CHAPITRE Vlll
Pârna se tint à part.] Je rends ainsi l'expression êkânté ou ékântam, qui est très-fré- f. 109 b. quemment employée dans le style buddhique, pour dire d'un côté, de côté, c'est-à-dire à une des places qui se trouvent dans l'enceinte, soit ouverte, soit fermée, où est assis un Buddha qui enseigne. On la trouve au commencement du Vadjra tchtchhêdiha, dans cette phrase, êkânté nyachîdat, ce que I. J. Sçhmidt traduit par setzten sich an einer Seite^; l'expression- tibétaine est, phyogs-gtchig-tu.^. Elle ne se représente pas moins fréquemment en pâli , mais toujours à l'accusatif et sous cette forme , ékam antam : on eu peut voir un exemple dans une des légendes publiées par SpiegeP. Quant à la forme, elle est tout à fait d'accord avec l'esprit des dialectes prâkrits , où il est d'usage de résoudre dans leurs éléments les composés où figurent les pronoms ; et quant au sens que lui donnent les Buddhistes du Sud, je remarque cette traduction un peu forcée des Barmans, 00c aao Goco "icioA^ S , tàng ap so arap hnoik, « dans un endroit convenable*. »
Les diverses connaissances distinctes.] Le texte se sert du terme pratisainvidâ lâbhî, « pos- f. 110 a. « sesseur des pratisafhvidâ. » On trouvera sur ce terme une note spéciale à Y Appendice,
n" xvn.
Bhadrakalpa.] C'est ainsi que les Buddbistes nomment le Kalpa ou la période actuelle f. 110 6. de création; ce terme signifie le Kalpa fortuné ou le Kalpa des bienheureux, parce qu'il doit posséder cinq Buddhas. On peut voir sur cette période un'e note de KJaproth dans le Foe koue ki d'A. Rémusat^. Cette notion est conamune aux Buddbistes du Sud coimne à ceux du Nord; toutefois je n'ai pas trouvé jusqu'ici de preuve positive que les Buddbistes singbalais connussent les mille Buddhas des Chinois et des Tibétains. La meilleure exposition que nous ayons des Kappas (Kalpas) d'après les Buddbistes du Sud, est celle qu'on doit à G. Turnour^.
Ni sexe féminin.] L'expression dont se sert le texte est mâtrïgrâma , littéralement « col- f. 1 11 a. « lection des mères. » C'est, dans le style buddhique, une locution consacrée à désigner
' Vadjra lchtchhêdika,(. i a, comp. àyecSchmidt, * Savannasâma djâtaka, man. pàli-harman delà
Ueber dos Mahâyâna, dans Mém. de l'Acad. de Saint- Bibi. nat. f. 2 è et p. 6 de ma copie. Péterslourg, t. IV, p. 186. * Foe koue ki, p. 245 et 246 ; ajoutez, p. 367.
- Ueber dos Mahâydna, ibid. p. 12S, i. 4- ° Ma/iâwanio^introd. p. xxxii et suiv.Cf. Spiegei,
■" Anecdota pâlica, p. 2&,l. ■]. Anecdota pâlica, p. 62.
la femme en général , ce que d'autres peuples appellent le sexe. L'expression est également connue des Buddhistes du Sud , et elle est traduite avec précision par le seul lexicographe de Geylan qui soit à ma disposition : mdfajfdma y est synonyme de femme^. Parmi les textes pâlis, encore en petit nombre, qui ont été publiés jusqu'ici , on peut consultai- les Anecdota pâlica de Spiegel, où se trouve ce terme 2, mais imprimé fautivement avec un a bref, mata pour mâiu.
f. 111 b. Tous les êtres y naîtront par des métamorphoses miraculeuses. ] Il faut bien qu'il en soit
ainsi, puisqu'il ne doit pas exister de femmes dans ces univers. Le mot dont se sert le texte est âupapdduka, adjectif dérivé d'un substantif apapâda,. que je ne trouve pas dans Wilson, mais qui doit signifier, selon toute apparence, « une naissance autre que le mode de re- " production naturel. » Wîlson donne déjà Y adjectif upapâduka, qui entre autres significations a celle de démon, être surhumain. Glough indique, dans son Dictionnaire singhalais, un juot très-voisin de celui qui nous occupé, âupapâtika qu'il traduit ainsi, « Un être pro- « diiit par le hasard, sans aucune cause créatrice, un être existant par lui-même^. » Or ce mot qui est régulièrement dérivé deupapâta, a son correspondant en pâli où ôpapâtika signifie, selon Turnour, apparitional hirih, « naissance par apparition*. » Jusqu'à ce que quelque autorité décisive établisse positivement quelle est la meilleure de ces deux orthographes, âapapâdaka et âupapâtika, je conserve, au moins pour les livres sanscrits du Nord , celle que donne le texte dé notre Lotus. Outre qpi'elle est uniformément confirmée par les trois mam.iscrits qui sont actuellement sous mes yeux, je la trouve encore dans le texte sanscrit du Vadjra tchtchhêdika. Ce terme, qui dans ce dernier livre', comme dems notre Lotus, est une épithète de sattvâh, « les êtres, » signifie, selon I. J. Schmidt, «-qui « est produit par le changement. » Mais le texte tibétain, ou plutôt le Dictionnaire de Gsoma, fournit une interprétation plus précise, puisque l'expression tibétaine hrdzns-te sltyes-pa signifie « être produit par une transformation miraculeuse^; » on peut donc admettre que âapapâdaka signifie «venu au monde par un miracle,» Enfin ce qui me porte à croire que l'orthographe âupapdduka est préféréible à celle de âupapâtika, en d'autres termçs que ce mot vient par dérivation du radical pad et non de pat, c'est qu'il n'est pas rare de voir, dans les manuscrits pâlis,- un d étymologiquement nécessaire remplacé par un f.- Ainsi le mot appâda,* naissapce, p est souvent écrit appdfa par le copiste auquel est dû mon manuscrit du Dtgha nikâya^; et ce qui laisse encore moins de doute, les noms projpres brahmaniques de Pôkhharasâdi et Yamadaggi, pour Pâuchkarasâdi et Djamadagni , sont souvent écrits Pôkkharasâti et Yamataggi ''. J'aurai occasion de revenir sur ces deux derniers noms propres à la fin du n° II de Y Appendice,
' Abhidh. ppadîp. i. II, chap. m, st. 5 jClough, '- Schmidt, Veher dos Mahâjâna, dans Mém. de
p. 28. l'Acad. des sciences de S. Péiersbourg, t. IV, p. \3o
* Anecdota pâlica, p. 63, 1. 22. et 187; Csoma, Tibet. Diction, p. 121. ^ Singhal. Diction, t. II, p. 91. = Bîgha nikâya, f. 22.6, s fois.
il- Turnour, Mahâivanso, introd. p. xxxiv et xxxv. ' Ibid. f. 61 a.