‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 181 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

se compose donc de vingt petits Kalpas, et le grand Kalpa. de quatre moyens Kalpas ou dé quatre-vingts petits Kalpas^.

L'exposé que Sclunidt a donné des /£:a/pa5 d'après les Buddhistes mongols, se rapproche beaucoup de celui que Deshauterayes et RémUsat ont emprunté aux Chinois ; il en diffèie cependant par quelques points que j'examinerai tout à l'heure. Un MahâkaJpa se compose de quatre moyens Kalpas; un moyen Kalpa embrasse vingt petits Kalpas: jA' où il résulte que la somme d'un Mahâkalpa est de quatre-vingts petits Kalpas '^. C'est la longueur de la vie humaine qui détermine la durée de ces Kalpas, et qui, par ses accroissements et ses diminutions successives, donne lieu aux dénominations diverses de Kalpas de la renaissance , de la stabilité et de la destruction. La vie des honmies, qui au commencement de la période de la renaissance se composait d'un Asamkhyêya, c'est-à-dire, d'un nombre incalculable d'années, descend à quatre-vingt mille ans pendant les dix-neuf Kalpas succédants au premier Kalpa de même ordre, dont l'ensemble forme ce que Schmidt appelle Kalpa der Grûndang, ou de la fondation, c'est-à-dire le Kalpa pendant lequel le monde se reforme de nouveau^. A ce Kalpa succède celui de la stabilité ; pendant chacune des vingt sous-divisions de cette période, la vie des honmies descend dé quatre-vingt mille ans à dix ans , pour remonter aussitôt à la durée première d'où elle est partie. Le Kalpa de la: stabilité est remplacé par le Kalpa de la destruction , lequel passe par les mêmes phîises que le Kalpa de la renaissance, mais en les suivant en sens inverse*. Enfin, à ce Kalpa où l'existence du monde est en décadence , succède le quatrième et dernier Kalpa, celui du vide, pendant lequel l'anéantissement du mondé reste à l'état permanent; il n'est pas besoin d'ajouter qu'il a une durée égale à celle des autres Kalpas qui le précèdent. N'oublions pas de dire que les éléments tels que le feu, l'eau, le vent, sont les agents de la destruction du monde. Ils se succèdent et s'enti'emêlent dans des combinaisons définies par les Buddhistes, et dent la réunion forme un total de soixantequatre destructions, véritable cycle qui recommence aussitôt après qu'il est terminé^.

Ces détails, comme je l'annonçais tout à, l'heure, s'accordent dans leurs traits principaux avec ceux^ue nous devons aux extraits de Deshauterayes et de Rémusat. Us en diffèrent toutefois en un point d'une grande importance, savoir la détermination de Ja durée initiale de la vie hunaaine, au moment où le monde va renaître. Seion Rémusat, les hommes auraient vécu alors quatre'-vingt-quatre mille années, tandis que, selon Schnudt, le nombre des années de leur existence aurait été incalculable, ou, pour parler comme les BudcUiioles, aurait été un Asamkhy&ya. Schmidt n'a pas manqué de relever cette divergence, et il n'a pas hésité à la mettre sur le compte de quelque erreur conuuise par Rénmsat, et on devrait ajouter, par Deshauterayes son devancier. Schmidt conteste également, et selon toute apparence avec juste raison, les chiffres assignés par

^ Deah&\itera.^eSy Befiherches sur la religion de Fo, ' Ueher die~taasend BaddJias , da.ns Mêm. de l'Acad.

dan8/onm.aiiat.t.Vni,p. >8i etr82;Rémasat,E'Mai de Saint-Pétershoarg , t. II, p. 69. sur la cosmogonie baddhiqae, primitivement inséré ' Ibid. t. II, p. 60 et 82.

dans l^Joarnal(2e5 5(n)an{5j année 1 83 1, et reproduit * Ibid. t. II, p. 60 et 61.

dans les Afi^Z. posl. p. io3 et suiv. p. ii6et 117. ^ Ibid, i. 11, f. 62.

ces habiles sinologues à la durée de chacune des grandes divisions du Mahâkalpa et à celle du Maliâkalpa lui-même. Ses observations me paraissent en effet très-concluantes; quelque considérable que soit le chiffré que la base de quatre-vingt-quatre mille ans fournit à Rémusat pour la durée d'un grand Kalpa, ce chiffre n'est cependant pas à proprement parler incommensurable , et conséquemment il ne répond que d'une manière imparfaite à l'idée que les Buddhistes nous donnent de l'immensité d'un gf-and Kalpa.

Les Barmans et les Singhalais, dont les croyances reposent sur les mêmes autorités religieuses, nonmient Andrakai pour Antarakappa, c'est-à-dire Kalpa intérieur, intermédiaire ou moyen, une période de décroissance et une d'accroissement; Asanikliêyyakappa , la réunion de soixante-quatre Antarakappas ; et Mahâkappa, la réunion de quatre Asanikhéyyakappas ^. Pendant la durée de chaque Antarakappa, la longueur de la vie humaine est réduite d'un nombre d'années dit Asamkhêyya, c'est-à-dire incalcalahle , à dix années seulement, pour remonter ensuite à sa première longueur-. Ce sont ces diminutions et accroissements successifs qui ont lieu soixante-quatre fois avant que soit achevé le cours d'un Mahâkappa^ qui se termine par la destruction finale de l'univers "". Les éléments destructeurs sont l'eau, le feu et le vent qui se succèdent et s'entremêlent d'après un système indiqué dans les commentaires de Buddhaghôsa, de façon qu'après Tanéantissement successif de soixante-quatre Kappas, l'ordre de renaissance et de destruction recommence''. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien l'exposé des Buddhistes du Sud présente d'analogie avec celui des Mongols, tel que le reproduit L J. Schmidt; c'est, selon moi, un argument d'un grand poids en faveur de l'exactitude de son opinion. Cet exposé nous donne d'ailleurs une idée beaucoup plus gigantesque de la durée d'un Kalpa que celui que Deshauterayes et Rémusat attribuaient aux auteurs chinois. Quelques détails empruntés aux textes du Sud qui sont entre mes mains vont confirmer encore et éclaircir cette manière d'envisager la durée d'un Mahâkalpa.

L'idée du nombre immense d'années, que renferme une pareille période est tellement familière aux Buddhistes de Ceylan , qu'eile leur a suggéré une mauvaise étymologie du mot de Kalpa, ou en pâli Kappa, dont on doit la connaissance à Turaour : Kappîyati pdbhatasâsapopamâdihi. « On se le figure par la comparaison du nombre de graines de mou- « tarde ou autres atomes contenus dans une montagne^. »J'ai retrouvé récemment cette explication dans le recueil singhalais nommé Dkarma pradipikd, mais avec un petit déplacement de mots et une faute facile à corriger : Kappiyatisâsa\pd\pahbatôpamâkiii kappô. « Un « Kappa, c'est ce qu'on se représente par les comparaisons d'une montagne de graines de

' Fr. r:uchanan. On thc rel. and liter. oj tl.s Bue- ^ Saugermano, Descript. etc. p. 7 et 26; Bucha-

mas, dans Asiatic Researches , t. VI,p. 182, éd. Lond. nan, Asiat Bes. l. VJ, p. 182; J. Low, Oii Buddha

in-i°. and Phrabâi, dans Transact. roy. asiat. Soc. of Lon-

- Turiioar, Examin. of Pâli Baddh. Annals, dans don, t. III, p. 84.

Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, pag. 689; San- * Turnour, Examin. of Pâli Buddh. Annals, dans

germario, L.'Script. of the Burman Empire, p. 7, éd. Journ. as. Soc. of Bengal, t. VII, p. 701 ; Sanger-

W. Tandy; Buclianan, On the rel. and liter. etc. dans mano, Descript. etc. p. 7 et 26.

Asiat. Res. t. Vf , n. i8i. ^ Turnour, Ma]iâwanso,màex, p. 12.

Page 1