CHAPITRE II
dant immédiatement celle des sept éléments constitutifs de l'état de Bôdhi , comme peut s'en convaincre tout lecteur qui prendra la peine de recourir à l'édition de ce recueil que possède la Bibliothèque nationale. J'en dirai autant , et avec plus de raison encore , de l'énumération du Lalita vistara, laquelle ne peut être arbitraire, et où les cinq forces en question précèdent immédiatement les principes de la science d'un.Buddha^. Or c'est exactement dans une situation semblable qu'est placé le hala de notre Lotus, puisqu'il précède les éléments constitutifs de l'état de Bôdhi. De toute façon la remarque ne me paraît pas inutile, et quelles que soient les forces qui sont comprises sous le titre collectif de hala, c'est déjà un pas de fait pour la détermination de leur nature, que de savoir que les cinq forces intellectuelles du Lalita vistara et du Vocabulaire pentaglotte précèdent les attributs dont la réunion compose la plus haute perfection d'intelligence que conçoivent les Buddhistes , et à laquelle ils donnent le nom de Bôdhi.
Je viens de définir presque complètement le terme qui succède à celui de hala, et qui est.dans le texte, hôdhyagga; comime ce terme doit reparaître plus bas dans notre Lotus, il fera l'objet d'une note spéciale à Y Appendice ^.
Le terme que je traduis par contemplation, est dhyâna.Teà écrit ce terme au pluriel, parce qu'il y a divers degrés de contemplation au nombre de quatre , qui mènent celui qui les traverse jusqu'au terme du Nirvana, et parce qu'on trouve quelquefois les contemplations citées au pluriel dans notre Loias .même^. J'y reviendrai en détail dans un autre endroit de ces notes*.
J'en dirai autant du terme qui suit, savoir, les affranchissements, dans le texte vimôkcha; nous apprenons par un passage de notre Lotos même que l'on compte huit espèces dùaffj'ancTiissements ^. Je les examinerai lox'sque nous serons arrivés à l'endroit où il en est parlé spécialement °. Quant à présent, il nous suffit, pour traduire vimôkcha par le pluriel , de suivre l'analogie à laquelle nous conduit la réunion des termes qui constituent la sixième des forces ou des puissances d'un Buddha, et qui, selon le Vocabulaire pentaglotte, est définie ainsi : sarva dhyâna vimôkcha safnâdhi samâpatti saihdjnânûbalam , « la «force de la connaissance de toutes les contemplations, affranchissements, méditations, « acquisitions de l'indifférence. » Ces termes sont précédés du mot -sarva qui se rapporte à eux tous; ils sont rapprochés les uns des autres dans la définition de la sixième force, comme ils le sont dans le texte du Lofas de la bonne loi. De plus, à la stance 2 du chapitre qui nous occupe, on a au pluriel vimôkcMçtcha yé têchâm, « et quels sont leurs affrant chissements, » comme aussi dians d'autres passages des parties versifiées de notre Lotus"^.
Ce que je traduis par les méditations est dans le texte samâdhi; la raison que j'ai donnée pour mettre le terme précédent au pluriel s'appliquerait également à celui-ci, quand même on ignorerait quel noralïre immense de méditations les Buddhistes se plaisent à attribuer à un Buddha. On les compte par millions et par myriades , et on les désigne par
' B.yyatcK'er roi pa, t. \i,-ç. lii-^ Lolita vistara, '' Ci-dessouSjCh. v,f.726,st.4i,et4/)pend.n°XIII.
f. 22 a et 6 du man. A. ' Ibid. ch. vi, f. 82 h, st. 22.
■ * Ci-dessous, ch.iii, f. 47 b, etAppendice, n°XII. * Ibid. ch. vi, fol. 82 b, et Appendice, n° XV.
' Ibid. ch. m, f, 52 t, st.- 87. ? Ibid. ch. m, f. 5a b, st. 87.
des noms souvent très-bizarres. Le Lotus dé la bonne loi et le Lolita vistara fournissent des preuves suffisamment nombreuses de cet usage ; il y a Tnême un livre intitulé Samâdhirâdja, « le roi dés méditations, » qui est rempli des noms donnés aux méditations d'un Buddha. Mais ce qui est plus important à remarquer pour la connaissance de la doctrine philosophique , c'est le sens propre du mot samâdhi. Ce terme signifie « l'état de l'esprit qui " se contient lui-même, » idée que ne rend qu'imparfaitement notre mot de méditation, où il reste encore trop de la notion d'une activité appliquée à quelque chose qui est distinct d'elle. C'est un point qui sera mis hors de doute quand nous examinerons les quatre degrés du dhyâna ou de la contemplation, dont le samâdhi, ou la possession de l'intelligence qui se renferme en elle-même, est un des éléments fondamentaux. Avec ces explications, notre mot méditation peut être employé sans trop d'inconvénient, surtout au pluriel. Il est bien clair que l'on ne peut méditer, si l'on n'a pas la possession pleine et entière de son intelligence.
Reste le dernier terme, « l'acquisition de l'indifférence, « qui a plus besoin encore d'une explication spéciale. Pour quiconque verrait réunis les deux mots samâdhi samâpatti, le premier sens qui se présenterait serait, si je ne me trompe, celui de « l'acquisition de la « méditation. » C'est , à ce qu'il semble , au moins d'après Turnour et Clough , l'interprétation ,q- l'ont adoptée les Buddhistes du Sud. Ainsi Turnour expliquant le mot samâpatti dans l'index de son Mahâwanso , en donne cette définition : « l'état de jouissance de l'abstraction « dite samâdhi ou la sanctification ^; » d'oîi il résulte que samâpatti est subordonné à samâdhi, de cette manière, « l'acquisition de la méditation. » Clough en fait autant, quoiqu'il étende le mot d'acquisition k d'autres termes qu'à la méditation. Ainsi, quand il énumère les perfections d'un Religieux accoftipli , il les place dans cet ordre : djhâna, « la médita- « tion profonde; » vimôkha, - l'affranchissement de la passion ; » samâdhi, « la tranquillité « parfaite; » samâpatti, « les résultats ou la jouissance des perfections supérieures^. »
L'accord de Turnour et de Clough sur la valeur du mot samâpatti, et sur la place qu'il doit occuper dans 'l'énumération qu'on donne xles perfections intellectuelles du sage, prouve donc que les Buddhistes singhalais n'en font pas un terme à part , mais au contraire le subordonnent aux termes précédents. Toutefois nous ne |)Ouvons rian affirmer définitivement sur ce point, tant que nous ne serons pas plus avancés dans la connaissance de ces livres ; car un passage de Buddhaghôsa traduit par Turnour lui-même 'donnerait à croire que le mot de samâpatti exprime à lui seul une qualité ou un mérite intellectuel dont, on fait honneur à un Buddha. Ainsi parlant de Çâkyamuni devenu Buddha, le passage ea question ajoute: « il resta là assis pendant sept jours, réalisant d'in- « nombrables samâpattis par cent mille et par dix millions^. » Si l'on peut compter les samâpattis. c'est que les samâpattis sont quelque chose d'individuel, qui existe par soi-même ; car il est bon de remarquer qu'ici il n'est plus question de samâdhi. Les Buddhistes tibétains s'en font cette idée , puisqu'ils traduisent samâpatti par siioms-par hdjug-pa , « l'action d'ar- "
' Turnour , Mahâwanso, index , p. 2 2 ; le mot sanc- P- 1 9> ^^ns MisceV. transi, froni orient, lang. t. II , n° 4 • tlfication n'est pas suffisamment philosophique. ^ Turnour, Examin. oj Pâli Buddhist. Annals, dans
^ Clough, The ritaal of the Buddhist priesthood, Journ. asial. Soc. of Bengal, t. VU, p. 81 4.