‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 167 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cesl-à-dire, parce que tu n'as jusqu'ici atteint que le premier des quatre degrés qui conduisent à la dignité d'Arhat. Mahânâma, dans le commentaire qu'il a écrit lui-même sur son Mdhâvamsa, après avoir rapporté les mots » demain a lieu la réunion , » ajoute tvantcha sêkhô sakarcmîyô, «et toi, tu es iS^Afta, c'est-à-dire que lu as encore des devoirs à «remplir^. » Voilà pourquoi les Religieux l'engagent à faire les efforts nécessaires, sadatthê, dit le texte, c'est-à-dire, selon lé conmientaire , sakattkê, « pour atteindre à son but, » qui est d'obtenir l'état supérieur d'Arljat. Se rendant à leurs exhortations, Ananda parvient après des efforts énergiques à cet état d'Arhat qui est, dit le texte, « affranchi de la « voie des (quatre) positions-, » sens sur lequel Mahânâma ne laisse aucun doute en le commentant ainsi : icliata iriyâpatha virahitam. On sait que les quatre positions sont la marche , la station , la position assise et la position couchée ^. Or ce sont là autant de conditions propres à tout homme vivant en ce monde ; on les trouve souvent rappelées dans les textes du Sud, et pour n'en citer qu'un exemple, dans le passage suivant: Adclasa nigrôdhasâmanêram râdjagganéna gatehtchhantafh dantani guttafh santindriyam iriyâpathasampannanii « B vit le Sâmanêra (le novice) Nigrôdha, s'avançant dans l'enceinte royale , maître de ■< lui, s'observant bien, les sens cahnes, ayant une (des quatre) positions [décentes]^. » En devenant Arhat, Ananda s'afïranchissait de la néceissité de rester dans une de ces quatre positions qui retiennent l'homme attaché à la terre , c'est-à-dire qu'il acquérait les facultés surnaturelles que l'on attribue aux Arhats. Voilà certainement le sens du texte que Turnour a un peu trop forcé par ces mots, « s'étant affranchi de l'empire des passions htimai- « nés. » Outre que c'est l'état ^Ârhat qui est affranchi, ce qui du reste revient à peu près au même, ce n'est pas des passions humeùnes que le texte veut ici nous le représenter affranchi, quoiqu'il ait en réalité cet avantage, mais bien des conditions physiques qui fixent le corps humain sur la terre. Et c'est à dessein que l'attention du lecteur est attirée sur cette espèce d'affranchissement, puisque plus bas l'auteur nous apprend qu'Ananda se rendit miraculeusement à l'Assemblée par la voie de l'atmosphère. L'idée que le titre àiAThat n'est donne qu'aux sages possesseurs de facultés surnaturelles , est si famiKère aux Buddhistes et particulièrement à ceux du Sud, que quand les Singhalais parlant d'un Arhat veulent définir ce titre, ils ajoutent : c'est un sage qui a le pouvoir de traverser les airs en volant.

Quant à la forme du terme pâli sêkha, laquelle correspond au sanscrit sâïkcha, elle présente cette irrégularité, qu'un des deux k nécessaires en est absent; en effet, puisqu'on dit asêkkha de asâikcha, on devrait dire sêkkha de sâikcTia. Ce retranchement du premier Zr se retrouve également dans le mot vimôkha, «affranchissement, » qui devrait s'écrire vimôkkha. Peut-être est-ce une trace de l'influence du dialecte mâgadhî sur le pâli; peut-être aussi ce retranchement résulte-t-il de l'allongement de la voyelle ê devant le kh aspiré unique. Je le croirais d'autant plus volontiers, que l'on trouve aussi sêkkha, notamment dans la phrase suivante, empruntée à la glose de Mahânâma sur le Mahâvajhsa : patkndjana sêkkha bhûmim atikkamitvâ, <• ayant franchi le degré d'homme

* Mahâvamsa tîhâ, fol. Sa b. — ' Abhidhân. ppadîp. 1. III, c. m, st. 5 ; Clough, Singhalese Diclionajj, l. II, p- 70. — ' Tkâpa vaihsa, f. 1 5 6.

' ordinaire et de disciple ^ » Je reviendrai ailleurs sur le titre de pathudjana, ci-dessous, chap. XV, fol. 170 6.

Mahâpradjdpatî.] Ce nom est celui de la tante de Çâkyamuni^; on sait également que Yaçôdharâ est la femme qu'avait épousée Çâkya quand il n'était pas encore entré dans la vie religieuse, et que Râhula est le flls qui était issu de ce mariage^.

Incapables de retourner en arrière.] Cette expression doit faire allusion soit à la persévérance avec laquelle les Bôdhisattvas poursuivent l'objet de leurs efforts et se préparent à leur mission libératrice, soit à l'avantage qu'ils ont, grâce à leurs mérites antérieurs, de ne devoir plus se détourner du but que cette mission leur assigne. Il n'est pas sans intérêt de retrouver cette expression sous une forme légèrement modifiée dans un monument épigraphique dont l'origine buddhique est incontestable. Je veux parler d'une inscription sanscrite découverte à Buddhagayâ et expliquée en i836 par J. Prinsep et par son Pandit Ratnapâla. A la quatrième ligne de cette inscription, on lit sur le fac-similé comme dans la transcription de J. Prinsep : avinivartaniya bôdhisattva tcharita, « qui observe les •- pratiques d'un Bôdhisattva incapable de se détourner ; » la voyelle a que je rétablis ici pour obtenir le mot entier, se trouve engagée dans le mot parâyanâ qui termine i'épithète précédente *. Il est sans doute singulier de voir ce titre , si élevé pour un Bôdhisattva , figurer dans une des épithètes dont l'inscription décore le ministre d'un petit roi du Bengale : mais cela prouve certainement deux choses, l'une, que le titre était très-familier aux Buddhistes; l'autre, que le Buddhisme étcut déjà assez ancien dans cette partie de l'Inde pour qu'on pût prodiguer un tel titre à l'un des officiers royaux. Or cette dernière observation reçoit une confirmation directe de la date même de l'inscription , que tous les indices placent vers le milieu ou à la fin du xii" siècle dé notre ère. L'expression qui nous occupe, avâivartya, est représentée comme il suit par la version tilîétaine: lla-na-med-pa yang-dag-par rdsogs-pàhi vyang-tchkub-las fyirmi Idog-pa, où il n'est pas douteux que le mot sanscrit primitif ne soit rendu par un terme signifiant ■• se détourner, se désister. » Schrôter qui donne l'expression tibétaine citée tout à l'heure^, jusqu'au monosyllabe las, la. traduit par « atteindre à la sainteté parfaite. » C'est. là plutôt un commentaire qu'une traduction, et il me semble que le Dictionnaire de Csonia de Kôrôs fournit pour chacun des éléments de cette expression le sens suivant: <• qui ne se détournent pas du suprême et très-purement « parfait état de Buddha. » En effet, les deux monosyllabes tibétains vyang-tchhub , qui ligurent comme première partie dans la traduction du titre de Bôdhisattva, remplacent le sanscrit Bôdhi, « l'état de Buddha ; » et les autres mots , de leur côté , équivalent aux termes samyak sam, parties composantes du mot sacramentel saniyaksambôdhi, lequel désigne un être qui est samyaksafh.hud.dha, c'est-à-dire «parfaitement et compléteitient Buddha. » La version tibétaine entend donc l'épithète avâivartika, « qui ne se détourne pas, » comme

' Mahàvamsa tihâ, f. i5 a. * Prinsep, Facsimiles of var. anctent Inscr. dans

' Introd. à l'Idst. du Buddh. indien , p. 278. Joum. asiat. Soc. of Bengal, t. V, p. 667, 669 et 660.

• Ibid. p. 181 cl 278. ^ Bkotanta Diction, p. 249, coJ. 1.

Page 1