‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 248 sur 286 · LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE

Maisonneuve Frères, Éditeurs

3, leixe d.-uL Sa3DO-t, 3

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SUB LE TERME DE BHIKCHU SAMGHA.

(Ci-dessus, chap. i, f. i, p. 287.)

Les Tibétains rendent les mots Bhikchu sarhgha par dge-slong-gi hdun, expression qu'il faudrait traduire, selon Csoma de Côrôs, par le clergé des moines, et selon Schrôter, par la réunion tout entière des moines oa du clergé. Il est évident que cette version est l'interprétation du sens extensif qu'a le terme samgha, car il n'y a que le monosyllabe hdun qui y représente, à proprement parler, le mot sanscrit-, l'addition de dge donne à hdan le sens à! assemblée vertueuse. C'est par une extension de ce genre que les Chinois, selon A. Rémusat, nomment Seng les Religieux buddhistes^ Le sens que j'assigne- ici à Samgha est celui que les Buddhistes de Ceylan attribuent également à ce mot, comme le prouve l'article suivant du Dictionnaire singhalais de Clough : « Samgha, le cierge buddhiste; " convocation de prêtres dont il suffît de réunir cinq pour former un Samgha^. «

Les Banuans dont l'autorité est à peu près égale à celle des Singhalais, puisque leurs textes religieux sont les textes pâlis eux-mêmes anciennement transportés et traduits à Ava, entendent aussi Samgha de cette manière. Judson , dans son Dictionnaire barman, le traduit ainsi : » nom général de toute espèce de mendiants Religieux, ou de dévots 3; .. pour être plus exact, il faudrait dire, « assemblée de mendiants religieux, etc. »

N'oublions pas de remarquer que le nom de Samgha, en tant que désignant l'Assemblée des Religieux Buddhistes, parait déjà dans un monument ancien et d'une grande importance, dans un des édits religieux du roi Piyadasi. Je veux parler de l'inscription découverte par le capitaine J. S. Burt à Bhabra, entre Delhi et Djaypour. Au commencement de cet édit, le monarque s'adresse à l'Assemblée, safhghafh abhivâdémânam , « l'As- « Femblée qu'il salue; » et dans le cours de son édit, il en désigne les membres par le titre de bhaihtê, qui est celui même dont se servait Çâkyamuni et que répète si souvent le Kammavâkya, dans cette expression de bhafhté samghô. Le voici dans un passage dont les Pandits de Calcutta ont manqué la traduction : Étâni hhamté dhammapaliyâyâni. - Voici, séi-

' Nouv. Journ. asiat. t. VII, p. 267 ; Foe koap. M, Baddh. Prieslhood, p. 7 ei 8 , dans Miscell. translat. P- 8 et 9. from orient. Img. t. II, n° 4.

« Singk. Diction, t. Il, p. 688; The ritaal cf thc ^ Barman Diction, p. 362.

/ï36 APPENDICE. —N"!.

« gneurs, les sujets qu'embrasse la loi^ » Le nom de TAssemblée, Safhgha, jparaif encore dans deux passages des édits de Piyadasi, une fois sur les colonnes de Delhi et d'Allahabad, une seconde fois vers la fin des deux édits séparés de Dhauiî. Comme ces passages, malgré l'attention avec laquelle ils ont été examinés , offrent encore matière à la critique interprétative, je les ai reproduits et analysés eu détail, pour faire voir dans quelle situation le terme de Safhgha s'y présente ; le lecteur trouvera le résultat de ces recherches à Y Appendice n° X, sui- le mot anyatra.

C'est ce mot de Sarhqha qui figure dans le nom par lequel les Buddhistes chinois désignent le jardin d'une communauté religieuse, Seng kia lan. J'avais essayé» il y a déjà longtemps, de retrouver sous cette transcription chinoise le terme Saihghâgâram, *la. " maison de l'assemblée 2, 1. Mais outre que ce terme ne s'est rencontré depuis dans aucun des textes que j'ai pu lire , j'ai découvert en pâli une expression qui paraît rendre plus directement compte du nom employé par les Buddhistes chinois : c'est le composé Safhghârâma, « le jardin de l'Assemblée. » Voici le passage où paraît ce mot tel que le donne le Thupa varhsa pâli : Piyadassibuddhakâlê Bôdhisattô kassapô nâma mânavô tinnafh védânam pâraïhgatô hatvâ, satthudhammadêsanam sutvâ, kôtisatasahassadkanaparitchtckâgéna samghârâmafh'kârêtvâ, saranésutcha sîlêsutcha patitihâsi. « Au temps du Buddha Piyadassi , « le Bôdhisattva noinmé Kassapa, jeune homme qui avait lu entièrement les trois Vêdas, « ayant entendu l'enseignement de la loi fait par le Maître (le Buddha), après avoir fait " construire un Samghârâma (un jardin enclos pour l'Assemblée), au prix d'une somme ■ décent mille Kôtis, se tint ferme dans les formules de refuge et dans les commaride- " ments ^. » Ajoutons qu'il n'est pas douteux que le mot ârâma, «jardin enclos, ermitage " boisé , » ne s'applique pai* extension au Vihâra ou lieu d'habitation des Religieux , parce que les Vihâras étaient souvent entourés d'un tel jardin. En voici une preuve empruntée au livre pâli que je citais tout à l'heure : Puna râdjâçôkârâmam nâma mahâvihârafh hârdpétvâ satthisahassânam bhikkhdnam hhattam paithapêsi. •< Ensuite le roi ayant fait cons- « truire un grand Vihâra nommé Asôkârâma, y fit donner le repas à soixante mille Reli- « gieux *. » Je ne dois pas oublier dé dire que M. Neumann a vu dans le chinois Seng kia lan le mot sanscrit sangâranna, qu'il traduit ainsi : « la perle de la réunion des prêtres *. » Spiegei a depuis critiqué justement cette interprétation qu'il remplace par celle de silva multoram\ Le lecteur peut choisir entre ces diverses explications; je dirai seulement que je n'ai jamais rencontré sangâranna, tandis que l'existence de Samghârâma est positivement établie par un texte pâli d'une certaine autorité.

D'après la définition d'un Safhgha, telle que la donne Clough et que nous Tavons reproduite au commencement de cette note, on voit que le Saiîigha est. une réunion de Religieux, dont il suffît de 'rassembler cinq pour former une assemblée régulière. Clough répète lui-même ailleurs cette définition, et y ajoute ceci, que dans les cas ordinaires

' J. S. burt, Inscription found near Bhabra, dans * Ibid.L 16 6 fin.

Jùum. asiat. Soc. ofBcngal, t. IX, p. 618. ^ Zeitschrijtfâr die Knnde des Morgenîand. t. III ,

" Foc koue ki,p. ig. p. 121. ^ Tkûpa vamsa, f. 6 6. ^ Kammavâhya, p. 34.

vingt Religieux sont nécessaires pour constituer un Scuhgha légal , mais que cinq sulBsent dans les cas extraordinaires ^

U ne paraît cependant pas que ce soit là le mraiuium, au moins d'après Tufnour; car dans une de ses traductions du commentaire de Buddhaghôsa , il parle de deux sortes d'Assemblées nommées l'une Safhgha kamma, l'autre Gana kamma, et il définit la première « une réunion de Religieux rassemblés pour accomplir un acte ou une cérémonie quei- <« conque, et qui dépasse le nombre de cinq, » tandis que le Gana kamma est une réunion de Religieux au-dessous de cinq ^. Si pour « les actes d'une troupe, » Gana kamma, les Religieux peuvent encore se réunir moins de cinq, ce dernier cbiffre n'est pas le miniinum. Une connaissance plus approfondie des textes relatifs à la discipline peut seule résoudre la difficulté. C'est dans ces ouvrages qu'on apjwendra tout ce qui concerne là forme, la composition et la tenue des Assemblées dites Samgha. On comprend que sxiivant la nature deç objets que se proposaient ces réunions , il a pu exister des différences dans le nombre et la qualité des Religieux réunis. Ainsi, pour en donner ici un exemple, je trouve dans la glose barmane du Pâtimôkkha pâli, glose qui, si elle n'est pas la traduction d'un commentaire primitivement écrit en pâli (ce qui cependant me paraît plus que probable), sC' réfère néanmoins constamment aux meilleures autorités et notamment au Visnddhi magga et aux Atthakathâs, je trouve, dis-je, qu'une « Assemblée parfaite, » paramattha samgha, est composée de buit Religieux , savoir, de quatre Religieux marchants dans la voie des Arhals , et de quatre autres déjà parvenus aux fruits de cet état supérieur 3.

Il se peut aussi que le terme de gana soit pris dans deux ou plusieurs acceptions différentes. Nous venons de voir, d'après Turnour, que gana paraît désigner une réunion de Religieux au-dessous de cinq. Ce n'est cependant pas à un nombre aussi restreint que fait penser le mot gana qui, dans YAmarakocha, est synonyme de termes signifiant « troupe, « multitude *. » L'idée d'un petit nombre de Religieux n'est pas davantage dans le terme de ganâtchâiya, « précepteur d'une troupe, » épithète de ces Bôdbisatlvas fabuleux que notre Lotos de la bonne loi représente venant assister à l'Assemblée de Çâkya^ Il est bien évident que quand on nomme ces Bôdhisattvas « précepteurs 'd'une troupe, » on n'a pas voulu dire que cette troupe se composait de moins de cinq Religieux : l'exagération même de la description du Lotus prouve bien plutôt qu'on a voulu laisser à gana sa signification ordinaire. Au reste, il n'est pas sans intérêt de retrouver ce titre de ganâtchârya sur un des monuments qui attestent de la manière la plus évidente la prédominance du Buddhisme dans les provinces occidentales de l'Inde, pendant les derniers siècles avant et les premiers siècles après notre ère. Je veux parler d'une de ces inscriptions en pâli qu'on a découvertes à l'entrée ou dans l'intérieur des grottes et des cavernes creusées de main d'homme dans diverses localités de ces provinces, et notamment à Djunîr. Celle

' The rilual of the Buddhist Priesihood, p. 7 et 8 , ^ Pâtimôhhha, f. 3 a , man. pâli -barman de la Bibl.

dans Miscell. traiislat. t. Il, n° à. nat. et p. 3 de ma copie.

' Turnour, Examin. of Pâli Baddhistical Annals, ^ Amarakocha, 1. II, cliap. v, st. Sg et ào; Loise-

n° 2 , dans Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VI , 2° part. leur, p. 1 2 4. p. 782, aux notes. •• Chap. xiv, f. iSg b, ci-dessus . p. iSi.

dont je vais invoquer le témoignage a été publiée en i^âj par le docteur Bïrd, d'après un dessin de M. Orlebar. Elle se trouve sous le n° Vïlï de la planche L de la collection du docteur Bird, et est indiquée par ce titre : t Très-belle inscription, en partie enlevée, « en partie enfouie, auprès du porche d'une cellule actuellement enterrée. » Je pourrais me contenter d'emprunter à cette inscription le mot unique de ganâtchârya qui s'y trouve sous une forme pâlie; mais comme le recueil de M. Bird est assez rare, et que Tinscription d'ailleurs très-coiirte, où je trouve le mot en question n'est pas- absolument claire dans toutes ses parties, je crois indispensable d'en reproduire ici ce que M. Bird nous en a fait connaître, pour qu'on puisse vérifier l'existence du terme qui doit nous occuper, et que de plus habiles soient mis en mesure de compléter mon interprétation.

Voici l'inscription elle-même, reproduite d'après le fac-similé de la planche L de M. Bird , et accompagnée de la lecture et de l'interprétation qu'il en a donnée. Sa lecture

est la suivante : Ganatchariyanam. , vira naih.ayam, taïasanam-tivasunam , ativasunam, viranam-tayam, titchâityasanam-tivasanam danam. Cette lecture fournit à M. Bird la traduction suivante : « Aux guides spirituels de la congrégation , les puissants esprits de l'air, les « Vasus des trois mondes, les Ati-Vasus, les trois puissants, les trois Tchâityas des trois " sages Vasus, [ceci est] un don. » M. Bird fait suivre sa traduction de quelques observations que je vais reproduire intégralement, a La dernière partie de l'inscription est « imparfaite dans l'endroit où la surface du rocher est détruite; mais sur la seule partie ' qui en reste, nous pouvons lire à la septièçie ligne gnha paù, le maître de la maison, « et de plus à la huitième ligxTie, tananam dananam, don de lieux pour y demeurer, ce « qui est une allusion, à ce qu'il semble par d'autres inscriptions, à la marche du soleil « à travers les signes du zodiaque et les lieux des planètes, dans son rapport avec les « systèmes buddhiques des diagrammes astrologiques et de l'astrologie sidérale. Dans " cette inscription , les Vasus ou les manifestations de l'Etre suprême , résidant en toutes ••choses et identifié par les Hindus orthodoxes avec Vichnu, autrement nommé Vasu-

«déva, sont les objets d'un culte pour les Buddhjstes, et sont des preuves de l'intime . connexion et de la ressemblance qui existait entre les idées théologiques des Bâuddhas et « celles des Vâichnavas. Cette connexion expliquera probablement comment il se fait que , «selon les Purânas et le système de l'Hinduisme orthodoxe, Buddha, c'est-à-dire l'iLtre « suprême , suivant les idées théistes ou athées de ses sectateurs , passe pour être la neuf vième incarnation de Vichnu , lequel , dçns le Vichnu purâna, est nommé Vasudéva et "Considéré par les sages sous quatre différents rapports, savoir: Pradhâna, la matière «primitive ou nue; Parucha, l'esprit; Vyakta, la substance visible, et Kâla, le temps ^. »

J'ai dû répéter ici l'expl^'cation du docteur Bird pour montrer jusqu'où peut entraîner le goût des interprétations mythologiques appliquées sans distinction à toute espèce de monuments, à ceux qui sont manifestement religieux, comme à ceux dont la destination est la plus simple. Quand on aura pu vérifier combien est différent Tobjet de cette courte inscription, on ne sera que plus vivement porté à regretter que lés Anglais, qui s'occupent dans Flnde de recueillir et de déchiffrer ce genre de monuments, s'éloignent quelquefois de la méthode de J. Prinsep , qui sans être à proprement parler un philologue, ne s'épargnait cependant aucun effort pour faire concorder ses- interprétations non pas seulement avec le sens commun, mais aussi avec les lois de la langue qu'il supposait être celle de ses inscriptions.

Voici d'ebord comment- je lis le texte; je dirai ensuite les points qui restent, encore obscurs ou. douteux pour le spns. Après le premier signe, qui représente un diagramme dont je ne connais ni le~nom, ni la valeur, je lis : ganâtchariyânam thérânàbha \ yamta^ sulisânaâi têvidjâ [ nafk afhtévâsinafh thêrânafh hha \ yamta tchêiiyâsanam téni. \ djânafh narhdina. . . kam | . . • sumkaihaliki \ - ■ . gdhapati \ • ■ ■ tanânam dimnajiâ. . . Les deux premiers tnots de la première ligne signifient certainement, « pour les Thêras précepteurs « d'une troupe. » Le premier de ces termes dans le système inversif de Vinscrïption> est ceïui-là même que nous fournit le Lotus, ganâtchdiyânâïn, sauf la légère différeûce m ^ troduite par le dialecte pâli; et il est certainenïent de quelque intérêt dé retrouver sûr une inscription un titre qu'on ne donnait sans doiite qu'aiix Religieux qui étaient suivis par un nombre plus qu'ordinaire de disciples, à nous en rapporter du moins au témoignage du texte du Lotos, où ce titee s'applique à des Bôdhisâttvas accompagnés d'un immeiise nombre d'auditeurs. Ces maîtres , que suit une foule nombreuse , soni nommés fA^rana pour ihêrânam, l'omission de Vanusvâra étant très-fréquènte dans les inscriptions pâlies ;'qela veut dire qu,'ils sont vénérés pour leur âge, qu'ils sont des anciens, c'est-à-dire de ceux, que Fon noname en sanscrit sihaviras, et en pâli thêras. Cette qualité de ihéras revient encore une fois dans notre inscription, à la fin de la troisième ligne, où elle est écritç thêrânam, mais où elle suit un mol que je lis afhtévâsinafh, « des disciples, s Cette classe de personnes est certainement opposée à la première, celle des maîtres ou précepteurs d'une troupe,; et l'inscription, du moins dans ce qu'elle offre de lisible et d'intelligible pour moi, se divise ainsi en deux parties : «Pour les Thêras, précepteurs d'une troupe, .pour les

* i.hiti^Historiçallieaéarches on ikeorig. and principles oftheBauddha aniJainaRelig, Bomhsj, 1847, p. 52, etpl.L.n"VIII;

«Thêras, disciples.» Les maîtres et les disciples ont, comme on le voit, une qualité commune, celle d'être également anciens; nous verrons tout à l'heure qu'on leur attribue encore un autre mérite, celui de posséder le même degré dans une des connaissances les plus relevées du Buddhisme.

Ce qui vient ensuite est beaucoup moins clair. C'est d'abord une question de savoir si la prenïière ligne est complète, ou bien s'il manque quelque chose après le signe qui suit thêrâna. Les deux traits de forme irrégulière qu'a tracés M. Bird à droite de* l'inscription donneraient à croire qu'elle est incomplète de ce côté. H y a cependant des indices propres à nous faire admettre qu'il n'y a pas ici de lacune. On remarquera en premier lieu que la fin de la troisième ligne qui est identique à la fin de la première, est suivie à la quatrième ligne d'un conmaencement identique avec le commencement de la secondé ligne ; c'est déjà pour nous un engagement à chercher entre la première et la seconde ligne le même mot qu'entre h troisième et la quatrième. En second lieu, l'examen de la seconde et de 1^ quatrième ligne fournit les éléments d'une comparaison analogue. Ainsi les trois derniers caractères de la seconde ligne et le premier de la troisième sont exactement identiques avec les deux dernières lettres de la quatrième ligne et les deux premières de la cinquième -, seconde vraisemblance en faveur de l'idée que l'inscription est complète par sa droite comme elle l'est par sa gauche. J'ajoute que les quatre caractères que je viens de signaler confirment cette idée, et lui donnent toute la vraisemblance désirable, car ils fournissent, selon ma lecture, le mot têvidjânam, forme pâlie du sanscrit trâividyânâm, « pour ceux qui ont la triple science* » C'est là nette seconde épithèle que je disais tout à l'heure être commune aux âtchariyas et aux antêvâsins , c'està-dire aux maîtres et aux disciples qui font l'objet de notre inscription.

La leoture et l'inteiprétation que je propose pour le mot têvidjânam nous tend déjà le service d'isoler dans la seconde ligne comme dans la quatrième, d'un côté sept caractères , de l'autre huit qui ne sont malheureusement pas aussi faciles. Je lis à la seconde ligne, en prenant le dernier signe de la première, bhayafhtasulisânaih ; et à la quatrième ligne, en prenant la dernière lettre de la troisième, hhayamtatchétiyasanaih ; mais je ne puis ici m'exprimer aussi affirmativement que pour ce qui précède. Je trouve d'abord de part et d'autre hhayamta, ce qui serait un mot pâli régulier signifiant « la fin du danger, » ou « ce qui met un terme au danger, » Est-ce là une dénomination mystique faite pour désigner la montagne percée de cellules et de Vihâras, où les Religieux buddhistes vivaient dans la méditation, loin du monde et de ses dangers P Est-ce plutôt un nom militaire appliqué à la montagne sur le sommet de laquelle s'élevait un fort réputé imprenable aux yeux des Indiens ? Ce sont là deux hypothèses entre lesquelles je n'ai pas de raison suffisante pour me décider; mais bhayaihta, suivi à la quatrième ligne de tchéiiya, se prête assez bien à la désignation d'un lieu, par exemple «le Tchâitya de « Bhayânta, • comme on écrirait d'après un texte sanscrit.

En admettant cette interprétation jusqu'à nouvel ordre et comme une simple hypothèse, nous trouvons, après le bhayafhta de la seconde ligne, quatre lettres qui donnent sulisânarh, dont la transcription la plus directe en sanscrit serait sârîçânâm, « des chefs des

« savants. « Il est difficile de ne pas lire su le troisième caractère de la seconde ligne en commençant par la gauche ; mais si un nouvel examen de l'inscription originale permettait de lire pu au lieu de sa, on aurait pulisânaih, » des hommes, » ce qui donnerait un sens plus naturel peut-être que celui de sulisânarh. Il faudrait voir encore si le groupe que tout nous porte à lire sa, ne devrait pas être pris pour se, d'où l'on aurait sêlisânam, avec cette traduction , « les chefs de la montagne de Bhayânta. » Quoi qu'il en puisse être , et avec les secours que nous avons actuellement à notre disposition, on peut traduire la première partie de l'inscription de la manière suivante : « Pour les précepteurs d'une « troupe, les Thêras, les chefs des sages de Bhayânta, qaî possèdent la triple science. »

La seconde partie de l'inscription offre avec la première une analogie incontestable dans la disposition des termes. Tous les mots y sont semblables, sauf le terme principal afatévâsinaih, • pour les disciples, » et le mot tchêtiyasànam , qui termine bhayaihta. Je crains ^ue dans ce mot de cinq syllabes, où j'ai déjà reconnu tchêtiya, les voyelles ne soient pas distribuées correctement, soit par la faute du graveur indigène, soit par celle du copiste européen. Car en premier lieu, si ce mot est une épithète des disciples désignés par le terme de arhtêvâsinafh (et on a tout lieu de le croire, puisqu'il finit par le nam des génitifs pluriels, forme de tous, les titres de notre inscription), Vavant-dernier des cinq signes qui le composent doit se lire sânam. Et en second lieu., si l'on admet l'existence du parallélisme que j'ai remarqué dans le commencement de l'inscription , le second mot doit être à la quatrième ligne isânam,, comme j'ai conjecturé qu'il Tétait à la seconde. Je propose donc de lire à la quatrième ligne bhayafhta tchétiyêsânam . « des propriétaires du ' « Tchâitya de Bhayânta. « J*^ ne donne cependant ceci que comme une interprétation conjecturale contre laquelle on peut faire cette objection, qu'on ne voit pas pourquoi les disciples seraient , plutôt que leurs maîtres , propriétaires du Tchâitya : toutefois cette disposition a pu résulter de la volonté de celui qui avait fa^'t creuser la grotte où nous apprenons que devait se trouver un Tchâitya, et la fin de l'inscription est trop incomplète et trop obscure pour nous éclairer suffisamment sur ce point. Quant a présent donc, et avec toutes les réserves nécessaires , je traduis la seconde partie de l'inscription comme il suit : « Pour les disciples, les Thêras, les propriétaires du Tchâitya de Bhayânta, qui « possèdent la triple science. »

Après le mot têvidjânaih de la cinquième ligne on trouve trois caractères qui se lisent namdana, ou encore naihdina, si l'on veut que le grand développement qu'a ici la lettre da en fasse la syllabe di. Le sens dé ce mot est clair, et on doit le rapporter aux termes qui précèdent et que je viens d'expliquer; namdana, employé substantivement, signifie « plaisir, ce qui rençi heureux. » La lacune qui suit ce mot nous empêche de compléter la phrase , mais il est évident que l'idée exprimée par l'auteur de l'inscription a dû être celle-ci : « lieu ou objet de plaisir pour les maîtres d'une troupe, etc. » C'était la définition que le libéral auteur de l'inscription donnait dn Vihâra ou des cellules qu'il avait fait creuser dans la montagne pour servir de demeure aux maîtres et aux disciples dont il venait de faire l'éloge.

Le mot namdana est suivi d'une lacune sur la copie lithographiée de M. Bird; la

lacune est-eile antérieure ou postérieure à ia gravure de l'inscription? c'est ce que je ne saurais dire. La cinquième ligne étant terminée par la syllabe kàm qui est parfaitement reconnaissable , on serait tenté de faire rapporter cette syllabe à nafhdana, de cette manière, nafhdanakafh , pour en faire un diminutif de modestie ou d'affection avec le sens de « petit lieu de plaisir, » ou « petit présent destiné à faire plaisir. »

La ligne sixième ne nous oflre que cinq caractères qui sont précédés et suivis d'un blanc sur la planche lithographiée , ils paraissent devoir se lire sumkathaîiki ; mais outre que je ne suis pas certain de la lecture du signe final, je ne sais comment partager ces caractères isolés pour en tirer un sens. Je ne pourrais y reconnaître que thaîiki, toujours sous la réserve du groupe final qui est peut-être altéré, et thalikî donnerait en sanscrit sthaliki, signifiant quelque chose comme « relative au lieu ou à la montagne. »

A la ligne septième on lit distinctement gahapati, « maître de maison ; » ce titre suivait selon, toute vraisemblance le nom du donateur. Le mot n'est certainement pas terminé, et il y a ici une lacune qui s'étend jusqu'au commencement de la ligne huitième. Cette ligne a encore six caractères sur la planche de M. Bird; tous sont lisibles, sauf le premier à gauche qui est douteux, en ce qu'on y peut voir, soit iu, soit hha. En adoptant la première supposition, on aurait tanâ nafhdamnana ; les deux premières syllabes semblent annoncer un mot à l'instrumental , ce qui conduit à supposer que namdaihnana est peutêtre écrit sur le monument même namdanêna, au même cas. Il se peut même que innâ soit la fin de pitand, «par le père, » et que namdanêna soit le nom propre Nanddna qui serait celui de ce père. Mais le nombre et l'étendue des lacunes qui existent à la fin de l'inscription ne permettent pas d'attacher beaucoup d'importance à l'interprétation conjecturale de quelques termes isolés.

Il me suffira maintenant de quelques mots pour terminer l'explication du terme de hhikchu samgha, dont je viens d'examiner la seconde partie, safhgha. J'ed traduit par « Religieux » et non par « prêtre » le mot Ehikchn, qui littéralement désigne un mendiant, pour conserver la plus grande généralité possible à ce terme, qui suivant les autorités népalaises, conformes en ce point à la plus ancienne doctrine des Buddhistes, désigne tout individu qui après avoir renoncé au monde et à l'état de maître de maison, vit dans un célibat rigoureux , et ne se soutient que par les aumônes qu'il reçoit .sai^s les demandera Les autorités singhalaises sont entièrement d'accord avec cette définition ; et Glough qui les suit, explique ainsi le mot Bkikchu : » prêtre^uddbiste qui se soutient « par la mendicité, ce qui est la seule voie par laquelle il puisse se procurer les moyens « de vivre suivant les règles établies pour le clergé*. » Judson, dans son Dictionnaire barman, se contente de traduire le pâli Bhikkhv, par «prêtre de Buddha^; » l'expression de - prêtre « n'est pas suffisamment exacte , en ce qu'elle est trop restreinte. J'ai préféré le mot de Religieux car les raisons que j'ai données tout à l'heure. J'aurais même conservé le terme original sanscrit de Bhikchu, si je n'avais déjà été forcé de garder dans ma traduction un grand 'nombre d'autres termes sanscrits dont il ne m'eût pas été facile de

' Hodgson, Skelch o/Buddh. dans Transact. ofthe ' Singhal Diction, t. Il, p. ig/i-

roy. as. Soc. t. Il, p. 3 45. » Burman Diction, p, 26a.

trouver l'équivalent en français. L'emploi de la lettre capitale dans le mot Religieux axerj tira le lecteur qu'il s'agit d'un titre spécial- et consacré à un usage particulier. On peut voir sur les devoirs extérieurs des Bhikchus une note étendue d'Abel Rémusat, extraité des auteurs chinois^; les préceptes qui y sont exposés se retrouvent à peu près tous dans les autorités singh alaises , telles qu'on les connaît par le Makâvafhsa de Tumour, par- la collection des livres sacrés et historiques singhaMis d'Upham, et surtout parles fragments -du Patimôkkha pâli qu'a reproduits Spiegel dans son Kammavâkya^.

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