CHAPITRE III
demment que les livres où on les trouve sont postérieurs aux grandes persécutions que le Buddhisme a essuyées dans l'Inde. C'est donc un point qu'on ne devra pas perdre de vue en lisant les collections du Népal et du Tibet, et en les comparant à la collection du Sud. Déjà dans notre Lotus de la bonne loi, on remarque au chapitre xii, f. 1A7 et suiv. une description frappante des persécutions auxquelles les Religieux devront être exposés après la mort de Çâkyamuni , « pendant cette redoutable époque de la fin des temps , » comme s'exprime le texte ; cela veut dire que cette prédiction a été écrite postéiieurement à l'époque des persécutions. Le Lalita vistara a également un passage long et curieux sur l'incrédulité des Religieux futurs ' .
St. 2 h. Les dix forces.] On trouvera à V Appendice, sous le n" XI, une note sur les dix t. 40 a. forces d'un Buddha, que son étendue ne m'a pas permis de placer ici.
Ravis, l'âme transportée.] Les termes que je traduis ainsi sont udagrâ âttamanaskâh ; le ?. lio b. premier n'a pas tout à fait ce sens dans le sanscrit classique ; le second ne s'y trouve pas du tout, du moins à ma connaissance. On voit cependant que l'adjectif udagra, par son double sens de « se projetant en avant » et de « vif, intense, » nous conduit assez facilement au sens du latin exsultatio, sens que je représente par ravi. Le second terme, qui est composé de âtta, «pris, emporté, enlevé, » et de manasha, adjectif dérivé de manas, aurait peut-être dans le sanscrit classique le sens de « celui à qui le cœur est enlevé , » comme âttagarva, «celui dont l'orgueil est humilié;» mais rien n'empêche que, selon la vue de l'esprit, âtta désigne soit ce qui nous est enlevé par un autre qui nous en prive, soit ce qu'on enlève soi-même , ce qu'on transporte avec soi : le mot français transporté que j'ai choisi à dessein, donne une idée approximative de cette figure. Le terme que je viens d'expliquer se trouve également en pâli, avec cette légère différence, que l'a initial est abrégé devant la double consonne tta, de cette manière attamana. Cette remarque sert à corriger un passage de l'histoire du roi Dhanmia sôdhaka, extiaite par Spiegel du Rasavâhinî pâli, et publiée par lui dans ses Anecdota pâlica. L'éditeur a écrit atattamanô râdjâ, et a traduit, « le roi persévérant^; » c'est anattamano , « non satisfait, mécontent, » qu'il faut lire ; l'erreur vient sans doute de la facilité avec laquelle le i et le n se confondent dans l'écriture singhalaise.
Des Maîtres.] Lisez, « des disciples, » et voyez la note sur le chapitre i, f. 2 a, p. 296 ; f. 4i i. de même un peu plus bas , lisez encore , « tant les disciples que ceux qui ne le sont pas. «
Cassé.] J'ai un peu forcé le sens de l'original en traduisant de cette manière mahallaka, f. 42 «. qui dans le sanscrit des livres buddhiques du Nord signifie « grand et vieux. » Schiefner a trouvé ce mot dans le Dictionnaire sanscrit-tibétain buddhique qu'il cite souvent, avec le sens spécial de « Religieux âgé ^. » Je dis spécial, parce que le mot signifie d'abord « grand
' Lalita vistara, f. 5i b du man. A; Bgya tch'er Anecdota pâlica, p. j 7 et 44.
rnlpa,t. II, p. 92. ' Eine tihet. Lebensbeschr. Çâkyamuni s, p. 97.
368 ■ NOTES
" et vieux, » et qu'il n'est employé pour désigner un Religieux que quand ce dernier réunit à la condition de son état celle de l'âge. Cela se prouve avec évidence par la manière dont les édits de Piyadasi à Dhaulî et à Kapur-di giri i-eproduisent un passage , d'ailleurs obscur, du texte de Girnar. Ainsi là où l'édit de Girnarlit thairésa, « parmi les vieillards, » ou, comme on dirait à Ceylan, « parmi les Thêras, « les deux autres versions lisent mahâlakénti ou mahalaka, mot qui doit être altéré dans sa désinence grammaticale, mais qui montre que mahalaka, en pâli, mahallaka, est synonyme de tJiéra pour sthavira, c'est-à-dire signifie « vieillard ^ » Wilson,dans son Mémoire sur le texte de Kapur-di-giri, a traduit cet adjectif avec doute par « puissant^; » et Lassen, s'occupant du XIV édit de Girnar, où ce mot se reproduit sous la forme de mahâlakê, a bien vu qu'il devait signifier grand, sans cependant pouvoir déterminer de quelle grandeur i\ s'agit positivement-''. Les Buddhistes du Sud viennent ici heureusement à notre secours ; ils emploient en effet mahallaka et mahalla avec les significations de grand pour les choses animées et inanimées, et de vieux, âgé. Ainsi on voit mahallaka appliqué à un vihâra ou monastère*, comme il fest, et plus souvent encore à un homme vieux, ou d'un grand âge ^.11 est probable que ce mot est un développement populaire d'un primitif mahat. Voici en cjuel sens l'explique la glose pâlibarmane qui accompagne l'exemplaire du Pâtimôkkha appartenant à la Bibliothèque nationale. L'auteur commentant l'épithète de mahallaham , employée pour caractériser un Vihâra, s'exprime ainsi : Maliantam mahantalhnvam lâti ganhâtîti mahâlassa hhâvô mahallam mahantabhâvô ôtassa atthiti mahallakô , c'est-à-dire : « [Mahallam signifie] mahantaih, grand, "il obtient, il acquiert l'état de celui qui est grand, se dit l'état de ce qui est grand ou « mahalla, la grandeur; celui auquel appartient l'état de ce qui est grand, se dit mahalla- « ka^. » Il ne faut pas non plus oublier Y Abhidhàna ppadipikâ, dont l'autorité, indépendamment des exemples cités tout à l'heure, suffirait pour établir la double signification de mahalla et mahallaka, «large, grand, » et «vieux, âgé''. » En ce qui touche fétymologie même du mot, on y arriverait peut-être plus vite par la voie indienne, en prenant mahalla pour le prâkritisme de mahalya, substantif de mahala ~^ya, lequel ma/ia/a viendrait de mah avec le suffixe unâdi, ala. J'ai dit tout à fheure que le texte de l'édit de Girnar prouvait que le mot mahalaka pour mahallaka avait certainement la signification de Religieux âgé. J'en citerai un autre exemple emprunté au même ordre de monuments, à Y Appendice, n° X.
Cette maison tout entière.] Le texte nous offre ici une trace très-reconnaissable de l'influence des dialectes populaires sur le sanscrit du Saddharma pundarîka , c'est le mot sarvâvantam pour dire « tout entier. » En effet , une fois admise fexistence de f adjectif saruai>af,
' On the rock inscript, etc. dans Journ. roj. asiat. 5oc. t. Xfl, p. i84, 1. 3.
" Wilson, ibid. p. 187.
' Indische Alterthumskunde , t. II, p. s 20, n. 3. * Khudda silihhâ, man. pâli-barman, f. 16 a de mon man. et p. 124 de ma copie.
^ Mahâvanisa tikâ, f. 5i a et 65 a; R. Rost, dans Weber, Ind. Studien, t. I, p. 3 19.
^ Pâtimôkkha, man. pâli-barman de la Ribl. nat. f. 10 a, et p. 7 1 de ma copie.
' Abhidh. ppadîp. i. II, ch. m, sect. 1, st. 27 ; ei 1. III , ch. III , st. 295.