I,E LOUVRE
voie directe le pavillon de Le Mercier à la place du Carrousel. Malgré l'urgence de son ouverture, celle-ci ne fut percée qu'en 1808, par la démolition de l'hôtel de Brionne. D'autres maisons avaient été expropriées, et des plans de réunion des deux palais, demandés aux arcliitectes, furent exposés et examinés dans une des salles du Louvre en 1808. Plus de quarante concurrents apportèrent leurs projets; si les uns, comme Laïcs , se contentaient de supprimer le pavillon de Le I\Iercier, pour que le défaut de parallélisme entre le Louvre et les Tuileries fût moins visible à l'œil, la plupart atténuaient ce défaut par la construction de corps de logis et de cours, de forme carrée ou circulaire, placées au-devant du Louvre. Dans l'intervalle laissé libre, plusieurs érigeaient un temple de la gloire, tantôt analogue au Panthéon de Rome, tantôt surmonté d'un dôme aussi élevé que celui des invalides. L'un d'eux créait une place des revues, entourée d'immenses gradins ; un autre un cirque gigantesque, ombragé dans sa partie supérieure d'une couronne de pins parasols. Fontaine et Percier dressèrent de leur côté onze plans, dont ils discutèrent les avantages et les inconvénients dans un long rapport conservé au Cabinet des estampes; ils étudièrent successivement la création d'un opéra, d*un théâtre, d'un colisée, entre les deux édifices; ils examinèrent si pour diminuer la dépense, on ne pouvait éviter de prolonger la galerie du nord, qu'ils avaient commencée déjà sur la place du Carrousel, du côté des Tuileries, et finirent par proposer, de diviser l'espace compris entre les deux palais par une galerie transversale d'un seul étage, élevé sur des portiques qui auraient établi une communication facile entre la place du Carrousel et les cours. Les dessins de ces architectes furent examinés en février 1810 aux Tuileries; le roi de Naples et le cardinal Fesch se prononcèrent contre eux. Napoléon fut de leur avis. « Ce qui est grand est beau, disait-il, et je ne puis me décider à partager en deux un espace dont le principal avantage est la grandeur. * Il revint pourtant sur cette opinion, et donna l'ordre en 181'^ de commencer la galerie transversale. En 1813, il voulait faire faire des distributions dans l'intérieur du palais pour y loger un souverain; mais les événements se précipitaient, les revers s'accumu-
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laient, et malgré sa toute puissance, il ne fut pas donné à Napoléon, pas plus qu'à Henri iV et à Louis XIV, d'achever le Louvre.
"Il en avait fait cependant le musée le plus rare et le plus merveilleux qu'on vit jamais. Cueillant dans toutes ses campagnes à travers l'Europe les plus belles productions de l'art, il en avait composé une
collection que, sous le Consulat, on appelait le Bouquet de Bonaparte. Les chefs-d'œuvre que les voyageurs et les artistes devaient aller chercher dans les principales villes d'Italie et des Pays-Bas étaient tous à Paris. Quelle fête pour les artistes que de pouvoir contempler, à côté des plus belles toiles de l'ancien cabinet du roi, des tableaux, comme le portrait de Léon X et la Transfiguration de Raphaël, le Martyre de saint Pierre et V Assomption du Titien, les iSoces de Cana de Véronèse, le Saint Marc du Tintoret, les Pérugin et les Corrège de Pérouse et de Parme, la Descente de Croix de Rubens, venant d'An-
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vers, les Rembrandt et les Ruysdael tirés de la galerie de Cassel. Et cette collection, déjà si riche, à coup sûr incomparable, s'était accrue en outre par des achats et des échanges, sous l'intelligente administration du baron Denon, directeur générai des musées, ancien gentilhomme ordinaire de Louis XV, diplomate, artiste et voyageur, tandis que le trop plein de ses richesses se déversait, en 1803, sur le palais du Luxembourg, où des tableaux de Rubens et de l'école française étaient transportés, en 1805 et en 1811, sur certains musées des départements. Quant aux salles consacrées aux antiques et placées sous la haute main de l'archéologue romain Ennius Quirinus Visconti, est-il besoin de rappeler qu'elles contenaient le Laocoon, le Gladiateur mourant, la Vénus de Médicis et l'Apollon du Belvédère, les productions les plus célèbres de cet art grec qui n'a jamais été surpassé? Les statues achetées au prince Borghèse étaient venues s'y adjoindre, et parmi elles on comptait des chefs-d'œuvre comme le Faune à l'enfant et la Diane de Gables.
Lorsque la France eut été envahie en 18M, les étrangers se précipitèrent dans les salles du Louvre, en visiteurs et en admirateurs plutôt qu'en vainqueurs, lis ne revendiquèrent point les tableaux qui leur avaient été enlevés et dont la cession avait été consacrée par les traités. Mais quand le retour de l'île d'Elbe eut déchaîné sur la France les conséquences de la défaite de Waterloo, les alliés réclamèrent les trophées que le flux de la victoire avait apportés à Paris, et que le reflux de la défaite devait remporter. Blucher le premier mit la main sur les quelques tableaux qui avaient été pris à la Prusse. L'Empereur de Russie et les Anglais , désintéressés dans la question , hésitaient; le roi Louis XVIII, le duc de Richelieu et Talleyrand résistaient; le baron Denon protestait au nom de l'art; mais les représentants des puissances dépouillées eurent gain de cause. Le 23 septembre 1815, spectacle cruel pour le patriotisme, des soldats anglais investirent le Louvre , et se rangèrent en files dans la grande galerie, tandis qu'on procédait à la descente des tableaux. Au milieu de ces étrangers en armes, anglais ou autrichiens, circulaient quelques visiteurs privilégiés et travaillaient encore des copistes désireux de ter-
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NAPOLÉON
miner leur tâche. Des jeunes filles, perchées sur de petits échafauds, continuaient à peindre, flirtant parfois, disait Scott, avec des officiers anglais. Au dehors, des groupes de Parisiens, irrités et dépités, s'exclamaient bruyamment sur l'enlèvement de tant de chefs-d'œuvre,
du tciiv])s consurvée
qui les affectait plus vivement que la perte de bien des territoires conquis. De quinze cents tableaux exposés dans le musée, il n'en serait resté, suivant Scott, que deux cent soixante-dix.
Il demeura pourtant quelques épaves de ce désastre, qui pour tout autre musée que celui du Louvre eut été irréparable. I^es Noces de
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Cana, de Paul Véronèse, furent protégées par la grandeur de leurs dimensions contre les risques d'un nouveau transport; quelques autres toiles furent conservées, à la suite de négociations et d'échanges; on garda également quatre colonnes de granit rose, qui provenaient du tombeau de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle; mais les vides furent bientôt comblés et sans trop de désavantage par les tableaux qu'on avait en réserve et par ceux de l'école française et flamande qu'on fit revenir du Luxembourg, de telle sorte qu'en peu de temps le musée du Louvre brilla d'un éclat nouveau et qui ne devait rien à la contrainte.
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