‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 28 sur 283 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

surprise et d'étonnement. Comment comprends-tu cela, ô Çâriputtra? N'est-ce pas un mensonge de la part de cet homme, d'avoir ainsi désigné dans le principe à ses enfants trois chars [différents], et de leur avoir ensuite donné à tous de grands chars, de nohles chars [de la même espèce]?

Çâriputtra répondit : Non Bhagavat, non Sugata. Cet homme , ô Bhagavat, n'est pas à cause de cela un menteur; car c'est par le moyen adroit qu'a employé cet homme que ses enfants ont été engagés à sortir de cette maison embrasée, et qu'ils ont reçu le présent de la vie. Pourquoi cela? Parce que c'est pour avoir recouvré leur propre corps, ô Bhagavat, qu'ils ont obtenu tous ces jouets. Quand bien même, ô Bhagavat, cet homme n'eût pas donné un seul char à ses enfants, il n'eût pas été pour cela un menteur. Pourquoi cela? C'est que, ô Bhagavat, cet homme a commencé par réfléchir ainsi : Je sauverai, par l'emploi d'un moyen convenable, ces enfants de cette grande masse de douleurs. De cette manière même, ô Bhagavat, il n'y aurait pas mensonge de la part de cet homme. Mais quelle difficulté peut-il exister, quand après avoir réfléchi qu'il est propriétaire de maisons, de greniers et de trésors nombreux, cet homme songeant combien ses enfants lui sont f. 45 b. chers, et voulant leur bien, leur donne [à chacun] des chars de la même couleur et de la même espèce, c'est-à-dire de grands chars? Il n'y a pas, ô Bhagavat, mensonge de la part de cet homme.

Cela dit, Bhagavat parla ainsi au respectable Çâriputtra : Bien, bien, Çâriputtra; c'est comme cela, Çâriputtra; c'est comme tu dis. De la même manière, ô Çâriputtra, le Tathâgata aussi, vénérable, etc., est exempt de toute terreur, délivré entièrement, complètement, tout à fait, de toute injure, de tout désastre, du désespoir, de la douleur, du chagrin, de l'aveuglement profond où plongent les ténèbres épaisses et l'obscurité de l'ignorance. Le Tathâgata, qui est complètement en possession de la science, de la force, de l'intrépidité, et de la loi d'homogénéité d'un Buddha, qui est doué d'une extrême vigueur par la force de sa puissance surnaturelle, est le père du monde; il est parvenu à la perfection suprême de la grande science de l'habile emploi des moyens; il est doué d'une immense com- * passion; son cœur ne connaît pas la peine; il désire le bien, il est miséricordieux. Il naît dans cette réunion des trois mondes qui est semblable à une maison dont la couverture et la charpente tombent en ruine , et qui est embrasée par la masse énorme des douleurs et des chagrins, pour affranchir

de l'alfection, de la haine et de Terreur les êtres tombés sous l'empire de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, des peines, des lamentations , de la douleur, du chagrin, du désespoir, de l'aveuglement profond où plongent les ténèbres épaisses et l'obscurité de l'ignorance,

f. Ii6 a. pour leur faire concevoir l'état suprême de Buddha parfaitement accompli. Une fois né, il voit, sans en être atteint, les êtres brûlés, consumés, dévorés, détruits par la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, les peines, les lamentations, la douleur, le chagrin, le désespoir. Sous l'influence du désir qui les pousse à rechercher les objets de jouissance , ils éprouvent des maux de diverses espèces. Par suite de ces deux conditions du monde, le besoin d'acquérir et celui d'amasser, ils se préparent pour l'avenir des maux de divers genres dans l'Enfer, dans des matrices d'animaux, dans le monde de Yama; ils éprouvent des maux tels que la condition de Dêva, les mi- 'sères de l'humanité, la présence des choses qu'ils ne désirent pas, et l'absence de celles qu'ils désirent. Et là même, au milieu de cette masse de douleurs à travers lesquelles ils transmigrent, ils jouent, ils s'amusent, ils se divertissent; ils ne craignent pas, ils ne tremblent pas, ils n'éprouvent pas d'effroi, ils ne comprennent pas, ils ne perçoivent pas, ils ne se troublent pas, ils ne cherchent pas à en sortir. Là même, dans cette réunion des trois mondes qui est semblable à une maison embrasée, ils s'amusent, ils courent de côté et d'autre. Quoique pressés par cette grande masse de douleurs, ils n'ont pas conscience de l'idée de douleur.

Alors, ô Çâriputtra, le Tathâgata réfléchit ainsi : Je suis certainement le

f. 46 h. père de ces êtres; c'est pourquoi ces êtres doivent être aujourd'hui délivrés par moi de cette grande masse de maux, et il faut que je donne à ces êtres le bonheur incomparable, inconcevable de la science du Buddha, avec laquelle ces êtres joueront, s'amuseront, se divertiront, dont ils feront des jouets. Alors, ô Çâriputtra, le Tathâgata réfléchit ainsi : Si, en disant «j'ai « la force de la science , j'ai la force de la puissance surnaturelle , » j'allais parler à ces êtres, sans employer les moyens convenables, de la force et de

* l'intrépidité du Tathâgata, ces êtres ne sortiraient pas [du monde] à l'aide

de ces lois. Pourquoi cela? C'est que ces êtres ont une passion extrême pour les cinq qualités du désir; ils ont, dans cette réunion des trois mondes, une passion extrême pour les plaisirs des sens; ils ne sont pas affranchis de la naissance, de la vieillesse, des maladies, de la mort, des peines, des

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