‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 185 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mutiâ kêtchi nibhânâdhimuttâ. « Celui des éléments , parmi les divers et nombreux

« éléments , pour lequel les créatures se sentent de l'inclination , elles s'y arrêtent , elles 0 s'y livrent tout entières. Quelques-uns ont de l'inclination pour l'élément de la forme.... « d'autres pour l'élément du Nibbâna (Nirvana) ^ » On voit qu'ici le sens d'inclination convient mieux que celui de pénétration ou d'intelligence. Il n'est cependant pas douteux que le radical mutch, précédé du préfixe adhi, n'exprime en pâli, comme dans le sanscrit buddhique, un des actes de l'intelligence, car le vocabulaire pâli donne adhimôkkha avec le sens de « détermination, certitude acquise 2. » Voici, de plus, un texte de Mahânâma , qui , dans son Commentaire sur le Mahâvamsa , s'exprime ainsi : Nânâdhimuttikanicha sattalôkam adhimuttânarûpêhi bahûhi vividhadêsanânayappakâréhi vinêtvd. « Ayant «converti le monde des créatures, dont les dispositions intellectuelles sont diverses, «par des modes nombreux et divers d'enseignements et d'instructions, conformes à ces « dispositions (de leur intelligence) ^. »

St. 84. Comme une lumière dont la source est éteinte.] Le texte s'exprime ainsi : yi^P- f. 17 a. âirt l^'çfàrôr ^ ; , littéralement, «il fut anéanti comme une ictmpe dans la destruction de «sa cause. »De pareils textes justifient l'emploi des mots extinction, anéantissement pour rendre le terme capital de Nirvana. On voit que les idées de parinirvrïta et parinirvâna, « complètement entré clans le Nirvana, et le Nirvana complet, » n'ont, pour les Buddhistes, d'autres analogues clans le monde matériel, que les notions d'extinction, d'anéantissement. Cette assimilation est confirmée encore par d'autres textes. Je n'en pourrais cependant pas citer de plus solennel que la stance prononcée, suivant la tradition, au moment de la mort de Çâkyamuni , par Anuruddha son cousin ; elle se trouve dans le Mahâparinibbâna sutta des Buddhistes du Sud :

asallinêna tchittêna vêdanarh adjdjhavâsayi vipudjdjôtasséva nibbânaih vimôkhô tchêtasô ahu

« Avec un esprit qui ne faiblissait pas, il a souffert l'agonie (de la mort) ; comme l'ex- « tinction d'une lampe , ainsi a eu lieu l'affranchissement de son intelligence »

St. 85. Qui étaient arrivés à.] Lisez, «qui étaient partis pour,» comme plus haut, fol. 8 b, st. 3i.

St. 88. Et s'annoncèrent successivement qu'ils étaient destinés à parvenir à l'état suprême de Baddha. ] Nous trouvons ici le verbe krî, précédé des prépositions vi et a, et employé avec le sens spécial qu'il a dans le sanscrit buddhique , celui de « annoncer à quelqu'un ses « destinées futures, » ainsi que je l'ai montré ailleurs^. J'ajoute seulement ici que cette expres-

' Djina alamkâra, f. 16 fc.

^ Abhidii. ppadîp. 1. I, c. n, sect. 5, st. i5.

' Makâvaiïisa tihâ, f. 20 h.

* Mahdparinibbdna sutia, dans Digh. nih. f. 98 a;

Turnour, Examin. oj Pâli Buddhist. Annab, dans Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p. 1008.

'•' Introd. à l'hist. du Buddh. ind. t. I, p. 54 et 55 ; comp. ci-dessus , p. 3 2 2 , à la st. 5 1 .

340 NOTES

sion est familière aux Buddhistes de toutes les écoles, et qu'on la trouve aussi fréquemment dans les livres pâlis du Sud que dans les livres sanscrits du Nord. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, en ce qui regarde les livres pâlis, on trouve au commencement du Mahâvainsa de Turnour, l'expression têhi hôdhâja vyâkatô, pour le sanscrit tâi?^ hôdhâya vyâkrïtah, ce que Turnour traduit, « By them also his admission into Buddhohood was « foretold ^ » Le sens que j'adopte ici, et qui est confirmé par un très- grand nombre d'exemples , dérive assez régulièrement des éléments qui entrent dans la composition du verbe vyâhrï, « expliquer, développer. »

St. 92. Grâce au mélange de bonnes œuvres qu'il avait accumulées.] En traduisant ainsi, je n'ai pas fait attention que le manuscrit de la Société asiatique écrivait distinctement, ^ wri^ FTTr^ai^^ , leçon qui est confirmée jusqu'à un certain point par les deux manuscrits de M. Hodgson qui ont, quoique avec une faute, ^^Tf^sr^. Cette leçon donne akuçalêna au lieu de kuçaléna, c'est-à-dire le vice pour la vertu; de façon que ce vers signifie : » et lui, même avec cette action coupable. » Le vers suivant, ^if^r'TiNi^îTiwç^^, littéralement, « devenue mélangée, accumulée, » se lie alors très-bien à celui qui précède; car le mot mélangé s'appliquant à une action qui n'est ni complètement mauvaise ni complètement bonne, laisse la place à quelques vertus dont je regrettais tout à l'heure de ne pas trouver trace dans l'exposition en prose^. Cette leçon achève de montrer qu'il faudrait lire dans le passage précité du fol. id, tênâkuçaléna, comme le fait ici le manuscrit même de la Société asiatique ; par là seraient mises d'accord l'exposition en prose et l'exposition versifiée. Quoi qu'il en puisse être de la correction indiquée pour le passage examiné plus haut, je propose maintenant de rendre comme il suit la stance 92 : « Mais, « même avec cette conduite coupable qui se mélangea [de bonnes œuvres] accomplies " par lui. » C'est à des actions mélangées et semblables à celles dont il est ici question, que s'adressent des paroles comme celles que le commentateur du Dharmakôça vyâkhyâ met dans la bouche du Buddha : « J'aperçois, dit Bhagavat, le ^erme infmi- « ment petit d'affranchissement qui est en lui , comme l'or qui est engagé dans les inter- « stices d'un minerai ^. » Et cette théorie n'est pas moins familière aux Buddhistes du Sud, car elle fait partie intégrante de la doctrine de la transmigration. Ainsi dans un recueil de légendes en pâli qui jouit d'une certaine célébrité à Ceylan, je trouve cette stance :

ahô aichtchhariyam êtam abhh.atairi lômahaihsanam appassa puûnakammassa anubJiâvamaJiantatâ

« Ah! quelle merveille étonnante, capable de faire frissonner! cela résulte de la grande « puissance d'une petite action vertueuse^! » Quant à la distinction des actions en bonnes, mauvaises et mélangées , elle se rencontre également chez les Buddhistes du Sud , avec quelques différences toutefois dans les divisions et dans leur nombre. J'en trouve un résumé

' Turnour, Maliâwanso , t. I, p. 2 , 1. 3. ^ Dharmalwça vyàhhjâ, f. 5 a, init.

^ Voyez la seconde note sur le fol. li b. * Rasavâliinij f. 84 b.

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