COMPARAISON DE QUELQUES TEXTES SANSCRITS ET PALIS
Le sujet auquel je me propose de toucher ici aurait besoin, pour être traité avec les développements convenables, non de quelques pages seulement, mais d'un livre étendu. Il s'agirait, en effet, de suivre pas à pas les deux collections buddhiques reconnues pour être d'origine indienne, à la fois dans leurs divisions principales et dans les détails les plus délicats de leur rédaction, en les envisageant en même temps sous le double rapport du fonds et de la forme. De cette comparaison attentive, il devrait sortir une critique des autorités écrites du Buddhisme, qui, conduite avec la circonspection et l'indépendance que des esprits supérieurs ont déjà su appliquer à d'autres monuments religieux de l'ancien monde, jetterait infailliblement les plus vives lumières sur le rapport mutuel des deux collections du Népal et de Ceylan , sur leur développement et leur âge , en un mot sur les idées fondamentales du Buddhisme et sur les lois qui ont présidé ici à leur transformation, ailleurs à leur fixation définitive ; les unes, prolongeant jusqu'à des époques voisines de nous une élaboration dans le travail de laquelle disparaît le principe primitif, les autres, arrêtant à une époque déjà ancienne la rédaction authentique des livres canoniques, pour s'en tenir désormais à un travail de commentaires et de gloses qui ne se permet pas la moindre addition à la pensée originale.
Je n'ai pas besoin de dire qu'une pareille comparaison est actuellement impossible. Nous manquons des éléments nécessaires pour la mener à fin , tant du côté du Népâl que de celui de Ceylan. Il y a plus; il arriverait qu'une bibliothèque européenne viendrait à réunir sur ses rayons les deux collections complètes du Nord et du Sud, que je douterais encore qu'il fût actuellement possible d'exécuter la comparaison dont je viens d'indiquer sommairement l'objet. Avant de critiquer cette masse considérable d'ouvrages, il faudrait les étudier, puis les placer sous les yeux du public, et, pour ce faire, les publier, les traduire et les commenter. Cette œuvre, plus longue que difficile sans doute, aura besoin pour être achevée du concours de plusieurs hommes patients et instruits; et c'est seulement
quand elle sera terminée que la critique pourra commencer sûrement et en toute liberté le travail de rapprochement et d'analyse qu'elle seule peut exécuter.
Mais de ce qu'il ne nous est pas permis d'atteindre au but , nous serait-il interdit d'essayer de l'entrevoir? Et parce que nous ne possédons pas encore tous les matériaux nécessaires pour cette recherche , serions-nous dispensé de faire usage de ceux qui sont entre nos mains? Je ne le pense pas; et malgré l'insuffisance des documents que j'ai été à même de recueillir jusqu'à ce jour, j'ai cru que je ferais bien de clore ces notes déjà bien longues par l'exposition de quelques textes appartenant à la collection sanscrite et à la collection pâlie , dans lesquels j'ai reconnu des idées identiques exprimées par des formes et dans un idiome différents. L'examen de ces passages donnera une idée approximative de ce qu'on pourrait attendre d'un travail d'ensemble exécuté sur un plus grand nombre d'ouvrages. J'ai d'ailleurs rencontré plus d'une occasion , en rédigeant les notes destinées à éclaircir quelques termes douteux ou difficiles du Lotus de la bonne loi, de comparer aux mots sanscrits de ce texte les mots analogues de passages écrits en pâli que me signalaient mes lectures; mais je n'ai pas toujours eu besoin de citer les passages mêmes qui me fournissaient ces mots. Je compte compléter ici cette comparaison en alléguant les textes eux-mêmes; j'y joindrai de plus quelques fragments, ou seulement quelques termes isolés qui n'ont pas pu prendre place dans mes notes , et qui cependant méritent de paraître aux yeux du lecteur sous la double forme que leur ont donnée les livres du Nord écrits en sanscrit et les livres du Sud écrits en pâli.
Pour mettre quelque ordre dans cette exposition , je diviserai en plusieurs groupes les textes que j'ai l'intention de reproduire, en les distribuant d'après les objets auxquels ils se rapportent. Ainsi, dans un premier groupe, j'énumèrerai divers passages relatifs au Buddha , à son apparition sur la terre , à ses qualités intellectuelles et morales. Dans un second groupe , j'indiquerai diverses catégories philosophiques dont on trouve la définition dans les deux collections. Dans un troisième, je traiterai de quelques circonstances mii'aculeuses ou peu ordinaires, et dans un quatrième, enfin, je signalerai des textes ou des mots relatifs à des faits de la vie commune.