CHAPITRE IL
St. 36. Qui sont également parvenus à.] Lisez, » qui sont également partis pour. »
Ecoute donc, 6 Çâripuitra, etc.] Ceci est encore une formule sacramentelle employée par Çâkya, lorsqu'il va répondre à une question qui lui a été adressée par un de ses auditeurs ; la voici d'après l'original : ténahi çâriputtra çrînu sâdhatcha suchihutcha manasihuru bhâchichyê 'hanté. Elle reparaît à tout instant dans les livres du Nord où Çâkyamuni est représenté instruisant ses disciples, et j'en cite à la note un exemple emprunté à YAvadâna çataka^. On la remarque également dans les livres pâlis, où elle occupe la même place : je l'emprunte à deux Suttas où elle est ainsi conçue : tênahi hrâhmana sunâhi sâdhahafitcha manasikarôhi hhâsissâmi^.
Cependant Bhagavat continuait à garder le silence. ] Il faut dire plus exactement : « Et « Bhagavat approuvait par son silence. »\'oici le texte : Bhag avâfhçtcha tûchnîihâvênâdhivdsayati sma; ce qu'il faut y remarquer, c'est l'emploi du radical vas précédé de la préposition adhi, dans l'acception d'approuver, donner son assentiment , acception qui ne s'éloigne pas beaucoup du sens d'aimer qu'a ce verbe dans le sanscrit classique. La personne à laquelle on témoigne cette approbation est placée dans la phrase au génitif, comme on le peut voir dans le passage suivant : Adhivâsayatj âyuchmân çrônah kôtikarna âyuchmato mahâkâtyâyanasya tâchnhhâvêna. « Le respectable Çrôna Kôtikarna approuva par son silence le res- « pectable Mahâkâtyâyana^. » Cette formule se retrouve également dans les livres pâlis du Sud, où on la rencontre à tout instant ainsi conçue: adhivâsêsi Bhagavâ tunhihhâvêna, " Bhagavat approuva par son silence*. » On en peut voir un exemple au commencement du Mahâvamsa^. J'avais déjà signalé cette expression dans VIntrodaction à l'histoire du Buddhisme, mais sans l'appuyer comme ici des exemples nécessaires^.
Bien, 6 Bhagavat, etc.] La réponse que les auditeurs font au Buddha, lorsque celui-ci leur a promis de leur exposer la loi , est également contenue dans une formule spéciale , qui revient toujours la même; la voici dans les termes où la donne le Saddharma pundarika : Sâdhu Bhagavannity âyuchmân çâriputtrô Bhagavatah pratyaçrôchît, Bhagavân êtad avôtchat. Je remarquerai seulement que j'ai peut-être donné un peu trop de valeur au verbe pratyaçrôchît , en le traduisant par « il se mil à écouter; » il ne doit signifier que « il ré- « pondit. » Les textes pâlis emploient aussi cette formule exactement dans les mêmes circonstances ; en voici un exemple : Evafh hhôti khô sônadandô hrâhmanô Bhagavatô patchtchassôsi, Bhagavâ êtad avôtcha. « Oui, seigneur, répondit en effet à Bhagavat Sônadanda le « Brahmane; Bhagavat parla ainsi". »
' Avadâna çataha, f. 55 b.
^ Sônadanda sutla, dans Digh. nih. i. 52 a; Kûtadanta sutta, ibid. f. 34 a.
^ Çrôna kôtiharna, dans Divja avad. f. lo a.
* Sônadanda sutla, dans Dicjh, nih. f. Sa a; Kûtadanta sutta, ibid. fol. 87 b; Lôkitchtcha sutta, ibid.
f. 58 b; Mahâparinibbâna satta,f. 84 a, 85 a, 92 b.
^ Turnour, Maliâwanso , t. I, p. 6, 1. 9.
° Introd. à l'hist. du Buddhisme indien, t. I, p. aSo, noie 1.
' Sônadanda sulta, dans Digh. nik. f. 32 a; Kûtadanta sutta, ibid. f. 34 a.
Ils sont rares, ô Çâripuitra, les temps et les lieux.] C'est une idée qui se représente trèsfréquemment dans les livres buddhiques de toutes les écoles , que celle de la difficulté qu'on a de rencontrer un Buddha, et d'entendre la loi de sa bouche. J'ai déjà cité, à l'occasion d'un des termes qui désigne cet enseignement même, un passage pâli où Buddha exhorte ses auditeurs à profiter de sa présence pour se convertir à la loi qu'il est venu apporter aux hommes. « C'est une chose difficile à rencontrer, leur dit-il , que la nais- « s'ance d'un Buddha dans le monde ^ » Les Buddhistes du Sud ont exprimé cette opinion en quatre vers populaires qui résument toutes les choses relatives à la loi que l'on ne rencontre que rarement.
Buddhôtcha dullahhô lôkê saddhammasavanampitcha, samghôtcha dullabhô lôkê sappurisâ atidullahhâ ; dallabhantcha manussattam Buddhuppâdôtcha dallahhô, dullabhâ khanasampatti saddhammà paramadullahhô.
« Un Buddha est difficile à rencontrer dans le monde, ainsi que l'audition de la bonne « loi; l'assemblée est difficile à rencontrer dans le monde; les gens de bien sont très-difficiles «à rencontrer. La condition humaine aussi est difficile à obtenir; difficile à rencontrer " aussi est la naissance d'un Buddha ; l'acquisition du moment propice est difficile à ob- « tenir; la bonne loi est extrêmement difficile à rencontrer^. » Ces maximes ont dû naturellement commencer à se répandre postérieurement à la mort de Çâkyamuni, quand son absence se faisait sentir. Elles témoignent en même temps de la sincérité des Buddhistes qui affirment qu'il est le dernier Buddha humain qui ait paru en ce monde. Plus tard encore , et quand le Buddhisme admet dans son sein des éléments mythologiques , on rencontre dans des ouvrages que je crois modernes, de semblables exhortations à profiter des occasions qui se présentent d'entendre exposer la loi . Mais il n'est plus question alors de Çâkyamuni; on y parle seulement de simples prédicateurs, car les prédicateurs instruits sont déjà devenus rares. Ainsi dans le Sûtra tout mythologique, intitulé Kâranda vyûha, Sûtra consacré à l'apothéose du saint si célèbre dans le Nord sous le nom d'Avalôkitéçvara, vers la fin de ce traité où sont relevés les mérites de la fameuse formule de six lettres ôni mani padmê hum, l'auteur va jusqu'à introduire le dialogue suivant entre Çâkyamuni et un Bôdhisattva fabuleux, au nom inprononçable , Sarva nivarana vichkambhin : « Alors <- ce Bôdhisattva parla ainsi à Bhagavat : Où faut-il que j'aille, ô Bhagavat, pour obtenir « cette grande formule magique de six lettres? Bhagavat répondit : Il y a, ô fils de famille, « dans la grande ville de Bénârès un prédicateur de la loi, qui garde dans sa mémoire, « qui récite et qui a profondément gravé dans son esprit cette grande formule magique de « six lettres. Le Bôdhisattva répondit : J'irai, ôBhagavat, danslagrande ville de Bénârès pour « voir et pour servir ce prédicateur de la loi. Bhagavat reprit ; Bien , bien , fils de famille , « fais comme cela; ils ne sont pas faciles à rencontrer, ô fils de famille, les prédicateurs X de la loi ; on doit les regarder comme semblables au Tathâgata ; on doit voir en eux X comme un Stûpa mobile, comme un monceau de vertus, comme le Gange de tous les ' Ci-dessus, ch. i, f. 4 a, p. 3o5. — ^ Djina alamkâra, f. lo b.