‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 175 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

où, selon Y AbhidhâncC ppadîpikâ, le substantif adhikarana signifie a le désir exprimé par « quelqu'un ayant le pouvoir d'obtenir ce qui fait l'objet de ses vœux ^. » Si cette supposition venait à se conGrmer, il faudrait adopter la traduction suivante: « Voici Mandjuçrî « Kumâra qui a exprimé ses vœux sous les anciens Djinas. >>.Ce même mot a encore une autre acception, mais que j'ai lieu de croire plus rare, car je ne l'ai encore rencontrée que dans un seul passage , dans un fragment du Sâra saggaka, publie par Spiegel. Suivant ce texte, adhikâra signifie « le don, l'offrande » [paritchtchâga] , pur exemple, le don de son corps, de sa vie que fait un homme en exprimant le désir de devenir un jour un Buddha. U adhikâra fait partie des conditions sans lesquelles nul ne peut parvenir à cet état sublime^. Comme, il s'agit ici justement de Bôdhisattvas, j'ai cru que je ne pouvais pas omettre de mentionner ce sens; mais il se peut qu'il rentre dans le précédent, celui de « vœu, désir, » avec cette nuance spéciale, que dans Yadhihâra du texte de Spiegel l'objet du vœu serait exprimé. .

// aura profité des grands entretiens d'autrefoi's sur la loi.] Comme le texte se sert du mot anuhhûlâni, «perçus, '» il serait plus exact de traduire, «il aura compris les grands « entretiens d'autrefois sur la loi. » ,

St. 5. Qai en sortenf.]hete\te se sert ici d'une expression propre au sanscrit buddhique, et qui se retrouve également dans les textes pâlis ; c'est le radical tckyu, littéralement tomber, qui, par une extension de sens dont on peut suivre la marche dans le sanscrit classique, prend la signification de sortir du. monde, c'est-à-dire mounV. On emploie plus ordinairement ce verbe avec un terme déterminatif du lieu où se trouve le sujet auquel on l'applique; ainsi on ne dit pas seulement tchyatiJi, « étant tombé, » pour dire « étant « mort, » mais en ajoutant tatah, on dit tataçtchyatah , « étant tombé d'ici, étant sorti de ce n moJide. » J'en trouve plusieurs exemples dans les textes pâlis ; je me contenterai d'en citer un qui me paraît très-caractéristique. Au commencement d'une des légendes contenues dans la collection dite Rasavdhinî, « le fleuve du goût, » collection dont Spiegel a donné quelques extraits , on trouve le passage suivant : Tatô tchatô dêvalokê nillatti tassa dvâdasayôdjanikaiïi nakavimânam nihhatli. « Il tomba de ce monde; revenu dans le monde « des Dêvas, un char céleste de douze Yôdjanas d'étendue servait à ses plaisirs^. «Dans un autre passage du même recueil , un Mlêtchhaqui a rendu un service à un Pratyêkabuddha , lui adresse la prière suivante : liô tchavitvâna bhavé hhavê samahidàhikô dhanavâ sîlavâicha saddhô -jaudu dânapatilclm hiitvâ saggâpavaggam ahhisamhhunêyyanti. «.Etant tombé d'ici, « puissé-je, après avoir été dans chacune de mes existences très-fortuné, possesseur d'une «grande puissance magique, riche, vertueux, plein de foi, doux, libéral, obtenir la déli- « vrance céleste* ! » On trouvera d'autres exemples de cette expression dans les fragments publiés par Spiegel , avec quelques renvois au texte du Mahâvanisa ^.

' Ahhidhâna ppadîpikâ, I. III, c. ni, st. 91, éd. ' Rasavâhinî, f. i3i a de mon man.

Clough, p. XI 5. - 4 iffid^ f. 100 b.

^ Spiegel, AnecdotapûUca, p. &i et 6/5- ^ Spiegel, Ânecdota pâlica, p. 6/i et 67.

St. 10. Aux hommes vertueux et comblés.] Lisez, «aux hommes comblés des saicls " regards des Buddhas. »

En décrivant complètement.] Le texte se sert du participe samvarnayantô qui se prête également, je dois le dire, à un autre sens dont on rencontre de fréquents exemples, tant dans le sanscrit du Népal que dans le pâli de Ceylan. C'est le sens de louange, qui est justifié en sanscrit par des autorités classiques. Si l'on préférait ici cette signification , il faudrait dire, « en louant complètement cette règle de la loi. » Nous aurons par la suite de fréquentes occasions de constater l'existence de ce sens de louange donné par les textes huddhiques du Népal et de Ceylan aux diverses formes du root varna. Je citerai en attendant un bon exemple du pâli varina einprunté à la partie philosophique du Djina alaiîikâra; il s'agit des qualités innombra])les d'un Buddha:

Baddhôpi Buddhassa hhanêyyà vannaih kappampi tché anfiam ahhâsamânô khîyétha kappô tchiradigham antaré vannô na khîyétJia tathâgalassa.

« Quand le Buddha lui-même prononcerait l'éloge du Buddha , même pendant tout un Kappa - (Kalpa), sans parler d'autre chose, le Kalpa serait pendant ce récit depuis bien long- « temps terminé, que l'éloge du Tathâgata ne serait pas achevé ^ » Gomme varna signifie louange, avarna, qui eu est le contraire, prend le sens de hlâme. J'en trouve un exemple au conïmencement d'un des Suttas les plus estimés à Ceylan , le Brahmadjâla sutta : Ayanihi Suppiyô paribbâdjdjakô anêkapariyâyéna Buddhassa avannani bhâsati dhammassa avannam hhâsati sailighassa avannam bhâsati. «Le mendiant Suppiya (Supriya) blâme le Buddha, « blâme la Loi , blâme l'Assemblée ^. » C'est dans le sens de louange que j'ai traduit ie vadanii varnam de la stance suivante, fol. 7 a. Il est clair que le sens de description n'irait pas mieux à cette stance, qu'au participe adverbial samvarnya de la stance 76 ci-dessous, qui rapproché de la forme barbare samstuvitvâ , ne peut avoir d'autre signification que celle de ayant loué.

St. 14. ^ci" conques, du cristal.] Ces deux mots représentent le terme composé de l'original çagkha çilâ, qui littéralement interprété signifie commue et pierre; et quand j'ai traduit le Saddharma pundarika, je n'avais pas le moyen de donner à mon interprétation une précision plus grande. Depuis j'ai eu cfccasion de conjecturer ailleurs que Ce composé, dont les- éléments subordonnés l'un à l'autre pourraient signifier pierre de la conque, désignait la nacre de perle^, mais je n'ai rien trouvédepuis qui confirmât cette conjecture. M. Foucaux , dans la version française qu'il vient de publier du Lalita vistara tibétain , fait des deux termes deux désignations de substances distinctes , et y voit la nacre et le cristal ''. J'avoue que j'aimerais à pouvoir adopter cette interprétation, et je n'hésiterais pas à le faire, si je trouvais quelque preuve que çagkha, « la conque, » désigne aussi la nacre dont plusieurs conques sont formées, ou au moins revêtues; car en ce qui regarde

' Djina (damlidra, f. 20 h. Cm. ^ Introd.àl'hist,daBuddh.indien,t.l,ip. gï,TiOl. i.

• Brahmadjâla sutla, dans Dî(]k. nik. f. i a. * I^Oyc tch'errol pa, l. II, p. 5/i.

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