‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 161 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Après i'iavocation à tous les Buddhas et Bôdhisattvas , on iit une stance qui nappar- £ ^ lient certainement pas au Saddharma pundarika même, et qu'on doit mettre sur le compte de quelque ancien copiste. Cependant, comme elle se trouve dans les quatre manuscrits que j'ai eus entre les mains, je n'ai pas cru devoir l'omettre. Je la donne ici telle que la comparaison des manuscrits me permet de la corriger ; les lecteurs qui auront la curiosité 'de recourir au manuscrit de la Société asiatique, base première de naa traduction, reconnaîtront sans peine les fautes de ce manuscrit.

Ce distique peut se traduire ainsi : « J'exposerai le Saddharma pandarîka (le lotus blanc « de la bonne loi) , ce roi des Sûtras Vâipalyas, qui est l'enseignement, la communication « et la règle de la vérité suprême, et la grande voie de la réalité. » Il nous apprend à quelle catégorie des écritures buddhiques appartient cet ouvrage ; c'est à celle que l'on nomme les- Sûtras Vâipalyas, ou Sûtras de développement; J'ai amplement expliqué ailleurs ce qu'il fallait entendre par ce terme de Sûira développé^. La définition que la stançe précitée donne de notre Sûtra est surabondamment justifiée par la forme même sous laquelle il nous est parvenu, forme qui est celle des Sûtras les plus étendus, c'est-àdire de ceux qui sont composés de deux rédactions , l'une en prose et l'autre en vers. Quant au titre même du livre , que j'ai traduit par le Lotos de la bonne loi, on pourrait encore le reproduire de cette manière : le Lotus blanc de la loi des gens de bien. En effet, pundarika signifie, d'après VAmarakocha, lotus blanc^, et saddhàrmah se traduirait très-exactement par satâm dharmah, « là loi des hommes vertueux. » La version que j'ai adoptée me paraît cependant préférable en ce qu'elle est plus simple. Elle s'accorde d'ailleurs avec celle que mon savant confrère M. Stan. Julien propose pour le titre de la version chinoise du Saddharma pundarika, dans la grande listé d'ouvrages buddhiques chinois qu'il vieùt d'insérer au Journal asiatique^. Le titre de Saddharma donné à la loi de Çâkyamuni est certainement ancien dans" le Buddhisme; et l'on verra dans un des^ paragraphes du n° X de Y Appendice, qui est relatif à la valeur du mot' anyatra, que le terme de saddharma se trouve déjà dans les anciennes inscriptions buddhiques de Piyadasi.

Voici ce que j'ai entendu.] Cette formule caractérise avec précision les ouvrages de la

' Introdaction à l'histoire du Baddhisme indien, 1. 1, ' Amarahocha, 1. 1 , c. ii , sect. 3 , p. 65 , éd. Lois,

p. 62 et 63. ^Journal asiatique, ly' série, t. XIY, Tp. 25'].

collection buddhique du Népal auxquels on attribue une autorité canonique. Elle se retrouve également sous la forme de êvam mê satam, au commencement de tous les Suttas pâlis de Ceylan que j'ai pu examiner jusqu'ici. C'est, comme je l'ai rémarqué ailleurs, le lien par lequel les livres qui font autorité chez les Buddhistes se rattachent au personnage inspire, fondateur du Buddhisme, qui, selon le témoignage des textes et en particulier de ceux de Ceylan ,^passe pour n'avoir rien écrit, mais pour avoir toujours communiqué sa doctrine par la voie de l'enseignement oral ^ Au reste, en traduisant ce début , Evam maya çrutam êkasmin samayê, j'ai rejeté les mojts êkasmin samayê au commencement de la phrase suivante, et je les ai séparés de la formule, »I1 a été ainsi en- « tendu par moi. » Il se pourrait faire que j'aie eu tort de détacher ces deux derniers mots-, et qu'il fallût les laisser unis aux précédents, de cette manière : « Voici ce que j'ai entendu « un jour, n C'est du moins de cette façon que I. J. Schmidt rend l'interprétation tibétaine de cette formule sanscrite 2, et M. Foucaux en fait autant au début de sa traduction du Lalita vistara tibétain ^. Une obsei-vation semble venir à l'appui de cette version , c'est que si on supprime la formule complète, y compris les mots êkasmin samayê, on a le commencement d'un Avadâna, classe de livres qui, comme je l'ai dit autre part, ne diffère guère de celle des Sâtras que par l'absence de la formule, «H a été ainsi en- « tendu par moi''. » Or si c'est là, ainsi que jeîepense, un caractère fondamental, quoique extérieur pour la distinction de ces deux espèces de livres , ne peut-on pas dire que les m.ots êkasmin samayê ne se trouvant pas eh tête des Avadânas, appartiennent forcément à la formule êvam maya çratam? Cette disposition des termes du texte est moins conforme aux règles du placement des mots en sanscrit que celle que j'ai suivie dans ma traduction ; mais une considération de ce genre n'est que de peu de valeur, maintenan^t que nous savons à quelle distance des compositions classiques de la littérature brahmanique doivent se placer les livres religieux des Buddhistes du Nord. Si l'on préfère cette seconde interprétation , on traduira de la manière suivante le début du Saddharma : « Voici « ce que j'ai entendu un jour : Bhagavat se trouvait à Râdjàgrïha. »

Bhagavat se trouvait] L'expression que les textes sanscrits du Népal emploient invariablement pour rendre cette idée est viharati sma; c'est aussi celle dont les Suttas pâlis de Ceylan font usage. On voit clairement que c'est de ce verbe vi-hrï qu'a été formé le mol vihâra, nom des monastères buddhiques. Un vihâra est donc le lieu où se trouve le Buddha ou les Religieux qui suivent sa loi^. Je me suis expliqué ailleurs sur l'importance du titre de Bhagavat , par lequel on désigne constamment dans les livres canoniques Çâkyamuni Buddha*'. Je montrerai que l'ancienneté et l'authenticité de son emploi soni établies par une des inscriptions du roi buddhiste Piyadasi, dans lin des paragraphes du n" X de Y Appendice, qui est relatif aux noms de Baddha, Bhagavat, Râhula et Saddharma.

' Introduction à rhistoire du Buddhisme indien, t. I, '' Foucaux, Rgya ic'n'er roi pu, l. Il , p. 2.

p. 45. ^ Litrod. à l'hist. du Buddh. t. i. p. 90-

' Mèm. de l'Acad. des sciences de S. Pétersbourg, ^ Ibid. t. I, p. 286.

t. IV. p. i85. s Ibid. t. I, p. 72, noti?.

Page 1