‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 216 sur 283 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Aa point qui est en haut.] J'avais cru pouvoir substituer le mot de en haut à celui de audessous [adhô) que donnent tous les manuscrits. Il me semblait que le seul point de l'espace où les Mahâbrahmâs n'eussent pas encore fait leur recherche , était le zénith , puisqu'il est dit positivement au f. 96 h, qu'ils se transportèrent adhô, c'est-à-dire au-dessous, ou au nadir. Mais l'accord des manuscrits qui sont unanimes en faveur de adhô, m'a engagé à examiner de plus près le texte; et j'ai reconnu que puisqu'il s'agissait des Mahâbrahmâs placés au zénith, les seuls dont le voyage n'eût pas encore été décrit, il fallait de toute nécessité que ces Dieux descendissent pour venir voir le Buddha préchant la loi. Il n'y a donc rien à changer au texte; et je prie le lecteur de substituer à la phrase - étant " parvenus au point qui est en haut » la version suivante : « étant parvenus au point qui est « au-dessous d'eux. «

Pour nous témoigner sa compassion.] Le texte se sert ici d'une locution , anukampâm upâddja, qui offrirait quelque difficulté, si l'on ne se rappelait l'observation judicieuse faite par Stenzler sur l'emploi spécial de quelques participes en tvâ et en ya, qui représentent de véritables adverbes'. Le participe adverbial upâdâya, qui littéralement interprété signifie ayant pris, employé, peut se traduire dans beaucoup de passages par a partir de, en partant de. Ainsi je trouve dans le Vinaya sûtra le texte suivant : T chakrâdînyupâdâya rathâggâni ratham pradjnapyatê. « En partant des diverses parties d'un char, telles que les roues et « autres, on a la notion d'un char^. » Il n'en est pas moins évident que le sens de cause se trouve dans ce participe , parce qu'il appartient à la même formation que le substantif upâdâna, " cause prochaine et immédiate. " J'en vois la preuve dans le passage suivant de YAlhidharma hôça vyâkhyâ, où le commentateur voulant expliquer cette expression mahâhhiitâny upâdâya, ajoute ces paroles : M ahâhhûtahêtuka ityarthah , yathêndhanam upâdâyâgnir bhavatîtyuktê indhanahêtukô 'gnir iti gamyatê. « i\yant pour cause les grands éléments: « de même que quand on dit , Ayant pour cause le bois à brûler, le feu existe , on entend « dire que lé feu a pour origine le bois à brûler^. » De même avec une négation, anupâdâya se rencontre dans le sens de « n'ayant pas pris pour cause, sans l'emploi d'aucune " cause. >i Si nous revenons maintenant à la locution de notre texte , anukampâm upâdâya , nous reconnaîtrons qu'elle signifie littéralement « ayant pris pour cause , ou ayant em- « ployé la compassion, « ce qui revient exactement à dire, par compassion. Cette locution est également usitée avec ce même sens par les Buddhistes du Sud, anukampâm upâdâya, » par compassion*. » On trouve de même kalyânakamyatam upâdâya, « par un désir ver- « tueux, par amour de la vertu ^. » Dans le Kammavâkya, Spiegel traduit upâdâya par le latin inde a, et il allègue un passage du Mahâvafhsa, où tad upâdâya signifie « d'après cela^. » 11 ne serciit sans doute pas impossible de trouver des textes où le sens fondamental de

' Stenzler, Kumàra sambhava, p. 1 29 -, Westergaard, Rad. sanscr. p. 267, r. diç.

^ Vinaya sûtra, f. i58 h.

^ Abhidiiarma kôça vyâkhyâ, f. 24 b, init. Add. f. 2 1 b. de mon man.

* Su.bha siitta, dans Dùjha nikâja, f. /[g a.

^ Pâtimôkkha, man. pâli-barman de la Bibl. nat. f. 20 a, et p. 178 de ma copie.

Kammavâkya, p. 38 ; Mahâwanso ,t. I , ch. xxiii , p. 1 4i, 1. 2.

NOTES

upâddya s'effacerait presque jusqu'à ne représenter plus que l'idée de « par rapport à, eu « égard à; » j'en alléguerai une preuve empruntée au passage suivant du Dharma pradîpikâ : Atîtam anâgatam patchtchuppannam upâdâya sahhê dhammâ sahbâ kâranâ Buddhassa Bhagdvato nânamukhê âpâtham âgatchtcJihanti. « Toutes les conditions , toutes les actions , eu égard « au passé, à l'avenir et au présent, arrivent dans la voie de la science du bienheureux «Buddhai.

f. 99 a. Qui a trois tours et se compose de douze parties constituantes.] Depuis l'impression de cette

traduction, j'avais rencontré l'expression du texte iriparivartan dvâdaçâkâram , et je croyais l'avoir traduite plus exactement ainsi : « qui en trois tours se présente de douze manières « différentes. » J'avais même essayé dans une note d'expliquer cette expression énigmatique où je voyais une allusion aux quatre vérités sublimes envisagées de trois manières différentes ^. Depuis lors je crois être arrivé sur ce point à une précision plus grande , et sans tenir pour irréprochable la traduction que j'ai donnée dans le Lotus, je la préfère maintenant à celle qui se trouve dans le tome I"de Y Introduction à l'histoire du Buddhisme. En effet, voici, ce me semble, comment on pourrait expliquer les trois tours et les douze parties de la loi. Je pense toujours que les deux expressions sont connexes, et supposant que les douze formes ou parties ne sont autre chose que les douze Nidânas ou causes de l'existence , je crois que les trois tours sont les trois manières dont les commentateurs Buddhistes du Sud nous apprennent que Çâkyamuni se les représenta, quand il eut atteint à la science parfaite d'un Buddha. Nous voyons en effet par la glose du Samanta pâsâdika vinaya, que Çâkyamuni se représenta l'enchaînement des douze causes ou Nidânas, d'abord dans l'ordre direct, qui est celui de leur production, c'est-à-dire anulôma; ensuite dans l'ordre inverse, qui est celui de leur destruction, c'est-à-dire patilôma; enfin dans l'ordre direct et dans l'ordre inverse à la fois, ce qu'il faut entendre de cette manière , que dans trois portions égales de temps il accomplit la condition de ce triple examen ^. Les trois tours sont donc relatifs à la méthode, et les douze formes ou parties constituent le fonds même de la doctrine.

Voilà la vérité des Aryas.] Lisez, « c'est là une vérité sublime. » Je prie le lecteur de vouloir bien comparer le morceau qui suit , relatif à l'enchaînement des causes successives de l'existence, avec la version et les explications que j'en ai données, dans mon Introduction à l'histoire du Buddhisme indien^. Les deux traductions ne diffèrent que par quelques mots , la dernière cependant me paraît la moins imparfaite.

f. loo a. D'eux-mêmes.] Le texte dit anupâdâya, « sans l'emploi d'aucune cause. » J'ai essayé d'expliquer cette locution ci-dessus, f. gyè^p.SSg.

' Dharma pradîpikâ, f. i 4 a.

- Intrôd. à l'hist. du Buddhisme indien, t. I, p. 82, note 1 .

• ^ Samanta pâsâdika vinaya, fol. 2 è et 3 a de mon man.

* Introd. à l'hist. du Buddh. indien, p. 488 et 489.

Page 1