Il a les sourcils noirs. 56. Sourcils allongés
6à- Pînagandah; DZi2 paripunnakapôlatd. Ce caractère signifie, « Il a les joues pleines; » les Tibétains disent, « Il a le cou gros; » d'où l'on peut conclure qu'ils avaient sous les yeux un texte différent du nôtre, peut-être un texte où on lisait ghâtâ, « le derrière du col, la " nuque. » La liste singhalaise est la seule qui reproduise cet attribut , et en des termes qui ne permettent aucun doute sur sa valeur, « La qualité d'avoir les joues parfaitement « pleines. »
65. Avichamagandah . Ce caractère signifie, « Ses joues ne sont pas inégales. » Ici encore les Tibétains disent Je cou, comme à l'article précédent. Je ne trouve ce caractère dans aucune de nos autres listes.
66. Vyapagatagandadàchah. Ce caractère signifie, « Ses joues ne pi'ésentent aucune im- « perfection. » Les Tibétains voient encore ici le cou; ce caractère ne se trouve d'ailleurs pas plus que le précédent dans mes trois autres listes.
67. Anupahatakrachtah . Ce caractère signifie, « Il est à l'abri de l'injure et du blâme. » Les Tibétains disent d'une manière différente : « Son aspect n'annonce ni la menace ni la « colère ; » ou ils ont eu un texte qui ne ressemblait pas au nôtre , ou ils ont admis un changement de sens un peu fort, en traduisant anapahata par « celui auprès duquel on ne 0 trouve pas la menace, » et anupakruchta par « celui auprès duquel on ne rencontre pas la " colère. » Notre texte se prête à une interprétation plus littérale qui revient à dire que l'irréprochable perfection de sa personne le met à l'abri de ces injures et de ces outrages auxquels sont exposés les hommes qui ont quelque défaut corporel. Je ne trouve ce caractère dans aucune de nos autres listes. Je remarque seulement dans la liste népalaise, sous le n° 69, un terme comment^ant par anupahata, et ainsi conçu, anupahatakarnêndriyatâ, " la qualité d'avoir l'organe de l'oreille sans aucun défaut, » C'est l'énoncé que le Vocabulaire pentaglotte lit fautivement, sous le n° 71, anupahatakarnintrajah. Ne serait-il paspos-
sible que les deux rédactions anupahatakruchta et anupahatakai'nêndnya aient eu pour base première un même original? Je ne saurais dire cependant quel il a dû être, quoique j'incline ici en faveur de la liste népalaise et du Vocahalaire pentaglotte. On voit que nous aurions besoin d'un plus grand nombre de manuscrits pour nous fixer sur cet article.
68. Suviditêndriyah. Ce caractère signifie, «Ses organes sont parfaitement éclairés,» c'est-à-dire que ses organes , dont l'action n'est viciée par aucune imperfection , lui donnent une instruction sûre et positive. Les Tibétains traduisent, «11 a les sens parfaitement « domptés; » ce qui est peut-être un peu moins exact, mais ce qui suppose pour original suvinitêndnyah : qui sait même si ce n'est pas la meilleure leçon ?
69. Suparipûrnéndriyah. Ce caractère signifie, «Ses organes sont parfaitement accom- « plis. » Les Tibétains , d'après M. Foucaux , en donnent une interprétation qui prouverait qu'ils ont eu sous les yeux un texte très-différent de celui de nos trois manuscrits : « Il «porte vraiment sur le front le cheveu parfaitement accompli;» sur quoi M. Foucaux ajoute en note : «Sanscrit ûrnâ, cheveu au milieu du front des Buddhas , annonçant la « puissance et la grandeur ^. » J'avoue que je ne trouve dans nos manuscrits du Lalita vistara ni les éléments de ce sens , ni ceux de la note qui l'accompagne. Ce n'est pas le substantif ûrnâ qui paraît dans ces manuscrits, mais l'adjectif paripûrna, « accompli , complet; » cela ne peut faire l'objet d'un cloute. Puis ûrnâ, en supposant qu'il en fût question ici, ne désignerait pas le cheveu placé au milieu du front dont il est parlé dans quelques légendes ; c'est, comme l'indique le sens ordinaire du mot, un duvet laineux qui croît, non au milieu, mais au bas du front, entre les deux sourcils : c'est en un mot ce cercle de poils dont les Tibétains eux-mêmes reconnaissent l'existence parmi les trente-deux Lakchanas, ou caractères d'un grand homme ^. Appeler ce cercle de poils un cheveu placé au milieu du front, c'est prendre l'un pour l'autre deux caractères très-différents; et l'on a peine à comprendre comment les interprètes tibétains ont pu tomber dans une telle confusion. Quant au caractère même qui fait l'objet de cet article, il ne reparaît dans aucune de nos trois autres listes.
70. Saggatamukhalalâtah. Ce caractère signifie, «Il a la face et le front en harmonie « l'un avec l'autre ; » ou , comme le disent les Tibétains , « Son visage et son front s'accordent « bien ensemble. » Je ne rencontre pas cet attribut dans nos autres listes ; cependant on y trouve un ou plusieurs caractères tirés du front. Ainsi la liste singhalaise en a un qui est placé sous le n" 5 1 , âyataputhulalâtasôbhatâ , « la beauté d'un front grand et large ; » c'est le n° 73 du Vocabulaire pentaglotte : sritulalâiah pour prïthuJalâtah , «il a le front large,» et le n° 71 de la liste népâlaise, prïthulalâtatâ , « la qualité d'avoir un front large. » Outre ce caractère, nous avons encore dans le Vocahalaire pentaglotte , sous le n° 72 , suparinatalalâtah, « 11 aie front bien arrondi, » à quoi correspond le n° 70 de la liste népâlaise, aparisthanalalâtatâ, mais ce dernier énoncé doit être fautif; du moins il m'est impossible de
' Rgja tch'errol pa,t. II, p. 109. — - Ibid. t. II, p. 171, et ci-dessus, p. 563, n°
rien faire de a-paristhana-lalâtatd. Cette leçon est très-probablement une faute pour suparinata, que je viens d'expliquer. On a vu plus haut que le Lalita vistara avait placé un caractère analogue au nombre des trente-deux Lakchanas et sous le n° 3 ^
71. Paripûrnôttamâggah ; VyA Suparipnrnôttamâfhgah ; H72 Saparipûriiôttamârhgatâ ; D5o tchhattanihhatchdrasirasatâ. Ce caractère signifie , « Il a la tête bien développée, » comme l'ont exactement vu les interprètes tibétains. Il faut qu'il se soit introduit quelque déplacement dans la version chinoise du Vocabulaire pentaglotte , pour qu'Abel Rémusat ait traduit ainsi cet attribut : « cheveux d'un noir bleuâtre comme la pierre d'azur^. » Deux listes sur trois reproduisent unanimement ce caractère ; l'énumération singhalaise en donne seule une approximation assez éloignée : " La qualité d'avoir la tête belle et sem- « blable à un parasol. »
72. Asitakéçah ; H73 bhramarasadrïçakéçatâ ; D72 sanîlakésatâ. Ce caractère signifie, « 11 « a les cheveux noirs, » comme l'ont entendu les Tibétains. Il manque dans le Vocabulaire pentaglotte, et les autres listes en donnent des équivalents qui diffèrent dans les termes, mais qui ont en définitive la même valeur. La liste népâlaise signifie , « La qualité d'avoir « les cheveux semblables à l'abeille (noire); » et la liste singhalaise doit se traduire, « La « qualité d'avoir les cheveux très-noirs. »
73. Sahitakéçah ; Djà sasanthânakêsatâ. Ce caractère signifie, « Il a les cheveux égaux, » ou , comme le disent les Tibétains , « Sa chevelure est égale. » Il manque dans le Vocabulaire pentaglotte et chez les Népâlais; mais les Singhalais le reproduisent avec cette variante dans l'adjectif que j'ai signalée plus haut sur le premier des articles, le n° 5g, qui est relatif à l'égalité des sourcils. C'est là que j'ai montré comment sahita devait signifier « appa- «reillé, » surtout quand il est remplacé par un mot signifiant «parfaitement égal. « Au reste , l'égalité dont il s'agit ici doit porter plutôt sur la chevelure en général que sur les cheveux en particulier ; elle doit exprimer cette circonstance , que les cheveux sont également et symétriquement répartis sur la tête , comme on le remarque sur les statues et les images peintes du Buddha. Voilà pourquoi j'ai rapproché de ce caractère le susanthândkêsa de la liste singhalaise, et non le samakêsa de la même liste , que j'ai placé plus bas sous le n° 78.
74. Susaggatakéçah ; Yjb tchitrakêçah ; H74. tchitrakêçatâ ; D73 dakkhinâvattakésatâ. Ce caractère signifie , « Il a les cheveux bien arrangés. » Je n'en trouve pas la traduction littérale chez les interprètes tibétains, à moins que ce ne soit là le caractère qu'ils rendent par « chevelure bien en ordre. » Le Vocabulaire pentaglotte et la liste népâlaise ont ici, « Il « a les cheveux beaux , u et la liste singhalaise , « La qualité d'avoir les cheveux tournés à « droite. » Ce caractère se rapproche beaucoup de celui q^ue nous rencontrerons tout à l'heure, sous le n° 78, et qui est relatif aux cheveux réguliers.
' Ci-dessus, même note, p. 563, n° 3. — Mélanges asiatiques, t. I, p. 173.
606 APPENDICE. — N" VIIL
75. Surabhikêçah ; V'jg surahhikêçah ; H78 surahhikéçatâ; Idyi sagandhamuddhantâ. Ce caractère signifie, « Il a la chevelure parfumée, » comme f entendent les Tibétains. Toutes nos listes sont unanimes sur cet attribut, sauf celle des Singhalais qui lit sagandhamuddhantâ, leçon dont je ne puis rien faire qu'en lisant sagandhamuddhatâ , ce qui donne pour sens « La qualité d'avoir la tête parfumée. »
jQ. Aparuchakéçah ; V78 apataçâkêçah ; H77 aparachakêçatâ ; D79 kômalakêsatâ. Ce caractère signifie, « Ses cheveux ne sont pas rudes. » Je ne vois pas de trace de cet attribut dans la version tibétaine du Lolita vistara. Cependant nos quatre listes sont unanimes à le reproduire, et il n'est pas possible de douter de sa valeur. Le Vocabulaire pentaglotte l'écrit fautivement avec un t et le troisième a long; quant à la liste singhalaise, elle le représente par une expression synonyme dont la signification est positive, de cette manière : « Il a les cheveux doux. »
77. Anâkulakéçah ; Yj"] apamlutitakêçah ; H76 asafhgunitakêçatd ; D77 alulitakêsatâ. Ce caractère signifie, « Ses cheveux ne sont pas mêlés, » comme l'entendent aussi les Tibétains. Nos listes offrent ici d'assez gi-andes divergences; mais, sauf un mot, ce ne sont là que des variantes d'orthographe , ou même des fautes qu'on peut corriger par la comparaison des divers énoncés entre eux. Au lieu du mot anâkula, « non confus, « les Singhalais disent alalita, « non brouillé, non mêlé; » ce qui est la variante la plus forte, mais ce qui donne le même sens. Ce mot alulita permet de corriger fénoncé si fautif du Vocabulaire pentaglotte , aparhluiiia , qu'on doit certainement lire asarhlulita , « qui n'est pas mêlé. » Quant à l'énoncé de la liste népalaise, il n'est pas certain qu'elle ne cache pas un mot nouveau , comme asarhgudita , « qui n'est pas en boule , en masse; » de sorte que l'attribut qui nous occupe devrait se traduire, « Ses cheveux ne forment pas une masse. » Dans le Journal de la Société asiatique de Londres ce terme est lu asammunita; la leçon que j'ai reproduite précédemment est celle de la Société asiatique du Bengale. Cette divergence laisse planer du doute sur l'exactitude parfaite de l'un et de l'autre énoncé. Aussi se pourrait-il qu'il ne fallût pas aller chercher si loin la correction, et qu'on dût prendre asamgunita pour une altération de asamlulita.
78. Anapûrvakéçah ; D78 samakêsatâ. Ce caractère signifie, « Il a les cheveux réguliers, » ou selon les Tibétains, « bien en ordre; » mais cette traduction littérale ne fait pas suffisamment saisir ce qu'on doit entendre par cet attribut. J'y vois l'analogue du caractère précédent, « ses cheveux ne sont pas mêlés; » c'est-à-dire que le n° 78 représente des cheveux qui se suivent dans un sens naturel , au lieu de se hérisser dans des directions divergentes. Il n'y a pas là proprement de répétition ; car après avoir montré dans l'article 7 7 que les cheveux de l'homme accompli ne sont pas mêlés, la description ne nous apprend pas si ces cheveux sont réguliers ou irréguliers, les uns longs et les autres courts, s'ils sont même bien ou mal plantés. Le n° 78 me paraît répondre à la première de ces questions, et c'est pour cela que j'y ai ramené l'énoncé de la liste singhalaise, «La qualité
APPENDICE. — N" VIIT.
« d'avoir les cheveux égaux. » Je ne pense pas qu'il soit ici question d'une disposition artificielle, ni comme je l'ai conjecturé au n° 'jlx, d'une disposition générale de la masse de la chevelure répartie des deux côtés de la tête. Ce caractère ne parait ni dans le Vocabulaire pentaglotte , ni dans la liste népalaise. Je trouve seulement dans la première de ces deux listes, sous le n° 76, un attribut que l'on ne peut éloigner beaucoup de celui que nous examinons, çlakchnakéçah , '< Il a les cheveux fins, » caractère qui paraît aussi dans la liste siughalaise, sous le n° 76, sanhakésatâ , « La qualité d'avoir les cheveux fins. » La finesse des cheveux est un attribut dont ne parlent ni le Lalita ni la liste népalaise , et c'est un des traits de différence qui distinguent les unes des autres nos quatre listes qui sont en grand désaccord sur le caractère des cheveux. A cet attribut la liste singh alaise en joint un autre sous le n° 76, siniddhakésatâ , «La qualité d'avoir les cheveux lisses. » On comprend que ce mérite soit un accessoire des cheveux fins; il n'en est cependant pas parlé ailleurs que dans le Dharma pradipikâ singhalais , sans doute à cause de son peu d'importance.
79. Sanikutchitakéçah; H75 guhyakéçatâ. Ce caractère signifie, «Il a les cheveux bou- « clés; " car c'est seulement ainsi que je puis entendre le mot samkutchita , dont le sens propre est « ramassé, resserré ensemble. « 11 me paraît évident que cet attribut exprime cette apparence des cheveux réunis en boucles régulières qu'on remarque sur les statues et les images du Buddha Çàkyamuni, et qu'on a prise longtemps pour la représentation d'une chevelure crépue. Ce qui m'étonne, c'est que les Tibétains aient pu voir ici des cheveux nattés ' ; on a peine à comprendre comment des interprètes qui devaient avoir sans cesse sous les yeux des statues et des images du Buddha, et auxquels aucune particularité de sa personne mortelle n'avait pu rester inconnue, aient cru devoir renoncer au témoignage de leurs propres yeux pour appeler nattée une chevelure bouclée. Cette divergence entre leur traduction et la réalité est d'autant plus singulière , que pour arriver à ce sens il leur a fallu méconnaître la tradition buddhique la mieux accréditée , tradition selon laquelle le jeune Siddhdriha coupa la mèche de cheveux qui couronnait sa tête, au moment où il embrassait la vie religieuse , et s'ôta ainsi le moyen de pouvoir désormais natter ses cheveux. Ajoutons qu'en attribuant des cheveux nattés à leur grand homme, ils lui donneraient tout simplement la coiffure de ses adversaires religieux, de ces Brahmanes djalilas ou à la chevelure nattée, comme les nomment toutes les légendes. Le Vocabulaire pentaglotte , pas plus que la liste siughalaise, ne reproduisent cet attribut qui est cependant essentiel , et c'est seulement par conjecture que j'en rapproche l'énoncé de la liste népâlaise , lequel est par lui-même obscur. Je n'ai même d'autre moyen d'entendre guhyakéçatâ qu'en supposant que cette leçon a été introduite par erreur pour guddkéçatd , " la qualité d'avoir les cheveux réunis en forme de boules , » ainsi que Lassen propose d'expliquer cette épithète , qui dans la littéi'ature épique des indiens désigne , comme on sait, le guerrier Ardjuua -. Dans cette hypothèse , le héros religieux des Buddhistes porterait un titre illustré déjà par un des guerriers les plus célèbres de l'Inde ancienne; d'où ' Ryya ich'er roi pa, t. II, p. i lo. — ^ Bhagavad gîiâ, p. 265, éd. Lassen . 846.
l'on devrait conclure que le caractère que ce titre exprime , celui de cheveux ramassés en boules ou en boucles, aurait été déjà remarqué dans le nord de l'Inde sur un autre personnage que le Buddha, et selon toute apparence antérieurement à sa venue.
Les divergences que j'ai signalées entre nos quatre listes touchant les caractères tirés des cheveux, rendent ici nécessaire un résumé semblable à celui que j'ai donné plus haut sur les sourcils. Je vais le présenter sans rien changer à l'ordre que les divers énoncés occupent dans chacune de nos listes.