INTRODUCTION
MENTALITE DE M. ZOLA
Le véritable Lourdes est-il le Lourdes de M. Emile Zola?
Question bien capable de passionner Topinion, au moment où le roman publié sur Lourdes par cet écrivain retentissant est lancé dans le public.
C'est à dessein que nous disons : « le ?^oma?i publié sur Lourdes », parce que telle est, dans la banalité même de sa signification usuelle, la formule qui exprime le mieux le caractère de ce livre.
M. Zola se disait animé de l'intention d'écrire une histoire. Mais il n'a fait qu'un roman.
Bien qu'il se présente comme un simple enregistreur d'impressions saisies sur le vif, un photographe des foules, un analyste des sentiments, un narrateur impeccable des faits simples ou extraordinaires, il a versé dans la pure fantaisie. Nonobstant ses dehors de grande impartialité, il paraît, depuis la première syllabe jusqu'à la dernière, sous l'empire d'un préjugé irréductible. Son siège est fait à Tavance, bien qu'il témoigne la préoccupation incessante de paraître à peu près indifférent.
De toute évidence, M. Zola n'est pas allé à Lourdes avec l'intention d'éclairer sa bonne foi, mais avec le désir de prendre sur place des documents vécus pour
agrémenter sa thèse d'une apparence de réalité indiscutable. Et certain public — pas méchant d'ordinaire, même parmi les « intellectuels » — lorgnant ce croquis fouillu et surchargé, plein de mouvement, de lumière et d'ombre, s'exclamera émerveillé : « Comme c'est bien ça! » enchaînant, suivant sa puérile habitude, son adhésion philosophique à son impression d'art.
Est-ce à dire que nous voulions infirmer la bonne foi de M. Zola? Dieu nous en préserve! M. Zola est évidemment l'être le plus sincère de la création ! Nous disons simplement qu'il s'est trompé, si vous le voulez, sans même s'en rendre compte.
Il croyait d'une foi positive à l'impartialité irréprochable et imperturbable de sa vision.
Mais de même que sa vision naturelle ne s'opère qu'à travers les verres de son binocle, sa vision mentale ne s'est faite qu'à travers le cristal de son préjugé, embellissant tout peut-être à son point de vue, dénaturant et amoindrissant tout en réalité. Il s'est donc au moins trompé sur les conditions réelles de sa propre psychologie. Coûte que coûte, les faits, les personnes, les sentiments, les prodiges, devaient tourner, en passant dans le moule de sa hantise, en preuves de sa négation préconçue.
Si donc la bonne foi de M. Zola n'était pas en cause, il se trouvait sous la domination de je ne sais quel démon logé en lui, qui s'est appliqué perpétuellement à fausser sa vision.
La mise en scène du pèlerinage , l'histoire de Lourdes, l'explication scientifique des miracles, tout est dénaturé, présenté sous un faux jour, tout laisse au lecteur une impression radicalement opposée à celle qui résulte des faits.