‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 184 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

divers. Voici ce passage tel que le donne mon manuscrit : Apitchayô sô Bhagavâ sayambhû anâtchariyakô puhlé ananassutêsu dhammêsu sâmam satchtchâni alhisambudjdjhi tatthatclia sahhannutam. pattô halésutcha vasîbhâvappattôti Buddhô. « Ce bienheureux, cet être existant n par lui-même , qui , sans maître , quand les lois n'avaient pas encore été entendues , pénétra <• complètement de lui-même les vérités et y obtint l'omniscience , et qui parvint à la domi- " nation entière des forces, celui-là est Bucldha^. » U Abhidhâna ppadipikâ donne sayamhhû au nombre des synonymes du nom de Buddha^. Ce titre avait déjà suggéré à Turnour une observation analogue à celle que je viens d'exposer^. Je ne crois donc pas que le nom de svayamhhû, donné au Buddha, soit un emprunt que les Buddhistes ont fait à la mythologie brahmanique; et qu'en appelant un Tathâgata svayamhhû, ils aient voulu le placer sur le même rang que le Svayamhhû des Purânas.

St. 67. Comme des colonnes d'or.] Il faudrait dire plus littércdement , comme des po- « teaux d'or; » je modifie en outre la fin de cette stance de la manière suivante, en plaçant un point et une virgule après « des colonnes d'or; semblables à une statue d'or entourée « de iapis-lazuli , ils enseignaient la loi au milieu de l'Assemblée. "

St. 68. Et les Çrâvakas.] Je propose de traduire d'après les deux mss. de M. Hodgson, qui lisent tâvâpramânâh , « tant les Çrâvakas de [chaque] Sugata sont infinis. » Cependant ce composé, qui donne un meilleur sens que la leçon tâtchâpra-, la seule que je connusse en rédigeant ma traduction , n'pst pas conforme à la règle du sanscrit classique , puisque tâvat y a perdu son t final nécessaire.

St. 71. Arrivés à l'état suprême de Bôdhi.] Il faut lire, «partis pour l'état suprême « de Bôdhi à l'aide de la contemplation. »

St. 78. Tchandrârkadtpa.] Ce nom n'est qu'un synonyme de celui de Tchandra sûr)'a pradipa. Le titre que je traduis par protecteur est tâyinah, génitif singulier masculin de tâyin, altération du sanscrit trâyin, qui est tout à fait conforme au génie du dialecte pâli. La version tibétaine, en rendant ce mot par skyong-hahi, « du protecteur, «ne permet pas de douter de l'exactitude de cette interprétation.

St. 77. Assis sur son siège.] Le texte a ékâsanastha; il faut donc traduire, « assis sur le f. 16 b. « même siège , » c'est-à-dire n'en ayant pas changé pendant un si long temps.

St. 80. Pleins de confiance.] Je ne suis pas sûr d'avoir exactement traduit l'expression du texte adhimnktisârâh ; au moment où j'imprimais ma traduction , je n'avais d'autre secours que la version tibétaine que je n'entendais d'ailleurs qu'imparfaitement. J'y trouvais adhimukti constamment interprété par mos-pa, qui a, selon Csoma, le sens d'es-

' Mahâvanisa tihâ, f. 1 2 fc, fin. — - Abhidhân. ppadîp. i. I, ch. i,'sect. 1 , st. 4. — * Turnour, Mahâwanso , introd. p. lv.

NOTES

time, goût, signification qui ne me paraissait pas convenir partout. Mais depuis j'ai trouvé 'deux moyens de fixer avec plus de précision le sens de ce terme. En premier lieu , les Singhalais le connaissent vulgairement et en font un adverbe qu'ils traduisent par «volontairement, de son propre gré^ » On pourrait donc interpréter adhimukti par volonté, et le composé qui nous occupe par« ayant la bonne volonté pour essence, » c'està-dire « pleins de bonne volonté. » Mais , après une comparaison attentive des passages du Lotas et d'autres textes où se présente ce terme, je trouve que ce sens, qui dans la présente stance serait fort admissible, ne s'applique pas avec une égale facilité à tous les endroits où se montrent, soit le mot adhimukti même, soit les autres dérivés du verbe match, précédé de la préposition adhi. En second lieu, plusieurs des passages où se rencontrent des dérivés du verbe adhimutch demandent qu'on lui assigne la valeur de « com- « prendre, diriger son esprit vers, » comme en grec cjwiévai. Je signalerai entre autres un texte qui viendra plus bas, fol. io4 h , où la notion de comprendre est nécessairement contenue dans ce verbe, avec une indication de pouvoir ou de capacité qui nous ramène jusqu'à un certain point à la notion de volonté admise par les Singhalais. Enfin je citerai en faveur de ce sens le témoignage de la version tibétaine du Vadjra tchtchhédika, version dont I. J. Schmidt a donné une traduction allemande. On lit, en effet, vers la fin du texte sanscrit de ce petit traité, le passage suivant : Yah suhhûtê hôdhisattvô nirdtmânô dharmâ nirâtmânô dharmâ iti adhimutchyaté {adhimutchyêta ?) , que I. J. Schmidt traduit ainsi : 'I Wenn irgend ein Bôdhisatva also denken môchte : Ailes Seyn ist ohne Ich, ohne Ich ist « ailes Seyn -, " d'après le tibétain , et qu'on pourrait rendre ainsi d'après le sanscrit : « Le « Bôdhisattva qui serait capable de comprendre ceci : Les conditions (ou les êtres) n'ont « pas de moi. » En faisant l'application de ce sens au terme de notre texte , adhimuktisârâh , on devra traduire , « ayant l'intelligence pour essence , » et tout le passage signifiera « soyez " attentifs , soyez toute intelligence. » C'est bien certainement aussi le sens d'intelligence ou de pénétration qu'il faut chercher dans le terme ôi' adhimukti , dont le Lolita vistara fait une des cent huit portes de la loi. Cette qualité conduit en effet, selon la définition de cet ouvrage, au résultat suivant : avitchikitsâparamatâyâi safnvartaié , « cela conduit à l'exemp- « tion absolue du doute, ou à la certitude absolue^. »

De ces trois significations, celle d'inclination, que donnent les Tibétains et aussi les Singhalais, celle de confiance, que j'avais choisie dans le principe, et celle d'intelligence ou de pénétration , c'est évidemment cette dernière qui convient le mieux à la définition du Lolita vistara. Mais le sens d'inclination, ou plus généralement de disposition, d'intention, est admis par les lexicographes du Sud, et l'Abhidhâna ppadCpikâ énumère positivement adhimutti parmi les synonymes du terme signifiant intention Je trouve un exemple de ce sens dans le Djina alaihkâro, où le participe adhimatta est employé concurremment avec le verbe duquel il vient: Iti êvam anêkadhâtunânâdhâtukassa yam yadéva dhâtuni sottâ adhimutchanti tam tadéva adhiilhahanti abhinivissanti kêtchi rûpâdhi-

' Clougb, Singhal. Diction, t. II, p. 25. ' Lalita vistara, f. 21 6 duman. A; f. 28 6 et 24 a

^ Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg , VP série, du man. B; f. 18 & et 19 a du man. de la Soc. asiat. t. IV, p. 2o4. Ahhidhân. ppadîp. 1. III, c. 11, st. 10.

Page 1