‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 37 sur 283 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

se trouve à la porte de sa maison, entouré d'une fouie nombreuse de Brâlimanes, de Kcliattriyas, de Vâiçyas, de Çûdras, dont il reçoit les hommages, assis sur un grand trône que soutient un piédestal orné d'or et d'argent; qu'il soit occupé à des affaires de milliers de kôtis de Suvarnas, éventé par un chasse-mouche, sous un vaste dais dressé sur un terrain jonché de fleurs et de perles, auquel sont suspendues des guirlandes de pierreries, entouré en un mot de toute la pompe de l'opulence. Que le pauvre homme, ô Bhagavat, voie son propre père assis à la porte de sa maison, au milieu de cet appareil de grandeur, environné d'une foule nom- f. Sg a. breuse de gens, occupé aux affaires d'un maître de maison; et qu'après l'avoir vu, effrayé alors, agité, troublé, frissonnant, sentant ses poils se hérisser sur tout son corps, hors de lui, il réfléchisse ainsi : Sans contredit, le personnage que je viens de rencontrer est ou le roi, ou le ministre du roi. Je n'ai rien à faire ici; allons-nous-en donc. Là où est le chemin des pauvres, c'est là que j'obtiendrai des vêtements et de la nourriture sans beaucoup de peine. J'ai tardé assez longtemps; puissé-je ne pas être arrêté ici et mis en prison, ou puissé-je ne pa« encourir quelque autre disgrâce !

Qu'ensuite le pauvre homme, ô Bhagavat, en proie à la crainte produite sur son esprit par la succession des malheurs [qu'il appréhende], s^éloigne en grande hâte, s'enfuie, ne reste pas en ce lieu. Qu'en ce moment l'homme riche, assis à la porte de sa maison sur un trône, reconnaisse à la première vue son propre fils, et que l'ayant vu, il soit satisfait, content, ravi, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, et qu'il fasse cette réflexion : Chose merveilleuse ! le voilà donc trouvé celui qui doit jouir de f. Sg 6. cette grande fortune en or, en Suvarnas, en richesses, en grains, en trésors, en greniers et en maisons; j'étais sans cesse occupé à songer à lui : le voici qui arrive de lui-même, et moi je suis âgé, vieux, cassé.

Qu'ensuite cet homme, ô Bbagavat, tourmenté par le désir de voir son fils, envoie en ce moment, en cet instant même, à sa poursuite des coureurs rapides : Allez, mes amis, amenez-moi bien vite cet homme. Qu'alors ces hommes partant tous rapidement, atteignent le pauvre; qu'en ce moment le pauvre effrayé, agité, troublé, frissonnant, sentant ses poils se hérisser sur tout son corps, hors de lui, pousse un cri d'effroi; qu'il se désole, qu'il s'écrie : Je ne vous ai fait aucun tort. Que les hommes entraînent de force le pauvre, malgré ses cris. Qu'ensuite le pauvre,

effrayé, [etc., comme ci-dessus,] fasse cette réflexion : Puissé-je ne pas être puni comme un criminel, puissé-je ne pas être battu ! Je suis perdu certainement. Que se trouvant mal, il tombe par terre privé de connaissance. Que son père soit à ses côtés, et qu'il s'adresse ainsi à ses domestiques : Ne f. 60 a. tirez pas ainsi cet homme ; et que lui ayant jeté de l'eau froide [au visage], il n'en dise pas davantage. Pourquoi cela? C'est que le maître de maison connaît l'état des inclinations misérables de ce pauvre homme, et qu'il connaît la position élevée qu'il occupe lui-même et qu'il pense ainsi : C'est bien là mon fils.

Qu'alors, ô Bhagavat, le maître de maison, grâce à son habileté dans l'emploi des moyens, ne dise à personne : Cet homme est mon fils. Qu'ensuite il appelle un autre homme : "Va, ami, et dis à ce pauvre homme : Va-t'en où tu voudras, pauvre homme; tu es libre. Que fhomme ayant promis d'o])éir à son maître, se rende à l'endroit où est le pauvre homme, et qu'y étant arrivé, il lui dise : Va-t'en où tu voudras, pauvre homme; tu es libre. Qu'ensuite le pauvre entendant cette parole, soit frappé d'étonnement et de surprise. Que s'étant lei/é, il quitte cet endroit pour se rendre sur le chemin des pauvres, afin d'y chercher de la nourriture et des vêtements. Qu'ensuite le maître de maison, pour attirer le pauvre, fasse usage d'un moyen adroit. Qu'il emploie pour cela deux hommes d'une classe inférieure , grossiers et de basse extraction : Allez tous les deux vers ce pauvre {. 60 h. homme qui est arrivé ici; engagez-le sur ma promesse, pour un double salaire par jour, à venir servir ici dans ma maison. Et s'il vient à vous dire : Quelle chose y a-t-il à faire? répondez-lui : Il faut nettoyer avec nous l'endroit où l'on jette les ordures. Qu'alors ces hommes s'étant mis à la recherche du pauvre, l'emploient à cet ouvrage; qu'en conséquence, les deux hommes avec le pauvre, recevant leur salaire de la main de l'homme riche, nettoient dans sa maison l'endroit où l'on jette les ordures, et qu'ils se logent dans une hutte de chaume située dans le district qui paye tribut à l'homme riche, maître de maison. Qu'ensuite l'homme fortuné regarde à travers une petite fenêtre ou un œil-de-bœuf son propre fils, occupé à nettoyer l'endroit où l'on jette les ordures, et qu'en le voyant, il soit de plus en plus frappé d'élonnement.

Qu'ensuite le maître de maison étant descendu de son logement, s'étant dépouillé de ses parures et de ses guirlandes, ayant quitté ses vêtements

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