‹ Le lotus de la bonne loi [microform] traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhismeChapitre 257 sur 286 · DES QUATRE-VINGTS SIGNES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

DES QUATRE-VINGTS SIGNES SECONDAIRES

Outre les trente-deux Lahchanas ou signes caractéristiques d'un grand homme dont on vient de voir les nobles effets, les Buddhistes connaissent encore quatre-vingts signes secondaires dits Anuvyanfijana ou marques de beauté, auxquels j'ai déjà fait plus d'une allusion, et qu'il nous faut examiner pour avoir une idée complète du type de perfection physique qu'ils cherchent dans leur sage ou dans les fabuleux monarques nommés « Rois « qui font tourner la roue. » J'en connais jusqu'ici quatre listes puisées à quatre sources diverses : la première est donnée par le Lalita vistara, à la suite des trente-deux signes dits Lcdîclmnas; la seconde forme la section quatrième du Vocabulaire pentafflotte ; la troisième a été publiée par M. Hodgson, d'après le Dharma saggraJia; la quatrième et dernière est empruntée ati Dharma pradipikâ singhalais ^. Lès trois premières sont rédigées en sanscrit,' ia dernière l'est en pâli; c'est la seule de ce genre, que j'aie rencontrée jusqu'ici, car à la différence des trente-deux Ldkchanas, les quatre-vingts signes secondaires ne se trouvent ni dans le Lakkhana sntta ni dans le Mahâpadhâna sutta pâlis. Comme les

■ Lalita vislara,î. 61 b an. manuscrit A; f. 58 5, P* 9'? Joum. eus. Soc. qf Great-Briiaiii, t. II, p. 3i5; man. Soc. asiat. comparé au JRgj'a tch'errolpa, t. II, Dharma pradîpihâ, f. 7 b; Vocahul. pentayl. secf. iv; p. 108; Hodgson, Journ. asiat. Soc. ofBengal, t. V, A. Rémusat, Mélanges asiat. t. I, p. 170 et suiv.

livres qui m'ont fourni ces quatre listes sont les mêmes que ceux auxquels j'ai emprunté tout à l'heure l'énumération des trente-deux signes de perfection, je continuerai à les désigner par les mêmes lettres : ainsi l'expression qui suivra le premier chiffre étant celle du Lalita vislara, V désignera le Vocabulaire peiitaglotte, H la liste du. Dharma saggraha publiée par M. Hodgson , etD celle du Dharma pradipikâ singhalais. De plus je suivrai, pour l'examen des signes secondaires , la méthode que j'ai appliquée aux marques de la beauté.

1. Tugganakhah ; V3 tamraganakhah ; H3 , Dd tagganakhatâ. Ce caractère signifie, « Il a «les ongles bombés;» suivant les interprètes tibétains, relevés. La leçon àn^Vocalulaire pentaglotte est très-fautive; mais on peut l'expliquer en partie en supposant que le groupe nga ^ aura été lu à tort rga jt; l'écriture Randjâ donnerait aisément lieu à une confusion de ce genre. Quoi qu'il en soit, on remarquera ici deux choses : la première, que deux de nos listes sont unanimes quant à la place de ce caractère ; la seconde , que la liste pâlie du Dharma pradipikâ le présente sous la forme d'un terme abstrait, comme fait la liste de Hodgson , de cette manière : « la qualité d'avoir les ongles bombés. » Cet accord se continuera généralement dans la suite des deux listes; je le signale au début de cette analyse comme un des traits les plus frappants de l'analogie des autorités népalaises et des textes singhalais en ce qui touche ce point important de la doctrine.

2.' Tâmranakhah ; Va âtamranakhah ; Hi âtâmranakhatâ; D4 tambanakhatâ. Ce caractère signifie : « Il a les ongles de la couleur du cuivre rouge. » Les Tibétains ne l'entendent pas autrement. Le Vocabalaire pentaglotte n'est ici fautif que par l'abrègement de la seconde voyelle. Du reste il s'accorde avec la liste de M. Hodgson pour faire précéder le mot tâmra, « suivre, » de la préposition â qui ajoute ici l'idée de « analogue à, tirant sur. » La liste singhaiaise se rapporte ici à celle du Lalita vistara. En résumé, nos quatre listes se divisent en deux groupes , dont l'un exprime ainsi ce caractère tiré des ongles , « il a « les ongles couleur de cuivre rouge, » et dont l'autre le rend avec une nuance légère, « il X a les ongles tirant sur ia couleur du cuivre rouge. »

5. Snigdhanakhah ; Va snigdhanakhàk ; Ha snigdhanakhatâ ; D6 siniddhanakhatâ. Ce caractère signifie, «Il a les ongles lisses; » les Tibétains l'entendent de la même manière. Dtiïs la listt du Dharma pradîpUîâ, le mot siniddha est l'altération pâlie du sanscrit snigdliz^ ï lisse, poà, luisant. » Cette liste recule ce caractère un peu plus bas que les autres autorités qui sont en mes mains; cela vient de ce qu'elle débute par la description des doigts , avec laquelle mêle celle des ongles. Malgré ces différences , il n'en est pas

moins évident que "Ot .'latre listes commencent par des caractères très-voisins les uns des autres , à la différence des listes des Lakchanas, qui , comn^ nous l'avons vu , montrent en ce point de notables divergences.

4. Vrïttâggulih ; V à. vintâggulih ; D3 vattaggulitâ. Ce caractère signifie, «Il a les doigts « arrondis, » comme l'entendent les Tibétains. Il est reproduit d'une manière fautive par

le Vocabulaire pentaglottê, et manque dans la liste du Dharma saggraha népalais, peut-être par un oubli du copiste.

5. Tchitrâggnlih ; V6 pariaggulih; H4 tchhatrâggulitâ;Ti\ tchitâggulitâ. Ce caractère signifié , « Il a les doigts beaux ; » mais la variété des leçons que présentent nos quatre listes me laisse dans i'inceFtitude isur îe sens véritable. Le Lolita vistara a tchitra aggulih , composé qui n'est guère susceptible d'un autre sens que de celui que je propose. Cependant les Tibétains, d'après la traduction de M. Foucaux, y voient le sens de long, pour lequel on attendrait dîrgJia. La leçon du Dharma pradîpikâ singhalais donne lieu à cette incertitude particulière, que si tchita est le substitut de tchitra, c'est ichitta qu'on devrait écrire; et qu'au contraire, si tchita est la leçon régulière, on pourrait le traduire par couvert, plein, comme j'ai proposé de le faire pour le n° 16 des signes dits Lakchanas qui se rapporte aux épaules^, de cette manière, «il a les doigts pleins;» mais je crains qu'on n'objecte que ce sens rentre presque complètement dans la définition des doigts arrondis du n° k' J'avoue que je ne puis rien faire de la leçon de la liste népalaise tchhatrâggnlih , <i il a les doigts en forme de parasol. » Faut-il voir ici une allusion à ces doigts réunis par une sorte de membrane, dont il semble que parlent les Tibétains, mais dont j'ai suspecté plus haut la réalité? Je ne le pense pas, et j'aime mieux supposer que tchhatra est une faute de copiste pour tchitra. Enfin que devra-t-on faire du pariaggulih du Vocabulaire pentaglottê; que Rémusat proposait de traduire par « doigts ronds ^3 » C'est uniquement par conjecture que je place ici cet énoncé; mais le Vocabulaire pentaglottê s'accordant sur les autres caractères tirés de cette partie du corps avec les trois listes collatérales, pariaggulih doit remplir la place vacante de tchitrâggnlih .

6. Anupurvatchitrâqgulih ; V5 anùpûrvaggulih ; H5 anupûrvâggulitâ ; J)2 anapabbaggulitd. Ce caractère signifie, « Il a les doigts effilés, " comme l'ont bien vu les Tibétains; mais en traduisant ainsi, j'omets le mot tchitra, qui suit anapûrva et qui fait répétition avec le n° 5, lequel, ainsi qu'on l'a vu, donne lieu à quelques difficultés. Pour traduire exactement le n° 6 du Lolita vistara, il faudrait dire : « Il a les doigts beaux et effilés. » Cependant, concune le Lolita vistnra est seul à répéter le mot tchitra, je crois qu'il est nécessaire de l'omettre dans une traduction destinée a reproduiie systématiquement l'ensemble des caractères secondaires dits Anuvyaiidjona. Et à ce sujet je dirai que cette répétition du mot tchitra ne doit pas étonner en ce qui touche le Lalita vistara, qui est moins une énumération systématique des quatre-vingts signes secondaires de beauté, que la description suivie et jusqu'à un certain point oratoire de l'homme qui possède ces caractères. C'est là une remarque qu'il ne faut pas perdre de vue, parce que c'est ainsi qu'a dû commencer l'énumération de ces caractères : on en a parlé longtemps par tradition avant f^e les cataloguer d'une manière régulière; et des listes comme celles du Dharma saggraha et du Dharma pradîpikâ sont certainement postérieures à des textes conime ceux du Lalita vistara. On comprend alors que les jnépétitions qui pouvaient s'être glissées dans les textes ont dû néces-

* Voy. ci-dessus, p. 568. — •' Mélanges asiat. 1. 1, p. 170.

là

580 APPENDICE.— N'avili.

sairement disparaître, des listes. Quant au sens du seul élément qui doive subsister, celui d'anapûrva, il doit être exactement rendu par effilé, puisque anapûrva s'applique à tout ce qui se développe successivement dans un ordre régulier.

7. Gâdhaçirak; W"] .nighûdhapirah; H6 gâdhaçiratâ; T>à^ niggulhasirasatâ. Ce caractère signifie, « Il a les veines cachées, » comme l'entendent les Tibétains; c'est évidemment un effet de la rohdeur et de la plénitude de formes rebondies. Aussi A. Rémusat le commentait-il fort bien par ces mots : « veines profondes. qui ne font point saillie au dehors ^ » On reconnaît aisément en quoi est fautif le Vocabulaire pentaglotte, qui confond d'ordinaire .9 ou f avec p. Ce caractère est exprimé dans le Dharma pradîpikâ avec une particularité d'orthographe qui ne peut cependant faire difficulté ; il s'agit de l'addition d'une nasale g après la préposition ni, addition qui est dans l'esprit du singhalais : niggulha revient donc au pâli nigulha, qui est lui-mênàè le sanscrit nigûdha.

8. Gâdhagulphah ; Yq gddhagulphal}.; RS gddhagulphatâ; Dj nigulhagôpphakatâ. Ge ca-ractère signifie, « Il a la cheville cachée » ou couverte, comme l'entendent les Tibétains. Le Vocabulaire pentaglotte est encore ici incorrect; les autres listes s'accordent entre elles, sauf celle des Singhalais , qui lit nigulha au lieu de gûdha. Le Vocabulaire pentaglotte o"met ici la préposition ni qu'il avait admise pour l'article précédent; en ce point il est correct, sauf toutefois la mauvaise orthographe de dh pour dk.

9. Ghanasandkih ; V8 nirgrarnlhipirah ; H7 nigranthiçiratâ. Ce caractère signifie : « H a les " articulations solides. » Cependant les interprètes tibétains le tradiiisent, d'après M. Foueaux, par « les articulations invisibles; » ce qui semhle indiquer que ghana a été pris par eux dans le sens à! impénétrable, pour dire que lés articulations sont engagées dans un corps si plein et si charnu qu'elles ne sont pas apparentes. Quant à la leçon, de la liste népalaise, et aussi à celle du Vocabulaire pentaglotte (sauf la faute déjà signalée qui la termine) , elle s'éloigne au premier abord sensiblement de la version du Lolita visfara; elle signifie': a II a « les veines ou les muscles sans nœuds. » Cette divergence n'est cependant pas aussi considérable qu'on le pourrait croire ; car dire d'un homme que les muscles de ses nàembres n'ont pas de nœuds , c'est dire quelque chose de bien semblable à ceci , que « ses articula- " tions ne sont pas apparentes. » On sait le vague qui existe sur la signification propre du mot cira, qu'on prend dans les diverses acceptions de « 'eine, nerf, muscle, tendon; » et l'on .conçoit de même que les points où les membres s'aJtachent, c'esl.-à-dire les points de sandki, puissent être attribués à la rencontre des cira. Je n'ai donc pas hésité à mettre sur le même rang nos trois listes ; il eût fallu sans cela constater une lacune, soit dans le Lalita visiara, soit dans le Vocabulaire pentaglotte et le Dharma- saggraha réunis.- Je n'ai pas indiqué la présence de cet attribut pour la liste singhalaise ; il y doit cependant exister, car je trouve, sous le n° 48, un caractère ainsi conçu, sirasatâ, caractère incomplet que le copiste de mon exemplaire du Dharma pradîpikâ n'avait sans doute pu lire en entier

' Mélanges asiat. t. I, p. 170.

APPENDICE. — N" VIIL 587

sur çon original, ou qu'il n'y avait pas trouvé, car il a laissé à gaucho âesirasaiâ un blanc destiné à marquer la lacune d'un mot. Le Dharma pradîpikâ ayant donné, sous le n° ^9, un caractère correspondant au n° 7 du Lolita vistara, il est très-probable que nous devrions trouver ici l'analogue du n° 7 de la liste népalaise.

10. Avichamasamapâdah; Y 10 avisamapâdah ; H9 avichamapâdatâ ;D8 samapâdatâ. Ce caractère signifie, « Il a les pieds égaux et. non inégaux; » et les Tibétains l'entendent exactement de la même manière. Les trois autres listes s'accordent pour ce sens , les unes disant, Cl II a les pieds non inégaux, » et la dernière, « La qualité d'avoir les pieds égaux. » Ici encore nous trouvons dans l'énoncé du Laîita vistara la trace d'un développement qui a disparu des autres listés qui sont des énumérations plus techniques. Et ce développement qui consiste à joindre à l'affirmation du positif celle de l'absence du négatif, est tout à fait dans l'esprit du Buddhisme; on en rencontre d'aussi fréquents exemples dans les livres du Sud que dans ceux du Nord.

11. Ayatapâdapârchnih. Ce caractère, qui manque dans les trois autres listes, signifie, « Il a le talon large,.» ou .« gros, » suivant les. Tibétains.

1 2 . SnigdhapdnHékhah ; V45 snigvapâiiilékhah ; H44 snigdhapânilêkhita ; D/io rutchirasanthânalékhatâ. Ce caractère signifie, «Il a les lignes de la main lisses, » ou, comme disent les Tibétains, « brillantes. » Le Laliia vistara, qui a suivi jusqu'à présent avec assez de régularité l'ordre des trois autres listes, s'en écarte considérablement ici, en passant de la description des pieds à celle des mains. On reconnaît sans peine la cause de la mauvaise leçon du Vocabulaire peniaglotte; le copiste a confondu les groupes dha et gva. Dans l'énoncé de la liste népalaise il faut lire lêkhatâ au lieu de lékkita. Quant à celui de la liste 'du Dharma pradîpikâ singhalais, il doit se traduire ainsi : «Il a les lignes belles et « semblables ; » il faut entendre par là les lignes de la main , car dans cette liste ce caractère vient le dernier de tous ceux qui se rapportent à la main. Je crois que nous trouvons ici réunis sous un même article deux caractères que le LaUta vistara sépare en deux numéros. Les lignes dites rutcliira ou ielles répondent aux lignes snigdha ou lisses des autres énumérations; et les lignes- de la main sanlhâna ou semblables répondent aux talya, « seni- « blables ou égales, » du Lalita, que nous allons voir sous le numéro suivant.

J.3. Tiilyapânilékhah. Ce caractère signifie, « 11 a les lignes de la main semblables, » ou , comme.disent les Tibétains, « régulières. » Cet attribut manque dans les autres listes, saul dans celle des Singhalais, où, comme je le disais tout à l'heure, il est réuni au caractère des lignes belles ou lisses. Toutefois je trouve dans le Vocabulaire pentaglotîe un énoncé trèsfautif et même incomplet, qui, s'il ne représente pas directement ce caractère, en doit être ou la transformation altérée, ou, si on l'aime mieux, l'analogue et la substitution. Il est placé sous le n" 44^ et ainsi conçu, « Kulapatrïçasn, » c'est-à-dire, selon l'interprétation d'A. Rémusat, « mains délicates comme un tissu de Kieou-lo, » ou, selon le mandchou,

« comme le coton ^ » Pour retrouver ce sens, il suffirait de lire iula, <• coton , » au lieu de kala, etsadrïça au lieu de patrïça; mais il resterait une lacune plus ou moms considérable à la fin du composé, car je n'oserais substituer le mot pâni, « main , » à la syllabe su. Quoi qu'il en soit, deux points me paraissent évidents ici ; l'un, qu'il n'est pas impossible de retrouver dans l'énoncé sanscrit le sens que les Chinois lui assignent; l'autre, que si cet énoncé a sa place quelque part dans cette énumération des caractères secondaires , ce doit être auprès de nofre n° i3, dont il diffère par le sens, mais dont il est l'analogue par suite de la ressemblance qu'ont les deux mots talya et tâla. Je n'hésite pas davantage à ramener ici, quoique je ne l'entende pas entièrement, le ù" 43 de la liste népalaise, gandhasadrïçasukumârapâniti, « la qualité d'avoir lés mains très-douces et semblables au <t gandha. » Qvelhi substance ou quel objet entend-on désigner par le gandha? est-ce le soufre, où le bouton de quelque fleur? c'est ce que je ne saurais dire. Ce doit être, selon toute apparence, un objet remarquable par sa douceur, comme est le coton, qui sert de point de comparaison dans le Vocabulaire pentaglotte.

1/4. Gambhirapâailékhàh ; V/i6 gamhhirapânilékha; H45 gambhîrapânilêhhitâ ; D Sj gamhhîrapâîiildkhaiâ. Ce caractère signifie, -«Il a les lignes de 'a main profondes, » comme l'entendent les Tibétains, Nos quatre listes sont unanimes sur ce point.

i5, Adjihmapânilékhah ; DSg udjukalêkhatâ. Ce caractère signifie, «Il a les lignes de la « maiA non tortueuses , » comme l'entendent les Tibétains , ou « droites y » comme le disent les Singhalais. Ce caractère manque dans le Vocabulaire pentaglotte et dans le Dharma saggraha népalais.

i6. Anupûrvapânilêkhah ; V^y ayatapdnilékhah ; H4.6 âyatapânilékhitâ;D58 âyatalékhatâ. Ce caractère signifie, «Il a les lignes de la main allongées, » ou, suivant les Tibétains, « très-régulières. » Je crois que la première traduction est préférable, parce qu'elle est appuyée par la leçon des autres listes , âyata, « étendu , prolongé. » On ne fera pas difficiilté de donner ici le sens d'allongé à l'adjectif anupûrva, puisque nous l'avons traduit déjà par effilé, en parlant des doigts, ci-dessus sous lé n° 6. Il en doit être de même des lignes de la main qui se prolongent en s'amincissant jusqu'au point où elles disparaissent.

ly. Vimbôchthah ; V^Q bimpaprativimba ; Hliè bimbapratibimbôchthatâ ; 1)55 ratiôtthatâ. Ce caractère signifie, « 11 a les lèvres comme le fruit du Vimba, ■• à quoi les Tibétains ajoutent, « rouges comme le fruit du Vimba; » on sait que le Vimba ou Bimba est le fruit rouge du momordica monadelpha, auquel les poètes comparent les lèvres rougies par l'usage du bétel et de l'arec. Le Vocabulaire pentaglotte oublie ici le mot ôchtha, « lèvre; » mais il fait suivre vimba de prativimbà, « imagé, ressemblance, » comme le fait aussi la listé népalaise. Les Singhalais se contentent de diie : « La qualité d'avoir les lèvres rouges. »

' Mélanges usiat. t. I, p. 172.

APPENDICE. — N°Vm. 589

18. Nôtchtchaçahdavatchanah ; V48 nâtyâyatamadnah ; H/iy nâtyâyatavatchanatâ ; D36 âyatavadanatâ. Ce caractère signifie « Il a une voix dont le son n'est pas trop élevé , » ou , comme disent. les Tibétains, « Le son de sa voix est sans rudesse, » ce qui ne me paraît pas une traduction suffisamment exacte. Nos trois autres listes diffèrent sensiblement de la définition du Lalita vistara. Ainsi le Vocabulaire pentaglotte, qui est très-fâutif , puisqu'il lit madnah au lieu de vadanah, veut dire de deux choses l'une, ou : « Sa bouche n'est pas « trop grande, » ou « Son visage n'est pas trop allongé-, » c'est ce dernier sens que proposait Rémusat, quand il traduisait: «visage plein et arrondi. » La liste singhalaise dit exactement le contraire : « La qualité d'avoir la bouche grande ou le visage allongé; » mais il y a certainement ici une faute qui consiste dans l'omission de la négation. De toute façon if n'est question, d'après ces deux listes, que de bouche ou de visage, mais non de voix ni de parole. Ce dernier sens pEuraît dans la liste népalaise : « Sa voix n'est pas trop élevée; » mais il n'est exprimé nettement que dans le Lalita vistara. Entre ces sens divers , nous n'avons pour nous décider que la vraisemblance; or la vraisemblance est, à mon avis du moins, en faveur de la liste singhalaise et du Vocabulaire pentaglotte corrigés l'un et l'autre. Le caractère dont il s'agit ici doit être tiré du visage ou de la-bouche , par cela seul que toutes nos listes s'accordent à le placer auprès du caractère tiré des lèvres. Entre la face et la bouche, j'inclinerais pour cette dernière partie, parce qu'il est plus facile d'arriver à la voix en partant de la bouche qu'en partant du visage. Aussi pensé-.je qu'on a, dans l'origine , entendu dire : « 11 n'a pas la bouche trop grande ; » et qu'ensuite confondant vadana, « la bouche, »avec vatchana, « la parole, » quelque copiste aura cru qu'il s'agissait de la voix , dont il sera parlé plus bas , et qu'une fois cette opinion entrée dans son esprit , il aura substitué à nâtyâyata, « pas trop long, » le mot nôtchtcha, « pas élevé. » Cette dernière substitution serait fort aisée à comprendre, si l'on supposait que le mot nâtyâyata s'est présenté dans le principe sous une forme populaire, comme celle qu'il aurait en pâli, nâtchtchâyata.

ig. Mrïdataranatâmradjihvah ;V5o, 5i, 52 mrïtadjihvali , tanadjihvah , raktadjihvah ; H49, 5o, 52 mrïdadjihvatâ , tanudjihvatâ, raktadjihvatâ; D46 mudatanutarattadjihvatâ. Ce caractère signifie : « Il a la langue douce , délicate et couleur de cuivre rouge. » Les Tibétains, au lieu de délicate, disent souple, ce qui est une traduction incomplète de tanu et un peu libre de taruna; cette dernière leçon, d'ailleurs, me paraît devoir être abandonnée en présence du témoignage unanime des trois autres listes qui ont tanu, tout en l'écrivant deux fois fautivement tana et tanata, et surtout parce que nous trouvons sous le n° 12 des Lakch.an.as ce caractère d'une langue mince déjà positivement exprimé. 11 arrive cependant plus d'une fois que les caractères secondaires ne sont que la répétition d'un des trentedeux signes ou Lakchanas,- ou. qu'ils n'y ajoutent que des traits de peu d'importance : i'addition ici consisterait uniquement dans le terme de tâmra, « couleur de cuivre rouge , » que nos trois autres listes remplacent par rakta, ou ratta, « rouge. » On remarquera de plus que ces listes font trois articles de ces attributs relatifs à la langue, attributs que le Lalita vistara exprime en un seul terme composé. Cette circonstance vient encore à l'appui de

l'observation que j'ai déjà faite et plusieurs fois répétée sur le caractère peu systématique de l'exposé du Lalita vistara ^.

20. Gadjagardjitâbhistanitamêghasvara madkura mandja ghôçha; V53 et 54- djvamutaghôckaJjL, tchârasvarah;°H5i et 53 méghagardjitaghôchatâ, madharatchârumandjusvaratâ. Ce caractère signifie : « Sa voix douce" et belle a le son du cri de l'éléphant ou du nuage « qui tonne. » M. Foucaux traduit également. dans ce sens d'après le Lalita vistara tibétain. Nos deux autres listes disent la même chose avec un peu plus de précision et aussi plus de netteté. De ce caractère unique elles font deux attributs, de cette manière : «L'état « d'avoir la voix semblable au grondement du nuage ; l'état d'avoir une voix douce , agréable « et belle ; » la vraisemblance veut en effet que ces attributs soient distingués les uns des autres. Le Vocahulaire pentaglotte nous donne l'expression la plus concise ; seulement il est singulièremenUncorréct en lisant djvamata, au lieu de djîmûta, « nuage. » La liste singhalaise omet ces deux caractères.

11., Paripârnavyandjanah; V2Ùr paripârnavyafidjanah ; H23 paripûrnavyandjanatâ; Di5 paripunnapurchavyandjanatâ. Ce caractère signifie : « Il a les organes sexuels complets. » Les Tibétains traduisent : « Il a les marques secondaires parfaites et accomplies -. » Mais ce qui prouve que vyandjana ne peut avoir ici le sens de anuvyaiidjana, « marque secondaire , » c'est la leçon de la liste singhalaise qui ajoate purcha pour paracha, « les organes du sexe « masculin. »

-22. Pralamiabâhuh ; V4i sihitâdjnanavanatapralarnbdhulâh. Ce caractère signifie : «Il a « les bras longs ; » le Vocahulaire pentaglotte le développe et l'explique de cette manière : " Debout et sans qu'il se baisse, ses bras touchent à ses genoux. » Je n'hésite pas à reconnaître dans le texte confus et fautif du Vocahulaire pentaglotte, l'expression même qui forme le dix-huitième des signes caractéristiques d'un grand homme. J'ai déjà fait plus haut ce rapprochement ^, et j'ai montré que le Vocabulaire pentaglotte avait rejeté parmi les quatre-vingts Annvyandjanas l'un des trente-deux Lakchanas. Cette conjecture est pleinement confirmée , aujourd'hui que nous voyons la liste népalaise et celle des Singhalais omettre de l'énumération des Anuvyahdjanas un attribut que fe Lalita et le Vocahulaire y placent à tort.

23. Çutckigâtrah vastusampannah ; V3i sâtchigâtrah; H20 çutchigâiratâ ; D60 vimaia gattatâ. Ce caractère signifie, « Ses membres brillants sont vêtus; » suivant les Tibétains, « Tous les vêtements de son corps sont purs. » La manière dont se présente ici le texte du Lalitavistara annonce deux articles qu'il faudrait traduire ainsi : c II a les membres brillants; « il est couvert de vêtements : « en effet, dans le texte même de nos manuscrits, chacun des quatre-vingts caractères est suivi de la conjonction fc/ia; or cette conjonction est répétée ici après le premier comme après le second terme. Mais outre que les interprètes tibétains ne ' \'oy. ci-dessus, p. 585. — '■ - llgjatch'errol pa, t. II, p. 109. — ^ Ci-dessus, n° 18: p. 069.

voient ici qu'un attribut unique, qu'ils rapportent, à tort selon moi, plutôt au vêtement qu'au corps, il est clair que l'idée principale est celle de l'éclat des membres , comme le prouve le témoignage du Vocabulaire pentaglotte et de la liste népalaise. En effet ces deux dernières autorités ne parlent pas du vêtement, ni dans cet article, ni dans aucun autre ; c'est là une addition propre au Lalita vistara, et qui tient au caractère plus développé de son exposition. L'addition d'ailleurs est tout à fait conforme aux idées des Buddhistes sur l'indécence de la nudité; et il est aisé de comprendre comment un Religieux, en parlant pour la première fois des membres de l'homme supérieur qu'il décrit, n'ait pu se le figurer que couvert de vêtements. Je dis vêtements, quoique je reste encore dans le doute sur la lecture et la signification du jnot que je transcris vastu, et que nos trois manuscrits lisent vamta; pour trouver ici le sens de vêtement, il faut substituer vastra à ce terme obscur; peut-être même résulte-t-il de la confusion des groupes tu et tra. On remarquera là variante de la liste singhalaise , qui substitue l'idée de -pur à celle de brillant, à cause de l'analogie de signification qu'offrent les mots çutchi et vimala.

2/1. Mrïdugutrali; Va 2 mrïdugâtrah. ; H2 1 mrïdagâtratâ; D61 kômalagattatâ. Ce caractère signifie : « Il a les membres doux. » Les Tibétains disent : « Son corps est beau ; » j'ignore la raison de cette divergence. Je vois d'autant moins de motifs pour modifier ici la signification primitive de mrïdu, que deux autres listes reproduisent également ce même mot, et que les Singhalais le remplacent par un synonyme, kômala, qui en détermine nettement le sens^ On sait d'ailleurs que le mérite d'une peau douce est très-recherché des Indiens; la légende à^Açôka, qui n'était pas aimé de ses femmes à 'cause de la rudesse de sa peau, en offre une curieuse preuve^.

20. Viçâlagâtrah;V2o viçuddhagâtrah ; H22 viçuddhagâtratâ; ^2^ visuddhagattatâ. Ce caractère signifie , « 11 a les membres larges ;. » mais ici les Tibétains s'éloignent considérablement de l'interprétation littérale , en traduisant : « Son corps est insensible à la crainte. » Auraient-ils eu sous les yeux, pour adopter ce sens, un mot comme viçârada? c'est ce que je ne saurais dire : ce qui me paraît très-probable, c'est que nous n'avons pas là l'expression véritable et primitive de ce caractère. Je doute même que la leçon du Lalita vistara, telle que la donnent nos trois manuscrits, soit préférable à celle des trois autres listes, qui lisent viçuddha, « pur ou parfait. » De viçuddha à viçâla il n'y a pas assez loin pour qu'on ne puisse croire à quelque confusion de ces deux termes. Et si l'on admet que viçuddha ait exprimé plutôt l'idée de parfait, accompli, que celle de pur, on comprend sans peine comment de l'idée de perfection un Indien a passé à celle de largeur et de développement, idée qui dans l'Inde exprime un des attributs les moins contestés de la perfection physique. Ainsi s malgré l'apparente divergence de ces deux caractères, «Il " a les membres larges, » et « Il a les membres parfaits, » je n'hésite pas à les placer dans ie même article, et par suite à donner la préférence au second.

' Amarakocha, liv. III, chap. ii, st. 27, p. 357, - Introduction à l'histoire du Buddhisme indien, 1.1,

éd. Loiseleur. p. 3 60 et 365.

26. Adînagâtrah ;Y 2g adâfhhagâtrah ; H28 adînagâtratâ ; D2 katchinagattatâ, Ce caractère signifie, « Ses membres ne sont pas pauvres, » ou, comme le disent les Tibétains, « Son « corps est exempt d'abattement » Les listes dtt Népal et de Geylan sont d'accord sur la valeur de cet attribut; car la le^on atcliîna est, selon toute apparence, une faute pour adina, et je m'aperçois même qiiê dans mon manuscrit le signe du tckv est surchargé et peu lisible. Le Vocabulaire pentaglotte est plus gravement incorrect, et la traduction ^ue proposait A. Rémusat pour cet article, « membres sans courbure, » donnerait à supposer qu'il faut trouver adambha dans adâihba; mais, correction pour correction, je préfère encore supposer que le copiste du Vocabulaire pentaglotte a eu sous les yeux et a mal transcrit adîna, le même terme que les autres listes. Je ne crois pas d'ailleurs que adambha puisse être employé au sens physique.

27. Anunnatagâtrah ; V3o utsadagâtrah ; H29 utsâhagâtratâ; DaS atiussannâsannasabbagattatâ. Ce caractère signifie : « Ses menGd)res n'oifrent pas de saillie. » Les Tibétains disent , « Son corps est bien régulier, » ce qui me paraît un peu trop vague. Cet article d'ailleurs exige une attention particulière à cause de la divergence que présentent les énoncés des diverses listes. La traduction que je viens de donner se rapporte au texte du Lolita vistara; mais elle serait inexacte pour les trois autres définitions. Ainsi celle du Vocabulaire pentaglotte ne peut signifier autre chose que, « Il a lès membres rebondis, » et c'est à peu près de cette manière que l'entendait A. Rémusat, quand il traduisait: «corps d'un embon- « point suffisant et agréable '. » La leçon de la liste népalaise est certainement moins satisfaisante; « la qualité d'avoir les membres de l'effort, » sans doute pour dire, « des membres « vigoureux, » nous éloigne trop de l'idée que nous devons chercher dans ce caractère; mais de plus uf5a/îa paraît n'être qu'une faute pour utsada. Enfin l'énoncé des Singhalais reproduit en partie celui du Lolita vistara avec un degré de précision de plus , car il signifie : « Tous ses membres sont sans saillie et sans dépression. » Le composé anassannâsanna, que je divise ainsi, anussanna âsanna, est pour moi synonyme du composé sanscrit unnaiânata, « inégal, onduieux^, » composé dont la leçon du Lolita vistara nous offre la premièr-e partie, La leçon des Singhalais me paraît même si satisfaisante, que j'irais jusqu'à supposer que celle du Lolita vistara n'en est qu'une sorte de fractionnement, et qu'on rétablirait l'énoncé primitif en- lisant anunnatânatagâtroh , a celui dont les membres sont «sans saillie et sans dépression. » Quant au Vocabulaire pentaglotte et à la liste népalaise, je crois leurs leçons fautives, en présence de celles du Dharmo prodipikâ singhalais et même du Lolita vistara tibétain; il est certainement question ici d'un mérite exprimé sous la forme de la négation d'un défaut.

28. Susomâhitagâtroh ; Y3i susamhatagâtrah ; D28 kôtisohassahatthibalodhâranatâ. Ce caractère signifie , « Ses membres sont parfaitement achevés ; » et , suivant les Tibétains , n Son corps est remarquable par sa vigueur. = Il est évident que, pour traduire ainsi, ils avaient sous les yeux une autre leçon que susamâhita; et cette autre leçon devait être

' Mélanges asiat. 1. 1, p. 171. — ^ Amarakocha , liv. III, chap. 11, st. 19, p. 255, éd. Loiseleur.

susafrihata, c'est-à-dire celle du Vocabulaire pentaghtte, qui signifie littéralement : « Ses « membres sont parfaitement solides.. » Cette solidité des membres fait la vigueur du corps, et c'est ce dernier caractère , effet naturel du premier, qu'ont exprimé les Tibétains. Bémusat l'entendait exactement de même en traduisant cet article par « corps robuste. » La liste singhalaise pousse cet énoncé jusqu'à l'exagération, en- disant : «la faculté de « posséder la forcé d'un millier de Kôtis d'éléphants. » Malgré cette différence de leçon , c'est bien à cet article que se rapporte le n° 28 du Dharma pradîpikâ. J'ajoute que la conséquence de tout ceci, c'est- qu'on devrait substituer dans nos manuscrits du Lalita le mot susafhhata à susamâhita. Quant à la liste des Népalais , je n'y ai rien trouvé qui réponde à ce caractère.

29. Savibhahtagâtrah. ; V32 siivihhagtaggasratyagga; H32 savibhaktâggapratyagga; D2C suvibhattagattatâ. Ce caractère signifie, « Il a les membres bien proportionnés, » ainsi que l'entendent les Tibétains qui disent, « Son corps est bien proportionné. » A. Rémusat en a donné une interprétation assez singulière', « les extrémités des os comme un cadenas crochu, » ou, suivant la version mandchoue, «les articulations des niembres très-distinctes. » Ces traductions ont été exécutées sur un iexteoùotilisaitaggapratyagga au lieudegatra^ ainsi que font le Dharma saggraha des Népalais et le Vocabulaire pentaghtte. malgré les fautes grossières qui défigurent son énoncé, comme gta pour kla, et sra pour pra. Elles donneraient à croire que les Buddhistes attribuaient à pratyagga le sens âC articulation . Telle n'est cependant pas l'explication que Wilson nous fournit, car il -traduit pratyagga par « membre « inférieur du corps. » Jusqu'à ce que l'interprétation des Buddhistes soit prouvée par un plus grand nombre de textes, je continuerais à traduire ainsi l'énoncé le plus développé de nos quatre listes : « Son corps et les parties de son corps sont bien proportionnés. » Cela revient à la définition du Lalita vistara.

30, Prithuvipulasuparipûrnadjânumandalah; V25 prithutcharamandalagâtrah ; H24 prïthutchâramandalagâtratâ; Di4. samantatôtchâradjânamandalatâ. Ce caractère signifie : « 11 a « la rotule du genou large, développée et parfaitement pleine. » C'est exactement de cette manière que l'entendent les interprètes tibétains; d'où l'on doit conclure qu'ils ont eu sous les yeux un texte comme celui du Lalita vistara , auquel celui de la liste singhalaise se rapporte dans sa partie la plus essentielle. Ils n'auraient pu traduire de cette manière s'ils n'avaient eu à leur disposition que l'énoncé du Vocabulaire pentaghtte ou de la liste népalaise , où ne paraît pas l'idée du genou , et qui signifient seulement , « ses membres « ont un contour beau et large , » si tant est que mandala puisse se prêter au sens de contour. Je n'hésite pas à penser que ce dermer énoncé est inexact, et que le véritable est l'un de ces deux-ci, soit celui du Lalita vistara que je viens de traduire, soit celui du Dharma pradîpikâ singhalais, dont voici la traduction : « La qualité d'avoir la rotule du genou com- « plétement belle. » L'omission du mot djânu dans les énoncés du Vocabulaire pentaghtte et de la liste népalaise vient probablement de l'assonance des deux mots tchâru et djânu, dont le premier aura été substitué au second, ou, si on l'aime mieux, dont le second aura

594 APPENDICE.— N°VIlï.

disparu, en supposant qu'ils aient été placés primitivement l'un auprès de l'autre dans le même composé.

3i. Vrïitagâtrah ; V 1^ prîttagdtrah;]îij vrïttagâtratd. Ce caractère signifie, "Ses mem- « bres sont arrondis , » ainsi que l'entendent les Tibétains , qui ici comme dans les autres composés analogues substituent l'idée de corps à celle de membre. Je ne trouve pas cet attribut dans la liste singbalaise; il aura probablement été confondu avec celui du n° 33, anupuhbagattatâ, « la qualité d'avoir des membres réguliers, » c'est-à-dire qui vont en s'amincissant d'une manière régulière, comme les bras, les cuisses, les jambes. Ce qui me ferait croire qu'il y a ici une confusion qui est du fait de la liste singhalaise, c'est i° que ce caractère des membres réguliers reparaîtra tout à l'heure au n°-2 6 de cette même liste , avec l'addition du mot heau^ 2° que l'attribut qui nous occupe est placé dans cette liste au n° 2 1, immédiatement après l'attribut des membres bien proportionnés, ce qui est aussi , à peu de chose près, la disposition des autres listes, où l'attribut des membres arrondis n'est pas très-éloigné de celui des membres proportionnés.

32. Suparimrïchiagdtrah ; Viy mrïchlagâtrah ; Hi8 mrïchtagâtratâ ; D22 maithagattatà . Ce caractère signifie, « Ses membres sont parfaitement polis, » ou, suivant les Tibétains, « Son corps est très-gracieux. » Je ne crois pas que cette traduction soit suffisamment exacte ; il semble qu'il doit être question ici des membres sur lesquels ne paraît' aucune souillure , rien n'y adhérant par suite de l'extrême poli d'une peau que soutiennent des ■ chairs nourries par la plénitude de la santé. C'est en ce point que je séparerais le caractère du présent article de celui qu'exprime l'article 23. Que l'on traduise, en effet, l'épithète çiitchi de ce dernier article par brillant ou par pur, cette épithète se distinguera toujours du mrïckla de notre n° 32; car çutchi représentera ou l'éclat, ou la pureté naturelle et constitutive , celle qui consiste dans l'absence de taches de quelque espèce que ce soit , tandis que mrïckta sera le poli qui résulte de la finesse et de la pureté d'une peau sur laquelle le passage de la main ne signale aucune aspérité.

33. Adjilimavrîchabkagâtrah , annpûrvagâtrah ; V20 anupûrvagatra; Hi g anupûrvagâtratâ ; 1)26 anupubbaratchiragattatd. Le premier de ces énoncés, celui du Lolita vistara, se "compose de deux-termes et signifie, « Ses membres, semblables à ceux d'un taureau, ne sont '. pas de travers, ses membres sont réguliers; » ou, suivant les Tibétains, « Son corps est > sans imperfection, développé avec symétrie. » Le Lolita vistara est seul à détailler ainsi ce caractère , que nos trois autres listes traduisent uniformément : « Ses membres sont ré- " guliers, •> ou « la qualité d'avoir des membres beaux et réguliers. » Le témoignage de ces listes prouve que l'addition du premier terme appartient en propre au Lalita vistara, et que ce terme n'a pas dû se trouver dans la liste primitive quelle qu'elle soit, d'où dérivent toutes celles que nous possédons aujourd'hui. Il faut donc l'en retrancher, d'autant plus que le nombre total des Anuvyaâdjanas, en suivant à la lettre l'énumération actuelle du Lalita vistara, serait de quatre-vingt-trois, et non de quatre-vingts, comme il doit l'être, et

comme il le devient en réalité, lorsque l'on fait rentrer les uns clans les autres quelques caractères dédoublés, ainsi que je l'ai proposé déjà une fois plus haut à l'oceasion du n" 23, et comme je le propose en ce moment. Peut-être même trouverait-on la cause de ce dédoublement dans l'influence qu'a pu exercer sur le rédacteur du Lolita vistara le sou venir de quelques caractères voisins. Ainsi l'idée de taureau est probablement empruntée au n° 4i , où la marche de l'homme accompli est comparée à celle du taureau; cette idée d'ailleurs manque à la leçon du manuscrit de la Société asiatique. L'autre idée , celle de non tortu, droit, va se représenter dans des caractères voisins; Tout nous invite donc à supprimer de la liste primitive la première partie du n" 33 du Lalita vistara.

Sa- Gambhîranâbhih ; V38 gambhxranâbhih ; H38 gamihîranâbhitâ. Ce caractère signifie,, .1 H a le nojiibril profond , » comme le disent exactement les Tibétains. Les Singhalais semblent le remplacer par l'un des deuxcénoncés du numéro suivant.

35. Adjihmandbhih, anupûrvanâbhih ; VSg pradakckinavartinâbhih ; U^'ig pradakchinâvartandbhitâ; Di6 atchtchhiddanâbhitâ; Di8 dakkhinâvattanâbhitâ. Les deux termes dont se compose cet article du Lalita vistara signifient, «Son nombril n'est pas de travers, son -• nombril est régulier; » ou, suivant les Tibétains, « Son nombril est sans difformité et ré- «gulier. » La liste singhalaise, quoique différente dans les termes, rentre complètement dans la définition du Lalita vistara; car elle a aussi deux énoncés, Tun sous le n" i6 et qui signifie « La qualité d'avoir un nombril sans défaut, » l'autre sous le n° i8, a La qua- « lité d'avoir le nombril tournant vers la- droite. » Les deux autres listes s'éloignent de cet énoncé, en ce quelles n'en adoptent que la dernière partie, « Son nombril tourne vers la « droite; » mais cette différence n'est pas, en réalité, aussi considérable qu'on le pourrait croire au premier coup d'œil. Le Lalita dit d'une manière générale ce que les autres listes expriment techniquement par un caractère spécial ; car on sait que pour les Buddhisles la perfection des corps ou des objets qui décrivent un mouvement circulaire consiste en ce que ce mouvement parte de la gauche pour se diriger vers la droite. J'incline donc à croire que le véritable énoncé de ce caractère se trouve dans nos trois dernièies listes plutôt que. dans l'énumération du Lalita vistara; et je profite de cette divergence pour ramener sous un seul numéro les deux énoncés de cet ouvrage, ce qui me pcrniei de réduire à quatre-vingts le nombre des Anuvyandjanas, qui d'après le Lalita vistara serait trop élevé de trois.

36. Çutchyâtchârah ; \h2 çulchipamâtcharah ; lA^i çatckisamadâtchârafu : D33 viçuddhiiiàriyaiâ. Ce caractère signifie, «11 a uiie conduite pure, » et, selon les Tibétains, » Il fait " des œuvres pures. » M. Foucàux a joint à ce caractère une note dont je ne saisis pas bien la portée; il semble croire (jue ces mots, « Il fait des œuvres pures, = ne se troaveni pas dans le texte sanscrit ^; cependant je puis affirmer que les trois exemplaires du Lalita vistara que j'ai sous les yeux ont certainement çutchyâtchârah; seulement le second des ma-

' Rgya ich'rrrolpa, t. II, p. 109.

nuscrits de M. Hoâgson a fautivement çutchyâpârah . Quant à la phrase que M. Foucaux croit être substituée à ce caractère par le texte sanscrit, j'y reviendrai dans l'article suivant. Les listes du Vocabulaire pentaglotte et du Dharma saggraha népalais emploient, au lieu du terme âtchâra, deux mots analogues qui expriment deux nuances légèrement différentes. Pris au propre, âtchâra signifie «usage, pratique^; » de sorte que çutchyâtchârali est un composé possessif signifiant, « celui qui suit des pratiques, pures. » La leçon fautive du Vocabulaire pentaglotte, qu'il faut rem'plsLcer "par çutchisamàtchârah , donne samâickârah , dont le sens exact est conduite, de façon que l'énoncé du Vocabulaire devra se traduire : « celui qui a une conduite pure. » Enfin le samudâlchâra de la liste de M. Hodgson signifie « disposition, intention, » d'où il faudra traduire le composé par « celui qui a des disposi- « lions pures. » Quant à l'énoncé du Dharma pradîpikâ singhalais, c'est uniquement par conjecture que je le ramène sous le présent article, car il ne signifie que « la qualité d'a- « voir des sens parfaitement purs. » Mais dans cette liste singhalaise, qui présente de si nolal)les divergences avec les autres énumérations , je ne trouve pas de terme plus approchant de celui de « la condtiite pure, » pas plus que je ne trouve, dans les trois premières h'stes , d'énoncé plus analogue à celui de « la pureté des sens. »

37. Bïchabhavafsamantaprâsâdikah ; V/;o samantapraçâdikah ; H4o samantaprâsâdikatâ. Ce caractère signilie, «Comme le bœuf, il est tout aimable,» à peu près comme l'entendent les Tibétains, «Il est agréable de tous points. » Il paraît, d'après une note de M. Foucaux, que les interprètes du Tibet auraient lu rïchivat, «comme un Richi, » et qu'ils auraient fait rapporter ce terme de comparaison au numéro précèdent, de ceîte manière : « Comme un Rïchi , il fait des œuvres pures. » 11 est possible qu'ils aient eu sous les yeux, un texte différent de celui que nous connaissons aujourd'hui; tel que le donnent les manuscrits de M. Hodgson, ce texte ne se prèle pas à l'interprétation tibétaine. Il ne jDo paraît pas conduire davantage à la traduction proposée par M. Foucaux, « Il est fier ■■ comme un jeune taureau; » car si l'on divise ainsi le composé richabhavatsa, « petit d'un n laureau , » que fera-ton de mantaprâsâdikah ? Mais il se peut que rîchabhavat n'ait pas existé dans la liste primitive, puisqu'il manque dans celle du Vocabulaire pentaglotte et dans celle du Dharma saggraha népalais. Toutefois, du moment qu'il est exprimé comme dans le Lolita vistara, il ne- peut se rapporter qu'au présent article et non au précédent. Je regrelte de ne l'avoir pu découvrir dans l'énumération du Dharma pradîpikâ singhalais.

38. Paramasuviçuddhavitimirâlôkasamantaprabhah ; V33 vitimiraviçuddhalàkah ; H33 utliniiraçuddhâlôkatâ ; Dlii parimandalakâyappdbhàvattatâ. Ce caractère signifie : «Il répand ■' autour de lui l'éclat d'une lumière supérieure, parfaitementpure, qui dissipeles ténèbres; » c'est à peu près en ces termes que M. Foucaux rend la. version tibétaine de cet article. Les énoncés des autres listes reviennent également à ce sens, mais avec moins de mots; au lieu de lôkah du Vocabulaire pentaglotte, il faut lire âlôkah et traduire : « Il répand une lu- « mière qui dissipe les ténèbres et est parfaitement pure; » c'est, sauf la forme abstraite

' Amarakocha, liv. III, chap. iv, scct. 23, st. i4i, p. 3i8, éd. Loiseleur.

et i'emploi de la préposition vi, l'énoucé même de la liste népalaise. Quant à la leçon des Singhalais , elle diffère un peu plus par les termes. 11 faut d'abord corriger une faute qui altère la fin du mot et lire ppabhâvattâ, « la qualité d'avoir une lumière; » alors on obtient la traduction suivante : « La qualité d'avoir une lumière qui s'écbappe de son corps et se « répand autour de lui, » ou plus simplement, « La splendeur de son corps se répand au- «tour de lui. » Ce caractère s'applique dans les légendes au Buddha Çâkyamuni,. dont le corps était environné d'une splendeur qui s'étendait à la distance d'une brasse; et cette splendeur est figurée sur des peintures népalaises par un vaste cercle on halo qui enveloppe l'image tout entière du Buddha, et qui est souvent traversé de lignes d'or qui ondulent. Je ne pense pas qu'il puisse exister le moindre doute sur la valeur de ce caractère, où A. Rémusat proposait de voir ce sens : « yeux sortants de leurs antres (orbites) et res- « plendissants de lumière '. »

89. Nâgaviîamhitagatih ; Vi2 nâgavikrântagâmî ; Hii nâgavikrântagâmitâ ; Dg gadjasamânakkamatâ. Ce caractère signifie : « Il a la démarche lente de l'éléphant. » Nos trois listes sont d'accord, sauf qu'au lieu de vilamhita elles donnent les unes vikTânta, et la dernière samâna, ce qui nous fournit cette double traduction : « 11 a la démarche héroïque de l'é- « léphant, » et « Sa démarche est semblable a celle de l'éléphant. » Les Tibétains ont adopté le sens dé' majestueux; ce qui semble prouver qu'ils traduisaient sur un texte qui lisait vikrânta, leçon certainement préférable à celle de nos manuscrits actuels.

4o. SimhavikrâniagatihfYii siggkavikrântagâmî; Hio sifhkavikrântagâmitâ ; Dio sihasamânakkamatâ. Ce caractère signifie, « Il a la démarche héroïque du lion; » je ne sais sur quel fondement les Tibétains ajoutent, «i les manières (et la démarche du lion). » L'unanimité de nos quatre listes ne permet aucun doute sur la valeur de cet article.

4i. Vrïchahhavikrântagatih ; Y 1 II vrïchahhavikrantagâmi; Hi3 vrïchahhavikrântagâmiîâ; D12 usahhasamânakkamatâ. Ce caractère signifie : » H a la démarche héroïque du taureau; » ici encore les Tibétains traduisent : « les manières et la démarche. » Nos trois listes sont unanimes , sauf les deux fautes du Vocabulaire pentaglotte qu'il faut corriger ainsi , vikrântagâmï.

42. Harhsavikrântah ; y 1^ hansavikrântagâmî ; Hi2 hafhsavikrântagâmitâ ; T> i i hamsasamânakkamatâ. Ce caractère signifie, «H a la démarche de l'oie, » ou du cygne, comme le veulent les interprètes tibétains. La liste siughalaise dit ti'ès-explicitement : « La qualité d'a- " voir la démarche semblable à celle de l'oie, » ce qui, comme on sait, passe chez les Indiens pour un .mérite. De la comparaison de cet énoncé avec celui, du Lalita vistara, et surtout de ce que le mot gati, « marche , » manque à ce dernier, je crois pouvoir conclure que ïa.àjecti( vikrânta n'y signifie pas héroïque ou majestueux, conmie dans les énoncés précédents , mais qu'il faut le prendre dans le sens de « pas , enjambée , marche. » Si l'on admet-

' Mélanfjes asiat.t. 1 , 'p. 172.

tait ce point, il faudrait reconnaître que les définitions du Vocabulaire pentaglotte et de la liste népalaise sont ici moins correctes que celles des Tibétains et des Singhalais.

/i'6. Abhipradakchinâvartagatih; Vi5 pradakchinyavariagâmi; HiA pradakchinagâmitâ ; Di3 dakkkinâvattagatitâ. Ce caractère signifie, « Il marche en se tournant vers la droite, » et, suivant les Tibétains, «le port agréablement incliné du côté droit. » Les trois autres listes donnent exactement la même interprétation, sauf les variantes peu importantes qui résultent de la suppression d'abhi, de pra ou cVâvarta. Le Vocabulaire pentaglotte est ici fautif, comme cela lui est le plus ordinaire.

44- Vrïtiakukchih ; V34 vrïtlakakchili; PI3/i vrUtamgakukchitâ. Ce caractère signifie, - U a les lianes arrondis,» comme 1 entendent les Tibétains. L'énoncé des Népalais est très-fantif, et la liste singhalaise omet entièrement cet attribut.

l\b. Mrïchiakakchik; V35 mrïchûhakchih ; H35 mTïchtakukchitâ. Ce caractère signifie, " Il a les flancs polis, » ou, suivant les Tibétains, « le côté bien fait. « L'accord de nos trois listes ne laisse ici place à aucune observation particulière; je remarque seulement que ce caractère manque encore dans la liste des Singhalais.

Il6. Adjihmakukchïh ; V^Q abhugnakukckih ; H36 abhayakakchitâ. Ce caractère signifie, ' Ses flancs ne sont pas de travers , » ou , selon les Tibétains , « Il a le côté sans défaut. » CeA attribut revient à dire que sa taille, à en juger par ses flancs, ne dévie pas de la ligne droite. Le Vocabulaire pentaglotte donne exactement la même interprétation, mais avec un autre qualificatif, abhugna, « non courbé, non infléchi. » Cette variante a de l'intérêt, en ce qu'elle me donne le moyen d'expliquer la leçon de la liste népalaise, qui sans ce secours serait à peu près inintelligible, car abhayakakchitâ ne donne que ce sens bizarre, ' la qualité d'avoir les flancs libres de crainte; » mais en rapprochant abhaya d''abkagna', il est facile de reconnaître que la premièic leçon est une altération de la seconde. Ce caractère manque encore dans la liste singhalaise.

47. Tckdpàdarah ; YSj kchâmôdarah ; HSy akchôbhakakchitâ. Ce caractère signifie, ail ■ a le ventre en forme d'arc,» ou, comme disent les interprètes tibétains, «arrondi en ^ arc. :> L'énoncé du Vocabulaire pentaglotte est certainement fautif; il y faut lire tchâpa au lieu (le hchânia. QnanI à celui de la liste népalaise,. je ne saurais être aussi affirmatif; car akchôbhakukclntâ donne ce sens, « la qualité d'avoir un ventre qui n'est pas ébranlé,.sans doute pour dire, « qui est immobile, » par suite de sa fermeté. Il se pourrait cependant que cette leçon ne.fût qu'une faute pour ichvâsakakchitâ , ce qui nous ramènerait à l'idée de « ventre arrondi en arc » des autres énumérations. Cet attribut manque à la liste sinshaiaise.

46. Vyapagatatchtchhaviduchaniîakâdachiaçartrah ; \ IxZvyapagatatikâlalîagâtrak ;i\l\2 vya-

pagatâilakâlagâtratâ ; D2 5 tilakâdirahitagattatâ. Ce caractère signifie : « Son corps est exempt '1 de tout ce qui peut en altérer l'éclat, et de toutes les taches noires qui pourraient le,dé- " parer; » les Tibétains disent plus brièvement, mais moins littéralement : « Son corps est « exempt de taches bleues ou noires, » à peu près comme les Chinois, « corps sans taches de ■•< différentes couleurs. » Il ne peut exister le moindre doute sur le sens de l'énoncé du Lalita vistara, tel que je vieps de le reproduire; on doit remarquer seulement que, d'après Wilson, il faudrait lire nilika, au lieu de nîldka que donnent nos trois manuscrits. Ce point n'est d'ailleurs pas d'une grande importance, les deux orthographes de ce mot, dont le sens n'est pas douteux, ayant pu coexister à la fois. Quoique moins développé et trèscertainement fautif, l'énoncé du Vocabulaire pentaglotte nous conduit sans aucun doute au même sens. Il y manque, il est vrai, tchtchhavidôcha , «imperfection qui altère l'éclat; » mais les quatre syllabes tikâlaka, qui , telles qu'elles sont ici , ne donnent pas de sens , doivent cacher soit le nîldka, « taches noires » du Lalita vistara, soit le tilaka de la liste singhalaise, qui revient«à peu près au même. La liste népalaise est, selon toute apparence, fautive aussi; quant à celle des Singhalais, elle se traduit très-littéralement et tout à fait d'accord avec le Lalita vistara par : « la qualité d'avoir les'membrès exempts de taches ou « de toute autre imperfection. »

àg. Vrittadamchtrah ; V55 vrïttadamchtah ; H54 vrïttadafhchiraiâ; D34 vattadâthatd. Ce caractère signifie, « Il a les dents canines, arrondies, » comme disent les Tibétains , qui cependant ne distinguent pas ici dafhchtrâ de danta, comme cela serait nécessaire. L'unanimité de nos trois autres listes nous dispense de toute observation ; on remarquera seulement que le Vocabulaire pentaglotte est ici fautif, comme presque toujours. J'ajoute ici, une fois pour toutes, la preuve que les lexicographes indiens ne confondent pas dafhchirâ avec danta. Le plus récent de tous, Râdhâ Kânta Dêva, dans son Trésor de la langue sanscrite, donne sur ie vaot dafhchtrâ cette définition, dantaviçêchah , « c'est une espèce particulière de dent^ > et il renvoie au Vocabulaire de Hêmatchandra, où'nous trouvons ces trois mots dâdhâ, dafhchirâ, djambhah, exactement traduits dans Boehtling par le mot œillère'^. Il est probable que dafhchirâ désigne non-seulement les œillères , mais aussi les quatre canines en général ; car dafhchtrâ signifie également les défenses du sanglier, les dents de Téléphant. Quoi qu'il en soit, dafhchtrâ ne peut être confondu avec danta. Je remarque encore l'analogie que l'un des synonymes donûé par Hêmiatchandra , dâdhâ. offre avec le pâli dâthâ, qui correspond au sanscrit dafhchtrâ; on ne peut méconnaître dans dâdhâ l'influence très-visible du pràkrit ou (Ju pâli.

5o. Tikchnadafhchtrah ; V56 tikchnadafhchtah ; H55 tikchnadafïichtratâ. Ce caractère signifie, « Il a les canines pointues; » les Tibétains disent moins exactement, .: Il a les dents in- " cisives. » Les deux autres listes sont d'accord sur cet attribut qui manque dans la liste singhalaise. L'énoncé du Vocabulaire est très-fautif; il faut le corriger par celui du Lalita vistara.

' Râdhâ Kânta Dêva, Çabda kalpadruma, t. II, ^ Ahhidhâna tchintâmani, st. 583, p. 106, éd.

p. i2g3 et i345. Boehtl. et Rieu.

5i. Anapârvadailichtrah ; Vôg aiiupûrvadaihchtrah ; li58 anupûrvadaihchtratâ. Ce caractère signifie, ■> Il a les canines régulières, » comme disent les Tibétains, sauf la confusion de daihchtrâ avec danta. Cet attribut ne peut signifier « les dents minces, » comme le proposait A. Rémusat; il manque d'ailleurs à la liste singhalaise.

52. Tugganâsah;. V6o tugganâsah; Hôg tagganâsikatâ; D29 tugganâsatâ. Ce caractère signifie, « Il a le nez proéminent, » ou , comme disent les Tibétains, « Il a le nez élevé avec «grâce. " Cet attribut, sur lequel nos quatre listes sont unanimes, est un de ceux dont s'autorisait avec le plus de confiance A. Rémusat pour contester l'origine nègrie du Buddha Çàkyàmuni'; mais depuis qu'il est prouvé qu'il existe des nègres au nez aq'uilin, cet argument a beaucoup perdu de sa valeur.

53. Çntch.inayana}i;\^\ çutchinâsah; H60 ^atchinâsïkatâ. Ce caractère signifie, «11 a » les yeux brillants, » et c'est bien ainsi que l'entendent les Tibétains; mais nos deux autres listes, celle du Vocahvdaire pentaglotte et celle des Népalais, donnent ici une leçon toute différente et qui signifie, « Il a le nez beau, » Il se peut que le voisinage du présent article et du précédent, lesquels sont immédiatement rapprochés l'un de l'autre dans nos trois listes, ait entraîné le compilateur des lisfes népalaise et chinoise à substituer nâsa, «le « nez, » à aayana, « l'œil. » Quant à présent, il ne me paraît pas que l'accord de ces deux dernières, énumérations , dont l'une est très-moderne, doive prévaloir contre l'autorité du Lalita vistara. Nous ne pouvons malheureusement pas invoquer ici le témoignage de la liste singhalaise, où manquent également ces deux énoncés.

54. Vimalanayanah ; V62 viçaddhanâitrah ; V27 çuddhanêtrah ; H26 viçuddhanêtratâ. Ce caractère signifie , « Il a l'œil pur, « ou , comme disent les Tibétains , « l'œil sans tache, » Nos trois listes sont unanimes; mais cet attribut manque encore à la liste singhalaise. Dans le Vocabulaire pentaglotte il paraît dédoublé en deux articles.

55. Prahasilanayanah;'Dàà pantchappasâdavattanéttatâ. Ce caractère signifie ,.« Il a les «yeux souriants, » comme le disent les Tibétaine. Je ne le trouve ni dans le Vocabulaire penta^htle, ni dans la liste népalaise. Chez les Singhalais il paraît sous une forme trèsdifférente de celle du Lolita vistara, et qui serait à peu près inintelligible sans le Dictionnaire singhalais de Clough. Selon cet auteur, on entend par pantchaprasâda, la. joie à ses cinq degrés, depuis le sentiment ordinaire de la satisfaction, jusqu'à la manifestation la plus exaltée du plaisir 2. C'est là certainement le terme sanscrit qui est devenu en pâli pantchappasâda, et qui figure dans l'énoncé de la liste singhalaise, dont le sens doit être, « la « qualité d'avoir des yeux qui expriment les cinq degrés de la joie, » ou encore « de la bien- " veillaoce. »

56. Ayatanayanah; D43 âyatavisâlanéttatà. Ce caractère signifie, •< Il a les yeux allon- ' Mélanges asiau t. I, p. 106. — ^ Clough, Singhal. Diction, t. II, p..348.

« gés, » comme disent les Tibétains; il manque dans le Vocabulaire pentaghtte et dans la liste népalaise, sans doute parce qu'on l'a réuni au caractère que nous allons voir sous le numéro suivant, comme le veut la liste singhalaise, qui ici même ne fait qu'un seul attribut de « la qualité d'avoir des yeux allongés et grands. » Dans l'état où sont actuellement nos listes, il est bien difficile de dire si c'est le Lolita vistara qui a raison de voif ici deux attributs distincts , ou si ce sont les Singbalais qui font bien de réunir ces attributs en un seul article.

57. Viçâlanayanah ; V63 viçalanétrah ; H61 viçâlanêtratd ; D43 âjatavisâlanêttatâ.-Ce caractère signifie, « Il a l'œil grand, » Nous avons ici, en faveur de l'énoncé du Lolita vistara, le témoignage du .Vocabulaire pentaglolte ; je n'en ai pas moins cru nécessaire de répéter ici la définition de la liste singhalaise, qui a été examinée tout à l'heure sur l'article précédent.

58. Nîlakuvalayadalasadrïçanayanah ; V65 qitâqitàkamaladàlabakalonayanah ; H63 sitâsitakamaladalanêtratâ. Ce caractère signifie, «Il a l'œil semblable au pétale d'un nym- « phaea bleu , » ainsi que l'entendent les Tibétains. C'est également à ce sens que reviennent les énoncés de nos deux autres listes ; car cet attribut manque à la liste singhalaise. Il faut cependant noter la variante suivante de la liste de M. Hodgson, Sitâsitakanialadala , « les « pétales d'un nymphaea blanc et d'un nymphasa bleu ; » cela veut dire , ce me semble , que le noir de la prunelle^ opposé au blanc du globe de l'œil , ressemble au pétale d'un lotus bleu rapproché du pétale d'un lotus blanc. Le Vocabulaire penlaglotte est ici encore manifestement fautif surtout pour la fin du mot. Je n'ai pas besoin de faire remarquer conibien les six derniers caractères que nous venons de passer en revue, conviennent au type reconnu de la beauté indienne.

59. Sahitabhrâh ; D52 susanLhânabhotnahatâ. Ce caractère me paraît signifier, « Il a « les sourcils égaux; « Les Tibétains le traduisent ainsi : « Il a le poil des sourcils égal. » L'idée d'égalité ou de ressemblance paraît dans cette version comme dans la mienne; il semblerait toutefois que cette interprétation s'applique mieux à un énoncé comme le n° 68 du Vocabulaire pentaghtte, samarômabhrûh , « 11 a des sourcils dont les poils sont « égaux. » Quoi qu'il en puisse être , sahita doit avoir ici le sens de « qui est en compagnie « de, qui va de pair, qui est appareillé; » or des sourcils appareillés sont des sourcils égaux ou semblables. Je me trouve confirmé dans cette interprétation par la leçon de ia liste singhalaise qui signifie « la qualité d'avoir des sourcils parfaitement semblables ; » car il ne faut pas oublier que l'idée d'association, de concomitance se trouve aussi bien dans santkâna, pour le sanscrit safhsthâna, que dans sahita. Ajoutons que l'énoncé pâli que je traduis ainsi , occupe dans la liste singhalaise exactement la même place que saliitahhiiih dans le Lalita vistara. De part et d'autre ce caractère est le premier de ceux qui se rapportent aux sourcils. Je constate qu'il manque dans le Vocabulaire penlaglotte et dans la liste népalaise de M. Hodgson.

602 APPENDICE. — N" VIÏÏ.

60. Tchitrahhrâh; H66 susnigdhahhnîkatâ. Ce caractère signifie . « Il a les sourcils beaux, .. et suivant la liste népalaise, « La qualité d'avoir les sourcils bien luisants. » Le Vocabulaire peutaçjlotte , pas plus que la liste singhalaise, ne donne cet attribut. Aussi douté-je fort de la parfaite exactitude de la relation que j'établis entre le Lolita vistara et la liste népalaise. Les caractères .tirés des sourcils sont entre les plus variables de ceux dont se composent nos quatre énumérations.

61. Saggatàbhrûh ; D5ô mahantabhâmukatâ. Ce caractère signifie, «Il a les sourcils " reunis, « ou, comme le disent les interprètes tibétains, « les sourcils toujours joints. » Il ne se trouve que dans le Lalita vistara, et c'est par conjecture que j'y joins ce caractère de la liste singhalaise , « La qualité d'avoir les sourcils grands. » On pourrait encore rapprocher de l'attribut des sourcils réunis celui des sourcils allongés , que j'ai placé sous le n° 63. De toute façon il est aisé de voir quelle confusion règne dans cette partie de l'énuniération des signes de la beauté.

62 . Anapârvalhrâh ; V68 samaràmabhrâh ; Dôzi analômabhâmukatâ. Ce caractère signifie , "Il a les sourcils réguliers, «ou, comme disent les Tibétains, « bien dessinés. » L'énoncé de la liste singhalaise donne à croire que la régularité des sourcils consiste en ce que les poils qui les forment se suivent régulièrement sans se hérisser «n désordre. C'est aussi à cela que revient la leçon du Vocabulaire pentaglotte, « Il a des sourcils dont les poils sont " égaux, » leçon que semblent avoir eue sous les yeux les interprètes tibétains , quand ils ont traduit par « Il a le poil de.s sourcils égal, » le premier des caractères relatifs à ce trait du visage.

63. .sitabhrdh. Ce caractère signifie, «Il a les sourcils noirs. » Je ne trouve rien dans nos autres listes qui y réponde. L'isolement de cet attribut pourrait nous engager à le retiancher, et même à croire qu'il n'a jamais fait partie de rénum.ération primitive; mais alors la liste du Lalita vistara deviendrait incomplète d'un attribut. J'aime mieux supposer qu'il se trouve dans nos autres listes, mais sous ulie forme différente. Ainsi on pourrait se fonder sur la ressemblance extérieure des mots asita et âyata, pour ramener ici le caractère suivant dé nos trois autres listes, YQQ âyaiabhrûh,H6li âyatakrïkatâ , D56 âyatabhamukaiâ, ce qui signifie : « Il a les sourcils allongés, et la qualité d'avoir les sourcils " allongés. » Je remarque en passant que, dans l'énoncé de la liste népalaise, krïkatâ est une pure faute typographique pour bkrûkaiâ.

L'analyse que je viens de donner des cinq articles du Lalita vistara qui se rapportent aux sourcils d'un grand homme, ne ferait pas connaître complètement les idées des ^uddhisles à cet égard, si je n'y joignais l'indication des énoncés qu'on trouve dans les autres listes. Ainsi le Vocabulaire pentaglotte, outre les n" 66 et 68 dont j'ai parlé sous les n"' 62 et 63 du Lalita vistara, donne sous le n° 67 çlakchnabhrâh , qui signifie, « Il a les « sourcils minces. » A ce caractère répond le n° .53 de la liste singhalaise, sanhabhamukatâ . « La qualité d'avoir des sourcils minces. » La liste du Népal a de son côté, sous le n° 65 ,

çuklahhrâkalâ, «La qualité d'avoir des sourcils blancs; * mais je crois cet énoncé fautif: çakla, « blanc, » aura été écrit par erreur au lieu de glakchna, « délié, mince; »

Je termine cette analyse en réunissant squs un seul point de vue les quatre listes qui m'ont fourni les remarques précédentes ; je les placerai les unes auprès des autres, d'après le nombre des attributs qu'elles énumèrent.

LALITA VISTAHA. LISTE 5INGHALAISE. VOCABUL. PENTA1ÎL0TTE. LISTE NÉPALAISE.

59. Il a les sourcils égaux. 5?. Sourcils parfaitement 66. Il aies sourcils allon- 64- Sourcils allongés.

60. Il a les sourcils beaux. semblables. gés. 65. Sourcils minces. 6i. Ilalessourciisréuais. 53. Sourcils minces. 67. Ilalessourcilsminces. 66. Sourcils lisses.

62. Il a les sourcil.- régu- 54. Sourcils réguliers. 68. Les poils de ses sour-

liers. 55. Sourcils grands. cils sont égaux.

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