LE I.OL'VRE
façade ne fut terminé que postérieurement, et il est probable que les appartements qu'elle masque n'étaient pas en état d'être liabités en
Il n'en était pas de même de ceux du pavillon du roi et dos salles qui lui donnaient accès. On peut admirer encore le superbe plafond à compartiments sculptés de la salle située au-dessus du tribunal et qui servait d'intichambre aux app^rtements du roi Ptul Ponce,
Li Cerceau {Vilo).
Roland Maillard et sa femme, les Hardouin et d'autres en ciselèrent les compartiments ornés d'attributs, de chiffres et de devises à la gloire de Henri il. Au milieu des cadres merveilleux qu'ils forment auraient été peintes des fresques de Primatice. La chambre du roi, qui venait ensuite, était garnie de l'incomparable boiserie sculptée qui faisait, au dix-huitième siècle, l'admiration des connaisseurs, et dont on peutvoirencore de superbes spécimens au Louvre dans la salle du corps de logis de la colonnade où ils ont été transportées. Le plafond surtout était une merveille, avec ses grands caissons de tilleul et de noyer, oii les armes de France étaient entourées de trophées d'armes de tout genre; les ciselures étaient dorées avec tant de richesse
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FRANÇOIS !'•■, HENRI H ET PIERRE LESCOT. lU
et d'art qu'elles apparaissent aux yeux d'un voyageur anglais comme étant de laiton ou d'or battu; les portes étaient ornées de centaures, de Neptunes domptant des chevaux marins, de vipères en demi-relief. Rien de plus beau n'existait en Italie, selon Sauvai, qui vante en outre les qualités acoustiques de cette pièce, « la plus propre en tout Paris à la musique douce. »
C'est sans doute dans cette salle ou dans celle du rez-de-chaussée, située au-dessous, que le roi prenait ses repas. Il y reçut en lôôl, l'ambassadeur vénitien Giovanni Capello. Henri II était près de la fenêtre donnant sur la rivière, vêtu de damas noir brodé de velours, doublé des plus-beaux agréments, avecjustaucorps de cuir blanc, brodé de deux croissants d'or. Une chaîne d'or travaillée avec art était passée autour de son cou; une toque de velours noir recouvrait sa tête. Dans les antichambres, les Suisses et les soldais portaient la même livrée, avec des croissants d'argent en avant et en arrière, et cette
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e2 LE LOUVHE.
fière devise qu'on retrouvait gravée au milieu de la façade de Lescot ; Donec loium impleat orbem; devise qu'on peut lire encore sur une plaque de marbre noir placée au-dessus de la dernière fenôtre du premier étag^e de celte façade, du côté du midi.
Une autre fois, en 1558, le roi conférait au Louvre avec le cardinal de Chatillon, lorsqu'on vint prévenir celui-ci qu'un gentilhomme attaché à la personne du comte de La Rochefoucauld, alors prisonnier de guerre, désirait lui parler. Le cardinal sort, et donne audience dans une embrasure de fenêtre, près de la porte, au gentilhomme Jean de Mergey. Celui-ci était botté et crotté comme un courrier. Le roi l'aperçoit, survient et dit : « Quelles nouvelles avezvous làî — Sire, dit le cardinal, qui tenait des lettres en main, c'est de mon neveu La Rochefoucauld. — En venez-vous, mon gentilhomme? dit Henri àMergey. — Oui, sire. —Comment se porte-t-il? Est-il àrançon? — Oui, sire. — A combien? — A trente mille écus, sire. — Foi de gentilhomme, il n'y demeurera pas pour cela. Yretournez-vous? — Oui, sire. — Faites-lui bien mes recommandations, et qu'il prenne courage et que je lui garde un bon courtaud pour courir le cerf! » Ce dialogue resta gravé dans l'esprit de Mergey, qui le reproduisit dans ses mémoires. Il donne idée du ton sur lequel le roi conversait avec les gentilshommes.
Pas plus que ses précédesseurs, Henri II ne paraît avoir résidé d'une manière permanente au Louvre. Le Palais sert toujours aux princes pour les grandes cérémonies officielles; l'hôtel des Tournelles avec ses vastes dépendances est le séjour coutumier du roi et de la reine. Cependant Henri II vient de temps en temps au château. II y mène sa vie ordinaire, se levant avec le jour, et après avoir tenu son conseil secret, appelé « l'estroit », se rendant, comme Charles V à la messe, avant de prendre son dîner. Ensuite, il va deviser dans la chambre de la reine avec ses filles d'honneur, « les unes plus belles que les autres », dit Brantôme, qui vante leur conversation sage et modeste. Comme Charles V, il a le goût des lettres et se livre à l'étude: mais il a de plus la passion des exercices du corps où. il excelle. Au grand jeu de paume du Louvre, tout vêtu de blanc, en pour-
FRANÇOIS I", HENRI II ET PIERliE I.ESCOT. C3
point, avec un chapeau de paille, il lance la balle avec ardeur, mais sans étiquette, « si ce n'est qu'on lui lève la corde quand
Escalier de Henri II, avec les sculptures de Jean Goujon, d'après le Musée de stulpbtre, du comlc ilc Clarai;.
il veut passer par-dessous. » Le vieux château est toujours disposé pour l'habitation. Malgré le voisinage des maçons, le trésor de l'épargne était encore au Louvre. Des appartements y étaient offerts aux princes étrangers. Le cardinal de Lorraine y logea en 1558;
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le duc d'Albe, l'année suivante, lorsqu'il vint, à la tête de cinq cents cavaliers, qui eurent leur logement dans la rue Saint-Honoré, représenter le roi d'Espagne au mariage d'Elisabeth de France.
La nouvelle grande salle du Louvre, comme l'ancienne dont elle occupait l'emplacement, est le théâtre des fêtes données à l'occasion des mariages royaux. On peut dire qu'elle fut inaugurée par des noces qui eurent lieu à deux mois de distance, en 1558 : celles de Claude, fille du roi avec le duc de Lorraine, et du Dauphin François avec la charmante et plus tard infortunée reine d'Ecosse, Marie Stuart, dont le manteau royal avait, le jour de son mariage, une queue de six toises (douze mètres) de long. Afin de disposer cette salle pour le bal, on peignit en blanc et de couleur bois les murs et les poutres très apparentes, qui en supportaient le plafond. Sur les corbeaux qui soutenaient ces poutres, étaient placées, sur un fond doré, des tôtes de faunes en carton pâte, peut-être analogues aux mascarons cornus des fenêtres du pavillon, qui regardait le midi. Partout, sur les fonds blancs de la grande salle, du pourtour du tribunal, de la salle du conseil, qui était adjacente à la grande salle, des festons de lierre, liés d'or clinquant, enguirlandaient les initiales du roi, entrelacées de croissants, et sa devise ambitieuse. Les grands fauteuils à dais du roi et de la reine devaient être posés au centre du tribunal, tandis que l'on dansait, au son des instruments placés sur la tribune, également décorée de festons de lierre et de masques dorés.
Parmi les nombreux assistants, qui se pressaient à ces fêtes, se trouvait un jeune magistrat de province, sur le pied duquel un garde, par malice ou par inadvertance, posa lourdement sa hallebarde. Le magistrat cria, se plaignit vivement, et ne recueillit que des risées. 11 s'appelait La Boëtie, et peut-être se souvint-il de cet incident lorsqu'il s'éleva dans ses écrits contre la servitude volontaire et le gouvernement d'un seul.
Des fêtes plus splendides encore furent données, en 1559, au mariage de la lîlle du roi, Elisabeth de France, avec le roi d'Espagne Philippe II, veuf de la reine d'Angleterre Marie Tudor. Si les premières réceptions eurent lieu au Palais, les fiançailles furent célébrées au Louvre. Après
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