CHAPITRE IlL
Turnour^ Je prie donc le lecteur de remplacer l'expression «je vais te témoigner mon « affection , » par celle-ci , « je vais te parler, » d'abord dans le passage qui fait l'objet de cette note, puis dans les passages suivants : cb. vi, f. 79 6; f. 82 a, st. 17; f. 82 6; f. 8^4 a; ch. vu, f. 102 6.
Grâce à la bénédiction.] Le mot du texte est adhichthânéna, que la version tibétaine représente ainsi hyin-kyi rlab's-kyis, « en vertu de la bénédiction. » Ce mot se trouve avec cette même signification dans le pâli des Buddhistes du Sudj et j'en citerai un exemple emprunté au Thûpa vafhsa : Sa rannôtcha thêrassatcha sâsanam gahéivâ thêrassa adhiiihânavaséna êkadivasên adjambukôlapaithânam gatvâ nâvam abhiruhitvâ. « Lui , ayant reçu l'ordre « du roi et du Thêra, étant arrivé en un jour à Djambukôla patthâna par l'effet de la bé- « nédiction de ce dernier, monta sur un vaisseau ^. «
La terre de Buddha.] Le mot dont se sert le texte pour désigner la terre où paraît un Buddha, est Buddha kchêira; je ne me souviens pas d'avoir jamais rencontré dans les textes sanscrits du Népal le mot kchmâ, que M. Rémusat croyait être le correspondant sanscrit du terme par lequel les Buddbistes chinois désignent la terre d'un Buddha '. Selon les Singhalais , la terre sur laquelle s'exerce l'action d'un Buddha , varie d'étendue selon lé point de vue sous lequel on l'envisage. Ainsi le commentateur du Djina alamkâra expliquante terme iibuddhakhêttékadivâkarô , « soleil unique des trois terres d'un Buddha, » s'exprime ainsi : « D y a trois espèces de terres d'un Buddha : la terre de la naissance, la <t terre du commandement, la terre de l'objet *; » ce qui veut dire : la terre où est né le Buddha, celle sur laquelle s'étend sa puissance, et celle où il est connu ^, Puis il ajoute : « La terre de la naissance se compose de dix mille enceintes de mondes [tchakkavâla^] ; la « terre du conconandement se compose de cent mille kôtis d'enceintes de mondes ; la terre " où il est connu se compose d'un nombre infini et incommensurable d'enceintes de « mondes. »
Enceintes tracées en forme de damiers, etc.] Le mot que je traduis ainsi est suvarnasûtrdchtâpada nïbaddkam., pour l'interprétation duquel je n'ai, quant à présent, rien de mieux à proposer. Je regarde le m.ôt achtâpada, qui a le sens « d'étoffe à carreaux pour jouer aux « dames ou aux dés , » comme désignant au figuré des enclos tracés en quinconce , dont les divisions", semblables à celles d'une étoffe sur laquelle on joue aux dés, sont marquées par des cordes d"or. Le composé tout entier doit, dans cette supposition, se traduire ainsi littéralement, « terre sur laquelle des damiers sont fixés par des cordes d'or. » Nous retrouverons cette même image au commencement du chapitre vi, f. 80 a. Cette manière de se représenter la surface du sol divisée en carrés comme un damier, n'aurait-elle pas donné l'idée du symbole que l'on remarque sur une classe de médailles buddhiques , où l'on
' Anecdola pâlica, p. 73 , note.
"^. Thâpa vamsa, f. 2 2 a; ■' Foe koue hi, p. 116.
* Djina ahmhdraj f. 290.
^ Clough, Singhal. Diction, t. II, p. 475.
° Voy. ci-dessous , Appendice, n° XVIII.
voit l'image du Tchâitya? Ce symbole que Wilson a défini un piédestal carré divisé en compartiments ^ , figure une enceinte quadrangulaire divisée en quatre carrés intérieurs du milieu desquels s'élève l'arbre Bôdhi^.
f. 39 M. Au temps où le Kalpa dégénère.] C'est l'expression que j'ai expliquée plus haut ch. n,
f. 27 a; elle signifie littéralement, « dans la souillure d'un Kalpa, » kalpa kachâyê. La version tibétaine dit d'une manière plus positive encore, « dans la lie d'un Kalpa. » Cela veut dire ici que le Kalpa où doit paraître un jour ce Buddha, ne sera pas, conmie celui où vécut Çâkyamuni , un âge de misère et de péché.
A l'exception toutefois.] Le mot dont se sert le texte est anyatra, dont j'ai expliqué la valeur dans une note de Y Appendice, n" X, sur le mot anyatra. Je me contente, quant à présent, de faire remarquer que le mot anyatra, en pâli annatra, « sauf, excepté, » a souvent pour synonyme en pâli thapétvâ ^, que je vais expliquer tout à l'heure dans la première note sur le f. Sg b.
Se lèveront, pour marcher, de dessus des lotas dediamant] Le texte se sert d'une expression un peu obscure, ratnapadmavikrâminô hhàvichyanti. Je crois aujourd'hui que le sens véritable est, " marcheront sur des lotus de. diamant, » pour dire, « feront croître sous leurs « pas des lotus de diamant. » Les Siamois croient que quand Çâkyamuni marchait, des lotus bleus naissaient spontanément sous ses pas , pour empêcher ses pieds de toucher la terre *.
f. 39 6. En laissant de côté.'] Le mot que je traduis ainsi est le participe sthâpayitvâ, « ayant
' placé debout, » pour dire, « ayant mis de côté, ayant excepté. » C'est encore là un de ces participes employés adverbialement qui abondent dans le style buddhique. Il n'est pas moins fréquemment usité dans le dialecte pâli des Buddhistes méridionaux. On en peut déjà voir un exemple dans une stance relative à la sagesse de Çâriputra , que Turnour a citée d'après Mahânâma, au début de son introduction au Mahâvamsa; le participe en question s'y trouve sous cette forme Ihapêtvâna^, qui est synonyme de thapétvâ que donne le Mahâvamsa même''. J'en citerai encore quelques exemples empruntés aux textes que j'ai entre les. mains : Tarn Bhagavantam sammâsambuddham thapétvâ ko annô vattafti samatthô. « A l'exception du Bienheureux, parfaitement et complètement Buddha, " quel autre est capable de le dire'?» Le Thupa vafhsa me fournit deux autres passages qui ne sont pas moins caractéristiques , voici le premier : Kassapassa pana Bhagavatô apara-
' WilsoD, Ariana antiqua, p. iii. * J. Low, On Buddha and the Phrabât, dans 7'ra?i-
- Id. ibid. p. 4i6 et pi. xv, n° Sa ; J. Prinsep, sact. roy. aslat. soc. of London, t. III, p. 107; sur ie
Coins and relies from Bactria, dans Journ. Ast soc. of Phrabât ou pied sacré, voy. Appendice, n° VIII.
Beng. t. VII, pi.' xxxii; Lassen, Zeitschrift Jur die ' Turnour, Mahâwanso, t. I, introd. p. XXXTI.
Kunde des Morgenlandes , t. V, p. 45o. ' Mahâwanso, t. I, ch. ix, p. 56 , 1. 6.
^ Pâtimôkkha, f. 35 b, et p. 337.de ma copie. ' Djina alarhkâra, f. 29 a.