Cheveux parfumés
En réunissant à ces divers attributs le second des Lakchanas que j'ai examinés plus haut en détail 1, on aura l'idée la plus complète qu'on puisse se faire quant à présent des perfections que les Buddhistes recherchent dans la chevelure d'un homme supérieur et prédestiné à la dignité sublime de Buddha. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit à l'occasion du second des trente-deux caractères : le résumé des attributs secondaires que je viens de présenter nous éloigne beaucoup plus encore de la description d'une chevelure laineuse. Je ne puis mieux faire que de renvoyer aux remarques que la plupart de ces traits ont suggérées à M. Rémusat^, Il est hors de doute que cette description de la chevelure d'un Buddha s'applique, dans tous ses détails, au type indien envisagé de la manière la plus générale.
80. Çrîvatsasvasiikanandyâvartavardhamânasanislhânakêçah ; V80 çrivarpasvâstikanatydvarttalalitapânipâdah ; H79 et 80 çnvatsamuktikanamdyâvarttaJatchihnitapâ?npâdatalatâ , D80 kêtamâJâratanarandjitatâ. Ce caractère signifie, «Ses cheveux représentent la figure « du Çrivatsa, du Svastika, du Nandyâvarta et du Vardhamâna. » Les Tibétains disent : « Il « a au milieu de la chevelure un Çrîvatsa, etc. » Nos listes offrent ici des divergences considérables, non sur les figures plus ou moins mystiques exprimées par les noms de Çri-
' Ci-dessus, même note, p. 56o et suiv. — Mélanges asiatiques, t. I, p. 106.
vatsa. Svastika et autres, mais sur les parties du corps où l'on croit en apercevoir l'image. L'énoncé en est fautif dans le Vocabulaire pentaglotte et dans la liste népalaise; cependant, en remplaçant maktika par svastika, en lisant âvarta au lieu de âvarttala, on a ce sens : « la qualité d'avoir la paume de la main et la plante des pieds marquées du Çrîvatsa, du » Svastika et du Nandyâvarta. « C'est également sur ces parties du corps que le Vocabulaire pentaglotte place ces signes fortunés; en lisant çrîvatsa au lieu de çrivarpa, svastika au lieu de svastika, nandyâvarta au lieu de natyâvarita, tchihnita au lieu de lalita, on traduira : « Il a les pieds et les mains marqués du Çrîvatsa, etc. » Il n'est pas facile de déterminer actuellement laquelle est la meilleure leçon de celle du Lalita vistara ou de celle du Vocabulaire pentaglotte. La place où paraît le quatre-vingtième et dernier attribut secondaire , à la suite des attributs tirés de la chevelure, milite au premier abord en faveur du Lalita; mais deux listes, celle des Népâlais et celle des Chinois, donnent l'avantage à l'autre énumération. Je remarque en outre que la description qu'on donne chez les Buddhistes siamois et singhalais de l'empreinte du pied de Çàkyamuni Buddha , commence justement , ainsi qu'on le verra plus bas dans la section IV, par ces quatre figures plus ou moins imaginaires; or, pour que ces figures occupent la première place dans l'énumération des images qu'on croit reconnaître sur cette empreinte , il faut qu'on ait été accoutumé à les chercher sur le pied lui-même. Dans l'hypothèse que j'expose , le quatre-vingtième et dernier caractère qui se rattache au trente et unième Lakchana analysé plus haut, aurait servi de transition pour passer à la description de l'empreinte du pied fortuné.
Reste le dernier numéro de la liste singhalaise, qui, je l'avoue, offre quelque difficulté. Si au lieu de Kétamâlâ le texte donnait Kétumâla, on traduirait : « la qualité d'avoir la " couleur des joyaux du Kétumâla. » Mais que faudrait-il entendre par les joyaux du Kétumâla ? Ce dernier nom est celui d'une des divisions mythologiques du continent indien ; mais je ne trouve pas dans l'indication qu'en donne le Vichnu purâna, que cette terre soit remarquable par ses pierres précieuses. D'ailleurs c'est bien Kêtumâlâ que porte la liste singhalaise, et nous allons bientôt reconnaître que telle est la véritable orthographe. En effet, ce mot, que je ne trouve dans aucun des dictionnaires qui sont à ma disposition, est employé par le Mahâvamsa, et cela à l'occasion d'une représentation de Çàkyamuni qui apparut au roi Açôka. Voici au milieu de quels termes est placé ce mot :
Dvattifhsalakkhanûpêtam asîtibyandjanudjdjalam byâmappabhâparikkhittam kêtamâlâbhisôbhitaih ^ ;
ce qui doit se traduire, sauf le dernier mot : « revêtu des trente-deux caractères, brillant « de l'éclat des quatre-vingts signes, enveloppé d'une auréole qui s'étendait à la distance « d'une brasse et orné des Kétumâlâs. » Je dis Kéiamâlâs, au pluriel, sur l'autorité de Mahânâma, qui, dans son commentaire du Mahâvamsa, représente Kétamâlâbhisôbhitam par Kêtumâlâhi abhisôbhitam ^ . Il n'explique malheureusement pas davantage ce terme, qui doit exprimer un trait des perfections physiques du Buddha; mais Turnour le rend ainsi : « surmonted by ihe lambent flame of sanctity. » Turnour entend certainement par là cette ' Mahâwanso, t. I, chap. v, p. 27, 1. 11. — ^ Mahâvamsa tîkâ, f. 76 a.
flamme, unique selon les Tibétains, et divisée en forme de trident selon les Singhalais, qui surmonte la tête des statues du Buddha. C'est le signe que j'ai déjà indiqué plus haut, en traitant de la protubérance du vertex de ces statues^. Le Mahâvamsa est jusqu'ici le seul ouvrage où j'aie rencontré le nom de cet indice singulier. Quant à cette circonstance, que ce signe n'est mentionné que dans la liste singhalaise, je serais tenté d'en inférer que cette liste a été rédigée, ainsi que la description précitée du Mahâvamsa, d'après une statue, plutôt que d'après le souvenir du Buddha vivant.
Le lecteur qui aura eu la patience de suivre les analyses qui précèdent, aura remarqué que nos listes offrent entre elles des divergences assez considérables , lesquelles résultent de ce que certains caractères admis par le Lolita vistara manquent aux autres listes. Je ne parle ici que des lacunes véritables ; car toutes les fois que nos listes donnent un attribut analogue à l'un de ceux du Lolita, j'ai noté cet attribut, ou comme synonyme, ou comme substitut probable. Réduites de cette manière , les lacunes réelles de nos trois listes , comparées à celle du Lolita vistara, sont pour le Vocabulaire pentaglotte de dix-huit, pour la liste népalaise de dix-huit, pour la liste singhalaise de vingt-deux. Je crois inutile de revenir sur ces lacunes en énumérant les caractères dont elles entraînent l'omission ; mais il est indispensable d'indiquer rapidement les articles que ces trois listes possèdent , soit chacune en propre, soit toutes en commun, parce que ces articles, manquant au Lolita vistara, n'ont pu figurer dans l'analyse que j'ai faite tout à l'heure de la liste empruntée à ce livre. Je vais donc passer en revue ces articles , en commençant par le Vocabulaire pentaglolte qui se rapproche le plus du Lolita vistara; mais, quoique donnant le pas au Vocabulaire pentaglotte sur les deux autres listes à cause de son analogie avec le Lolita, j'aurai soin d'indiquer ceux des articles de ces deux listes qui se retrouveront dans le Vocabulaire.
Le Vocobulaii^e pentaglotte termine les articles par lesquels on définit la marche de l'homme supérieur, en y ajoutant deux énoncés , le n" 16, tcharugâmî, et le n° 1 7, avakragâmî, dont le premier (qui doit se lire tchârugâmî) signifie, « il aune démarche élégante , » et le second , <> sa démarche n'est pas tortueuse. » Je retrouve ces deux énoncés sous les n"' 1 5 et 16 de la liste de M. Hodgson, avec cette forme, tchârugâmitâ , avakrogdmitâ, « la " qualité d'avoir une démarche élégante, une démarche qui n'est pas tortueuse. »D'un autre côté, ces deux caractères manquent dans la liste singhalaise ainsi que dans le Lolita. Cette circonstance semble indiquer que les Népalais rédacteurs du Dharma saggraha, et les Chinois rédacteurs du Vocabulaire pentaglolte , ont puisé à une même source, tandis que le Lalita vistara et le Dharma pradîpikâ ont eu sous les yeux, sinon un même original, du moins deux listes qui avaient entre elles d'assez grandes analogies.
Aux caractères dont je viens de signaler l'existence dans le Vocabulaire pentaglotte et dans la liste népalaise, le Vocabulaire en ajoute un troisième de même ordre, qui est placé sous le n° 26 , samakramoh , » sa marche est égale. » Ici encore la liste népalaise est d'accord avec le Vocabulaire, car nous trouvons sous le n° 2 5 de cette liste l'énoncé suivant : samokramatâ, « la qualité d'avoir une marche égale. » Ce qui ajoute ici à l'analogie qu'offrent nos deux listes , c'est la place même qu'occupe ce caractère dans chacune d'elles ; au con-
' Voyez ci-dessus, p. 5 5 9.
traire, dans le Vocabulaire pentaglotte comme dans le Dharma saggraha, il est assez singulièrement placé au milieu d'attributs relatifs à la beauté et à la perfection des meml^res en général, de façon qu'il se trouve éloigné, on ne sait trop pourquoi, des autres attributs relatifs à la marche, dont nous avons vu que nos listes offrent déjà un assez ])on nombre, indépendanmient des deux que je viens de relever. Il est bon d'ajouter que ce caractère ne se trouve pas plus que les précédents chez les Singhalais.
En tête des caractères relatifs aux membres en général, le Vocabulaire pentaglotte place cet attribut , sakumâragâtrah , « ses membres sont parfaitement jeunes , » ou « il a les membres « d'un homme très-jeune. " Il se trouve sous le n° 27 de la liste népalaise, sukuinâragâtratd, et sous le n° 67 de la liste singhalaise avec une faute d'orthographe, sukhamâlagattatâ, au lieu de sakumdla. L'unanimité de nos trois listes semble donner à ce caractère une plus grande importance que celle qu'on serait tenté d'attribuer aux qualités tirées de la démarche que j'ai signalées tout à l'heure. Il est naturel en ellét que les Buddhistes aient donné à leur héros la beauté de la jeunesse pendant laquelle le corps brille de tout son éclat. La traduction que proposait A. Rémusat pour cet attribut confirme l'interprétation que j'expose, avec une nuance cependant qu'il importe de noter : «face rem- «plie d'une majesté prodigieuse et donnant l'air d'une éternelle jeunesse ^ » C'est là en réalité un commentaire plutôt qu'une traduction : on n'y voit du reste que plus complètement la pensée de l'interprète; l'idée d'une jeunesse éternelle est sans doute exagérée, mais le point curieux à remarquer, c'est que la jeunesse est attribuée, non aux parties qui composent le corps en général , mais à la figure en particulier. Or comment un changement aussi considérable dans le sens a-t-il pu avoir lieu, si ce n'est par la substitution d'un mot désignant la face à un mot désignant les membres? Il est fort possible que les premiers traducteurs chinois aient eu sous les yeux un énoncé ainsi conçu : sukumdragandah , « il a les joues d'un homme très-jeune, « au lieu de sukamâragâlrah. Je ne propose cependant pas de faire cette correction à la leçon de nos trois listes , premièrement à cause de leur unanimité qui les protège contre tout changement arbitraire; secondement parce qu'on ne comprendrait pas pourquoi ce caractère, tiré de la beauté et de la jeunesse du visage, serait ainsi éloigné des autres caractères analogues tirés de l'éclat des joues.
Les caractères relatifs aux dents reçoivent, dans le Vocabulaire pentaglotte, l'addition des n°' 57, çakladafîichtah , «il a les canines blanches, « et 58, samadamchlah , «il a les « canines égales. » Ces caractères se retrouvent également dans la liste népâlaise et dans cet ordre : n° 56 , çukladafhchtratâ , et n° 57, samadafhcliiratâ ; le mot damchtrâ y est, comme on voit, plus correctement écrit que dans le Vocabulaire pentaglotte. La liste singhalaise a aussi deux articles relatifs aux dents, mais ils diffèrent sensiblement de ceux qui précèdent;ce sont le n° Si,suddhadantatâ, et le n° 32, siniddhadantatâ , c'est-à-dire, « la qualité « d'avoir les dents blanches et lisses. » La différence porte ici sur l'emploi du mot dania, « dent, " en général, au lieu de damchtrâ, « œillère ou canine. » En lisant damchlrâ, comme font le Vocabulaire pentaglotte et la liste népâlaise, on évitera la répétition qu'offriraient ces deux énoncés avec les n°' 7 et 9 de la liste des trente-deux signes de beauté.
' Mélanges asiatiques, t. I, p. 171.
Aux caractères qui portent sur les yeux, le Vocabulaire pentaglotte en ajoute un autre sous le n° 64 > qui est ainsi conçu : tchitapakchmâpadjmô. Cet énoncé serait bien obscur, sans la comparaison qu'on en peut faire avec le n° 62 de la liste népâlaise, tchitrapakchmaiâ, «la qualité d'avoir de beaux cils. « On voit combien est fautive l'orthographe du Vocabulaire pentaglotte; la fin du mot padjmô offre cette singularité, qu'elle semble être la répétition du terme précédent pakchmâ, qui seul est correct; on remettrait donc toutes choses en ordre en lisant tchitrapakchmd , sans padjmô. La liste singhalaise nous fournit, sous le n° 45, un caractère analogue qui est ainsi conçu : akuntchitaggapalihumatâ, «la " qualité d'avoir des cils dont l'extrémité n'est pas recourbée, » c'est-à-dire, des cils droits; c'est , en d'autres mots et avec un peu plus de détails , ce que les deux autres listes nomment de beaux cils.
Je rappelle seulement pour mémoire l'énoncé du Vocabulaire pentaglotte placé sous le n" 67, çlakchnabhrûh , «il a les sourcils minces, » parce que j'en ai parlé plus haut dans le résumé qui termine le n° 63 du Lalita vistara; j'ai montré que cet attribut devait se trouver sous le n° 65 de la liste népalaise, et qu'il paraissait réellement sous le n" 53 des Singhalais.
Le Vocabulaire pentaglotte a trois articles sur la perfection des oreilles qui méritent d'être remarqués; le premier, qui porte le n° 69, est ainsi conçu : pînâyatakarnah , «il « a les oreilles pleines et grandes. » Ce caractère ne se retrouve que dans une seule de nos autres listes, celle des Singhalais, sous le n° k'], âyatarutchirakannatâ , « la qualité d'avoir « les oreilles grandes et belles. » On a lieu d'être surpris de ce que ce caractère , qui répond si bien à l'apparence que présentent les oreilles sur les statues et les dessins figurés des Buddhas , ne soit pas plus unanimement reproduit par nos listes. Serait-ce que cette particularité qui nous frappe tellement qu'elle nous semble être une monstruosité, aurait été omise par les premiers rédacteurs de nos listes à cause de sa vulgarité même , et parce qu'elle leur aurait paru trop ordinaire pour constituer un caractère distinctif ? Ou bien serait-ce que les oreilles n'auraient pas été dans le principe aussi développées qu'elles le sont devenues depuis , surtout chez les Tibétains et les Mongols , et que le caractère qui nous occupe aurait été ajouté plus tard à la liste qui primitivement ne le connaissait pas.!> Ce sont là deux explications entre lesquelles il serait quant à présent malaisé de se prononcer. Je dois cependant remarquer que sur les images du Bucldha, dessinées et publiées par M. J. Bird, d'après des originaux découverts dans les cavernes de l'ouest de l'Inde, le développement des oreilles n'a rien de trop exagéré , et que quand on y trouve un Buddha avec des oreilles pendantes , il est facile de reconnaître la présence d'un anneau trèsvolumineux qui est la véritable cause de ce développement apparent^. En attendant qu'un plus grand nombre de listes nous permette de nous décider sur ce point, je constate que le caractère relatif à l'allongement des oreilles n'est donné que par le Vocabulaire pentaglotte et la liste singhalaise.
' J. Bird, Historical Researches on the Origin and of western India, with translations of tlie inscriptions principles ofthe Bauddha and Jaina religions, illustra- from Kanari, Karli, Ajanta, Ellora, Nasik. etc. pl. I, ted bj descriptive accounts ofthe sculptures in the Caves II, III , VI, VII, VIII; Bombay, 18/17, in-folio-
Il en faut dire autant du n" 70 du même Vocabulaire , samakarnah , << il a les oreilles « égales; » sauf cette remarque, que cet attribut paraît dans la liste népalaise sous le n° 68 , samakarnatâ , « la qualité d'avoir les oreilles égales. » C'est un nouveau trait de ressemblance entre le Vocabulaire pentaglotte des Chinois et le Dharma saggraha des Népalais; car la liste singhalaise ne le donne pas plus que le Lolita vistara.
Quant au troisième caractère relatif à la beauté des oreilles, dont j'indiquais tout à l'heure l'existence, j'en ai signalé plus haut la présence sous le n° 67 du Lolita vistoro. C'est le n" 71 du Vocabulaire pentaglotte, « il a l'organe de l'ouïe sans défaut, » et le n° 69 de la liste népâlaise. Je crois pouvoir renvoyer le lecteur à ce que j'en ai dit à l'occasion du Lalita vistoro, qui n'a certainement pas cet attribut, quoique la leçon qu'il adopte puisse passer pour en être dérivée.
J'ai encore noté plus haut, en analysant le n° 70 du Lolita vistoro, l'existence de deux caractères relatifs à la forme du front qui sont admis par le Vocabulaire pentaglotte , sous les n°' 72 et 73 , <i il a le front bien arrondi et il a le front large. » On a vu que le premier de ces attributs se trouvait sous le n° 70, et le second sous le n" 71 de la liste népâlaise et sous le n° 5i de la liste des Singhalais. Je renvoie encore ici à ce que j'en ai dit plus haut sous le rapport du sens et de l'orthographe , tout en convenant que le premier de ces articles constitue moins une lacune qu'un synonyme du Lolita vistara.
Les cheveux m'ont également fourni des remarques analogues que j'ai résumées sous le n° 79 du Lalita vistoro. Le Vocabulaire pentaglotte , au n° 76 , donne au Buddha « des che- « veux fins; >> j'ai montré, sur le n° 78 du Lolita, que cet attribut se retrouvait dans le n" 76 de la liste singhalaise.
Après ce résumé des attributs que le Vocabulaire pentaglotte possède indépendamment du Lalita vistoro, je passerai à l'énumération de ceux que la liste népalaise possède également en propre. Déjà on en a reconnu plusieurs qui lui sont communs avec le Vocabulaire pentaglotte ; je ne les relèverai pas de nouveau, mais je dois signaler ceux qui ne se présentant ni dans le Lolita ni dans le Vocabulaire , paraissent soit dans la liste népâlaise seule, soit dans cette liste et dans celle des Singhalais à la fois.
A la suite des caractères relatifs aux membres en général, la liste népâlaise place deux caractères sous les n°' 3o et 3i. Le premier est gambhîrakuhchitâ, «la qualité d'avoir les «flancs profonds,» et le second, prasannogâtrotâ, «la qualité d'avoir les membres gra- « cieux. » Ces deux attributs ne se retrouvent dans aucune de nos trois autres listes.
La liste népâlaise place à la suite des caractères tirés des sourcils l'énoncé suivant qui porte le n° 67 : pmâyatohhudjolatotâ, « la qualité d'avoir des bras pleins et longs. » Le texte dit positivement : « la liane des bras , » d'après un système de comparaison familier aux Indiens. 11 faut rapprocher de ce signe , non pas un synonyme , mais un analogue que donne la liste singhalaise sous le n° 19, dviradakarasadisa ûrubhudjatâ, «la qualité d'avoir les « bras et les cuisses comme la trompe de l'éléphant. » C'est là encore une comparaison tout indienne ; elle porte uniquement sur la rondeur parfaite de ces membres.
C'est à ce petit nombre de points que se réduisent les divergences qui existent entre la liste népâlaise et le Vocabulaire pentaglotte ; car pour les différences qui séparent cette
liste de celle du Lalita vistara, je les ai notées tout à l'heure en examinant l'énumération du Vocabulaire. Il ne nous reste donc plus qu'à relever les différences qu'offre la liste du Dliarma pradipikâ singhalais comparée avec celles que nous avons étudiées jusqu'ici. On verra qu'il n'est aucune de ces listes qui s'accorde aussi peu avec le Lalita vistara; mais je crois aussi qu'on restera convaincu par la nature même de ces différences , que l'autorité du Lalita vistara, appuyée comme elle l'est par l'accord presque complet de la liste népalaise et du Vocabulaire pentaglotte , n'en doit être en aucune manière ébranlée. Ces différences donnent lieu ou à des répétitions assez difficiles à expliquer, ou à des détails très-minutieux et peu caractéristiques. Aussi serais-je porté à croire que nous n'avons pas ici la liste des quatre-vingts caractères tels que se les représentent les Buddhistes du Sud, sous sa forme véritable et primitive; le Dharma pradipikâ singhalais n'est d'ailleurs pas un livre d'une assez grande ancienneté pour assurer à la liste qu'il renferme toute l'autorité désirable.
La première des différences à signaler dans la liste singhalaise se trouve sous le n° 3o et est ainsi conçue : suraitadidjamafhsatâ , c'est-à-dire, « la qualité d'avoir la chair des « dents très-rouge , » ou autrement, « les gencives très-rouges. » Ce caractère est en effet placé en avant des deux attributs relatifs à la blancheur et au poli des dents que j'ai signalés tout à l'heure dans la liste singhalaise.
Les caractères tirés des membres ont reçu dans la liste singhalaise l'addition de deux numéros ainsi conçus : n° 58 ativiyasômmagattatâ, «la qualité d'avoir les membres extrê- 11 mement beaux , » et n" ôg ativiyaudjdjalitagaitatâ , « la qualité d'avoir les membres « extrêmement brillants. » Un peu plus bas nous trouvons une nouvelle définition du même genre sous le n° 62 , siniddhagattatâ, « la qualité d'avoir les membres lisses. » Cet attribut ouvre une nouvelle série de huit autres caractères que je vais énumérer dans l'ordre où le manuscrit nous les présente.
N° 63. Sugandhatanutâ , « la qualité d'avoir un corps qui répand une bonne odeur. »
6à.. Samalômatâ , « la qualité d'avoir les poils égaux. » N° 65. Kômalalômatâ , « la qualité d'avoir les poils doux. »
N° 66. Dakkhinâvattalômatâ , « la qualité d'avoir les poils tournants vers la droite. » N" 67. Bhinnandjanakasadisanîlalômatâ, « la qualité d'avoir des poils noirs dont la cou- « leur ressemble à celle du collyre aux reflets changeants. » N" 68. Siniddhalômatâ, « la qualité d'avoir les poils lisses. »
N° 69. Atisukhurtiaassâsapassâsadhâranatâ, «la faculté de pouvoir retenir son souffle, « qui inhalé ou expiré est extrêmement faible. »
N° 70. Sugandhamukhatci , « la qualité d'exhaler une bonne odeur par la bouche. »
Telles sont les additions par lesquelles la liste des Singhalais se distingue des trois autres énumérations que j'ai précédemment examinées. Il va sans dire que ces additiorîs ne portent pas le total des caractères secondaires à un chiffre plus élevé que celui de quatre-vingts auquel s'arrêtent les autres listes. Les additions du Dharma pradipikâ singhalais sont donc compensées par des lacunes ; je dis compensées numériquement, car quant à la valeur des caractères, je ne crois pas que la liste générale gagnât beaucoup à recevoir
ces additions singhalaises au lieu et place des définitions des autres listes. Ce qui doit nous guider ici, c'est l'unanimité des listes : un caractère qui se trouve à la fois dans quatre énumérations recueillies , l'une dans un livre sanscrit reconnu comme canonique au Népàl et au Tibet, celle-ci chez les Népâlais, celle-là chez les Chinois, la dernière enfin chez les Singhalais, a selon moi une autorité inattaquable; nous devons l'admettre et le tenir pour ancien. Mais cette autorité et vraisemblablement aussi cette ancienneté décroissent avec le nombre des listes; de telle sorte qu'un caractère qui n'a plus pour lui qu'une liste, doit de toute nécessité être placé au dernier rang. A ce point de vue l'énumération du Dharma pradîpikâ des Singhalais a une autorité moins grande qu'une liste qui résulterait de la combinaison de celle du Lalita vistara avec l'énumération des Népâlais et du Vocabulaire pentaglotte.