CHAPITRE XIII
pusse consulter, celui de la Société asiatique, qui donne âtinahhâvân, « les corps, » au pluriel ; mais les deux nouveaux manuscrits de M. Hodgson ont au singulier âtmabhâvam , et la comparaison de la stance 60 avec la stance 61 prouve qu'il s'agit du sage qui se voit lui-même en songe occupé à expliquer la loi. Il faut donc maintenant traduire d'après ces manuscrits : " il se voit lui-même assis sur un trône. » Au reste, de ce que je rends ici âtmahhâva par « lui-même , » il n'en faudrait pas conclure que les Buddliistes n'emploient ce mot que dans cette acception restreinte. Chez ceux du Nord âtmahhâva, comme aitabhâva chez ceux du Sud, signifie également « le corps. » Le mot se présente avec ce sens dans un très-grand nombre de passages du Lotus : il me suffira donc d'en alléguer ici un exemple concluant pris à un autre livre : Yat tasyâivarhrûpa âtmahhâvah syât tadyathâpinâma suméruh parvatarâdjah. « Que s'il avait un corps tel, à savoir comme le Samêra, roi « des montagnes^ » Quant aux Bu ddhistes du Sud, il suffirait du témoignage de YAhhidhâna ppadipikâ, qui compte attabhâvapsinni les synonymes de sarira, « corps ^. » C'est dans ce sens que Mahânâma parle de la dernière existence de Çâkyamuni , avant qu'il vînt au monde comme fils du roi Çuddhôdana : véssantarattahhâvê ihito, « quand il était dans le corps de « Vêssantara^. » On sait en effet que Vêssantara est, chez les Buddhistes de Ceylan, le nom d'un personnage sous la figure duquel l'àme de Çâkyamuni parut au monde. Sous ce nom , qui répond au sanscrit Vâiçyântara et qui fait allusion à la caste des Vâiçyas dont il sortait, l'être privilégié qui devait être plus tard un Buddha remplit d'une manière héroïque les devoirs de l'aumône en abandonnant comme offi:-ande religieuse ses trésors , sa femme et ses enfants*. Quant à ce qui regarde le mot âtmahhâva et attahhâva, objet piincipal de cette note, on le rencontre fréquemment avec cette acception même de corps, dans les légendes publiées par SpiegeP.
^ Vadjra tchtchhcdika, f. 28 a.
- Abhidhâna jjpadipihâ,]. I, chap. u, sect. 5, st. 7 ; Clough, p. 17.
' Mahâvamsa tîkâ, L ià h. .
^ Clough, Singhalese Diction, t. II, p. 670 et 674. On trouve une analyse succincte de cette légende qui jouit à Ceylan d'une grande célébrité, dans un petit opuscule intitulé The miniatare oJBaddhism, p. 4 et 5 , qui parut à Londres en i833 , et qui avait pour but de décrire un temple buddbique transporté de Ceylan à Londres par quelques Buddhistes de
cette île. Les Singhalais qui avaient conçu l'idée de cette spéculation , étaient possesseurs d'un assez grand nombre de manuscrits qu'ils mirent en vente; je fus assez heureux pour en obtenir un petit nombre , mais à des prix singulièrement élevés. Ces manuscrits font la base de ma collection buddhique singhalaise. Le Vêssantara djâtaka ne se trouve pas parmi ces ouvrages; mais la Bibliothèque nationale en possède un exemplaire en pâli avec une traduction barmane.
^ Anecduta pâlica, p. 19, 2 4, 62 et 72