CHAPITRE XI
35. Mais ce Sûtra se nomme le premier de tous les Sùtras; celui qui porte ce Sùtra, porte le corps même du Djina.
36. Parlez, ô fds de famille; moi qui suis le Tathâgata, me voici devant vous; [qu'il parle] celui d'entre vous qui désire se charger de la possession de ce Sûtra, pour la fm des temps.
37. Il fera une chose grandement agréable à tous les Chefs du monde en général, celui qui possédera, ne fût-ce qu'un seul instant, ce Sûtra si difficile à posséder.
38. Il est en, tout lieu célébré par les Chefs du monde, il est brave et plein de force, et il arrive rapidement à fintelligence de fétat de Bôdhi;
39. Il est le fds chéri des Chefs du monde, le favori qu'ils portent sur leurs épaides , il est arrivé sur le terrain de la quiétude , celui qui possède ce Sûtra.
40. Il devient fœil du monde formé de la réunion des Maruts et des hommes, f- i38 b. celui qui explique ce Sûtra, lorsque le Guide des hommes est entré dans le Nirvana complet.
41. Il doit êti'e vénéré comme un sage par toutes les créatures, celui qui, à ia fin des temps, exposera^jijSûtra , ne fût-ce que pendant un moment.
Ensuite Bhagavat s'adressant à la troupe tout entière des Bôdhisattvas et au monde formé de la réunion des Suras et des Asuras, parla ainsi: Autrefois, ô Religieux, dans le temps passé, je cherchai pendant un nombre infini, incalculable de Kalpas, à obtenir le Sûtra du Lotus de la bonne loi, sans éprouver un instant de fatigue ou de découragement. En effet, je fus jadis, il y a bien des Kalpas , il y a bien des centaines de mille de Kaipas, je fus roi; et je sollicitai le bonheur d'obtenir l'état suprême de Buddha parfaitement accompli; et ma pensée ne se détacha jamais de son but. J'étais sans cesse appliqué à remplir les devoirs des six perfections, répandant des aumônes sans nombre, distribuant tout ce qui m'appartenait, or, joyaux, perles, lapis-lazuli , conques, cristal, corail, or non travaillé, argent, émeraudes, diamants, perles rouges; villages, bourgs, villes, provinces, royaumes, capitales; enfants, femmes, filles, esclaves; éléphants, chevaux, chars, et jusqu'à ma vie et mon propre corps, et chacun de mes membres en particulier , comme mes mains, mes pieds, ma tête; et cependant la pensée qui embrasse tout ne se développait pas en moi. En ce temps-là l'existence du monde était de longue durée, elle s'étendait à plu- f. iSg « sieurs centaines de mille d'années; et moi je remplissais alors les devoirs de Roi de la loi, en vue de la loi, et non en vue de ma domination.
Après avoir sacré mon fils aîné, je me mis à chercher la loi excellente dans les quatre points de l'espace; aussi fis-je répandre partout cette nouvelle à son de cloche : Celui qui me communiquera la loi excellente ou qui m'en expliquera le sens, je m'engage à devenir son esclave. En ce temps-là il y avait un Rïchi qui me dit ces paroles : Il y a, ô grand roi, un Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, qui est une exposition de la bonne loi, et qui enseigne ce qu'il y a de plus excellent. Si tu consens à devenir mon esclave, je t'exposerai cette loi. Ayant entendu les paroles de ce Rïchi, je me sentis content, joyeux, satisfait, plein de joie et de ravissement, et m'étant rendu au lieu où résidait ce Rïchi, je lui parlai en ces termes: Me voici prêt à te rendre les services que doit un esclave. Etant donc entré au service de ce Rïchi, je lui rendis les devoirs qu'un esclave doit à son maître, comme d'aller chercher pour lui du gazon, du bois, de l'eau, des légumes, des racines et des fruits; j'étais le gardien de sa porte; et après avoir rempli le jour ces devoirs, la nuit je lui tenais les pieds sur son siège, son lit ou sa couche; et cependant je n'éprouvais jamais de fatigue ni de corps ni d'esprit. Mille années s'écoulèrent pour moi dans ces fonctions.
Ensuite Bhagavat voulant développer ce sujet, prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :
42. Je me souviens d'un temps écoulé depuis un grand nombre de Kalpas , f. iSg b. d'un temps où j'étais un Roi de la loi, plein de justice, et où je remplissais les
devoirs de la royauté pour la loi même , dans l'intérêt de la loi excellente , et non pour satisfaire mes désirs.
43. Je fis répandre cet avis dans les quatre points de l'espace : Celui qui me donnera la loi, je me ferai son esclave. Or il y avait en ce temps-là un sage Rïchi qui exposait le Sûtra nommé du nom de la bonne loi.
44. Ce sage me dit : Si tu as le désir de posséder la loi, fais-toi mon esclave, je t'exposerai ensuite la loi; et moi, satisfait, après avoir entendu ces paroles, je fis auprès de lui tout ce que doit faire un esclave.
45. Mon corps et mon esprit furent également insensibles à la fatigue pendant le temps que je restai dans la condition d'esclave, en vue d'obtenir la loi; la prière que j'avais adressée en ce temps-là était dans l'intérêt des créatures , non pour moi ni pour satisfaire mes désii's.
46. Le roi [dont je vous parle] déployait ainsi son énergie, sans chercher rien autre chose dans les dix points de l'espace; il s'occupait sans relâche de cet objet