‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 174 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ailleuis d'après une légende du Divya avadâna^\ maliieureuseinent la partie de la légende où se trouvent ces Riddhipâdas n'est pas très-claire, et même elle-manque à un mauuscril du Divya avadâna que je dois à la libéralité de M. Hodgson, Le Vocabulaire pentaglotte buddhique donne de ces Riddhipâdas une énumération plus régulière, mais-non encore plus intelligible , qu'il est boa de rapporter ici. Voici d'abord le texte du Divya avadâna : 1° tchhanda samâdhi prahdnâya safhskâra samârôpanatâ riddliipâdali , 2° tchiltarddhipâdô , 3° viryarddhipâdô , !i" mimâmsâ samâdhi prahâna sarhskâra samanvâgata rïddhipâdah^. Je passe maintenant à i'énumération du Vocabulaire pentaglotle, sn l'interprétant partie par partie : 1° tchhanda samâdhi prahânà sarhskâra samanvâgata rîddhipâdah , littéralement : « la portion de la puissance magique accompagnée de la conception du renoncement à ■1 la méditation du désir; » 2° tchitta samâdhi prahâna , et comme au n° 1, pour la suite de la formule: «le renoncement à la méditation de l'esprit;' 3' vîrya samâdhi prahâna, et ainsi de suite : « le renoncement à la méditation de la force ; » d" mùmîmsâ samâdhi prahâna, et ainsi de suite : « le renoncement à la méditation de tout exercice intellec- « tueP. - On voit que pour se faire une idée nette de ces quatre parties de la puissance magique , il faudrait un commentaire détaillé ; car l'inconvénient d'une traduction littérale comme celle qui se présente pour chacun de ces termes, est suffisamment sensible : une telle traduction ou force ou affaiblit là nuance des mots , qui dans ce genre d'expressions sont naturellement très-compréhgnsifs. Essayons cependant d'y voir un peu plus clair; il va sans dire que mes explications ne devront conserver quelque valeur qu'autant qu'elles viendraient à s'accorder avec un texte donnant une interprétation authentique de ces quatre termes. Les mots fondamentaux de chaque formule sont le désir, l'esprit, la force et l'exercice de l'intelligence : ce sont ces mots qui différencient les quatre formules. Vient ensuite samâdhi prahâna, dont la traduction littérale, " le renoncement à >• la méditation , » ne présente pas une idée assez exacte. Ici samâdhi n'a probablement d'autre valeur que celle d'idée, ce qui permet de traduire les trois premiers termes de chaque formule de la manière suivante : .» le renoncement à l'idée de désir, le renon- ■> cernent à l'idée d'esprit, le renoncement à l'idée de force, le . renoncement à l'idée " d'exercice de l'intelligence. » Le mot sarhskâra peut sans doute conserver sa signification ordinaire de conception, concept; si cependant il était permis d'y substituer celle d'accomplissement, action, qui est parfaitement légitime, la formule y gagnerait en clarté. Je n'insisté pas sur samanvâgata, qui signifie «accompagné de, doué de;» mais dans le composé rïddhipâda, le terme de pâda ne doit pas signifier fondement, comme je le croyais autrefois, mais bien « le quart, la quatrième partie. » Cette correction a quelque importance, en ce qu'elle nous présente chacune des quatre formules comme une portion intégrante, et numériquement comme le quart de cette faculté supérieure qu'on nomme rïddhi. Ainsi pour nous résumer : « une portion de la puissance magique est « accompagnée de l'exécution du i:enoncement à toute idée de désir ; une autre l'est de « l'exécution du renoncement à toute idée d'esprit ; une troiyème l'est de l'exécution

' Introd. '). rinsl. du Buddh. indien, t. I, p. 76, 626 et 626.' — ^ Divya avadâna, f. 98 6, man. Soc. asiat. — ^ Vocahulaire pentaglotle, sect. xxvii.

« du renoncement à toute idée de force; une quatrième et dernière portion l'est de l'exé- « cution du renoncement à toute idée d'exercice de l'intelligence. » En d'autres termes, avoir cessé de vouloir, de se sentir un esprit, de faire effort et d'exercer son intelligence, voilà les quatre éléments du pouvoir magique, éléments qui, à le bien prendre, se réduiraient à deux, puisque faire effort rentre dans vouloir comme dans sa cause, de même qu'exercer son intelligence rentre dans la fonction plus générale de se sentir intelligent. Le lecteur ne me demandera pas sans doute comment il se fait que l'annulation de ces deux grandes facultés, la volonté et l'intelligence, puisse assurer à l'homme la possession d'un pouvoir surhumain : c'est aux Buddhistes eux-mêines que je le renverrais. Qu'il me suffise de rappeler que la croyance au pouvoir qu'a le sage d'acquérir des facultés surnaturelles par la pratique de certains exercices ascétiques, est pour les Buddhistes un dogme fondamental et un article de foi. Nous sommes placés ici hors des conditions du bon sens ordinaire, et l'on doit être moins surpi-is que les Buddhistes voulant faire de leur sage un être qui pût s'élever au-dessus des lois de la nature, lui aient enlevé les deux attributs par lesquels l'ascète le plus insensible est encore soumis à ces lois.

On trouve en outre dans le Vocabulaire pentaglotte cinq autres termes qui sont ajoutés à la section consacrée aux Rîddhipâdas. Le premier est anapalamhJiayôgô na hhavati : ces trois mots doivent former une proposition dont la signification peut être : « il n'y a pas ■> union avec la non -perception ; » c'est-à-dire que le sage est indépendant de l'extérieur, en ce qu'il cesse d'être uni avec ce dont il n'y a plus pour lui de perception. Les quatre autres termes sont vivêka niçritam, virâga niçriiam, nirôdha niçritam, vyavasarga parinatam. Ce sont des adjectifs au neutre qui doivent représenter des substantifs, et qu'on peut- traduire ainsi : « la retraite au sein de la solitude, au sein du détachement des passions, au. sein de l'anéantissement, et la maturité du complet abandon. »I1 semble que ces cinq termes qui reviennent à ceux-ci : la suppression de toute perception , la retraite dans la solitude, l'absence de toute passion, l'action d'arrêter toutes les causes d'activité et l'abandon absolu , sans doute de tout exercice de la volonté et de l'intelligence , doivent être considérés comme les causes efficientes du quadruple pouvoir magique. Je terminerai en avertissant que cette croyance au pouvoir surnaturel des Religieux qu'on distingue spécialement sous le titre d'ArJiat, est ancienne dans le Buddhisme. Elle est aussi familière aux Buddhistes du Sud qu'à ceux du Nord; et les quatre Iddhipâdaf, comme on les nomme en pâli, sont à tout instant cités dans le Mahâparinihhâna sutta, aussi bien que dans le Sâmanna phala sutta du Dîgha nihâya, dont on trouvera la traduction au n° Il de VAppendice. Je ne les ai cependant pas encore vus nominativement énumérés dans un texte pâli ; mais il n'y a pas d'apparence que les termes doivent en être différents de ceux que je viens d'essayer d'analyser.

Qui a rempli sa mission.] Le mot que je traduis par mission est adhikâra, qui signifie exactement « office, fonction dont on est chargé; » ma traduction est donc conforme au sens classique dH adhikâra. Mais il se pourrait que chez les Buddhistes du Nord, le radical hrX, précédé de adhi, eût la même acception spéciale qu'il a chez les Buddhistes du Sud,

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