CHAPITRE XXÏI
// se forma un nuage de santal de l'espèce dite Kâlânusâri.] J'avais manqué le sens de f. 2i3 a. cette phrase, parce que j'ignorais que kâlânusârin désignât le benjoin, et que je faisais de ce mot un synonyme de kâUjaka ou kâlika, le santal noir'. Voici maintenant le sens littéral que donne le texte : « Il tomba une pluie de santal de l'espèce dite Uragasâra, qui 1 était versée par un nuage de santal et de benjoin. » Au reste, il serait possible que, pour les Buddhistes , le mot kâlânusârin ait désigné aussi « le santal noir ; " c'est du moins de cette manière que l'entendent les traducteurs tibétains du Lalita vistara. Ainsi dans ce sage : Bôdhisattvasya pûdjâkarmanô hâlânusâryacjuramêgham abhinirmâya uragasâratchandanatchûrnavarcham ahhipravarchanti sma. « Ayant créé miraculeusement un nuage d'aloès et de « Kâlânusârin, ils firent tomber une pluie de poudre de santal Uragasâra-. "M. Foucaux traduit d'après les Tibétains, « un nuage d'aloès accompagné de santal noir^. » Quant au nom du santal Uragasâra, « essence ou cœur de serpent, » je puis maintenant ajouter un plus haut degré de précision à la note que j'avais écrite dans mon Introduction a l'histoire du Buddhisme indien, à l'occasion du santal Gôçîrcha'^. Je conjecturais que cet Uragasâra devait être ainsi nommé , parce que les serpents aiment à se retirer dans les cavités du tronc des santals; ce point me paraît maintenant hors de doute, et ma conjecture est confirmée par l'existence d'un nom analogue usité en singhalais pour désigner le santal, celui d'Uraggapriya, « cher aux serpents. » Cette dernière épithète exprime d'une manière formelle l'idée indiquée un peu plus vaguement par le mot Uragasâra, « qui a pour essence ou substance « les serpents. » Schiefner, dans sa vie de Çâkyamuni composée d'après des textes tibétains, cite divers passages oii il est question de cette espèce de santaP. Le même auteur a su appliquer la notion du santal nommé Gôçîrcha, « tête de bœuf ou de vache, » à la correction d'un passage du Foe koue M que A. Rémusat traduisait d'une manière un peu obscure, « il fit sculpter une tête de bœuf en bois de santal, de manière à représenter une image « de Foe^\ » il est évident qu'il fallait dire, « il fit sculpter une représentation de Foe en « bois de santal de l'espèce dite tête de hœuf. »
Doué de mémoire et de sagesse.] J'ai essayé d'établir ci-dessus, chap. ii, f. 18 b, p. 3/42., qu'on pouvait aussi traduire « ayant l'esprit présent, ayant toute sa connaissance. "
' Lassen, Indische Alterthumskun.de, t. I, p. 287, ' Voy. t. I, p. G19 et 620.
note 1 . ° Schiefner, Eine tibet. Lehensbeschreibmuj Çâkya-
* Lalita vistara, cLap. xx, f. i54 b, man. A. munis, p. 98.
^ Bgya tch'er rolpa, t. IF, p. 283. Foe koue ki, p. 172.
NOTES
De mille billions, etc.] C'est ià un exemple de ces nombres énormes, dont j'ai étudié deux séries, au n° XX de V Appendice, à l'occasion d'un passage du chap. wii, f. i85 a. Les nombres qui figurent ici sont Kamkara, Vimhara et Akchôbhya. Ce sont des termes sanscrits , mais le premier n'est pas , selon Wilson , employé à la désignation d'un nombre dans la langue classique. Le second, Vimhara, rappelle le nom d'une plante, le sinapis dichotoma, qui par l'abondance et la finesse de ses graines fournit une bonne similitude pour un nombre très-élevé. On sait que cette similitude même est positivement employée dans de nombreux passages des textes buddhiques , et que même , dans ceux de Ceylan , elle sert de base à une fausse étymologie du mot Kalpa, « période de création, » que j'ai rapportée plus haut'. Le troisième des noms de nombre cités ici est Y Akchôbhya, mot qui signifie « immobile , qui ne peut être agité. » Si le lecteur veut bien se reporter à la note que je cite en ce moment, il verra que ces trois noms de nombre Kamkara, Vimhara et Akchôbhya se succèdent dans le même ordre sur la liste que j'ai empruntée au Lalita vistara; le Kamkara ou Kagkara est l'unité suivie de treize zéros ou mille billions; le Vimhara ou Vivara est l'unité suivie de quinze zéros ou cent mille billions; et Y Akchôbhya est l'unité suivie de dix-sept zéros ou cent quadrillions.
A la hauteur de sept empans.] Il vaut mieux prendre, comme les Tibétains ^, tdla dans le sens de palmier que dans celui d'empan; une hauteur de sept palmiers peut seule placer le Bôdhisattva de niveau avec un édifice aussi élevé que celui qu'indique le texte.
Au sommet d'une maison à étages élevés.] Le mot que je paraphrase en ces termes est kûtâgâru que Wilson traduit ainsi : « chambre supérieure, appartement placé au sommet d'une -i maison , » c'est également la signification que les textes pâlis assignent àce terme^. Il signifie littéralement, « maison, habitation du toit, » comme l'a bien traduit Lassen**, et âgâra y est synonyme de notre mot français appartement. Mais les lois de la composition ne s'opposent pas à ce qu'on voie dans ce mot le sens de « maison en pointe; » il paraît même que les Barmans vont plus loin encore, puisqu'ils désignent quelquefois par le composé Kâtâgdra ces pointes ou flèches qui servent d'ornement aux toits des maisons et aux tours des édifices religieux ou royaux^.
Il faudra élever plusieurs milliers de Stûpas.] On sait que le mot de stupa désigne les masses de pierres en forme de coupole qu'on élève au-dessus des reliques d'un Buddha; j'ai résumé ailleurs ce qu'on connaît de plus positif sur ces monuments qui sont devenus la source de tant de belles découvertes numismatiques*^. Je me contente d'ajouter ici que, suivant la tradition des Buddhistes du Sud, ce ne sont pas les seules reliques des Buddhas qui ont le privilège d'être conservées sous ces grandes constructions. Je trouve à ce sujet
' Ci-dessus, ctap. i, f. lo 6^ p. 82/1. ^ Bgjci tch'er roi pa, t. II , p. 1 5 et pass. ^ Nêmi djâtaka, f. 4o a, man. BiM. nat. et p. 278 de ma copie.
'' Indische Alterthumsk. t. II, p. /121, note à. ' Nêmi djâtaha, f. 43 a, et p. 297 de ma copie. " Inlrod. à l'hist. da Buddh. indien, t. I, p. 348 et suiv.