants : Adikalyânam madjdjhê Jtalyânam pariyôsânaih (lis. pariyôsânakalyânam] sâtthafii savyandjanam kévalam paripuruiam parisuddham brahmatcharijam pakâséti. Ici les mots sâttham savyandjanam signifient assurément « avec son sens et ses caractères » (ou ses lettres), car on en trouve le commentaire suivant dans la glose du Nidâna vacjcja : Atthabyandjanasampannassa Buddhânam dêsanânhânagambhîrabhâvaih sanisâtchakassa imassa suttassa sukhâvagâhanattham. « Pour la facile intelligence de ce Sutta qui manifeste la pro- « fondeur de l'enseignement des Buddhas, y compris le sens et les letti'es ^. » Il est clair que le composé attha byandjana sampannassa, littéralement « muni de sens et de lettres, » est une véritable glose du sâttham savyandjanam du précédent texte pâli. Et si cette interprétation est bonne pour ce texte , elle doit avoir une égale valeur pour la définition du Lotus qui donne lieu à la présente note. De tout ceci il résulte que si Ton garde la leçon svartham suvyandjanam, on devra conserver la traduction admise dans mon texte; que si au contraire on lit sârthaih savyandjanam, comme le font les textes du Sud, il faudra remplacer la phrase « dont le sens est bon , dont chaque syllabe est bonne , qui

' Introducùon à l'histoire du Buddhisme indien, 1. 1 , p. 128. — ^ tch'er roi pa, t. II , p. 1 06. — ' Nidâna vagcja, fol. 2 a.

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