‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 169 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

servant le titre de Kumâra sans le traduire, il fallait le prendre avec ia signification de prince royal, sans cependant tenir autant compte de Ihûta, qui n'a certainement pas ici une valeur aussi forte que celle que je lui attribuais, et qui signifie tout aii plus « qui « était. » C'est ainsi qu'on trouvera vers la fin de cette traduction , l'expression plus simple dé «Mandjuçrî Kumâra.» Taâ. déjà parlé ailleurs de ce personnage célèbre, mais seulement d'une manière incidente et pour caractériser les Sâtras développés où paraît son nom^. L'importance du rôle qu'il a joué dans la propagation du Buddhisme parmi les nations himalayenries m'a engagé à réunir ce que nous ont appris sur son compte de savants orientalistes anglais; on trouvera ces détails dans le n° III de Y Appendice qui suit ces notes. Je. remarque seulement ici que la rédaction en vers se sert concurremment avec Mandjuçrî des noms de Mandjughôcha (st. 12, 43) et de Màndjasvara (st. 5o, 56); ces noms sont autorisés par le Trikânda çécha, qui les énumèrè parmi les synonymes du nom de Mandjuçrî.

Avalôkitêçvara , ete.] J'ai déjà parlé du premier des Bôdhisattvas plus ou moins célèbres qui sont énumérés ici, ainsi que de Mahâsthâma prâpta^. Je remarquerai en ce qui touche Avalôkitêçvara , qu'un chapitre du Lotus est consacré à la gloire de ce grand personnage, c'est le XXIV^, f. 228 a. Quant à Mahâsthâma prâpta^, son nom est quelquefois écrit Mahâsthàna prâpta, notamment dans le texte auquel renvoie Y Introduction au Buddhisme- indien; nos quatre manuscrits du Lotus s'accordent à le lire avec sthâma au lieu de stMna. Une variante qui a encore moins d'importance est celle de Pradânaçûla que lisent les deux manuscrits de M. Hodgson et celui de Londres, au lieu de Pradânaçûra du manuscrit de la Société asiatique, ce qui est la vraie leçon. Plusieurs des Bôdhisattvas qu'on représente ici assistant à l'Assemblée deÇâkya, sur la montagne de Grïdhrakûta, reparaîtront dans le cours de cet ouvrage, au milieu de scènes gigantesques ou bizarres; et le lecteur reconnaîtra sans peine si j'ai eu raison dé voir dans la création de ces Bôdhisattvas fabuleux,. l'efiFort impuissant d'une imagination qui a cru pouvoir peupler sûrement l'espace parce qu'elle en avait conçu vaguement l'étendue infinie. Si , comme j'ai essayé de l'établir ailleurs , les énttmérations die Bôdhisattvas de cette espèce sont un des traits caractéristiques de la composition dés Sâtras développés, on ne devra pas s'étonner d'en trouver de pareilles au début des traités de ce genre. Aussi en voyons-nous une au commencement du Lolita vistara, et les noms qui la composent sont, sauf quelques modifications orthographiques, à peu près les mêmes qu'ici. Nous avons d'abord Mâitrêya, le premier dans la liste du Lolita, ravant-dernier dans la nôtre; ensuite Dharaniçvara râdja, qui n'est probablement qu'un synonyme de notre Dharanidkara; j'en soupçonne autant de Sifhhakêtu, comparé au S imha du Lotus; il y- a même tout lieu de penser que Sifhhake'tu est une meilleure leçon. Ce Bôdhisattva est-ii le même que le S ifhhanâdanâdin cité par A. Rémusat*.^ c'est un point que je ne saurais décider, quoique la chose soit assez probable, vu le grand nombre dé noms synonymes qu'ont souvent ces personnages fabu-

' Introd. à l'hist. du Buddh. t. I, p. ii3 et suiv. ' Foe koae ki, p. 120.

' yfci^. t. I, p. ioi,note 2. *Uid. p. 160.

leux. Quant à Niiyôyuhta, ce Bôdhisattva est certainement le même que nT)tre Niiyôâyakta, sauf l'omission fautive d'une lettre ^

Le Bôdhisattva Makâsattva Mâitrêya.] Ce personnage dont le Lotus de la bonne loi fait un des auditeurs de Çâkyamuni, et qui passe pour être parvenji, grâce à la perfection de ses mérites antérieurs, à la dignité de Bôdhisattva, doit paraître un jour en qualité de Buddha et succéder à Çâkya , le Buddha de l'époque actuelle. On trouve deux allusions à cette dernière croyance, qui est admise par les Buddhistes de toutes les écoles, dans notre Loias même, ch. I, f. 176 et 18 a, st. g/i, et ch. XIV, f. i65 a. On peut voir dans une note du Foe koue hi le résumé sonmiaire de la légende relative à la venue future de Mâitrêya 2. Mais la mention de ce personnage dans le Lofas, sous le double caractère d'auditeur de Çâkyamuni et de Bôdhisattvai donne lieu à une observation qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire des Sâtras développés, ainsi que je l'ai-indiqué ailleurs^. Si Mâitrêya est appelé par ses mérites et par la consécration des Buddhas antérieurs à succéder à Çâkyamuni, il doit se trouver, comme le disent les légendes, au milieu des Dêvas Tuchitas; car suivant le thème religieux adopté pour tous les Buddhas, c'est du milieu de ces Dêvas que revient au monde tout Bôdhisattva qui a la mission de renaître en qualité de Buddha. Le Lotus même nous fournit un passage tout à fait conforme à cette donnée , d'après lequel nous apprenons que Mâitrêya réside au milieu des Dêvas Tuchitas*. Mais si selon ce passage où Çâlçyamuni est le narrateur, Mâitrêya est chez les Tuchitàs , comment peut-il ^e trouver au milieu de l'Assemblée devant laquelle se prêche le Lotus de la bonne loi? Que l'on pose cette question à un Buddhiste du Nord, il y répondra sans doute par un appel à la puissance surhumaine des Bôdhisattvas , et dira que Mâitrêya est miraculeusement descendu du ciel des Tuchitàs pour venir s'asseoir parmi. les auditeurs du Buddha Çâkyamuni. Je doute cependant qu'un Buddhiste de Ceylan trouvât une pareille réponse, parla raison que la question ne pourrait lui être faite. Je ne crois pas en effet qu'on puisse rencontrer dans les Sattas pâlis conservés à Ceylan un seul exemple de ces merveilleux voyages que font les Bôdhisattvas pour se rendre aux Asseniblées de Çâkyamuni. C'^st un trait caractéristique et tout à fait propre à distinguer les Sâtras développés des Sâtras simples. On voit dans ces derniers Sâtras, à la classe desquels appartient tout ce que je connais de Suttas pâlis, Çâkya parlant à des Dêvas qui restent invisibles pour les autres membres de l'Assemblée, tandis qu'ils se laissent voir à son regard divin; mais au nombre de ces Dêvas ne paraissent jamais les Bôdhisattvas. J'en conclus que le système si fréquemnient développé dans les grands Sâtras du Nord n'était pas encore inventé au temps de la rédaction des Sâtras simples; et cette conclusion me paraît d'autant plus fondée, que la présence miraculeuse des JDêvas étant admise par les rédacteurs des Sâtras simples , il ne leur en eût pas tîoùté beaucoup d'y mêler les Bôdhisattvas , si la tradition leur eût appris que cette classe de personnages assistait en réalité aux Assemblées de Çâkya. Je vais plus loin encore, et je dis que ce système est inconciliable

' Rgya tck'er roi pa, t. II, p.- k. * Introd, à Vhist. du Buddh. indien, t. I, p. 109.

> Foe hone hi, p. 33 et 34. "• Ch. xxvi, f. 245 a.

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