‹ Le Louvre et son histoireChapitre 12 sur 67 · G LE LOUVRE · texte numérisé non relu

G LE LOUVRE

lorme, à Fontainebleau ; il se révéla d'une manière plus éclatante dans le Louvre de Pierre Lescot.

Non pas que cet artiste illustre se soit astreint à copier servilement les modèles qu'il avait peut-être étudiés au delà des monts ; il sut marquer de l'empreinte de son génie les inspirations de l'architecture classique, par l'heureuse harmonie et la proportion sagement équilibrée des ordres corinthien et composite superposés, par la saillie des avantcorps qui rompent la monotonie des lignes, par la création au-dessus de l'attique d'une crête ornée de festons du milieu desquels s'élancent des pots à feu. 11 se garda bien de dissimuler la toiture, bien qu'il la reléguât sur un plan secondaire, en ne la décorant pas de lucarnes ornementées. L'attique, avec ses frontons semi-circulaires et ses fenêtres accompagnées de trophées superbes, était peut-être trop riche et décoré de figures trop grandes; mais telle qu'elle existe encore, entre le pavillon de l'Horloge et le corps de logis méridional, la façade de Pierre Lescot, après avoir perdu quelques-uns des ornements superflus de son couronnement, est à coup sûr un des chefsd'œuvre de l'art français.

Elle fut terminée en moins de deux ans, comme l'atteste une inscription qu'on peut lire encore aujourd'hui; près de six mois après avoir ordonné le commencement des travaux, François I'"' mourait ; son fils, Henri II, quoiqu'il ait donné son nom au style le plus pur de la renaissance, ne passait pas pour avoir le goût des constructions, moins encore celui des « grandes œuvres de tapisseries »,■ mais il ne résistait pas à l'influence d'une époque, où l'art, ne se confinant pas dans les musées, était pour ainsi dire dans l'air, et vivifiait de son souffle fécond les églises, les palais, les maisons et les places publiques. Henri H s'empressa de confirmer Lescot dans sa mission ; grâce aux trois ou quatre millions que François l"'^ avait laissés dans son trésor du Louvre, il lui fournit l'argent nécessaire pour mener les travaux à bonne fin, et dès 1548, on pouvait dire que la façade était terminée, avec un tel soin que près de deux siècles plus tard on admirait encore la solidité et le fini de la construction, dont les joints étaient imperceptibles aux regards.

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HENRI II ET PiERHIi LESCOT.

Pierre Lescot avait trouvé pour l'exécution des bas-reliefs dont il décora sa façade un artiste de grand renom, Jean Goujon, dont l'origine est aussi mystérieuse que la mort. Ce « sculpteur en pierre pour Je roi 1-, comme il est qualifié dans les comptes, eut une place hors ligne dans la renaissance française; sa Diane assise, ses femmes de la Fontaine des Innocents, si sveltes, si élégantes dans leur pose délicieusement maniérée, peuvent être regardées comme des chefs-d'œuvre, supérieurs aux figures allégoriques un peu lourdes et compassées dont sont garnis les attiques et que l'on a cru devoir attribuer à Paul Ponce; mais elles présentent une analogie remarquable avec les charmantes figures de femmes, d'une distinction rare et d'un contour exquis, qui accompagnent les œils de bœuf placés au-dessus des portes du rez-de-chaussée. Ces figures s'harmonisent d'autant mieux avec l'ensemble que Lescot en avait donné le motif. Ronsard ne lui avait-il pas dit, en parlant de la Renommée sculptée au-dessus de la porte de gauche :

Tu fis engraver sur le haut

Du Louvre une déesse, à qui jamais ne faut

Le vent, la joue enflée, au creus d'une trompette,

Et la montras au roi, disant qu'elle était faite

Exprès pour figurer la force de mes vers

Qui, comme vent, portaient son nom vers l'uuivers.

Jean Goujon concourut aussi à l'ornementation intérieure, en sculp-

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tant pendant l'année 1550, moyennant le prix convenu de 737 livres tournois, les quatre grandes cariatides destinées à supporter la tribune de la grande salle, qui est désignée de nos jours sous le nom de salle des Cariatides. Ces quatre figures au visage calme, aux bras coupés, d'un aspect uniforme, mais plein d'aisance et de solidité, ont été généralement admirées. On attribue aussi à Jean Goujon la riche décoration et les médaillons du grand escalier voisin, dont les parois de pierre devaient être revêtues de tentures et n'étaient certes pas destinées à rester nues comme elles le sont aujourd'hui.

En face de la tribune supportée par les cariatides s'élevait, à l'autre extrémité de la salle, sur un sol exhaussé de quatre marches, une sorte de portique, en forme d'arc de triomphe à triple baie, supporté par des colonnes, au milieu desquelles on apercevait une large cheminée surmontée de l'écusson royal. Cette partie de la pièce, qu'on désignait sous le nom de tribunal, donnait un caractère 'particulier à la grande salle, dont la décoration n'a été achevée qu'au commencement de notre siècle.

Le succès obtenu par la construction de Lescot détermina Henri lia la continuer par l'addition d'un grand pavillon carré élevé à l'angle sud-ouest du quadrilatère du château. Pour les vieux édifices comme pour les lois, les rois préféraient souvent les améliorations partielles et successives aux créations nouvelles. Pierre Lescot avait conservé les fondations du Louvre de Philippe-Auguste, et même le mur de l'ouest, dans l'épaisseur duquel les fenêtres de la salle des Cariatides sont ménagées. Cette salle, comme celle qui se trouvait au premier étage, ne pouvait servir que pour les cérémonies, les fêtes, le stationnement des gardes et l'attente des courtisans. Le pavillon qu'Henri II fit élever en 1549 devait renfermer sa chambre de parade et sa chambre à coucher. On y accédait par le grand escalier et par un petit escalier à vis dissimulé dans un angle du tribunal, seul reste du château de Philippe-Auguste qui subsiste encore aujourd'hui. Le pavillon, qui fut désigné sous le nom de Pavillon du roi, avait un tout autre aspect que la façade de la cour. 11 se reliait à l'ordonnance architecturale beaucoup plus mâle et plus simple de l'extérieur, mais

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FRANÇOIS I", HENIil II ET PIEBflE LESCOT. 59

présentait un aspect d'imposante grandeur, avec son étage supérieur dominant les altiques et décoré de frontons , au-dessus desquels se dressait une toiture élevée, flanquée de hautes cheminées sculptées, dont le nombre a peut-être donné à la salle des sept cheminées, située dans l'enceinte de ce pavillon, le nom qu'elle porte de notre temps.

L'impulsion était donnée; elle se poursuivit vers le midi parla construction d'un corps de logis à angle droit de celui qui avait été achevé en 1549. Ce corps de logis était érigé du côté de la cour sur le même modèle, tandis qu'il se raccordait du côté do la heme au pavillon du roi Ilelait destim au\ appartements de la leine Tallie

et la (Icnominùe, bas-reiief de Jean Gonjon ; l

rine de Médicis; mais sauf la première travée qui porte l'initiale du nom de Henri entrelacée à celle de Catiierine, ou peut-être de Diane de Poitiers, dont l'influence sur le roi fut si grande, le reste de cette

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