CHAPITRE PREMIER
A Râdjagrïha.] Voyez, touchant cette ville célèbre dans l'histoire du Buddhisme, Ylniroduction à l'histoire du Buddhisme indien,, t'I, p. loo, et les autorités -auxquelles j'ai renvoyé en cet endroit;
La montagne, de Grïdhrakâta.] C'est la célèbre montagne du Pic du Vautour, située non loin de Râdjagrïha , et ou a longtemps séjourné Çâkyamuni. Une trace de cet ancien nom se retrouve dans la dénomination moderne de Giddore. Voyez sur ce point important la relation du voyage de Fa hian avec les éclaircissements qui l'accompagnent^, et une note spéciale de Vlntroduction à l'histoire du Buddhisme indien, t. I, p. 629, note 5.
Une grande troupe de Religieux.] J'aurais dû, pour plus d'exactitude, traduire : «avec « une grande Assemblée de Religieux, » Le texte se sert en effet ici du mot composé hhikcha safhgha qui est un terme propre au style b^ddhique, désignant d'uiie manière collective l'Assemblée, c'est-à-dire la réunion des Auditeurs du Buddha. Je me suis expliqué ailleurs en détail sur la signification propre et sur l'application de ce terme 2; je renvoie le lecteur pour ce que j'ai cru nécessaire d'en dire de plus, au n°Ide V Appendice qni suit ces notes.
Douze cents Religieux.] La version tibétaine porte : « deux mille myriades de Religieux ; » c'est une exagération qui ne se trouve pas dans le texte original.
Tons Arhats. ] Le mot Arhai, qui signifie vénérable ou digne personnage, désigne l'homme parvenu au degré le plus élevé parmi les Religieux ou hhikc^ius. J'ai dit ailleurs que les Buddhistes de toutes les écoles, ceux du Nord, comme ceux du Sud, interprétaient ce mot comme s'il était écrit ari-hat, meurtrier de l'ennemi^. » Glough, dans son Dictionnaire singhalais, donne les deux interprétations, celle que fournit la grammaire sanscrite et celle qu'ont adoptée les Buddhistes; il tire en efFet arhat de arh, « mériter, » ou de ari, « l'ennemi, » c'est-à-dire les passions, et hat, « celui qui détruit. » ^ Arhat, dit-il, est celui « qui a complètement détruit le klêça ou la passion , et qui conséquemment est préparé pour a le Nirvana. C'est la première des neuf qualités éminen les d'un Buddha, dites navaguna'^. » Cette interprétation systématique du mot arhat, qui a son origiae dans les sources indiennes, est passée de là dans les traductions qu'en ont faites les pev.plès chez lesquels s'est introduit le Buddhisme. Ainsi les Tibétains traduisent uniformément îe. titre de arhat par dgra-htchom-pa, « le vainqueur de l'ennemi. » Les Mongois, soit à leui exemple, soit directement d'après les textes sanscrits, ce qui est moins waisemblable, ont adopté la même interprétation ^. Les Chinois la connaissent également; et Abel Bémusat, dans sa traduction inédite du Vocabulaire pentaglotte .buddhiqne , rend par hostiam delellator la version chinoise du sanscrit arhat.
' Foe houe M, p, 269 et 270. * Singhal. Diction. U II, p. 810.
^ Infr.àrhist. du Buddh. indien, 1. 1, p. 382 etsuiv, ^ l.i,Schvn\d\„GeschichtederOst-Mongolen,j;.ii^y
^ Ibid, t. I, p. 295. note 62.
Exempts de toute faute.] Le texte se sert du mot kchinâçrava, qui, littéralement rendu, signifie a celui en qui les péchés ou les souillures sont détruites. » Je traduis le mot oçrava (qui dans les manuscrits du Saddharma pnndarika est fréquemment écrit âsrava) , par « péché , souillure , » d'après l'autorité de VAhhidharma kôça vyâkhyâ, qui interprète l'adjectif amala, « sans tache ,ii se rapportant à praçZ^na, «la sagesse, la science, » par anâçrava, et qui ajoute que mala est synonyme d'açmva^. Wilson donne âçrava avec le sens de « faute, « transgression, net c'est ce qui me. fait préférer cette orthographe à celle d'âsrava. J'ajouterai que Turnour entend de la méine m.auière l'épithète de khînâsava, qui ne se représente pas moins fréquerbmeût dans les textes pâlis du Sud, que kchinâçrava dans les ouvrages sanscrits du Nord. On trouve en effet dans 3a traduction du Ma/iawarôsa pâli , l'épithète khînâsava rendue par who had overcome ihe dominion of sin^. J'ai cru cette remarque nécessaire, parce que ma traduction pourrait donner à penser que les Arhats ici désignés sont naturellement et par le seul effet de leurs perfections natives, exempts de toute faute. Le texte, au conixciire, en se servant du terme de kchinâçrava, veut dire que ces Religieux avaient détruit et en quelque sorte usé les imperfections naturelles qui étaient auparavant en eux. Nous verrons plus bas comment les Buddhistes chinois ont interprété ce terme, pour s'être strictement attachés à sa valeur étymologique^.
Sauvés de la corruption du mal.] Le texte se sert du mot nichklêça, qui est formé de nich -i-kîéça ; on trouvera à V Appendice, sous le n° II, une note sur la valeur du mot klêça, que son étendue n'a pas permis de placer ici.
Parvenus à la puissance.] Le mot que je traduis ainsi est vaçibjiûta, et cette orthographe est celle de mes quatre manuscrits ; or, s'il s'agissait ici de sanscrit classique, et en suivant l'autorité du Dictionnaire de Wilson , on devrait traduire ce mot par • subjugué , soumis à la « volonté d'un autre. » Mais cette idée est contradictoire à celle de la haute puissance qu'on suppose aux Arhats. J'ai donc préféré le sens de la version tibétaine, où les mots dvangdang-ldan-pargyur-pa doivent signifier « devenu puissant, dominateur. «^11 semble en. effet que vaçibhûta soit une orthographe altérée de vaçihhûta (de vaçin et hhûta), où vaçi (thème vagin) est pris au sens actif (volontaire), et est placé tout infléchi au nominatif près de bhûta qui n'a presque aucun ^ens , de manière qu'on peut l'entendre ainsi : « devenu « ayant l'autorité, devenu maître par sa volonté. » On doit, ce me semble, appliquer ici l'interprétation que les scoHes dé Hêmatchandra donnent de vaçitâ , « fascination , action - de soumettre à sa volonté : » iêchu vaçi sv'atantrô bhavati, « il est parmi eux (les éléments) « maître à volonté, indépendant '». <> C'est vraisemblablement d'après cette analyse qu'ont traduit les Tibétains. Je me trouve encore confirmé dans mor^ interprétation par l'emploi que font les Buddhistes du Sud du terme de vasîbhûva. qui estle substantif exprimant l'état abstrait dont nous avons ici l'adjectif. Certainement quand on dit du Buddha qu'il est
' Abhidkarma kôça vyakhyâ, f. 7 a, fin, raan. de Ci-dessous, Appendice, 11° XIV.
la Soc. asiat. * Schol. in Héinatchandra , st. aoa, p. 3n, éd.
Mahùu'atiso, t. I, ch. iVjp, i6, éd. Turnour. Bœhtlingk et Rieu.