SUR LE NOMBRE DIT ASAMKHYÊYA
(Ci-dessus, chap. xvii, f. i85 a, p. il 5.)
Le terme numérique auquel est consacrée la présente note et qui , pour les Buddhistes , désigne le plus élevé des grands nombres dont ils font usage, est toujours écrit asamhhyéya, non - seulement dans le texte du Lotus, mais dans les autres livres sanscrits du Népâl. Cette orthographe est tout à fait régulière, et elle donne le participe de nécessité du verbe safh-khyâ, « compter, nombrer; » ce mot signifie donc, « celui qui ne peut être « compté , l'innumérable. » Les Buddhistes du Sud expriment cette même idée par le mot asafhkhêyya, qui n'est autre chose que la forme pâlie du terme sanscrit de nos livres népalais. Si, dans les ouvrages jusqu'ici publiés sur le Buddhisme, on trouve généralement ce nombre désigné par le terme d'asamkhja, cette légère différence d'orthographe n'est pas à vrai dire une faute, puisque en sanscrit asamhhya existe avec le même sens que asamkhyêya, et même est plus fréquemment employé. Cette orthographe (ï as amkhy a est cependant en fait inexacte , puisque , chez les Buddhistes , le nom technique de ce nombre est toujours asamkhyêya, et en pâli asafhkhêyya.
M. A. Rémusat s'est plus d'une fois occupé de ce terme , et il en a spécialement traité dans son mémoire sur la cosmogonie et la cosmographie des Buddhistes, à laquelle la théorie des nombres gigantesques sert de préambule. Je crois pouvoir renvoyer le lecteur à ce mémoire , ainsi qu'aux autorités diverses que ce savant académicien a rassemblées dans ses notes ^ Il me suffira de rappeler ici que, selon le calcul de M. A. Rémusat, Y asamkhyêya répond à cent quadrillons, c'est-à-dire, si je ne me trompe, à l'unité suivie
' Essai sur la cosmocjraphie et la cosmogonie des Bouddhistes , dans Met. post. de litl. orient, p. 69.
de dix-sept zéros ^. Il ne paraît pas que ce calcul soit uniformément admis chez tous les peuples buddhistes , car, selon le colonel H. Burney, Yasamkliyêya serait l'unité suivie de cent quarante zéros-. Sans rien pouvoir décider touchant cette différence, puisque les autorités sur lesquelles repose le calcul de M. Rémusat ne me sont pas plus accessibles que celles dont s'est servi le colonel Burney, je dirai que je serais porté à préférer le nombre le plus élevé par la signification même du terme d^asamkhyêya; car cent quadrillions, par exemple, ne donnent pas l'idée d'un nombre qui échappe à tout calcul.
Au chapitre douzième du Lalita vistara, on trouve une série de noms de nombre qui partent de hôti ou de dix millions multipliés par cent, et qui s'élèvent ainsi de cent en cent, jusqu'à des expressions très-compréhensives. Ces termes inventés par les Buddhistes pour soutenir leur attention dans cette recherche assez puérile de ce qu'ils prennent pour l'infini, sont en général empruntés au langage ordinaire. Mais, à l'exception des premiers qui appartiennent à la fois aux Buddhistes et aux Brâhmanes , ils ne sont généralement pas connus sous leur acception numérale, et ils pourraient être embarrassants pour un lecteur qui ne les aurait jamais rencontrés avec cette signification particulière. On les trouve dans la traduction française du Lalita vistara tibétain de M. Foucaux : si je les reproduis ici , c'est pour les exprimer à l'aide de notre système décimal , sans quoi ils ne présentent à l'esprit aucune idée saisissable.
Cent kôti font un ayuta, loo X lo ooo 000= 1 000 000 000
Cent ayuia font un niyuta, 100 X 1 000 000 000 = 100 000 000 000
Cent niyuta font un hainkara, 100 X 100 000 000 000= 10 000 000 000 000
Cent kamkara font un vivara, lOO X 10 000 000 000 000= 1 suivi de i5 zéros.
Cent vivara font un akchôbhya, 100 X 1 suivi de i5 zéros=i suivi de 17 zéros.
Cent akchôbhya iont un vivâha, 100 X 1 suivi de 17 zéros=i suivi de 19 zéros.
Cent vivâha font un utsagga, 100X1 suivi de 1 9 zéros = 1 suivi de 2 1 zéros.
Cent utsayya font un bahula, 100 X 1 suivi de 21 zéros=i suivi de 23 zéros.
Cent bahula font un nâgabala, 100 X 1 suivi de 28 zéros=i suivi de 25 zéros.
Cent nâgabala font un tililambha, 100 X 1 suivi de 26 zéros= 1 suivi de 27 zéros.
Cent titilambha font uu vyavasthâna pradjnapti, 100 X 1 suivi de 27 zéros= 1 suivi de 29 zéros.
Cent vyavasthâna pradjnapii font un hêtahila, 100 X 1 suivi de 29 zéros=i suivi de 3i zéros.
Cent hêtahila font un kalahu, 100 X 1 suivi de 3i zéros = 1 suivi de 33 zéros.
Cent kalahu font un hétvindnya, 100 X 1 suivi de 33 zéros =1 suivi de 35 zéros.
Cent hêtvindriya font un samâptalambha , 100 X 1 suivi de 35 zéros=i suivi de 87 zéros.
Cent samâptalambha font un ganagali, 100 X 1 suivi de 87 zéros= 1 suivi de 39 zéros.
Cent ganagati font xmniravadya, 100 X i suivi de zéros=i suivi de 4i zéros.
Cent niravadya font un mudrâbala , 100 X 1 suivi de 4i zéros=i suivi de 43 zéros.
Cent mudrâbala font un sarvabala, 100 X 1 suivi de 43 zéros= 1 suivi de 45 zéros.
Cent sarvabala font un visamdjnàgali, 100 X 1 suivi de 45 zéros=i suivi de 47 zéros.
Cent visafndjhâgati font un sarvasamdjïiâ , 100 X 1 suivi de 47 zéros= 1 suivi de 49 zéros.
Cent sarvasamdjiiâ font un vibhûtagama, 100 X 1 suivi de 49 zéros= 1 suivi de 5i zéros.
Cent vibhûtagama font un tallakchana, 100 X i suivi de 5 1 zéros = 1 suivi de 53 zéros.
Outre ces noms de nombre, le Lalita vistara en donne plusieurs autres, en indiquant les propriétés miraculeuses qu'ils possèdent, comme, par exemple, de donner le moyen ' Foekoue ki, p. 1 19. — ^ H. Burney, Translal. of an Iiiscript. dans Asiat. res. t. XX, p. 178.
de calculer les atomes composant le mont Mêru , tous les grains de sable de la Gangâ , etc.; mais rien ne nous apprend dans le texte si les nombres que ces termes désignent sont obtenus à l'aide de la multiplication par cent. Si la multiplication a eu lieu ainsi , comme cela me paraît être , voici à quoi reviendraient ces noms :
Dhvadjâgravatî = i suivi de 5 5 zéros. Dhvadjâgraniçîmatî=i suivi de 67 zéros.
Vâhanapradjnapli = 1 suivi de 69 zéros. Içjgâ = I suivi de 61 zéros.
Kuruiâvi = i suivi de 63 zéros.
Sarvanilichêpâ = 1 suivi de 65 zéros.
Ayrasârâ — 1 suivi de 67 zéros.
Paramânuradjah pravêçânugatd = 1 suivi de 69 zéros '.
Dans ce système de formation où l'on reconnaît, du premier coup d'œil, l'idée trèssimple d'une progression géométrique dont la raison est 100, et s'étendant ainsi jusqu'à la 53% ou bien, si l'on veut, jusqu'à la 69* puissance de 10, on ne trouve rien qui indique ce que c'est que ïAsamkhyêya; le nom même de ce nombre n'est pas compris dans la série. Ce n'est pas cependant une raison pour avancer que les Buddhistes du Nord n'avaient pas une idée arithmétique de ce mot; bien au contraire, Csoma de Côrôs nous apprend que les Tibétains possèdent, parmi les traités du P'hal cKhen, un livre qui s'occupe de la manière d'exprimer les grands nombres 2. Je puis combler en partie cette lacune à l'aide des livres des Buddhistes de Ceylan; en effet, le Dharma pradîpikâ, traité singhaiais composé de textes sanscrits et pâlis, empruntés à des ouvrages faisant autorité pour les Buddhistes du Sud, nous donne un calcul de YAsafhkhyêya qui se rapproche beaucoup plus du calcul de M. Burney que de celui de Rémusat. Je vais le reproduire ici, d'après l'original, comme j'ai fait tout à l'heure du calcul tibétain et pour les mêmes motifs, c'est-à-dire pour faire connaître à la fois et les nombres que les mots de ce calcul expriment, et les mots eux-mêmes qui jusqu'ici ne sont qu'imparfaitement connus. Voici donc le passage du Dharma pradîpikâ :
Dasadasakam satam, dix fois dix font cent, 10 X 10=100 Dasasatani sahassaih , dix fois cent font mille, 10 X 100=1,000
Sahassânani satam satasahassam , cent fois mille font cent mille, 100 X 1 000= 100 000 Satasahassânam satam hôti, cent fois cent mille font un kôti, 100 X 100 000=10 000 000 Kôtinaih satasahassam pahôti, cent mille kôii font un palwti, 100 000 X 10 000 000== 1 000 000 000 000 Pakotinairi satasaliassarh kôtippakôti, cent mille pakôti font un kôtippakôti , 100 000 X i 000 000 000 000
= 100 000 000 000 000 000 Kôtippakôtinafhsatasahassamnahutam,centmille kôtippakôtiiontxmnaJiuta, 1 00 000 X 1 00 000 000000 000 000
= 10 000 000 000 000 000 000 000 Nahutânarh satasahassam ninnahutam, cent mille nahuta font un ninnahuta, 100 000 X 1 suivi de 22 zé-
ros=i suivi de 27 zéros.
Ninnahutânam satasahassam hutanahutam , cent mille ninnahuta font un hutanahata, 100 000 X 1 suivi de 27 zéros = 1 suivi de 32 zéros.
Lalita vistara, f. 82 h, et suiv., du man. A; Bgya tch'er roi pa, t. II, p. i4o et suiv.
- Csoma, Analjs. ofthe Sherchin, etc., dans âsiat. res. t. XX, p. 4o5.
Hiitanahutânam satasahassam hakhambha , cent mille hutanahuta font un hakhambha, loo ooo X i suivi de
32 zéros=i suivi de 87 zéros.
Kahhambhânafh satasahassam. vikhhambharh , cent mille hakhamblia font un vikkhambha, 100 000 X 1 suivi
de 37 zéros= 1 suivi de 42 zéros.
VikJîhambhânam satasahassam ababam, cent mille vikkhambha font un ababa, 100 000 X i suivi de 42 zé-
ros= 1 suivi de 47 zéros.
Ababânam satasahassam. atataih, cent mille atata font un atata, 100 000 X 1 suivi de 47 zéros = 1 suivi de 52 zéros.
Atatânam satasahassam ahahaih, cent mille atata font un ahaha, 100 000 X 1 suivi de 62 zéros=i suivi de 67 zéros.
Ahahânam satasahassam kumudaiti, cent mille ahaha font un kumuàa, 100 000 X 1 suivi de 67 zéros= 1 suivi de 62 zéros.
Kumudânam satasahassam sôgandhikam , cent mille hamuda font un sôgandhika , 100 000 X 1 suivi de 62 zéros = 1 suivi de 67 zéros.
Sôgandhikânarh satasahassam iippalam, cent mille sôgandhika font un uppala, 100 000 X 1 suivi de 67 zéros =1 suivi de 72 zéros.
Vppalânani satasahassam pandarîham, cent mille uppala font un pandarîka, 100 000 X i suivi de 72 zéros = 1 suivi 77 zéros.
Pundarîhânani satasahassam padumam, cent mille pundarika font un paduma, 100 000 X 1 suivi de 77 zéros = 1 suivi de 82 zéros.
Padumânam satasahassam kathâ, cent mille paduma font un kathâ, 100 000 X 1 suivi de 82 zéros = 1 suivi de 87 zéros.
Kathânam satasahassam mahâkathâ, cent mille kathâ font un mahâkathâ, 100 000 X 1 suivi de 87 zéros = 1 suivi de 92 zéros.
Mahâkathânam satasahassam asamkhéyyam, cent mille mahâkathâ font un asamkhéyya, 100 000 x 1 suivi de 92 zéros=i suivi de 97 zéros'.
Ainsi , selon le texte précité , \ Asamkhéyya serait à Ceylan l'unité suivie de quatre-vingtdix-sept zéros. D'où vient la préférence qui a été accordée à ce chilTre pour la constitution du nombre dit innumérahle? Bien ne nous l'apprend; seulement voici ce qu'on peut remarquer touchant la disposition qui a été faite des nombres exprimant la somme des zéros employés pour former vingt-trois dénominations différentes, depuis 10 jusqu'à V Asamkhéyya. Ce sont d'abord les trois premiers nombres 1 , 2,3, qui, de 10 à 1,000, représentent le nombre des zéros. Après 3 vient 5 qui donne 100,000. Or, ce nombre est nommé, en sanscrit, Lakcha, ou, selon la prononciation populaire, un Lac; c'est ce mot sacramentel qui est dans la boucbe de tous les Indiens pour exprimer un nombre très-élevé. La célébrité populaire de ce chiffre, qui égale si elle ne surpasse pas celle du nombre cent mille parmi nous, explique comment il a pu être pris comme base des autres dénominations qui, depuis le Kôti ou cent fois cent mille, c'est-à-dire dix millions, s'élèvent jusqu'à Y Asamkhéyya ; j ajoute que le chiffre de Kôti n'est pas moins célèbre chez les Buddhistes que celui de Lakcha chez les Brahmanes; le texte du Lotus de la bonne loi en fournit à chaque instant la preuve, et nous avons vu ce nombre même servir de point de départ au calcul tibétain.
Maintenant pour revenir au nombre des zéros que nous avons à examiner, après 5 qui est le nombre du Lakcha ou de cent mille, vient 7 qui est celui du Kôti, de sorte que
' Dharma pradîpikà, f. 3i a.
depuis la première dizaine jusqu'au Lakcha, qui est un grand nombre pour les Brahmanes , et jusqu'au Kôti qui est un grand nombre pour les Buddhistes, les chiffres exprimant le nombre des zéros sont, sauf deux, les quatre premiers nombres impairs, i (2), 3, 5, 7. A partir du Kôti ou de dix millions commence une autre série composée de dix-huit termes qui sont tous successivement formés de la multiplication du terme précédent par cent mille : c'est au Kôii, septième puissance de 10, que commence cette multiplication. Cela revient à dire qu'on doit ajouter successivement cinq zéros à chacun des nombres précédents, opération qui conduit à classer les dix-huit termes en neuf groupes se succédant comme il suit : 12 , 17; 22, 27; 32 , 37 et ainsi de suite , jusqu'à 92 , 97, ce qui donne une progression géométrique dont la raison est la cinquième puissance de 10. Cela signale de plus une lacune entre le terme Kôti ou dix millions et le Pakôti ou le trillion ; mais ce qu'on doit remarquer, c'est que cette lacune est égale au nombre de zéros ( 5 ) qui doivent être successivement ajoutés aux dix-huit derniers termes de la série. Ces dix-huit termes se distribuent dans les neuf groupes que l'on peut former avec les nombres de 1 à 9, suivis alternativement de 2 et de 7, c'est-à-dire de deux nombres dont la différence est cinq et le total neuf.
On voit par là le rôle que joue le nombre 5 dans la formation de la série; 1° il sert à former le nombre de 100,000 , multiplicateur des dix-huit derniers ternïes; 2° il exprime la différence du cinquième au sixième terme de la série ; 3° il exprime de plus la différence des nombres 2 à 7 , servant à former les neuf derniers groupes de la série. Après 5, le second nombre en importance est 7; 1° il sert à former le nombre dit Kôti on dix millions, qui est le point de départ des dix-huit derniers termes de la série; 2° il figure régulièrement dans la composition du second terme de chaque groupe; 3° enfin il figure dans l'expression du nombre innumérable dit Asamkhéyya. Ce nombre lui-même a pour élément fondamental le plus élevé des nombres impairs ou 9 , dont la valeur dans la formation de la série est double, 1° en ce qu'il donne les neuf groupes qui pVolongent la série de 7 à 97; 2° en ce qu'il forme ïAsamhhéyya.
En résumé, il semble que cette série ait pris naissance dans la considération des rapports qu'offrent entre eux les nombres impairs 5, 7, 9, qu'on a disposés deux à deux, de façon à obtenir le plus grand nombre possible de combinaisons, sans les dépasser et sans les répéter l'un auprès de l'autre, si ce n'est dans trois combinaisons. Il est possible aussi que de certaines propriétés mystérieuses , attribuées à ces nombres et en particulier à 7 et 9 , aient décidé de la formation du dernier nombre Y Asamkhéyya qui réunit les vertus combinées de 7 et de 9. •
Quant à la preuve de l'utilité que peut avoir pour l'intelligence des textes l'énumération que j'ai reproduite, d'après le Dharma pi-adîpikâ , je vais la donner en un seul mot. Dans une des légendes publiées par Spiegel, sous le titre de Anecdotapaïica, un roi, ami delà loi du Buddha, offre pour en obtenir la connaissance des sommes considérables, et dit en propres ternies : yâva Kôtippakôtim dammi, «je donne jusqu'à un Kôtippakôti, « c'està-dire cent quatrillons^ Si le texte du Dharma pradîpïkâ eût été connu, l'éditeur n'eût
' Anecdola palica, i>. 18, 1. i.
pas eu le regret de constater que le terme de kôtippakôti manque dans les dictionnaires que nous possédons aujourd'hui'.
Les Singhalais possèdent encore , au rapport de Joinville , une énumération de vingtcinq termes numériques qui a quelque analogie avec la liste du Dharma pradipikâ. en ce qu'elle débute de même et qu'elle est composée en partie des mêmes termes légèrement altérés , mais qui ne monte pas si haut , est mélangée de termes pris d'ailleurs , et ne donne pas les mêmes chiffres. La voici telle que l'a imprimée Joinville, avec les corrections nécessaires , quand il m'a été possible de les exécuter :
Satan [sata).
lOO
Sahajan [sahassa) ,
1 ooo
Lakhan [lahkha].,
Naouthan ( nahuta ) ,
1 ooo ooo
Lathi (koj!) ,
1 000 ooo 000
Pakethi (pahôti).
1 ooo 000 000 opo
Cothi pakothi [hôtippakôti) ,
1 000 000 ooo 000 000
Cothi pakothi naoutan,
1 suivi de i8 zéros.
Nina outhan [ninnahuta).
1 suivi de 2 1 zéros.
Hakoheni [kakkambha) ,
1 suivi de 2 4 zéros.
Bindhou,
1 suivi de 27 zéros.
Aboudhan (arbudha^).
1 suivi de 3o zéros.
Nina boudhan ( nirarbudha ) ,
1 suivi de 33 zéros.
Abahan ,
1 suivi de 36 zéros.
Abebhan [ababa) ,
1 suivi de 39 zéros.
Athethan [atata] ,
1 suivi de 42 zéros.
Soghandi [sôgandhika) ,
I suivi de 45 zéros.
Kowpellan [uppala).
1 suivi de 48 zéros.
Komodan ( kumada ) ,
1 suivi de 5i zéros.
Pomederikan ( pundarîka) ,
1 suivi de 54 zéros.
Padowonan [paduma) ,
1 suivi de 57 zéros.
Mahakatta ( mahâkathâ) ,
1 suivi de 60 zéros.
Sanke ou asanke [asamkhêjya) ,
1 suivi de 63 zéros.
il y aurait peu de profit, je crois, à s'arrêter longtemps sur cette liste pour relever les différences qu'elle présente avec celle du Dharma pradîpikâ. Ces difTérences portent à la fois et sur les dénominations et sur leurs valeurs. Ainsi , pour n'en signaler qu'une , le nahata est, selon le Dharma pradîpikâ, l'unité suivie de vingt-deux zéros, tandis que, selon Joinville, c'est l'unité suivie de six zéros. La seule différence importante à signaler, c'est que Iç nombre qui marque la distance d'une dénomination à l'autre est 3 , tandis que c'est 5 dans la liste du Dharma pradipikâ, et 2 dans celle du Lalita vistara. Il résulte de là que nous possédons ici trois listes différentes au fond, puisque les nombres exprimant la progression sont différents entre eux , étant 2 dans la première , 5 dans la seconde et 3 dans la troisième. J'attache beaucoup moins d'importance au nombre total des dénominations qui est de 2 3 ou 3 1 pour le Lalita, de 22 pour le Dharma pradîpikâ, et de 23 pour Joinville; car la proportion selon laquelle on multipliera, 2, 3, ou 5,
' Ihid. p. 68 fin. — ^ Selon Wiison, 100 millions.
étant une fois fixée, i' opération peut être poussée aussi loin qu'on veut et elle n'est plus guère qu'un jeu puéril. J'ai cru qu'il fallait tirer ce point au clair, pour épargner aux lecteurs curieux la peine de chercher, sous la dénomination d'Asafhkhyêya ou asafhMiêyya , quelque combinaison mystérieuse ou savante , comme a été tenté de le faire JoinviUe , que j'ai plus d'une fois cité dans cette note. Je ne vois, pour ma part, dans toutes ces listes que l'effort impuissant de quelques arithméticiens qui ont essayé de donner à la notion exprimée par le mot Asamkliyêya « l'incalculable » , un degré de précision avec lequel la valeur du mot même est en contradiction formelle. Cette considération me donne lieu de croire que ces calculs ne doivent pas être très-anciens chez les Buddhistes, et je persiste jusqu'à nouvel ordre dans le sentiment que j'ai exprimé plus haut touchant la valeur essentiellement illimitée du mot Asamkhyêya, employé comme expression numérale
Je terminerai en remarquant que la traduction de l'Ayeen akhery attribue aux Brahmanes la connaissance d'une énumération composée de dix-huit expressions numérales qui offre cela de particulier qu'elle monte jusqu'au chiffre de cent quatrillons, c'est-àdire au chiffre même que M. Rémusat donne comme la signification arithmétique du mot Asamkhyêya'^. Cette coïncidence me fait soupçonner que si cette interprétation est réellement reçue chez les Buddhistes, elle repose au fond sur l'énumération brahmanique de YAyeen akhery. Je dis brâhmanique , parce qu'elle se trouve dans le Trésor de la langue sanscrite de Râdhâkânta Dêva, au mot samkhyâ, où elle paraît citée d'après l'autorité de Bharata, l'un des commentateurs de YAmarakôcha^. La comparaison de la liste de Râdhâkânta Dêva avec celle de ÏAyeen akhery permet de corriger quelques erreurs de cette dernière , et de rétablir quelques orthographes altérées. La voici avec les rectifications nécessaires :
Ekhun [cka) ,
Dehshem [duça).
Shut [çata] ,
lOO
Sehsir [sahasra),
1 ooo
lyoot [ayuta) ,
lo ooo
Laksh ( lakcha) ,
100 ooo
Purboot [prabhâta) ,
1 ooo ooo
Kote [kôti].
lO ooo 000
Arbud [arbudha] ,
100 000 ooo
[ Vrinda ,
1 ooo 000 ooo]
Kehrub [kharva) ,
lo ooo 000 ooo
Nikhmb (nihharva).
lOO ooo ooo 000
Mahapaddum [maliâpadma) ,
1 ooo ooo 000 000
Sunkh [ça§kha) ,
10 000 ooo ooo 000
Jeldeh [djaladhi).
lOO 000 000 ooo 000
Untee [antyâ) ,
1 000 ooo ooo 000 000
Mooddeh [madhya) ,
lO 000 ooo ooo 000 000
Berardeh [parârdha) ,
100 ooo 000 000 ooo ooo
' Ci-dessus, p. 328. — - Gladwin , Ayeen akbcry, t. II, p. Sgi éd. in-4°. — ' Çabdakalpa druma, t. VI, p. 5 1 AS
APPENDICE. — N" XXL
Cette énumération , qui se nomme pagkti, procède, comme on le voit, par la multiplication de chaque terme par dix : un, dix, cent, etc. ; comme les énumérations précédentes, elle repose sur le système décimal. Je ne suis pas sûr d'avoir bien rétabli le purhoot de ïAyeen akhery; la liste originale donne pour ce nom celui de niynta , le million. J'ai rétabli l'expression de vrinda, le billion, qui manquait par erreur dans VAyeen akhery; sans cette restitution, on n'aurait que dix-sept dénominations dans la série, au lieu de dix-huit qu'annonce VAyeen akhery lui-même, et l'on passerait sans intermédiaire de l'unité suivie de huit zéros , à l'unité suivie de dix zéros , ce qui romprait la régularité de la série. L'énumération de Râdhâkânta Dêva, au lieu de djaladhi « l'océan, » a sâgara, ce qui n'est qu'un synonyme exprimant la même idée.
r XXI.