CHAPITRE V
Doués des cinq connaissances surnaturelles.] J'ai dit plus haut, chap. i, f. i, p. 291, qua f. ■^5 a. l'idée de connaissance il fallait ajouter celle de pouvoir et de faculté; il n'en faut pas moins, en traduisant abhidjhâ, conserver le mot de connaissance ; car ces facultés supérieures ne sont pas seulement le résultat d'une science éminente, elles sont encore par elles-mêmes des moyens surnaturels de connaître des choses qui restent cachées au commun des hommes. On en trouvera i'énumération à Y Appendice sous le n° XIV.
Où l'on entre par cinq voies.] Nous avons ici un exemple de l'indécision des copistes en f. 76 a. ce qui touche les voies de l'existence , dont les uns comptent cinq et les autres six , comme je le montrais tout à l'heure sur le f. yS «, p. 877. Le manuscrit de la Société asiatique a ici cinq, et les deux nouveaux manuscrits de M. Hodgson ont six.
Une patience miraculeuse dans la /oî.] L'expression dont se sert le texte est anutpattikîn f. -6 b. dharmakcJiântim. Quand j'ai traduit le Lotas, je n'avais aucun moyen d'arriver à une précision plus grande pour l'interprétation de cette expression difficile. J'hésitais même entre cette version et celle-ci : « une patience spontanée dans la loi , une patience qui n'a «pas sa naissance, dont on ne voit pas l'origine. » Aujourd'hui l'examen de l'espèce de glose dont le Lalita visiara fait sui\Te cette locution, me permet d'approcher plus près du sens véritable. Selon le Lalita vistara, la patience dite anutpattika dharma hchânti est une des portes de la loi, dont voici le résultat : vyâkaranapratilamhhâya saihvartatê , « elle con- « duit à obtenir une prédiction ^" C'est également ce qu'y voit l'interprète tibétain, d'après M. Foucaux ^ ; mais quand il traduit le nom de cette patience même par « la « soumission à la loi non encore produite , » if ne nous cht rien de bien clair. \'oici comment je m'imagine que cette formule doit être entendue. La prédiction dont il s'agit ici est, selon toute apparence, l'annonce faite à un homme qu'il naîtra un jour dans une condition déterminée d'après la nature des actions dont il est actuellement l'auteur. Avec la signification si étendue que possède le mot dharma, il n'y a rien de surprenant à voir nommer ainsi la condition ou l'état quelconque qui fait le sujet de la prédiction. Le terme de dharma ne désigne donc pas ici la loi du Buddha, mais une condition, un état, que . l'on annonce pour l'avenir à un être auquel on parle. Si c'est dans favenir que doit avoir lieu cet état , c'est qu'il n'existe pas encore , qu'il n'est pas encore né ; et voilà pourquoi le Lalita vistara, faisant rapporter anutpattika à dharma, désigne une condition qui n'est pas encore produite. La définition de ce livre signifie donc littéralement, « la patience des con- « ditions non encore nées conduit à obtenir une prédiction ; » en d'autres termes , celui qui est inébranlable aux craintes comme aux espérances de l'avenir, obtient de s'entendre annoncer dans quelle situation il devra revenir un jour à l'existence. C'est pour l'avenir, ce qu'est pour le présent, la vertu si reconmiandée chez les Buddhistes, la patience.
Si l'on fait l'application de cette analyse au texte du Lotus même , on reconnaîtra que le sens qui en résulte s'applic|ue parfaitement à l'ensemble du passage et aux Bôdhisattvas qui y sont décrits. Il est bien vrai que dans l'expression même du Lotus, citée au com-
' Lalita vistara, f. 28 6 de mon man. A. — ^ Rgva tch'er roi pa, t. U , p. àQ-
NOTES
mencement de cette note , l'épithète de « qui n'est pas né » se rapporte non plus à l'état ou à la condition, mais à la patience. La différence au fond est plus apparente que réelle. Qu'importe en effet que l'on dise « une patience de conditions non encore produite, » ou bien « une patience de conditions non encore produites; » il s'agit toujours, dans l'un comme dans l'autre cas , d'une patience qui ne doit trouver à s'exercer que dans un temps à venir. Si la patiençe n'est pas née, c'est que les circonstances dans lesquelles elle doit se produire, ne le sont pas encoi-e; et réciproquement, si les circonstances ne sont pas encore produites , la patience ne peut l'être non plus.
Le Lolita vistara définit, dans un passage voisin de celui qui précède, une autre sorte de patience dont la désignation offre avec celle dont il vient d'être question, une analogie qui pourrait tromper. Il paraît que le traducteur tibétain a cru cette seconde sorte de patience très-semblable à la première, car il l'a rendue par des termes analogues à ceux qu'il emploie pour représenter l'épithète d'anutpattika. Les deux formules sont cependant sensiblement différentes, ainsi qu'on va en juger. Voici le texte même du
Lalita vistara : Anatpâdakchântir nirôdhasâkchâtkriyâjâi sarhvartaté^. M. Foucaux
traduit d'après le tibétain : « La patience de ce qui n'est pas né. . . . conduit à mettre ou- « vertement obstacle [à la naissance^].» On voit que les Tibétains ont rendu anutpâda par « ce qui n'est pas né , » à peu près comme ils avaient rendu anutpattika par « non « encore produit; » mais on ne sent pas assez que anutpâda est un substantif, et anutpattika un adjectif, ce qui, dans des formules presque sacramentelles, ne peut être indifférent. Pour moi , gardant au mot anutpâda sa valeur de substantif, je propose de l'entendre de « l'absence de naissance , » la non-naissance. Cette formule obscure de « la patience de « la non-naissance , » paraît prise au cœur des doctrines les plus nihilistes du Buddhisme ; elle doit désigner » l'action de souffrir de ne pas naître , » c'est-à-dire , « faction de sup- " porter avec patience l'idée qu'on n'a pas à naître , ou plutôt à renaître. » Voilà pourquoi le Lalita vistara dit que cette sorte de patience « conduit à voir face à face la cessation, l'ar- « rêt, l'anéantissement » de la naissance, comme l'ajoute M. Foucaux. La seconde formule du Lalita vistara devra donc se traduire ainsi littéralement: « La patience de l'absence de " naissance. . . conduit à envisager face à face l'anéantissement. « Pour bien sentir la portée d'une telle définition , il faut se rappeler qu'elle était donnée en présence d'un système dont la transmigration était une des croyances fondamentales.
De ï anéantissement de l'ignorance vient celui des conceptions.]^ Ceci est le résumé de la théorie des Nidânas ou de l'évolution successive des douze causes considérées dans leur nirôdha, ou destruction. Il y est fait une allusion directe à la fin d'une des notes du Foe koue ki, où A. Rémusat rapporte un passage du Fa houa king, emprunté au chapitre des Comparaisons tirées des plantes^. Or le chapitre dont l'explication nous occupe en ce moment a en réalité le titre suivant : Les plantes médicinales.
' Lalita vistara, f. 22 a de mon man. A, et f. 19 a ^ ■'^S'J" tcli'er rôl pa, t. II, p. 42.
du man. de la Soc. asiat. ^ Foe houe ki, p. i65 et 166.