‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 27 sur 283 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

frappés tous ensemble par une grande douleur, ils ne songent pas à la f. 43 a. douleur et ne conçoivent pas l'idée de sortir.

Que cet homme, ô Çâriputtra, soit fort et qu'il ait de grands bras, et qu'il fasse cette réflexion : Je suis fort et j'ai de grands bras; ne pourrais-je pas, rassemblant mes enfants et les serrant tous à la fois sur ma poitrine, les faire sortir de cette maison? Puis, c|u'il fasse cette autre réflexion : Cette maison n'a qu'une entrée; la porte en est étroite. Et ces enfants légers, toujours en mouvement, ignorants de leur nature, il est à craindre qu'ils ne se mettent à tourner de côté et d'autre; ils vont périr misérablement dans ce grand incendie; pourquoi ne m'empresserais-je pas de les avertir.^ S'étant donc arrêté à ce parti , il appelle ses enfants qui étaient sans réflexion : Venez, mes enfants, sortez; la maison est embrasée par un grand incendie; puissiez-vous n'y pas rester tous consumés par ce grand incendie ! Regardez : le danger s'approche ; vous allez y périr. Mais ces enfants ne font pas attention au discours de cet homme, qui parle dans leur intérêt; ils ne s'effrayent pas , ils ne tremblent pas, ils n'éprouvent pas d'effroi, ils n'y pensent pas, ils ne fuient pas; ils ne savent pas même, ils ne comprennent f. 43 h. pas ce que c'est que ce qu'on appelle embrasé; bien au contraire, ils courent, ils se dispersent çà et là, et regardent leur père à plusieurs reprises. Pourquoi cela? C'est que ce sont des enfants ignorants.

Qu'ensuite cet homme fasse encore cette réflexion : Cette maison est embrasée par un grand incendie, elle est consumée; puissé-je, moi et mes enfants, ne pas trouver ici misérablement la mort dans ce grand incendie! Ne pourrais-je pas, par l'habile emploi de cjuelque moyen, faire sortir mes enfants de cette maison? Que cet homme connaisse les dispositions de ses enfants; qu'il comprenne leurs inclinations. Qu'il y ait plusieurs jouets de diverses espèces qui soient recherchés, aimés, désirés, estimés de ces enfants; qu'ils soient difîiciles à obtenir. Qu'alors cet homme, connaissant les inclinations de ses enfants, s'adresse à eux en ces termes : Ces joiiets, ô mes enfants, qui vous sont agréables, qui excitent votre étonnement et votre admiration, que vous êtes désolés de ne pas posséder, ces jouets de diverses couleurs et de diverses espèces, comme, par exemple, des chariots attelés de bœufs, de chèvres, d'antilopes, qui sont recherchés, aimés, désirés, f- ààa. estimés par vous, je les ai tous mis dehors, à la porte de la maison, pour servir à vos jeux. Accourez, sortez de cette maison ; je donnerai à chacun

de vous chacune des choses dont il aura besoin, dont il aura envie. Venez vite; accourez pourvoir ces jouets. Qu'alors ces enfants, après avoir entendu les noms de ces jouets, conformes à leurs désirs et à leurs inclinations, recherchés, aimés, désirés, estimés d'eux, se précipitent aussitôt, pour obtenir ces jouets agréables, hors de la maison en feu, avec une force nouvelle, avec une rapidité extrême, sans s'attendre les uns les autres, se poussant mutuellement, en disant : Qui arrivera le premier, qui arrivera avant l'autre ?

Qu'alors cet homme, voyant ses enfants sortis heureusement, sains et saufs, les sachant à l'abri du danger, s'assoie sur la place au milieu du village, plein de joie et de contentement, libre de préoccupation et d'inquiétude et rempli de sécurité. Qu'ensuite ces enfants, s' étant rendus à l'endroit où est leur père, s'expriment ainsi : Donne-nous, cher père, ces divers

f. kk h. jouets charmants, comme des chariots attelés de bœufs, de chèvres, d'antilopes. Que cet homme, ô Çâriputtra, donne à ses enfants, accourus vers lui aussi vite que le vent, des chars attelés de bœufs, faits des sept substances précieuses, munis de balustrades, auxquels est suspendu un réseau de clochettes, s'élevant à une grande hauteur, ornés de joyaux merveilleux et admirables, rehaussés par des guirlandes de pierreries, embellis de chapelets de fleurs, garnis de coussins faits de coton et recouverts de toile et de soie, ayant des deux côtés des oreillers rouges, attelés de beaux bœufs parfaitement blancs et rapides à la course, dirigés par un grand nombre d'hommes. Qu'il distribue ainsi, pour chacun de ses enfants, des chars traînés par des bœufs, munis d'étendards, doués de la rapidité et de la force du vent, de la même couleur et de la même espèce. Pourquoi cela? Parce que cet homme, ô Çâriputtra, serait opulent, maître de grandes richesses, possesseur de maisons, de greniers et de trésors nombreux, et qu'il penserait ainsi : A quoi bon donnerais-je d'autres chars à ces enfants .^Pourquoi cela? C'est que tous ces enfants sont mes propres fils; ils me sont

f. 45 a. tous chers et ils ont mon affection. Ces grands chars que voilà m'appartiennent, et je dois songer à tous ces enfants d'une manière égale et sans distinction. Possesseur, comme je le suis, de beaucoup de maisons, de greniers et de trésors, je pourrais donner à tout le monde ces grands chars que voilà; que sera-ce donc, maintenant qu'il s'agit de mes propres enfants? Qu'en ce moment, étant montés sur ces grands chars, ces enfants soient frappés de

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