‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 255 sur 283 · L ALITA VISTARA · texte numérisé non relu

L ALITA VISTARA

TOCiBnLAir.E PBNTAGLOTTE.

DHÂRMA SANGGRABA.

LAKCHANA SUTTA C.

LAKCHANA SUTTA.

UAQÂPADnÂNA SUTTA.

DBABMA PRADÎPIKA.

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On voit maintenant de quelle nature sont les ressemblances et les différences, quant à la disposition des caractères dans ces diverses listes comparées entre elles. Les trois pre-

APPENDICE. — N" VIIL

niières listes sont empruntées à des ouvrages rédigés en sanscrit; les quatre autres, qui paraissent ici pour la première fois, le sont à des livres faisant autorité chez les Buddhistes de Ceylan , livres rédigés en pàli , et dont deux sont des Suttas. De ces sept listes, les quatre dernières se suivent avec une régularité presque parfaite; sauf un seul caractère omis vraisemblablement par le copiste du Mahâpaclhâna suita, et que j'ai indiqué par un zéro, ces quatre listes peuvent passer pour émanées d'un même original. Comparées aux trois autres listes, à celles du Nord, qui ont été écrites en sanscrit, elles offrent des ressemblances et des différences qu'il importe de noter. Les ressemblances sont frappantes entre les listes de Ceylan et celle du Dharma saggraha qu'a publiée M. Hodgson. Ainsi ces listes commencent toutes également par la description des parties inférieures du corps, et c'est aussi de cette manière que commence l'énumération de M. Hodgson. Malgré quelques déplacements , cette liste marche de pair avec celles du Sud ; et ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que là où les listes du Sud diffèrent de la liste du Lalita vistara par la substitution d'un caractère, l'énumération de M. Hodgson en diffère aussi de la même façon. Une fois cette énumération mise de côté et ramenée au type des listes de Ceylan , les différences ne subsistent plus qu'entre ces listes d'un côté et le Lalita vistara et le Vocabulaire perdaglotte de l'autre. J'attache, je l'avouerai, beaucoup moins d'importance au Vocabulaire pentaglotte qu'au Lalita vistara : quoi qu'on ait pu dire de ce recueil , ce n'est qu'une compilation extrêmement fautive ; et un ouvrage de ce genre ne peut balancer l'autorité des textes originaux , soit sanscrits , soit pâlis. Reste donc le Lalita vistara , qui diffère des listes du Sud et par la disposition générale des caractères , en ce qu'il place au premier rang les parties supérieures du corps , et par l'adoption de quelques caractèi'es qui dans les listes du Sud, sont représentés par d'autres attributs. Cela se remarque aux n"* 2 et 3, ainsi qu'au n" 2/i du Lalita; de son côté le Vocabulaire pentaglotte se tient assez près du Lalita, puisqu'il ne s'en éloigne qu'au n" 3 et au n° 18. Quelques mots feront voir de quelle nature sont ces divergences.

En analysant le n° 1 du Lalita, j'ai montré que le caractère qu'il exprime, savoir : « ses •< cheveux qui tournent vers la droite sont bouclés, d'un noir foncé, » quoique manquant aux quatre listes pâlies et à celle du Dharma saggraha, ne devait pas être considéré comme réellement absent de ces listes, puisque, sauf la substitution du mot poils au mot cheveux, il se retrouve dans les articles des autres listes qui sont analogues au n° 22 du Lalita vistara. Il résulte de cette observation, que le Lalita vistara et aussi le Vocabulaire pentaglotte qui l'imite, dédoublant un caractère qui pour les cinq autres listes reste unique, il y a lacune d'un caractère, non pas pour ces cinq listes, mais pour le Lalita vistara et pour le Vocabulaire pentaglotte.

Au n" 3 du Lalita vistara, « Il a le front large et uni, » correspond un autre caractère dans les six autres listes ; cependant ici encore la lacune ne doit pas être imputée à ces listes, mais bien au Lalita vistara, qui place parmi les trente-deux signes de la supériorité physique , un caractère appartenant aux quatre-vingts marques secondaires nommées anuvyandjana; c'est ce c|ue nous reconnaîtrons tout à l'heure sous le n° 70, en passant en revue ces caractères. Nous constatons donc une seconde lacune dans la liste du Lalita vistara.

On n'en peut plus dire autant du n° 2/i du Lalita vistara, que suit le Vocabulaire pentaglotte, savoir : « Il a les cuisses parfaitement rondes; «j'ai conjecturé que ce caractère devait avoir été confondu par les autres listes avec le caractère suivant, qui assimile les jambes d'un homme supérieur à celles de l'antilope femelle^. Ainsi le Lalita vistara et le Vocabulaire pentaylotte donnant un caractère qui manque dans les autres listes , constatent pour ces listes la lacune d'un caractère.

En résumé, quand on compare la liste du Lalita vistara avec les cinq autres listes, celles des Népalais et des Singhalais (car je Icdsse à dessein de côté le Vocabulaire pentaglotte qui se range auprès du Lalita), on trouve que la plus grande différence qui existe entre le Lalita et ces listes, c'est l'omission de deux caractères qui manquent dans le Lalita, tandis que ces listes les possèdent, et l'omission dans ces listes d'un caractère par la confusion de deux attributs en un seul.

Ainsi la liste du Dharma saggraha donne sous le n° 8, Ridjugâtratâ , caractère qui dans les autres listes se trouve sous la forme suivante : Lc5, L5, M i4, Di5 Brahmudjdjagattô. Ce caractère doit signifier : « Il a les membres droits comme Brahmà. » La liste de M. Hodgson se contente de dire : « Il a les membres droits. » Le Lakkhana sutta ajoute quelques mots pour éclaircir cet article : Brahmaviyudjdju subhô sadjâtvgattô. « Comme 0 Brahmâ, il est droit, beau, il a les membres bien formés. » L'accord des listes de Ceylan avec le Dharma saggraha prouve la parfaite authenticité de ce caractère ; il doit donc être rétabli dans la liste générale. Et quant à la divergence qu'offrent ici le Lalita vistara et le Vocabulaire pentaglotte, elle s'explique va-aisemblablement pour le second recueil par le peu de soin avec lequel il a été exécuté , et pour le premier, parce que quand il parle des trente-deux caractères, il n'en donne pas, comme je l'ai cru remarquer, une énumération technique, mais seulement un exposé général et presque oratoire, qui vient à l'occasion de la naissance du Buddha.

Au n° i4 de la liste du Dharma saggraha nous trouvons suvarriavarnatâ ; à cet article répondent, dans les Ustes suivantes, V19 savarnnatchtchhavih , Lci3, L12, Mio, Di 1 suvarinavannô. Ce caractère signifie : « Il a la couleur de l'or u ou " l'éclat de l'or. )> Le Lakkhana sutta ajoute quelques mots pour donner plus de précision à ce caractère : Kantchanasannibhattatchô kanakatanunibhô. « Sa peau a l'éclat de l'or, il ressemble à un corps d'or. » J'ai montré, en analysant le n° 17 du Lalita vistara^, que ce dernier ouvrage n'avait pas omis entièrement ce signe , puisqu'il l'avait confondu avec l'article relatif au lustre de la peau. Il est certain qu'on n'en comprendrait pas aisément l'omission , car il est de première importance, sous le rapport ethnographique et religieux à la fois. Déjà M. Rémusat avait montré combien cette définition d'une peau de couleur d'or convenait au teint des Hindous en général , et c'était un de ses meilleurs arguments contre l'hypothèse africaine Aujourd'hui nous pouvons ajouter que les artistes sectateurs de Çâkyamuni ont pris au propre cette description, et que les statues et les représentations graphiques des Buddhas sont positivement dorées, tant dans les pays voisins de l'Inde septentrionale, qu'à Ceylan et dans l'Inde transgangétique. C'est ce qui explique la dénomination de l'homme d'or, qui

' Voy. ci-dessus, p. 572. — - Voy. ci-dessus, p. 568. — ^ Mélanges asiat. t. I, p. io4.

joue un rôle très-important dans l'histoire des premières communications des Religieux indiens avec la Chine.

J'ai dit tout à l'heure qu'en ce qui regarde les listes du Sud, je supposais que le n° 2/i du Lolita vistara y était omis; de sorte qu'en résumé, et pour en finir avec ces détails qui ont pu fatiguer l'attention du lecteur, il y aura un caractère à réintroduire dans les listes du Sud, et deux à replacer dans les listes du Lalita et du Vocabulaire pentaylotte. Pour les listes du Sud, on trouvera la place nécessaire en réunissant en un seul attribut les n"' 2 3 et 2/4 de L, 26 et 3 1 de Le, 22 et 23 de M, etc. Pour l'énumération du Lalita vistara, on supprimera le n" 3 qui appartient aux signes secondaires dits Anuvyandjana, ce qui fera une place ; et en réunissant en un seul article les n°' 2 et 2 2 , on aura la seconde place nécessaire. Quoique ces légers changements ne soient que des conjectures , je suis porté à croire qu'ils nous conduisent bien près de la vérité.

Les trente-deux Lakchanas, ou signes caractéristiques d'un grand homme, que nous venons d'examiner, occupent une place considérable dans le système religieux du Buddhisme primitif, puisqu'en les reconnaissant sur la personne de leur maître, les disciples de Çâkya en ont fait comme le présage et la condition de sa grandeur. 11 existe, à cet égard, un texte classique annonçant la destinée promise à l'homme assez heureux pour porter ces précieuses marques. Ce texte est vulgaire dans les deux écoles, dans celle du Nord comme dans celle du Sud , et de plus il est ancien , puisqu'il ne peut se trouver à la fois dans l'une et dans l'autre, sans être antérieur à l'époque de leur séparation. Il tient si intimement à l'énumération des trente-deux signes caractéristiques de la supériorité humaine, qu'il n'en peut être séparé; il en marque, en quelque façon, le terme et le but.

Au chapitre troisième du Lalita vistara, à l'endroit où il est question de la naissance future du Bôdhisattva, le narrateur annonce que le Bôdhisattva sera doué des trente-deux signes caractéristiques d'un grand homme, et qu'en conséquence sa destinée sera double. Voici ce texte même , d'après nos manuscrits : Sa dvâtrimçafâ mahdpiiruchalakchanâih samanvâgaiô hhavati yâih samanvâgatasya dvé gati hhavatô na trïtîyâ. Sa tchéd agâram adhyâvasati râdjâ hhavati tchakravartî tchataraggô vidjitavân dhârmikô dharmarâdjah saptaratnasamanvâgatah; tasyêmâni saptaratnâni bhavanti; iadyathâ tcKakraratnaih hastiratnam açvaratnam striratnam maniratnani grïhapatirataam parinâyakaratnam êva saptamam ^. « Il est doué des >< trente-deux signes caractéristiques d'un grand homme; or, pour celui qui est do.ué de " ces signes, s'ouvrent deux voies et non trois. S'il préfère le séjour de la maison, il de- « vient un roi Tchakravartin , ayant une armée composée de quatre corps , victorieux , juste , " roi de justice, possesseur des sept joyaux. Voici maintenant quels sont les sept joyaux «qu'il possède; ce sont : Le joyau de la roue, le joyau de l'éléphant, le joyau du cheval, « le joyau de la femme, le joyau de la pierre précieuse, le joyau du maître de maison, " et le joyau du général, qui fait le septième. » Le Lalita vistara expose ensuite ce qui se rapporte à chacun de ces objets précieux formant le trésor d'un roi Tchakravartin : j'omets à dessein ce développement, que le lecteur trouvera dans la traduction française de

' Lolita vistara, f. 9 et 10 a du manuscrit A, et Rgya tch'er roi pa,t. II, p.

M. Foucaux; je me contente d'en extraire le détail relatif aux fils du roi Tchakravartin, parce qu'il se retrouve presque mot pour mot dans la rédaction des Buddhistes du Sud : Ebhih saptaratnâih samanvâgatô hhavichyati tchâsya pnirasahasram hhavati sûrânâfii vîrânâm varâggarûpinâm parasâinyapramardakânâih; sa imâth mahâpriihivîni sasâgaraparyantâm akhilâm akanthakâm adandénâçastrênâbhinirdjityâdhyâvasati ^. « Ce sont là les sept joyaux dont « il est doué ; et il aura mille fils , braves , héros , ayant une forme et des membres parfaits , « sachant écraser les armées de leurs ennemis. Pour lui, il réside [dans la maison], après avoir soumis la grande terre dans sa totalité jusqu'aux limites de l'Océan, sans y laisser « d'épine, et en n'employant ni le châtiment, ni le glaive. » Si au contraire il renonce à la vie du monde , voici la destinée qui lui est promise : Sa tchéd agdrâd anagârihâm pravradjichyati vâniatchliandarâgô nêtâ ananyadêvah çâstâ dévânâiitcha manuchyânâiitcha ^. " Mais s'il sort de la maison pour se faire mendiant, alors vide de passions et de désirs, « devenu le guide [du monde], ne reconnaissant pas les autres Dieux, il sera le précepteur " des Dieux et des hommes. » Le lecteur exercé reconnaîtra ici autant d'expressions consacrées qui reviennent toujours les mêmes quand il est question de ce sujet.

Voici maintenant de quelle manière les Suttas pâlis expriment ces mêmes idées; on les retrouve plusieurs fois répétées dans le DîgJia nikâya, notamment dans \ AmhhaUha sutta, et dans le Lakkhana sutta, c'est-à-dire dans le Satta relatif aux signes mêmes qui nous ont occupés et dont il s'agit d'exposer l'effet. Ce dernier texte est ainsi conçu : Dvattimsa bhikkhavé mahâpurisassa lakkhanâni yéhi samannâgatassa mahâpiirisassa dvê gatiyô hhavanti anannâ; satché agâram adjdjhâvasati râdjâ liôti tchakkavattî dhammikô dhammarâdjâ tchâturantô vidjitâvî djanapadatthâvariyappatlô sattaratanasamannâgatô. T assimâni satta ratanâni hhavanti séyyathîdam tchakkaratanam hattliiratanam assaratanam maniratanam itthiratanam gahapatiratanam parinâyakaratanam êva sattamam. Parôsahassafh khôpanassa puilâ lhavanli sârâ vîraggarûpâ parasênappamaddanâ. Sô imam pathavim sâgarapariyantam adandêna asatthéna dhamména ahhividjîy a adjdjhâvasati. Satché khôpanâgârasmâ anagâriyam pahbadjdjati arahafh hôti sammâsambuddhô làkê vivattatchtchhaddô^. « Il y a, ô Religieux, ti'ente-deux signes ca- « ractéristicpies d'un grand homme; le grand homme qui en est doué voit s'ouvrir devant "lui deux voies et non une autre. S'il préfère le séjour de la maison, il devient un roi (1 Tchakkavatti , juste, roi de justice, maître des quatre points de l'horizon, victorieux, « ayant acquis la propriété des campagnes, possesseur des sept joyaux. Voici maintenant " quels sont les sept joyaux qu'il possède; ce sont : le joyau de la roue, le joyau de l'élé- « phant, le joyau du cheval, le joyau de la pierre précieuse, le joyau de la femme, le joyau « du maître de maison, le joyau du général, qui fait le septième. Il a plus de mille fils, " braves , ayant la forme et les membres des héros , sachant écraser les armées de leurs « ennemis. Pour lui, il réside [dans la màison], après avoir soumis cette terre jusqu'aux <i limites de l'Océan, en n'employant ni le châtiment, ni le glaive, et par la justice seule.

' Lalha vislara, f. 12 t du man. A; man. Soc. asiat. f. 1 1 a; Rgya tch er roi pa, t. Il, p. 20.

- Lolita vislara, {. 12 h du man. A; f. 11 a du man. Soc. asiat. et Rgja Ich'er roi pa, t. Il, p. 20.

^ Lakhliana sutta, dans Dîgh. nih. f. 166 h; Amballha sutta, ibid. p. 2 4 a; Mahâpadhâna satta, ibid. f. 69 b et 70 a. On voit, par l'identité des expressions, qu'il s'agit ici d'un type conventionnel.

«Si au contraire il sort de la maison pour se faire mendiant, alors il devient Arhai, » parfaitement et complètement Buddha, n'ayant que du dégoût pour le monde. »

Il est impossible de méconnaître l'identité fondamentale de ces deux exposés ; il est évident qu'ils partent tous deux d'un même original. Les dilférences de rédaction que l'on remarque entre la formule sanscrite et la formule pâlie s'expliquent aisément par la différence des temps et des lieux; elles ne portent pas d'ailleurs sur des points importants. Si même nous possédions des manuscrits plus anciens, il est quelques-unes de ces différences dont on pourrait découvrir directement l'origine. Passons-les rapidement en revue. Dans la rédaction sanscrite, parmi les épithètes du roi Tchakravartin , nous trouvons le titre de tchaturagga, auquel on ne peut guère assigner d'autre sens que celui de » ayant les quatre « corps d'armée. » Dans la rédaction pâlie, au contraire, on lit tchâturanta, mot où l'allongement de la voyelle, marque de dérivation, semble annoncer un adjectif d'une composition plus perfectionnée que le tchaturagga sanscrit; littéralement cette épithète signifie seulement ceci : « celui qui a les quatre extrémités , >■ c'est-à-dire , comme le disent les Brahmanes avec d'autres mots, « celui qui est vainqueur de l'univers jusqu'aux quatre coins de « l'horizon. » Les deux expressions ne sont pas grandement éloignées l'une de l'autre; car il faut que le monarque souverain soit à la tête d'une armée composée , selon les idées indiennes, de quatre corps de troupes, pour porter la victoire jusqu'aux limites de l'univers. Eh bien , je ne doute pas que cette différence elle-même ne disparût dans quelqu'une de ces anciennes écritures que la sagacité de J. Prinsep a si heureusement déchiffrées. Si le lecteur exercé veut bien se remettre sous les yeux la forme du t et celle du g dans les inscriptions de Piyadasi et dans celles des cavernes de l'ouest de l'Inde , il reconnaîtra qu'il n'y a rien de si facile à confondre que ces deux consonnes, surtout lorsqu'elles forment la seconde partie d'un groupe. On a donc pu lire très-facilement tchâturanta pour tchaturagga, et réciproquement. Quant à moi, je crois que la leçon la meilleure et la plus authentique doit être celle de tchaturagga.

Dans la rédaction sanscrite nous ne voyons pas de trace de cette épithète curieuse de djanapadatthâvarijappatta , qui veut dire littéralement, « qui a acquis la propriété immobi- " lière des campagnes. «Serait-ce que cette épithète aurait été ajoutée plus tard, à Ceylan peut-être, et sous l'influence d'un système qui attribuait aux rois la propriété exclusive des terres ?

Parmi les épithètes des mille fils du monarque souverain, nous trouvons dans la rédaction sanscrite vîrânâm varâggarûpinâm, « héros, ayant une forme et des membres par- « faits , » et dans la rédaction p3L\ie,vîraggarûpâ, « ayant la forme et les membres des héros. ■> Il est bien évident que ces deux leçons sortent l'une de l'autre, soit par développement, soit par contraction. La seconde supposition me paraît la plus vraisemblable, et j'aime mieux croire que viraggarûpâ est une contraction plus ou moins factice de vîrâ varâggarâpinah , que d'admettre que cette seconde leçon s'est développée postérieurement à la première.

Enfin la dernière et peut-être la plus singulière des différences que présentent nos deux textes, c'est que la version pâlie a tchhadda au lieu de tchhanda, c'est-à-dire vomissement

au lieu de désir. Lorsque l'homme prédestiné à l'une des deux destinées supérieures dont il a été parlé, devient Buddha, le Lolita vistara le désigne par cette épithète vântatchhandarâga, qui signifie littéralement , « celui qui a vomi tout désir et toute passion. » Cette image un peu crue, mais familière aux Indiens, a laissé sa trace dans la rédaction pâlie; toutefois elle s'y est transformée d'une manière bizarre : les termes que j'ai traduits par « n'ayant que du dégoût pour le monde, » lôkê vivattatchhaddô , signifient mot pour mot, « cui vomitas excitas erga mundum. » Ici encore, il semble que la version pâlie résulte du texte sanscrit, ou mal lu, ou bouleversé dans ses termes: de vanta vient vivatta; de tchhanda, tchhadda; et peut-être lôké n'est-il que la transformation de râga. Le sens qui résulte de cette nouvelle rédaction du texte n'est pas fort éloigné de celui que donne la version sanscrite; mais il en diffère en ce qu'il est obtenu d'une manière indirecte et au moyen d'une expression tourmentée, tandis que la version du Lalita vistara est aussi simple pour le fond que pour la forme. Il se peut qu'ici encore on doive recourir à une cause première aussi peu importante que la figure des lettres. Le double dda et le nda se ressemblent considérablement dans l'écriture singhalaise; on en doit dire autant du double tta et du nta. Il ne serait donc pas impossible que la rédaction du texte pâli , tel que nous le possédons actuellement, n'eût eu lieu que postérieurement à l'arrivée des écritures canoniques à Ceylan, et que consignée d'aJjord dans un caractère bien moins arrêté que le sanscrit de nos jours, elle eût subi plus tard, par le fait des copistes ou des lecteurs, les modifications que je crois pouvoir rapporter à la confusion de quelques signes plutôt qu'à la différence des écoles.

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