‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 191 sur 283 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« river à l'indifTérence ; » d'où il résuite que samâpatti est envisagé comme composé des mots sama, « égal, » et âpatti, « l'arrivée à, l'obtention. » Il m'a semblé que traduisant un des livres canoniques du Nord , je devais me mettre d'accord avec l'interprétation conservée chez les Tibétains , et c'est pourquoi j'ai rendu ce mot par « l'acquisition de l'indiffé- « rence ; » peut-être serait-il plus exact de dire ici , « les acquisitions de l'indifférence. » Du reste, la conciliation de ces deux opinions, celle des Tibétains et celle des Singhalais, si toutefois Clough et Turnour reproduisent exactement cette dernière , serait extrêmement facile. Nous verrons en effet plus tard, quand nous examinerons les dhyânas ou les degrés de la contemplation, que c'est après s'être rendu maître de son intelligence par la pratique de la samâdhi, que l'on arrive à reconnaître que toutes les choses sont égales entre elles, c'est-à-dire qu'on parvient à l'indifférence. L'acquisition de ce dernier état est donc en réalité subordonnée à celui de samâdhi, et c'est probablement la connexité qui existe entre ces deux états qui a porté Turnour et Clough à les rattacher comme ils l'ont fait l'un à l'autre.

C'est le TatJiâgata, ô Çâriputtra, etc.] Cette phrase sera traduite plus exactement de la manière suivante : « C'est le Tathâgata seul , ô Çâriputtra , qui peut enseigner les lois « du Tathâgata; les lois que le Tathâgata connaît, toutes ces lois même, ô Çâriputtra, le « Tathâgata seul les enseigne; car seul le Tathâgata connaît toutes les lois. »

St. II. Dans la pure essence de l'état de Bôdhi.] J'ai pris ici, à tort, dans le sens abstrait, f. icj h. ce qui doit s'entendre dans un sens positif et matériel; voici le texte : Phalam me hôdhimandasmùri drîchtam yâdrïçaharh hi tat. «Voici quel est le résultat que j'ai vu sur le trône « de la Bôdhi. » J'ai discuté ce point ailleurs i; il est souvent question de ce trône dans le Lalita vistara'^. J'ajoute seulement ici quelques textes qui ne laissent aucun doute sur la destination du Bôdhimanda. Dans le Mahdvastu, ouvrage curieux et pour le fond et pour la forme, je trouve le passage suivant : Tèna khalu panah samayêna sarvâvantô bôdhimandô ôsaktapatiadâmakalâpo ahhûchi. « Or, en ce temps, la totalité du Bôdhimanda fut couverte « d'étoffes, de guirlandes et de fdes de clochettes^. » De même chez les Buddhistes du Sud, le Bôdhimanda est nommé un siège : hôdhimandam âruyha nisinnaiihânaih , « étant monté « sur le Bôdhimanda, qui çst le lieu où il s'asseoit\ »

St. 7. Les Bôdhisattvas sont remplis de confiance.] Il faut dire, « car les Bôdhisattvas sont «fermes dans l'intelligence;» en adoptant pour adhimukti le sens que j'ai exposé plus haut, f. 166.

St. 8. Lear dernière existence corporelle.] Le texte dit littéralement, antima déha dhârinô, « ayant leur dernier corps. » Il paraît que cette expression est sacramentelle chez les Bud-

' Iiitroduciion à l'histoire du Buddhisme indien, t. I, citations à la table, page xl, au mot Bôdhimanda. p. 387. Voy. ci-dessous, même cliap. st. 112. ' Mahâvaslu, f. 20!) h.

' E. Foucaux, Bgya tch'er roi pa, tome II, les * Thûpa vamsa, f. 36 a, fin.

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dhistes, car on la trouve également dans les livres pâlis; ainsi je lis dans le Djina alarkkâra: antimadéhadhârî hhavaMJiayam pattô, « ayant son dernier corps, arrivé à la destruc- « tion de l'existence^. »

St. 2 3. Tu parles de la pure essence de l'état de Bôdhi.] Il faut lire, « Tu célèbres là le " trône de la Bôdhi, » comme plus haut, f. 19 b.

St. 2 5. Parvenus à la puissance et arrivés au Nirvana.] Après les mots «parvenus à la «puissance, » le texte ajoute anâçravâh; tout le passage doit être rétabli comme il suit: « parvenus à la puissance, exempts de faute, et partis pour le Nirvâna. »

St. 27. Et le doute s'est emparé de leur esprit.] Maintenant que je ne pense plus que vyâkurnchva signifie toujours et sans distinction, « annonce les destinées futures, » je crois devoir traduire ainsi cette stance : «Réponds donc, ô grand solitaire, aux questions que s'a- « dressent dans leur esprit tout ce qu'il y a ici de Çrâvakas du Sugata , etc. »

Cela sera pour eux un avantage, un profit, un bien, qui durera longtemps.] Le texte se sert ici d'une expression spéciale et qui revient chaque fois qu'il est question d'un avantage temporel : téchân tad bhaviciiyati dîrgharâtram arthâya hitâya sukJiâya. On en rencontre de fréquents exemples, tant dans le Saddharma pundarîka que dans le Lalita vistara"^. L'expression n'est pas moins familière aux Buddhistes du Sud , et on peut la voir dans le Mahâvamsa^, et dans une des légendes en pâli publiées par Spiegel*. Je la remarque encore dans deux Suttas du Digha nikâya pâli des Singhalais, où elle est rédigée, sauf le dialecte, dans les mêmes termes que ceux du Lotus que je viens de citer : tésam tani bhavissati dîgharattam hitâya sukhâya, littéralement, « à eux cela sera pour longtemps à profit, à bien^. » Les textes pâlis n'emploient, comme on voit ici, que deux termes; ils omettent ordinairement le premier, arthâya. C'est aussi ce que je remarque dans la rédaction du Mahâvastu qui est, selon moi, un livre ancien. Ainsi en parlant du Buddha Çâkyamuni, le texte de ce livre se sert de cette formule , sattvânâih hitasukharh gavêchantô sarnsarati, « cherchant « le profit, le bien des êtres, il transmigre dans le monde ^. » J'ai signalé l'existence de cette formule dans les inscriptions religieuses de Piyadasi , ainsi qu'on peut le voir au n" X de VAppendice. Il faut encore remarquer fexpression dîrgharâtram, «pour une longue nuit, " employée avec le sens de «pour un long temps. » On la trouve également en pâli, soit sous la même forme, sauf le dialecte, digharaitarh , soit avec fadjectif tchira, de cette manière au locatif, tchirarattâyamP , « longtemps, » et en composition tchirarattapîlitô, « torturé « pendant longtemps®. »

' Djina alamkâra, f. 1 1 a, fin.

'■' Lalita vistara, ch. vu, f. 63 a du man. A; Rgya tch'er roi pa, t. II, p. 1 10.

^ Mahâv)anso , t. I, p. 6,1. 11.

* Anecdota pâlica, p. 21.

^ Ambattha sutta, dam, Dîgk. nik. f. 28 b; Mahâparinibhâna sutta, ibid. f. gS a.

^ Maliâvasiu avadâna , î. 2 b de mon man. ' Abhidhân. ppadip. \. III, ch. iv, st. 1. * Djina alamkâra, f. 196.

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