LA ROYAUTE PARLEMENTAIRE
Le gouvernement de la Restauration , plus sage que hardi dans ses desseins, n'avait ni le goût ni le génie des grandes constructions. S'il continua de quelques travées la galerie que Napoléon avait commencée à la suite du pavillon do Marsan, s'il fit même travailler quelque peu à la chapelle, il ajourna, sans les faire étudier de nouveau, les grands projets de réunion du Louvre aux Tuileries. 11 se contenta de mettre la dernière main h l'ornementation extérieure du quadrilatère du palais. Sous la direction de Fontaine et de Percier, qui conservèrent leurs fonctions, des sculpteurs de talent, tels que Romagnesi, Bra, Dumont, Cortot et David, modelèrent les figures allégoriques qui complétaient les décorations des façades. Les initiales de Napoléon furent partout effacées; celles de Louis XVIIl se projetèrent en saillies ou se gravèrent à côté des chiffres de Henri II, de Louis XIII et de Louis XIV. A l'intérieur, les grands escaliers, exécutés sous l'Empire, se décoraient de bas-reliefs, notamment celui du musée de peinture, qui, complètement terminé, méritait l'admiration des connaisseurs.
L'intérieur du palais ne fut plus destiné exclusivement aux arts, comme il l'avait été au début du règne de Napoléon. Il fallait une vaste enceinte pour la réunion des deux chambres, lorsque le roi en faisait l'ouverture en personne. On la trouva dans l'ancienne salle
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des gardesdu premier élage, au-dessus delà grande salle où s'étaient tenus les états-généraux de 1304. Elle avait été disposée en 1820, « avec un goût et une magnificence dignes de l'auguste séance », dit avec quelque exagération \e Moniteur. Le 19 décembre, Louis XVIII, quittant les Tuileries au bruit de vingt et un coups de canon, fut reçu par une députation de douze pairs de France dans la salle attenante à la galerie d'Apollon. 11 vint prendre place sur le trône qui lui avait été préparé, ayant à ses côtés, comme on peut le voir sur un tableau de Renoux au musée de Versailles, son frère, le comte d'Artois, son neveu le duc d'Angoulême et son cousin, le duc d'Orléans. Une tribune avait été disposée pour les princesses. Les ministres et les grands officiers de la couronne, entouraient le trône, tandis que les pairs et les députés, assis sur des banquettes, remplissaient la vaste salle où se trouve aujourd'hui la collection Lacaze.
Non loin de là, de l'autre côté du pavillon de l'Horloge et de l'ancienne chapelle, une série de salles fut aménagée en 1825 pour les réunions et les dépendances du Conseil d'État. Blondel, Drolling et Mauzaisse furent appelés à en décorer les plafonds de grands sujets allégoriques et historiques. Dans la pièce où délibérait le conseil, des peintres de talent et de renom, tels que Schnetz, Delaroche, Horace Vernet, évoquèrent les grands souvenirs de l'histoire de France : Philippe-Auguste au moment de donner la bataille de Bouvines, saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, l'héroïsme des grands magistrats, Duranti, Brisson, Mathieu Mole, la mort de Mazarin, étaient retracés sur des tableaux suspendus aux murs, tandis qu'au centre du plafond, le génie de la France recevait la charte des mains de Louis XVIII assis sur le trône de saint Louis,
A la bibliothèque du Conseil d'État que Napoléon avait installée dans les entresols de la grande galerie, Louis XVIÏI vint ajouter la bibliothèque particulière du souverain. Elle occupait, en 1823, treize salles, réunies par de petites portes cintrées, dont la perspective en enfilade était, selon le bibliophile anglais Dibdin, « parfaitement magique B. Barbier, qui en fut le premier conservateur, en rédigea le catalogue. Non loin de là, étaient conservés les papiers des comités
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de la Convenlioli, du Directoire et du Cabinet de Napoléon, que i'ou transféra en 1848 aux Archives nationales.
Un grand nombre de salles du premier étage du vieux Louvre, surtout dans les corps de logis de l'est et du sud, furent aussi consacrées sous la Restauration aux expositions générales des produits de
1 indu^îtrie, qui, en vertu d'une ordonnance de janviei ISIJ duient se tenir tous les quatre ans. Bien plus considérables que celles du Consulat et de l'Empire, dont la dernière avait ou lieu en 1800, elles réunirent en 1819, en 1823 et en 1827, de seize cent cinquante à dixsept cents exposants. Les 0,000 objets qu'ils y apportèrent garnirent, en 1819, trente et une salles du premier étage, sans compter la vaste et longue pièce voûtée du rez-de-chaussée, située dans la partie sud delà colonnade, et par laquelle on entrait. Le modèle de la statue de
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Henri IV sur le Pont-Neul' y était exposé, au milieu d'instruments aratoires et d'appareils de chauffage. Les produits de l'industrie étaient classés, selon leur nature, dans les différentes pièces dont l'aspect nous a été conservé par des lithographies contemporaines. Dans
l'ancienne salle de l'Académie des sciences on admirait un berceau exécuté pour la duchesse de Berry. La grande salle, qui allait devenir la salle du Trône, était consacrée à l'exposition des manufactures royales de Sèvres et des Gobelins. En 1827, comme une partie des salles du premier étage avait reçu une autre destination, il fallut construire quatre galeries dans la cour. Cette année, l'exposition, qui avait duré en 1819 et on 1823 du 25 août aux premiers jours d'octobre, se prolongea pendant deux mois. Le roi et les princesses ne manquèrent pas d'en visiter les salles. En 1827, la duchesse de licrry y passa de longues heures, s'entretenant avec les exposants,
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notamment avec le colonel Amauros, qui lui expliqua sa méthode, basée en partie sur des prix de vertu décernés à ceux qui auraient fait l'action la plus utile à leurs semblables par des moyens gymnastiques. A la fin de l'exposition, des médailles, des décorations et des titres étaient distribués par le roi. En 1819, Bréguet, Firmin-
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Didot , Kœchlin , Jacquard, Chaptal, furent décorés de l'ordre de la. Légion d'honneur, tandis qu'Oberkampf et Ternaux, qui l'étaient déjà, étaient nommés barons.
Des récompenses étaient aussi distribuées par le roi aux artistes qui s'étaient le plus distingués dans les expositions des Beaux-Arts, organisées à six reprises différentes, de 1814 à 1827. Heim nous a montré, dans un tableau plein de mouvement et d'intérêt, Cliarles X remettant dans le grand salon carré, où avait eu lieu l'exposition, des décorations au sculpteur Cai-tellier et à Carie Vernet, près des-
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quels sont groupés les peintres les plus en vue de l'époque, le baron Gros, le baron Gérard, Ingres, Guérin, les deux Isabey, Blondel, Abel de Pujol, Picot, Sclmetz, Drolling, Horace Vernet, Paul Delaroche, M""^= de Mirbel et Hersent, les artistes en possession de la notoriété et ceux dont les débuts avaient, donné les plus brillantes espérances. Ces expositions s'ouvraient tantôt le 25 avril, tantôt le 25 août, lors de la fête du roi, comme par le passé. Môme pendant la saison des vacances, elles attiraient de nombreux visiteurs, surtout les dimanches; un public choisi s'y pressait les jours qui précédaient l'ouverture et les vendredis, où l'on n'entrait qu'avec des cartes. Dans ces circonstances, les calèches découvertes, à rechampis clairs et à sièges garnis de housses, s'alignaient sur la place du Louvre, et le salon se remplissait d'une foule élégante, venue pour regarder .« les parures nouvelles et les jolies femmes b, plutôt encore que les tableaux.
Pendant la durée des expositions, les chefs-d'œuvre d'une partie du musée royal étaient dérobés aux regards par les tableaux des artistes modernes. Sous la direction du comte de Forbin, peintre estimable, qui avait succédé àDenon en 1816, le musée avait comblé ses vides. 11 avait même fallu, pour faire place aux belles toiles de Rubens et à d'autres œuvres rapportées du Luxembourg, qui allait être consacré aux productions des peintres vivants, distribuer un assez grand nombre de tableaux aux églises de Paris et aux musées des départements. Des acquisitions furent faites en outre, sous Louis XVIII, pour une somme de 668,200 francs. Des dons précieux, parmi lesquels il faut citer en première ligne celui de la Vénus de Milo, en 1821, vinrent s'y ajouter. La salle dite des Sept-Cheminées fut éclairée par le haut; Blondel peignit le plafond de la rotonde d'Apollon; une belle porte en fer, provenant du château de Maisons, fut placée à l'entrée de la galerie d'Apollon ; mais cette galerie, menaçant ruine, fut étayée et resta fermée, en attendant les réparations nécessaires, pendant plus de vingt ans. La suppression du musée des Petits-Augustins, où Lenoir avait rendu tant de services à l'art national, amena au Louvre quelques-unes des œuvres de sculpture les plus estimées du sei-
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