CHAPITRE IV
périeur, posant à terre le genou droit, tenant les mains jointes en signe de respect du côté où était assis Bhagavat, le regardant en face, le corps incliné en avant, l'extérieur modeste et recueilli, ils parlèrent en ces termes à Bhagavat :
Nous sommes vieux, ô Bhagavat, âgés, cassés; nous sommes respectés comme Sthaviras dans cette assemblée de Religieux. Epuisés par l'âge, nous nous disons : « Nous avons obtenu le Nirvâna; « nous ne pouvons plus faire d'efforts, ô BhagaA^at, pour arriver à l'état suprême de Buddha parfaitement accompli; nous sommes impuissants; nous sommes hors d'état de faire usage de nos forces. Aussi, quand Bhagavat expose la loi, que Bhagavat reste longtemps assis et que nous assistons à cette exposition de la loi, alors, ô Bhagavat, assis pendant longtemps et pendant longtemps occupés à honorer BhagaA^at, nos membres et les portions de nos membres, ainsi que nos articulations et les parties qui les composent, éprouvent de la douleur. De là vient que, quand nous démontrons, durant le temps où Bhagavat enseigne la loi, l'état de vide, l'absence de toute cause, l'absence de tout objet, nous ne concevons pas l'espérance soit d'atteindre à ces lois du Buddha, soit d'habiter dans ces demeures qu'on nomme les terres des Buddhas, soit de nous livrer aux voluptés des Bôdhisattvas ou à celles des Tathàgatas. Pourquoi cela? C'est que, ô Bhagavat, attirés en dehors de f- 5? ^• la réunion des trois mondes, nous imaginant être arrivés au Nirvâna, nous sommes en même temps épuisés par l'âge et par les maladies. C'est pourquoi, ô Bhagavat, au moment où d'autres Bôdhisattvas ont été instruits par nous , et ont appris qu'ils parviendraient un jour à l'état suprême de Buddha parfaitement accompli, alors, ô Bhagavat, pas une seule pensée d'espérance relative à cet état, ne s'est produite en nous. C'est pourquoi, ô Bhagavat, entendant ici de ta bouche ce que tu viens de dire : « La prédiction de l'état «futur de Buddha parfaitement accompli s'applique aussi aux Çrâvakas, » nous sommes frappés de surprise et d'étonnement. Nous avons obtenu aujourd'hui un grand objet, ô Bhagavat, aussitôt que nous avons entendu cette voix de Bhagavat, que nous n'avions pas ouïe précédemment; nous nous sommes trouvés en possession d'un grand joyau, ô Bhagavat, en possession d'un joyau incomparable. Oui, Bhagavat, le joyau que nous avons acquis n'était ni recherché, ni poursuivi, ni attendu, ni demandé par nous. C'est là ce qu'il nous semble, ô Bhagavat; c'est là ce qu'il nous semble, ô Sugata.
C'est comme si un homme, ô Bhagavat, venait à s'éloigner de la présence de son père, et que, s'en étant éloigné, il allât dans une autre partie du pays. Qu'il passe là beaucoup d'années [loin de son père], vingt,
f. 58 a. trente , quarante ou cinquante ans. Que le père devienne un grand personnage, et que le fils, au contraire, soit pauvre, parcourant le pays pour chercher sa subsistance. Qu'il visite les dix points de l'horizon pour trouver des vêtements et de la nourriture, et qu'il se rende dans une autre partie de la contrée. Que son père se soit aussi retiré dans une autre province ; qu'il soit possesseur de beaucoup de richesses, de grains, d'or, de trésors, de greniers et de maisons. Qu'il soit riche de beaucoup de Suvainas, d'argent travaillé, de joyaux, de perles, de lapis-lazuli, de conques, de cristal, de corail, d'or et d'argent. Qu'il ait à son service beaucoup d'esclaves des deux sexes, de serviteurs et de domesticjues ; qu'il possède un grand nombre d'éléphants, de chevaux, de chars, de bœufs, de moutons; qu'il ait de nombreux clients. Qu'il ait des possessions dans de vastes pays; qu'il perçoive des revenus et des intérêts considérables, et dirige de grandes entreprises de commerce et d'agriculture.
Qu'ensuite, ô Bhagavat, l'homme pauvre parcourant, pour trouver de la nourriture et des vêtements, les villages, les bourgs, les villes, les provinces, les royaumes, les résidences royales, arrive de proche en proche à la ville où habite son père, cet homme possesseur de beaucoup de richesses, d'or, de Suvarnas, de trésors, de greniers, de maisons. Que cependant, ô Bhagavat, le père de ce pauvre homme, le possesseur de beaucoup de richesses, [etc., comme ci-dessus,] qui habite dans cette ville, pense sans cesse à ce fils qu'il a perdu depuis cinquante ans, et qu'y pensant ainsi, il n'en parle à
f. 58 b. personne, au contraire, qu'il se désole seul en lui-même, et qu'il réfléchisse ainsi: Je suis âgé, vieux, cassé; j'ai beaucoup d'or, de Suvarnas, de richesses, de grains, de trésors, de greniers, de maisons, et je n'ai pas un seul fils! Puisse la mort ne pas me surprendre dans cet état ! Toute cette fortune périrait faute de quelqu'un qui en pût jouir. Qu'il se souvienne ainsi de son fils à plusieurs reprises : Ah ! certes je serais au comble du bonheur, si mon fils pouvait jouir de cette masse de richesses.
Qu'ensuite, ô Bhagavat, le pauvre homme cherchant de la nourriture et des vêtements, arrive de proche en proche jusqu'à la maison de l'homme riche, possesseur de beaucoup d'or, etc. Que le père de ce pauvre homme