CHAPITRE III
bhâgê thapêtvâ imam sammâsamhaddham aniiô Baddkô nâma natthi. « Or depuis ie temps qui « a suivi le bienheureux Kassapa , il n'existe pas d'autre être du nom de Buddha , sauf ce « Buddha parfaitement accompli^. » Voici le second exemple-: tê sahhê Asôkô attanâ saddhim êhamâtikam tissaknmdrani thapêtvâ ghâtêsù « Asôka les. fit tous tuer, sauf Tissakumâra qui « était de la même mère que lui 2. » Enfin je renverrai, pour terminer, à un passage du conunentaire pâli sur les stances dites Uraga sutta qui ont été publiées par Spiegel ^.
L'image de cette bonne loi.] L'expression consacrée pour exprimer l'idée que je rends par « l'image de la bonne loi, » est saddhannapraiirûpaka; c'est une allusion à une opinion touchant la durée de la loi d'un Buddha , qui a cours chez les Buddhistes de toutes les écoles , et qui est uniformément adoptée par eux, sauf quelques dififérences dans les nombres. Le célèbre de Guignes est le premier qui ait exposé cette théorie sur la durée de la loi d'un Buddha ; ses matériaux étaient exclusivement empruntés aux sources chinoises. Pendant la durée. d'un Kalpa, la loi du Buddha a des destinées diverses. Elle se divise en trois époques, dont la première se nomme « la période de la première loi. » En ce qui touche le dernier Buddha Çâkyainuni , cette période a commencé à sa mort et a duré cinq cents ans. La seconde époque est nommée • la loi des figures ou des images, » et elle a duré mille ans. La troisième époque nommée a la loi dernière » doit durer trois mille ans*. On voit que le total de ces trois périodes donne quatre mille cinq cents ans pour la durée de la loi du Buddha.
Selon M. A. Rémusat, on entend un peu différemment ces trois époques. Après l'extinction du Tathâgata, la loi doit demeurer dans le monde; Buddha avait dit à Ananda : « Après mon Nirvana , la loi des témoignages durera mille ans. » Or « la loi des témoi- « gnages, » c'est celle que pratiquent les hommes qui ont reçu la doctrine, et qui par là rendent témoignage des fruits qu'ils en tirent : c'est la période que de Guignes nomme « la première loi. » Il n'y a de différence que sur la durée, qui est suivant de Guignes de cinq cents ans, suivant Rémusat, de mille. La seconde période se nomme «la loi de la « ressemblance, «parce que pendant qu'elle subsiste, il y a, comme dans- la première, des hommes qui ayant reçu la loi savent encore la pratiquer. Rémusat n'indique pas la durée de cette seconde période , qui est bien celle que de Guignes nomme • la loi des figures ou « images. » Enfin la troisième période est celle de « la loi finissante ou en déclin ; » pendant cette période les hommes mêmes qui auront reçu la loi ne seront plus en état de la pratiquer ni de lui rendre témoignage^. Cette époque est celle que de Guignes nomme « la loi •• dernière, » et dont il fixe la durée à trois mille ans, ce dont A. Rémusat ne parle pas. Suivant ce dernier auteur, les Chinois auraient connaissance d'un autre calcul qui admet cinq périocjes de cinq cents ans chacune, à partir du Nirvana de Çâkyamuni. Deux de ces périodes sont assignées à la première loi, deux de même à la seconde loi; la troisième
' Thûpa vaihsa, f. 8 a, init. * De Guignes, Mém. de l'Acad. des inscript, t. XL,
^ Ihid. f. i5 a, init. Conf. Turnour, Mahâwanso, p. 201. t. I, ch. V, p. 21, 1. i3. * A. Rémusat, Observ. sar trois Mém. de de Gui-
' Anecdotà pâlica, p. 86. gnes, dans Noav. Jonm. asiat. t. VII, p. 276.
période à elle seule doit avoir dix mille ans^ Plus récemment Neumann a exposé, d'après les Chinois aussi, la théorie dé ces trois périodes de la loi; il leur donne les noms de " la " complète, l'apparente et la dernière; » la première doit durer cinq cents ans, la seconde mille, et la troisième trois mille 2.
Ces données s'accordent en général entre elles , sauf pour ce qui regarde la durée de chaque période. Les Mongols, selon I. J. Schmidt, attribuent à la loi du Buddha Gâkyatnuni une durée totale de cinq mille ans^; c'est exactement le nombre admis par les Buddhistes du Sud et spécialement par les Barmans, d'après lesquels Çâkyamuni aurait déterminé lui-même avant de mourir la durée de sa loi *. Une différence plus considérable se leniarque entre ces exposés et celui des Tibétains dont nous devons la connaissance à M. Schiefner. Un texte traduit par lui du Gandjour nous apprend que Çâkyamuni avait j>rédit à sa doctrine une durée de deux mille ans , durée qu'il divisait en quatre périodes de cinq cents ans chacune , lesquelles répondaient à la décroissance successive de la loi. La dernière période était à son tour sous-divisée en deux parties, l'une de trois cents ans, l'autre de deux cents ^. Cette prédiction de Çâkya était accompagnée du récit de la ruine c-omplète du Buddhisme et de l'anéantissement du corps des Religieux , tant par suite de persécutions étrangères que par des dissensions intestines.
11 est aisé de reconnaîti-e que cette division de la durée de la loi de Çâkyâ en périodes qui se distinguent les unes des autres par l'état plus ou moins florissant de cette loi, a un fondement réel dans l'histoire du Buddhisme indien. Elle représente sous une forme générale la tradition de son établissement, de sa durée, et des persécutions qui l'ont chassé de l'Inde. Les chiffres eux-mêmes , quelque peu rigoureux qu'ils puissent être , contrastent évidemment avec ceux par lesquels on exprime d'ordinaire la durée de la loi des Buddhas fabuleux antérieurs à Çâkyamuni. H n'est plus question ici de ces périodes qui ne comptent que par grands et moyens Kalpas, ainsi qu'on le voit à tout instant dans le Lotus; on sent au contraire qu'on est sur le terrain sinon de l'histoire positive, du moins de la tradition légendaire. Mais pousser plus loin la précision et chercher à marquer les moments vrais de ces périodes, c'est ce qui ne me paraît pas possible, du moins actuellement, il nous suffit d'interpréter cette tradition en ce sens que les Buddhistes, après avoir été expulsés de l'Inde, ont gardé le souvenir de l'époque où ils y avaient vu fleurir leur croyance , et que pour eux cette époque s'est naturellement divisée en périodes plus ou moins nombreuses, qui parlant de la mort du fondateur de la doctrine, se sont étendues jusqu'aux temps où elle touchait à son déclin, et se sont arrêtées au moment où elle était expulsée de sa terre natale. On comprend en outre, sans que j'y insiste beaucoup, la signification propre de textes comme celui qu'a traduit M. Schiefner. Ds prouvent évi-
' A. Rémusat, Olserv. sur trois Mém. de de Gui- Sangermano, Descript. ofiheBurm. Emp. p. 80,
(jiics, dans Nouv. Journ. asiat. t. VII, p. 277. éd. W. Tandy; Fr. Buchanan, On the relicj, and litcr.
^ Neumann, dans Zeitschrift Jur die Kunde des of tJie Biirmas , dans Asiat. Besearekes , t. Yî , p. 265
/l/orgfni. t. III, p. 1 1-2, eiPilgerfahrlenBuddLPrief t. et 266,London, in-8". p. g, 1 5 et 19. ^ Schiefner, Eine tibet. Lebensheschreib. Çâkjamu-
■■' ^fém. de l'Acad. des se. de S. Pétersb. t. II , p. 8 1 . nïs , p. 88.