‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 192 sur 286 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

« de dessus ne dépasse celle de dessous , mais que toutes deux se contiennent et se limitent « mutuellement, ainsi pour le Buddha bienheureux, et l'objet à connaître et la science se « contiennent mutuellement dans les mêmes limites^ »

Ces textes s'ajîpliquent à la science d'un Buddha envisagée d'une manière générale. Si au contraire il faut la considérer d'une manière spéciale , on trouvera chez les Buddhistes du Nord deux catégoriee auxquelles le mot de science peut servir de titre. La première est celle des cinq sciences ou connaissances , qui forme la sixième section du Vocabulaire pentaglotte de la Bibliothèque nationale. Elle commence par âdarça djnânani, « la connais- « sance du nurôir, » ou la connaissance qui est celle d'un miroir, que donne un. miroir, et elle se termine par la connaissance dite dharma dhâtu djnânam, « la connaissance de l'élé- « ment de la loi , » pour dire de l'élément qui est la loi. La seconde catégorie est donnée par Hématchandra sur l'épithète de pantckadjnâna, « celui qui a les cinq connaissances, » laquelle est un des titres d'un Buddha; ces cinq connaissances sont celles des cinqskandkas ou agrégats, vidjnâna, l'intelligence; vêdanâ, la perception; snfhdjnâ la connaissance; safhskâra, la conception; râpa, la forme^. Voici donc l'espèce d'incertitude qui subsiste encore sur la traduction que je propose pour le terme de l'original. Si l'on veut parler généralement de la science d'un Buddha, sans déterminer les modes et les degrés de cette science, on pourra dire, comme je l'ai fait, « la vue d'une science absolue et irrésistible. » Si au contraire on pense que le texte a entendu désigner les caractères de cette science , considérée dans les connaissances qu'elle embrasse, il faudra probablement traduire, « la vue absolue et irrésistible des [cinq] connaissances; » mais ce dernier sens me paraît le moins probable.

Ce que je traduis par l'énergie est bala; peut-éti-e vaudrait-il mieux dire la force, ou encore la puissance, en réservant le mot d'énergie pour vîrya, terme qui fait partie d'une autre catégorie. iVinsi isolé, le mot lala n'a aucun caractère qui nous avertisse s'il doit être pris d'une manière générale, comme je l'ai fait, ou bien s'il résume en un seul mot, soit la catégorie des dix forces dont je donnerai ailleurs l'énumération^, soit une autre catégorie de cinq forces que repx'oduit le Vocabulaire pentaglotte, et dont je parlerai plus bas. Nous nous trouvons donc ici dans la même incertitude qu'à l'égard du terme précédent. J'ai cru cependant devoir adopter le sens général , parce qu'on va rencontrer plus bas dans le texte le mot bala désignant, selon toute apparence, une catégorie spéciale, et placé auprès des sens, comme le donne ma traduction : c'est un point sur lequel je vais revenir tout à l'heure. Un autre fait me confirme dans cette idée , que bala est ici l'expression de la force ou de la puissance en général; c'est que bala figure au nomfire des dix pâramitâs ou des perfections les plus élevées que possède seul un Buddha, au moins d'après le Vocabulaire pentaglotte qui assigne à bala le neuvième rang. Il est juste de reconnaître que d'autres énumératiôns , celle du Lolita vistara en particulier, ont vîrya au lieu de bala'^\ mais cela ne fait que confirmer davantage la signification générale que j'attribue à bala.

' Dharma pradipikûj f. i4 6 et i5 a. ' Appendice, n° XI.

' Ahhidhâna tchinlânmni , st. 233, p. 38 et 3i6, * %7« tch er roi pa, t. îl, p. 45, note 3; Lcdila

éd. Boehtlingk et Rieu. vistara, f. 23 a du man. A.

Je puis toujours conclure de ces divers rapprochements que la force ou la puissance dont il est parlé ici est celle des Buddhas , puisque le passage tout entier de notre texte est consacré à dire qu'eux seuls connaissent toutes les lois, ou tous les êtres.

Vient ensuite V intrépidité., ou mieux la confiance, dans le texte vâiçâradya. Ce sens que donne le sanscrit classique est confirmé par la version tibétaine mi hdjigs-pa, « l'absence de » crainte. « Il semble que nous ayons ici une qualité envisagée d'une manière générale et en quelque façon absolue; cependant nous verrons ailleurs, ch. xi, f. i4d a, le texte du Lotus citer quatre espèces de confiance; de même je remarque, f. 19 6, st. 2, que là où j'ai traduit « quelle est leur intrépidité, » le texte porte au pluriel vâiçâradyâçtcha yâdrîçdh. Enfin dans un passage du Mahâvasta que je citerai ailleurs ^ Buddha est dit « con- « fiant des quatre confiances. »

Le terme suivant est plus difficile : c'est âvênika que j'avais traduit conjecturalement par homogénéité , me fondant sur l'autorité des Tibétains qui remplacent ordinairement ce terme par ma hdres, « non mêlé. » Je préfère aujourd'hui le sens d'indépendance que j'aurai plus bas l'occasion d'établir dans une note spéciale relative aux dix-huit lois dites âvénika^.

J'ai longtemps hésité sur la manière dont je devais traduire le terme suivant qui se présente ainsi , indriyabala, et qui semble signifier « la force des sens. » La grande vrfusemblance de cette interprétation militait en sa faveur; mais «lie avait contre elle la version tibétaine. En effet, cette version voit id deux attributs, les sens et les forces, entendant sans doute par les sens, des organes exercés et sûrs d'atteindre t. leur but, et par les forces, l'une des deux catégories dont je parlais tout à l'heure, à l'occasion du mot bala précédant vâiçâradya. C'est dans ce sens que j'ai traduit, en forçant un peu ma traduction, et disant « la perfection des sens, » au lieu de les sens seuls, ce qui n eût .pas été suffisanmient clair.

Quant au mot bala, il ne peut être pris dans la même acception que le hala qui précède le terme de vâiçâradyd : si le premier est général , celui-ci doit être spécial , voilà pourquoi j'ai mis « les forces ; » mais il ne m'est pas possible de dire de quelles forces il est ici particulièrement question. On en connaît en effet deux catégories, l'une composée de dix termes et sur laquelle je reviendrai plus bas , l'autre composée de cinq termes , et qui forme la section xxvni^ du Vocabulaire pentaglotte. Voici les titres dont elle se compose : çraddhâ balam, la force de la foi; vîrya balam, la force de la vigueur; smrïti balam, la force de la mémoire; samâdhi. balam, la force de la méditation; pradjnâ balam, la force de la sagesse. C'est là, comme on le voit, une catégorie d'attributs intellectuels, destinés, selon toute apparence, à faciliter l'acquisition de la science parfaite : celui qui est maître de ces forces est certainement plus près de posséder cette science que celui qui ne les pratique pas. Je viens de dire qu'il n'était pas facile de déterminer la catégorie de forces dont il est parlé ici sous ce titre collectif de bala. Si cependant on était amené à reconnaître quelque trace de classification systématique dans le Vocabulaire pentaglotte, on pourrait tirer argument de la place qu'occupe dans ce recueil la section des cinq forces, précé-

^ Note sur ie chap. m, f. 87 a. — * Appendice, n° IX.

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