‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 203 sur 283 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

formé de sarva, qui avec l'addition du suffixe vat, offre déjà le caractère de la postériorité , il faudrait au moins au neutre, sarvâvat. Le nominatif neutre sarvâvantam est un exemple du passage d'un adjectif en vat dans la première déclinaison, passage qui a lieu par l'adoption du thème plus développé vanta, et qui est tout à fait conforme à l'analogie du pâli.

Libre de préoccupation et d'inquiétude.] Les mots du texte sont nirupâddnô vigataniva- f. /j/j «. ra«Ét/i . L'interprète tibétain traduit nirupâdâna par mya-ngan-med-tching, exactement comme s'il avait sous les yeux açôka, « exempt de chagrin; » il en résulte que upâdâna passe pour un synonyme de çôka. La même version rend vigata nivarana par sgrib-pa-dang-hral , « exempt d'obscurité, de ce qui offusque. » Cette interprétation représente très-exactement le sanscrit nivarana, surtout quand ce mot est employé au sens moral ou philosophique; elle a cependant besoin d'être précisée ici.

Des chars attelés de bœufs.] Pour rendre le texte avec toute la précision désirable, il i. Ixkh. faudrait dire : « qu'il leur donne seulement des chars attelés de bœufs : » gôrathahîn êvânuprayatchtchhét ; femploi du mot êva a pour objet de dire que, sans s'occuper de distribuer à ses enfants les divers chars qu'il vient de leur promettre pour les engager à sortir de la maison en feu , il ne leur donne qu'une seule espèce de chars , lesquels sont les plus beaux et les plus précieux de tous. Il reste cependant encore une petite difficulté , car la suite de la parabole ^ et la manière dont Çâkya l'interprète, semblent indiquer que le père ne devrait donner qu'un seul char. Ce char, en effet, répondrait au véhicule des Buddhas, au Buddhajâna, le premier, et selon la pensée de Çâkya, le seul réellement existant des trois véhicules dont le Buddha enseigne l'emploi. Mais on peut dire que la sinailitude n'en est pas moins régulière au point de vue de la délivrance, car les enfants montent chacun dans un char traîné par des bœufs, comme les auditeurs intelligents montent chacun dans le véhicule du Buddha, qui est le Mahâyâna.

Garnis de coussins faits de coton et recouverts de toile et de soie.] La comparaison des nouveaux manuscrits de M. Hodgson me donne le moyen de traduire ces épithètes avec plus de précision que je n'avais pu le faire sur un seul manuscrit : la chose n'a pas en soi une grande importance ; mais nous rencontrons clans ces études tant de causes d'erreur difficiles à éviter, qu'il faut saisir toutes les occasions de porter la précision là où il est possible de le faire. On doit voir dans cette partie de la description des chars deux épithètes , et lire : « garnis de coussins de coton , de couvertures de laine et de matelas ; « recouverts de tentures et d'étoffes de soie : « ces deux épithètes se rapportent également aux chars qu'il s'agit de décrire. La première est tûlikâgônikâstaranân , qui est composée de trois substantifs: i° tûlikâ, qui désigne un matelas ou coussin de coton; 2° gônika, qui n'est pas classique, mais qui se trouve en pâli sous la forme de gônaka, et désigne une courte-pointe de laine, comme on le voit par le Vocabulaire pâli 2; 3° enfin âstarana,

^ Voyez ci-dessous, f. 48 a et la note. — ' Abhidhânu ppadîp. ]. Il, ch. m, sect. 3, st. 29 ; Clough, p. 4o.

370 NOTES

que d'autres manuscrits lisent samstaranya , qui signifie lit ou matelas. Cette épithète, que les manuscrits terminent à tort par la désinence âm pour ân, est suivie de diichya patta vastrâstirnân , que l'on ne peut guère traduire autrement que comme je propose maintenant de le faire. Le seul terme intéressant de ces énumérations est gônika, qui rappelle le terme pâli gôiia, « J^œuf, » mot que l'on rencontre dans la langue du Lotus, notamment un peu plus bas, à l'endroit où le texte parle de bœufs attelés à des chars : gônâir yôdjitân; ce mot est également usité chez les Singhalais, qui l'ont emprunté au pâli ^

A quoi Ion donnerais-je d'autres chars à ces enfants ?] La phrase du texte est ainsi conçue : Alam mê échâm kumâraJtânâm anyâir yânâir dattâir iti, littéralement: « Assez d'autres chai'S « ont été donnés à ces enfants qui sont à moi. » Il est possible que l'interprète tibétain ait eu sous les yeux un autre texte, car sa version signifie, si je ne me trompe : <i Si je ne " donnais pas de chars à ces enfants, qu'aurais-je à faire? »

f. /i5 l). En possession de la science, de la force, etc.] Maintenant que nous sommes fixés sur la valeur de ces termes abstraits, il est possible de traduire avec plus d'exactitude : « En pos- « session des conditiojis d'un Buddha, qui sont la science, les forces, les intrépidités, les « qualités d'indépendance du Tathâgata. »

£ 46 «. Conditions du monde.] Le terme dont se sert le texte est l'adjectif drïchtadhârmika , « re-

« latif à la condition visible, » c'est-à-dire au monde actuel. UAhhidharma kôçavyâkhyâ explique ainsi drïchladharma : drîchtô dharmah drïchtadjanmêtyarthali, » la. condition vue, « c'est-à-dire la naissance vue, (actuelle). » C'est également ce sens que l'on retrouve dans la traduction que L J. Schmidt a faite du Vadjra tchichhêdika tibétain; le drïchta êva dharmê du texte y est traduit par lis zur gegenwàrtigen Geburi^. L'interprète tibétain du Saddharma rend de même le mot qui nous occupe par « dans le temps actuel. » On voit que drîchia conserve chez les Buddhistes la signification spéciale qu'il a chez les Brahmanes , quand il est opposé à adrïchta, « l'invisible, le monde futur. » Cela paraît clairement par l'emploi que font les Buddhistes du Sud de cette expression ; chez eux ditthê tchéva dhammé signifie « dans ce monde, « et est opposé à samparâya, « le monde futur 3; » et VAhhidhâna ppadipikâ définit le diithadhammika par « le fruit des actions en ce monde » ce qui i^evient à peu près au même, puisque l'existence de l'homme en ce monde est le fruit de ses actions antérieures.

Us éprouvent des maux, tels que la condition de Dêva, etc.] Le texte est ici un peu confus, et je crains de n'en avoir pas saisi le sens véritable; je propose maintenant de traduire ainsi : « ils éprouvent des maux tels que la présence des choses qu'ils ne désirent pas et

' Cîoiigh, SingJial. Diction, t. Il, p. i83. ^ Vadjra tchtchliêdilta, f. 4i h, comp. à Mém. de l'Acad. des sciences de S. Pétersbourg , t. IV, p. 200. ^ Turnour, EaîaniOT. of Pâli Buddh. Annals , dans

Journ. as. Soc. ofBengal, t. VII, p. 697, correspondant au texte de YAgganna sutta, dans Dîgha nikâya, f. i56 b, i. 7.

* Abhidh. ppadîp. i. I, chap. i, sect. 4, st. 3.

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