‹ Le Louvre et son histoireChapitre 45 sur 67 · LK LOUVRE · texte numérisé non relu

LK LOUVRE

inauguré en 1827 sous le nom de Charles X, furent revêtus de peintures par des artistes de renom, Gros, Heim, Fragonard, Horace Vernet, et par Ingres, qui exécuta sur l'un d'eux son chef-d'œuvre, VApoihéose d'Hoinère. Le nombre des salles ouvertes au public, qui sous l'Empire était de dix-neuf, s'élevait à quarante- quatre, à la fin du règne de Charles X. Enfin, l'on préparait, depuis 1828, le musée naval, qui devait s'appeler musée Dauphin, lorsque la révolution de 1830 vint à éclater, comme un orage dans un ciel rasséréné.

Le Louvre subit d'une manière violente, bien que passagère, le contre-coup de cet orage. Jamais, aux temps du moyen âge et des guerres de religion, à l'époque où des remparts élevés et des fossés profonds le protégeaient, le château n'avait essayé de repousser la force par la force, de résister ouvertement aux assaillants du dehors; pour ta première fois en 1830, alors qu'aucun travail de défense ne l'abritait, des coups de feu allaient s'échanger entre ses défenseurs et ceux qui voulaient s'en rendre maîtres. Le 29 juillet, les insurgés armés se présentèrent aux abords du palais, du côté de la rue du Coq, du pont des Arts et surtout de Saint-Germain l'Auxerrois. Des coups de feu furent échangés entre eux et les Suisses, qui occupaient les salles du premier étage ; ceux-ci tiraient de la galerie de la colonnade, s'abritant derrière les colonnes; ils tiraient des fenêtres qui donnaient sur le quai; deux coups de canon chargé à mitraille déblayèrent le pont des Arts, et lorsque le troisième fut tiré, seul Alexandre Dumas, d'après ses mémoires, était resté sur le quai de l'Institut exposé à sa mitraille. La fusillade durait depuis quelque temps du côté de Saint- Germain l'Auxerrois, lorsqu'on vit soudain la galerie de la colonnade évacuée. Le duc de Kaguse, ayant appris la défection de deux régiments de ligne cantonnés sur la place Vendôme, avait demandé pour défendre les Tuileries un des bataillons de Suisses qui se trouvait au Louvre. Le colonel de Salis lui envoya celui qui soutenait le feu depuis quelque temps, sans songer à le remplacer immédiatement. Des légendes inscrites au bas de gravures populaires disent que les assaillants brisèrent les « deux portes d'airain » du palais, et que l'un d'eux ébranla la fermeté des Suisses, en s'écriant : s Braves en-

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LA ROYAliïi; PAHLEMKNTAIRr;,

t'ants de l'Helvétie, c'est pour la patrie, c'est pour la liberté que nous combattons! » D'après le récit de Louis Blanc, un enfant, voyant la

colonnade déserte, grimpa par un tuyau de décharge jusqu'à la galerie et vînt y planter un drapeau tricolore. D'autres assaillants,

passant « par une grille restée ouverte », montèrent sans résistance au premier étage et tirèrent sur les Suisses qui remplissaient la cour. Ceux-ci ripostèrent; ils tuèrent le jeune Farcy, élève de l'École polytechnique et rédacteur du Globe,- ils tentèrent une sortie sur le pont des Arts; mais bientôt assaillis de toutes parts, ils se réplièrent sur les Tuileries. Dans le palais, à ses abords, on crie avec transport ; — Le Louvre est pris ! — « Le peuple, dit Louis Blanc, tire des coups de pistolets dans les serrures, ébranle les portes à coups de liaclio et inonde

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le Louvre de tous. les côtés. 11 se précipite par la longue galerie vers les Tuileries, tandis que d'autres y entrent par le guichet du Pont- Royal. » Jamais le musée n'avait couru pareils risques. Grâce au dévouement et à l'énergie de M. de Cailleux, secrétaire général du musée, qui fut secondé par quelques artistes, les collections furent à peine atteintes; mais ils n'en fut pas de même de quelques statues et de plusieurs tableaux du palais des Tuileries, que la prise du Louvre avait livré sans coup férir à l'insurrection triomphante.

Le combat avait été vif; les victimes furent nombreuses. On enterra quatre-vingt-cinq d'entre elles sur la place qui s'étendait entre le milieu de la colonnade et le quai. Un prêtre de Saint-Germain l'Auxerrois vint bénir leur fosse, sur laquelle on érigea une croix, avec cette inscription : « Aux citoyens morts pour la patrie, b Plusieurs gravures popularisèrent l'attaque du Louvre, et s'efforcèrent d'apitoyer les âmes sur le sort des victimes. Une de ces estampes présentait aux regards une cérémonie funèbre, d'un aspect sombre et mélodramatique; d'autres montraient un chien fidèle, Médor, le chien du Louvre, que chanta Casimir Delavigne, et que l'on voit geignant, tantôt au pied d'une croix, tantôt au pied d'une colonne funéraire surmontée d'un coq gaulois doré.

Quelques mois après, le procès des ministres de Charles X mettait Paris en ébuIHtion. Le Louvre était occupé par l'artillerie de la garde nationale, avec vingt-quatre pièces de canon et des munitions placées dans les caves du palais; de nombreux républicains, tels que Godefroi Cavaignac, Guinard, Bastide et Alexandre Dumas, en faisaient partie; ils menaçaient de faire cause commune avec le peuple, s'il marchait contre la chambre des pairs. La nuit du 21 décembre 1830 fut menaçante; des groupes animés discutaient dans la cour du Louvre, sur la neige, à la lueur des feux de bivouac; mais le gouvernement y fit entrer des troupes et des gardes nationaux dévoués; il s'assura des munitions, et quand le peuple, irrité de la condamnation à l'emprisonnement des ministres dont il voulait la mort, vint solliciter le concours des artilleurs au Louvre, il trouva les grilles fermées. Le lendemain, les grenadiers de la garde nationale, avec

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LA ROYAUTli PARI.lîMEMAIIiJÎ. 201

leurs grands bonnets à poil, occupaient la cour du Louvre, comme on peut le voir dans un intéressant tableau de Gassier, conservé dans les galeries de Versailles.

Rien du reste ne fut changé dans l'administration du musée. Elle resta confiée au comte de Forbin, qui l'exerça jusqu'à sa mort en 1841, époque à laquelle il eut pour successeur de Cailleux; les antiques étaient depuis 1817 sous la direction du comte de Clarac, qui en dressa le catalogue le plus détaillé, précédé de considérations historiques consciencieuses et suivi de planches gravées au trait avec soin. Malheureusement pour le Louvre, le roi Louis-Philippe consacra toutes les ressources de sa liste civile à sauver le palais de Versailles de la ruine et à le transformer en un musée consacré « k toutes les gloires de la France .. En 1841, le gouvernement fit

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voter par les chambres l'acquisition de l'hôtel de Cluny et des collections qui y furent installées. Le musée du Louvre s'accrut cependant par la force des choses. Le musée de marine, préparé sous la Restauration, fut inauguré par le régime nouveau et transféré en 1838 au second étage. En 1837, les collections de dessins furent placées dans les salles du Conseil d'état. Comme désormais le roi se rendait au Palais Bourbon pour faire l'ouverture des chambres, la grande salle affectée à cette destination fut garnie de tableaux religieux. Les salles de la colonnade reçurent une collection de tableaux espagnols, que Louis-Philippe avait achetés sur sa cassette particulière et qui furent restitués à sa famille après son exil. Plus durables furent les accroissements que les progrès de l'archéologie et les missions scientifiques en Grèce, en Assyrie, en Algérie apportèrent au musée des Antiques. Les fouilles de Botta à Khorsabad remplirent en 1847 deux salles du rez-de-chaussée des spécimens les plus remarquables de l'art Assyrien. Mais pendant les dix-huit années du règne, on acheta seulement trente-trois tableaux, pour la somme relativement modique de 74,13a fr.

Il est vrai qu'on ne pouvait exposer tous ceux qu'on possédait. D'après Bayle Saint-John, il y aurait eu plus de trente magasins obscurs remplis de tableaux et de statues, qui n'étaient même pas inventoriés. Beaucoup, sans nul doute, ne méritaient pas de sortir de l'ombre où ils étaient rélégués, même pour être distribués, comme on le fit plus tard, aux musées de province. Aucun travail important ne fut entrepris au dedans ni en dehors du Louvre, bien qu'on • n'abandonnât pas l'idée de le réunir aux Tuileries. Ce ne fut pas la faute du gouvernement si elle ne se réalisa pas. Le 31 mai 1833, Thiers, ministre du commerce et des travaux publics, demanda à la chambre des députés de voter un fonds de 17 millions pour la jonction des deux palais et l'acquisition des maisons à exproprier. Reprenant le plan de Percier et de Fontaine, que Napoléon avait adopté, il voulait faire transporter les collections de la bibliothèque royale dans la galerie transversale qui aurait été construite entre les deux palais. En vain, il s'appuya sur l'opinion de l'empereur, et prit à diverses reprises

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LA ROYAUTÉ PARLEMEN TAl liE.

la parole dans la discussion ; en vain un des députés minislériels

rappela un décret de

l'assemblée de 1791,

en vain Viennet et

de Laborde firent

valoir les avantages

du projet; Arago,

Lherbette et Jous

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l'opposition, et, fai

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titutionnel, obtjn

rent un ajournement

qui fut voté par 102

voix contre 150.

Plus tard, l'oppusition n'en fil i)is moins un g'rief au roi de n'avoir pas continué les travaux du Louvre. L'o[ i nion publique ne s désintéressait pas de cette question, sui laquelle Château briand avait dit son mot en 1831. Son projet consistait a isoler le château de^ Tuileries de Phili

bort Delorme, à planter d'arbres verts la place du Carrousel et ù créer du côté de l'est un jardin, au milieu duquel aurait été con-

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LE LOl'VRE.

3 l'église de Saint-Germain l'Auxerrois. Des plans d'achèvement, moins pittoresques, furent tracés en 1846 et en 1847, notamment par Badenier, Mauduit et Brunet-Debaisne; mais rien ne fut exécuté, et l'on se borna à faire ériger, au milieu de la cour, une statue équestre du duc d'Orléans, sculptée, après la mort funeste de ce prince, par Marochetti.

Le goût des arts n'en était pas moins vif, à l'époque pleine de sève et de fécondité où fleurit le romantisme. Le roi et les princes, surtout le duc d'Orléans, encourageaient les artistes; il y avait à la tête du gouvernement des ministres capables de les comprendre, tels que Guizot et Thiers, qui tous deux avaient débuté par des comptes rendus des Salons de peinture, en 1810 et en 1821. Les Salons, qui se tinrent au Louvre jusqu'en 1848, avaient plus de vogue que jamais, surtout lorsqu'on les ouvrit au mois de mars et non plus en automne. C'était le temps brillant oîi les Delacroix, les Ingres, les Decamps, les Diaz, les Horace Vernet, les Delaroche, les Couture soulevaient d'ardentes controverses et se partageaient la faveur et l'admiration publiques. Le nombre des objets catalogués, qui s'élevait en 1847 à 2321 , était tel qu'il avait fallu placer la gravure et l'architecture dans la salle dite des Sept cheminées. La sculpture était isolée dans une des salles du rez-de-chaussée de la colonnade.

On préparait l'exposition de 1848, lorsque la révolution de Février éclata. A peine eut-elle triomphé que le peintre Jeanron se fit donner par le gouvernement provisoire les pouvoirs nécessaires pour sauvegarder les collections du Louvre. Les Tuileries venaient d'être prises. Des bandes indisciplinées en occupaient les appartements et s'étaient installées à l'extrémité de la grande galerie, où elles bivouaquaient. Jeanron n'eut que le temps d'accourir avec deux élèves de l'École polytechnique et plusieurs artistes; il harangua les envahisseurs d'une manière pathétique, et les détermina à éteindre leurs feux et à se retirer. Pendant ce temps, la cour, la colonnade et les abords du Louvre étaient remplis d'insurgés en armes, sous les ordres d'un gouverneur improvisé. Quelques-uns allumaient des feux, soit au pied d'une galerie en planches, qui avait été construite

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LA ROYAUTR PARLEMFNTAIRR. 295

provisoirement le long de la grande galerie, soit dans la cour ellemême; mais il suffit, dit Léon de Laborde, d'écrire sur les murs : Respect aux arts! pour être compris de tous.

La nuit, le péril fut plus grand; ia cour fut envahie par une foule surexcitée, menaçante et portant des torches qui éclairaient le palais

de lueurs ministres. Jeanron voulut la calmer; il s'écria que le Louvre était un monument national, il rappela que le peuple y était admis à certains jours; il se faisait applaudir, lorsque la statue du duc d'Orléans éveilla la colère des vainqueurs du jour; ils voulurent la mettre en pièces. A force d'instances, Jeanron obtint qu'on la descendrait de son piédestal sans la briser, et la nuit même, par une pluie battante, il la fit transporter, avec le concours d'insurgés de bonne volonté, dans une salle basse du musée dit d'Ângoulême. Les bas-reliefs, qu'on voulait détruire, furent sauvés par la présence d'es-

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prit d'un assistant, qui proposa de les donner à Jeanron pour la peine qu'il avait prise.

Jeanron, qui fut nommé directeur du musée, n'eut pas seulement à défendre le Louvre contre les insurgés, mais contre les intrus de tous genres, contre la garde nationale et l'armée qui l'occupèrent. Un élève de l'École polytechnique, Servient, avait été nommé commandant du palais. On installa dans quelques-uns de ses locaux des clubs, des salles électorales, même des ateliers nationaux pour femmes. Après les journées de juin, des ambulances y furent organisées; soldats et gardes nationaux bivouaquèrent dans les salles des statues antiques, qu'on avait entourées à la hâte de planches, et dans celle des moulages, où quelques-uns écrivirent leur nom sur les déesses et les coiffèrent de leurs shakos. Bayle Saint-John raconte même que des soldats voulurent coucher dans des sarcophages antiques et se servirent de coupes et de vases grecs comme d'ustensiles de cuisine. Les dégâts furent moindres, il est vrai, que les appréhensions, causées surtout par un dépôt de munitions de poudre dans un rezde-chaussée, d'où il ne fut enlevé que grâce à l'intervention de Thiers.

La révolution do Février ne retarda pas l'ouverture du Salon. Par une mesure toute démocratique, le jury fut supprimé, et 5,000 tableaux et objets d'art occupèrent le salon carré et la grande galerie- Ce fut la dernière fois que les chefs-d'œuvre des écoles anciennes furent ainsi momentanément cachés par les tableaux modernes. Les expositions des artistes vivants trouvèrent un abri aux Tuileries et au Palaia-Royal, jusqu'au rétablisement de l'Empire, où de nouveaux locaux leur furent désormais affectés.

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Le 24 mars 1848, le gouvernement provisoire rendit un décret qui ne fut publie que le 29 avril, et dont voici les principaux articles :

— Le Palais du Louvre sera achevé. — Il prendra le nom de palais du peuple. — Ce palais sera destiné à l'exposition de peinture, à l'exposition des produits de l'industrie, à la Bibliothèque nationale.

— Le peuple des travailleurs est appelé tout entier aux travaux de l'achèvement du Louvre. — Le gouvernement provisoire n'oubliait qu'une chose : c'était d'indiquer les moyens de pourvoir aux dépenses. Surtout en temps de révolution, décréter n'est pas exécuter. Rien n'était fait, lorsqu'un an plus tard, le 22 mars 1849, le ministre Lacrosse vint demander, au nom du président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, trente et un millions pour terminer le Louvre et percer la rue de Rivoli jusqu'à l'Oratoire. Sa proposition, qui ne fut pas votée par l'Assemblée nationale, fut présentée de nouveau à l'Assemblée législative, qui la discuta à la fin de septembre, et se contenta, conformément au rapport de Vitet, d'accorder 6,400,000 francs pour l'expropriation des maisons de la place du Carrousel et la continuation de la rue de Rivoli.

L'Assemblée nationale avait du moins alloué sans discussion, le 7 décembre 1848, sur le rapport de Ferdinand de Lasteyrie, une

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somme de plus de deux millions pour la restauration de la galerie d'Apollon et de divers autres salles du Louvre. Sous la direction de Jeanron et de Frédéric Villot, conservateur de la peinture, les tableaux anciens furent placés, après l'exposition de 1848, dans un ordre plus méthodique. L'architecte Duban présida avec autant de soin que de talent aux travaux intérieurs. Le plafond de la salle des Sept cheminées fut décoré d'attributs nouveaux; celui du grand salon carré fut décoré magnifiquement, et rehaussé de sculptures dues au ciseau correct et noble de Simart. Des jours furent aménagés dans une partie de la grande galerie que son obscurité faisait appeler les catacombes. En même temps, l'on restaurait avec beaucoup d'art l'extérieur de la petite galerie et de la grande, dont le bel avant-corps central fut presque entièrement refait. Mais c'est surtout dans la galerie d'Apollon, dont on enleva les étais, que se déploya la conscience avec laquelle Duban se conformait à la pensée de ses devanciers. Pour la première fois, l'œuvre de Louis XIV et de Le Brun allait être achevée; Eugène Delacroix peignit dans le compartiment central du plafond une fresque d'une allure superbe et dont le coloris merveilleux s'harmonise supérieurement avec les ors des ornements sculpturaux. Les panneaux, furent couverts de peintures en arabesques, tandis qu'entre chaque fenêtre et chaque fausse fenêtre on plaçait les portraits des princes, des architectes, des peintres et des sculpteurs les plus célèbres qui avaient concouru à la construction du Louvre (1). L'inauguration de ces nouvelles salles fut faite le 5 juin 1851 par le Président de la République. Jeanron , qui avait concouru à ces améliorations , n'y assista pas ; il avait été soupçonné de donner un asile au Louvre à Ledru Rollin proscrit

(1) Voici quels sont les personnages dont les portraits sont reproduits en tapisseries des G obe lins : au centre, Philippe- Auguste, François l", faisant face à Henri IV et à Louis XIV; du côté des fenêtres, en commençant par l'entrée : Claude Perrault (1613-1688), F. Girardon (1628-1715), Chambiche {XV" s.), L. Visconti (1790-1853), Ch. Percler (1764-1838), P. Mignard (1610-1G95), Mansard (1646-1708), N. Coustou (1677-1736), A. Coysevox (1640-1720), N. Poussin (1694-1720), J. Androuet du Cerceau (f 1614); du côté opposé, à partir de la fenêtre qui donne sur le quai : Pierre Leacot (1510-1571), J. Bullant (t 1578), A. Le Notre (1613-1700), Romanelli (1610-1662); J. Lemercier (a. d.); Jean Goujon (t 1572, date erronée), Charles Le Brun (1619-1690), E. Dupérac (f 1601), Michel Anguier {1612-1686), Germain Pilon (1535-1590), J. Sarrazin (1590-1660), E. Le Sueur (1016-1655).

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NAPOLEON III ET L'ACHÈVEMENT DU LOUVRE, aw

en 1849; la politique lui enleva les fonctions que la politique lui avait fait obtenir. Il fut remplacé par le comte de Nieuwerkerque, sculpteur distingué, qui fut surintendant des Beaux-Arts sous le second empire et, comme ses prédécesseurs, fut logé au premier étage du palais.

Six mois après l'inauguration de la galerie, Louis-Napoléon Bonaparte s'emparait du pouvoir par un coup de force que ratifiait le suffrage universel. N'ayant plus à compter avec l'opposition parlementaire, cherchant à frapper l'imagination des masses et à donner satisfaction à des vœux depuis longtemps exprimés, il décréta le 12 mars 1852 l'achèvement du Louvre. A partir du printemps de 1850, on avait poursuivi la démolition des constructions de tout genre qui encombraient l'espace situé entre le palais et la place du Carrousel ; les maisons qui formaient sept ou huit rues étaient définitivement rasées, ainsi que l'hôtel de Nantes, dressé comme une tour isolée sur le Carrousel, et en même temps disparurent toutes les échoppes de marchands de bric-à-brac, de gravures, de livres, d'oiseaux et de singes, les cabarets borgnes et les baraques de phénomènes qui rappelaient les foires de la banlieue. La place était nette pour l'exécution des travaux et l'érection des édifices nouveaux. La première pierre en fut posée le 25 juillet 1852.

Les circonstances étaient singulièrement favorables. Le grand mouvement économique, qui avait multiplié la production par l'application de la vapeur et la richesse par l'exploitation des mines d'or de Californie et d'Australie, suscitait dans toutes les grandes villes un essor inconnu jusqu'alors de population et de travail. Il est à remarquer que le Louvre s'était toujours accru aux époques de prospérité matérielle et que ses constructions avaient coïncidé avec d'autres non moins importantes. La grosse tour avait été élevée par Philippe-Auguste en même temps que Noire-Dame; le château avait été embelli par Charles V, tandis que se bâtissait la Bastille ; sous François V, le corps de logis de Pierre Lescot apparaît peu de temps après l'inauguration de l'hôtel de ville; Henri IV achevait le Pont-Neuf, ouvrait les places Royale et Dauphine, tandis qu'il bâtissait les galeries; en même temps que le pavillon de Le Mercier et la façade adjacente, surgissaient le

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Palais-Royal et la Sorbonne ; en même temps que les travaux de Levau et la colonnade, s'érigeaient le collège des Quatre Nations, les portes Saint-Martin et Saint-Denis, l'hôtel et l'église des Invalides; enfin les travaux poursuivis par Marigny étaient précédés et suivis des créations de i'École militaire, de la place de la Concorde et de Sainte- Geneviève, aujourd'hui le Panthéon. L'achèvement du Louvre allait coïncider avec la transformation de Paris par l'ouverture de rues larges et aérées, l'agrandissement de son enceinte et la construction de nombreux édifices publics.

Les dessins d'achèvement du Louvre avaient été tracés par Visconti, fils du conservateur des antiques, italien d'origine, mais français par son éducation, ses tendances et ses qualités. Le manque, de parallélisme entre la façade des deux palais à réunir était atténué par lui de la manière la plus heureuse; il ne le dissimulait pas, comme l'architecte de Henri iV, comme Perrault, comme Fontaine et Percier, par la création de cours intérieures et de bâtiments transversaux; mais il établissait en avant du Louvre, entre la galerie ancienne du midi et la galerie nouvelle du nord, deux gi-ahds édifices reliés à ces galeries et dont les lignes étaient accidentées par de hauts pavillons. Formant une place plus étroite que celle du Carrousel, ils se raccordaient d'une manière régulière et symétrique avec la façade dont le dôme de Le Mercier formait le centre et qui recevait une décoration plus somptueuse. Entre les pavillons, s'étendaient au rez-dechaussée des portiques à pilastres toscans, tandis que les étages supérieurs, d'ordre corinthien, donnaient à l'ensemble par leur retrait plus de profondeur et de mouvement. Visconti s'était inspiré de Lescot et de Le Mercier, dans certaines parties de l'édifice, et son plan, tel qu'il est exécuté, malgré certains défauts qui ne peuvent lui être tous attribués, présente un ensemble plein d'harmonie et de majesté, tel qu'il serait difficile de se le figurer autrement , et réalise autant que possible le caractère de grandeur que Napoléon F avait voulu imprimer au vaste espace compris entre le palais du souverain et celui qu'on appelait de son temps le palais des Arts.

Visconti mourut en 1854; Lefuel, son successeur, poursuivit l'exé-

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cutionde ses plans; il y ajouta les détails que la pratique lui suggérait, et c'est à lui surtout qu'il faut reprocher l'excès de décoration des pavillons d'angle, leurs lucarnes immenses, leurs consoles renversées, la profusion des sculptures se détachant sur leurs toitures à quatre pans, trop massives et quelque peu surchargées d'ornements de plomb. En revanche il eut l'inspiration heureuse de placer sur les portiques les statues que Visconti avait eu le projet de poser sous leurs arcades. Jamais, du reste, travaux ne furent conduits avec plus d'activité; trois mille six cents ouvriers y furent employés simultanément; l'architecte mettait d'accord l'œuvre de cent cinquante statuaires et de tout un monde d'ornemanistes. La décoration contenait plus de quinze cents détails de sculpture tous originaux et différents. Les artistes les plus distingués apportèrent leurs concours, tels que Duret, Barye, Bosio, Cavelier, Dumont, Lequesne, Guillaume, Simart, qui cisela le fronton du pavillon Denon. Ces travaux prodigieux coûtèrent 36 millions, a Aucun monument de cette importance, disait le Moniteur, n'a été construit à si peu de frais, car le temps et l'argent s'économisent l'un par l'autre. »

Napoléon III avait exprimé le désir que le Louvre fût terminé en cinq ans; son désir, qui était un ordre, fut accompli, sauf pour la décoration intérieure. Les nouveaux bâtiments furent inaugurés le 14 août 1857. L'empereur se rendit en grande pompe au pavillon qui porte le nom de Denon, et fut reçu dans une des grandes salles du premierétage par le ministre d'État, Achille Fould. Dans le discours qu'il prononça, il dit avec justesse que « l'achèvement du Louvre n'était pas le caprice d'un moment, mais la réalisation d'un grand dessein soutenu par l'instinct du pays pendant plus de trois cents ans ». A la suite des discours officiels, un banquet de quatre cent soixante-dix couverts fut offert à la plupart de ceux qui avaient concouru aux constructions nouvelles, dans une vaste salle destinée à l'ouverture des Chambres législatives. Il fut présidé par le ministre d'État, ayant à sa droite un entrepreneur, à sa gauche un tailleur de pierres. De nombreux ouvriers figuraient parmi les invités, entre autres la veuve d'un scieur de pierres qui avait remplacé son mari au chantier. Le

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travail était ainsi associé honorablement au succès définitif d'un monument, qui depuis Henri IV jusqu'à Napoléon 1", avait servi d'asile aux artisans les plus illustres.

L'achèvement des travaux fut un événement que souligna la parodie. Clairville fit représenter au Palais-Royal un vaudeville intitulé : Les quatre âges du Louvre, où le personnage de Bernin était joué par Grassot, et dans lequel le génie de la France, sous les traits de M"" Cico, était contrarié par un génie malfaisant, figuré par un petit homme rouge, dans l'exécution de ses desseins séculaires sur le Louvre.

Ces desseins étaient enfin accomplis; mais ils paraissaient devoir être complétés par la substitution à l'ordre monumental de la galerie de Du Cerceau, de façades analogues à celles dont le pavillon dit de Jean Goujon forme le centre. Trois guichets à larges arcades s'ouvraient entre le pavillon deLesdiguières et le pavillon de la Trémoille; au fronton du guichet du milieu fut sculptée la statue équestre de Napoléon III, remplacée, après sa chute, par le génie des arts qu'Antonin Mercié a représenté enlevé sur les ailes de Pégase. Ce fronton devenait le point central de deux corps de logis d'architecture analogue, s'étendant l'un jusqu'au pavillon de Flore, l'autre jusqu'à la galerie d'Apollon. On commença dans le même esprit la transformation de l'aile des Tuileries qui longeait la rue de Rivoli, du côté delà cour du Carrousel, tandis qu'on construisait en face une nouvelle salle des États, destinée à remplacer celle qui se trouvait dans l'axe du pavillon Denon.

Deux ans après l'inauguration du nouveau Louvre, la salle des Etats, où l'empereur avait ouvert la session législative, le 7 février 1859, par un discours qui faisait pressentir la guerre, abritait de nouveau un grand banquet, offert cette fois aux généraux qui revenaient vainqueurs de l'Italie. Napoléon III recevait ses trois cents invités dans la grande galerie, et venait prendre place avec les princes de sa famille à une table dressée sur une estrade, dominant trois longues tables couvertes de surtouts à figures d'argent et de corbeilles de fleurs. Des candélabres éclairaient le pourtour rempli de personnes

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munies de billets. Dans les tribunes, l'orchestre et les chœurs de l'Opéra se faisaient entendre. Ils pouvaient chanter l'étoile heureuse du second en:jpire, qui alors était dans tout son éclat. Cet éclat devait se main tenir jusqu'en 1867, où Pari^ et le Louvre re curent lavisitedp tous les souve rains de l'Europe, les empereurs d'Autriche et de Russie, les rois de Prusse, d'Italie et de Suède, le sullan et d'autres encore, qui venaient, à l'époque do l'Exposition universelle, rendre hommage pourainsidireàla puissance incon testée de la France Le musée, qui attirait particu lièrement leurvi site, ne s'était pas

accru en proportion de l'ampleur des bâtiments nouveaux. Ceuxci avaient été presque entièrement affectés aux services de la maison de l'empereur. Si l'on avait destiné les grands vestibules du pavillon Denon à servir d'accès aux salles de peinture, privées désormais du bel escalier de Fontaine et de Percier, que leur successeur avait dû sacrifier, sur un ordre formel du ministre d'État, si l'on avait

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réservé quelques salles du premier éfage à l'exposition des tableaux, le rez-de-chaussée et les entresols étaient presque en entier affectés aux écuries de l'empereur et au logement du grand écuyer et de son personnel. Un vaste manège, où l'on arrivait par une rampe en fer à cheval, surmontait des remises et s'étendait sous la salle où les grands corps de l'État se pressaient pour entendre docilement la parole du souverain. Il y avait des écuries sous la grande galerie, risques d'incendie permanents pour les collections de tableaux qu'elle contenait. La bibliothèque, devenue publique en 1848, avait été transférée des entresols du quai, occupés désormais par les fonctionnaires des écuries, pour recevoir une installation plus vaste et plus luxueuse, dans les grands bâtiments construits en face du Palais-Royal. Un escalier d'une rare élégance y conduisait. Les autres constructions de cette partie de l'édifice, décorée d'une façade monumentale sur la rue do Rivoli, avec pavillon central, dans le style le plus ancien de la galerie du bord de l'eau, furent affectées aux bureaux et aux appartements des ministres d'État et de la maison de l'Empereur, ainsi qu'aune caserne de la garde.

Le musée cependant s'étendait dans toutes les salles du premier étage de l'ancienne cour, au centre de laquelle on dressait le modèle d'une statue de François I'"', par Clésinger. Dès 1852, l'on avait créé, dans le corps de logis de la colonnade, le musée des souverains, noble collection rappelant les fastes de notre histoire et reliant les souvenirs de Charlemagne, de saint Louis, des Valois et des Bourboîls, à ceux plus récents de Napoléon. Tandis que les musées égyptien, assyrien et grec s'augmentaient par le produit de fouilles nouvelles, les collections antiques du marquis Campana, achetées 4,800,000 francs en 1861, étalent installées dans les salles qui font face au palais de l'Institut, et le premier étage du corps de logis du nord recevait l'admirable réunion d'objets d'art et de curiosité, pour la plupart du moyen âg;e et la Renaissance, foi-mée par le goût heureux et sagace de Charles Sauvageot, qui en fit le don superbe à l'État en 1857.

Les collections de peinture s'enrichissaient de leur côté par des acquisitions qui rarement avaient été aussi magnifiques. En 1851, quel ta-

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bleau avait jamais été acheté 015,300 francs, comme l'incomparable Conception de Murillo? Plus tard, on payait 150,000 francs la Nalivilé du même, 102,000 francs six fresques de Luini, 113,500 francs un petit portrait, œuvre de génie d'un artiste presque inconnu.

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Slatue ciqueslrc; de François l"' dans

Antonello de Messine. Le musée s'accrut surtout en 18G9 par le legs du docteur Lacaze, comprenant deux cent cinquante- quatre tableaux précieux de toutes les écoles, qui furent placés dans l'ancienne salle des gardes où Louis XVIII présidait l'ouverture des Chambres, et que Ton désigne aujourd'hui sous le nom de salle Lacazc. Le second empire, après avoir donné à la France moins de gloire

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et plus de prospérité que le premier, s'effondrait comme lui sous le poids de la défaite et de l'invasion. Paris. était menacé, au mois d'août 1870, et les conservateurs du musée emballaient les objets les plus précieux de leurs collections pour les envoyer à Brest. Six cents tableaux furent ainsi embarqués sur un vaisseau prêt a faire voile pour les États-Unis. Le 4 septembre, l'impératrice Eugénie quitte les Tuileries que l'insurrection investit, et suivie seulement de M""* Le Breton, du prince de Metternich et de M. Nigra, traverse la grande galerie et les salles du musée égyptien pour descendre par l'escalier du musée assyrien et trouver, en sortant par le guichet de Saint-Germain l'Auxerrois, un fiacre de passage qui lui permet de chercher un asile sans être reconnue.

Puis viennent les sombres jours du siège et les jours tourmentés de la Commune. Lors de l'investissement de Paris, les salles des antiques furent protégés par des sacs de terre amoncelés devant les fenêtres contre les atteintes des obus, qui du reste n'allèrent pas jusque-là. La Vénus de Milo même ne parut pas suffisamment en sûreté, et par ordre supérieur, elle fut transportée dans une cave de la préfecture de police; la voûte qui la couvrait, les dossiers dont on l'avait enveloppée de toutes paris, la préservèrent des ravages de l'incendie, qui dévora la préfecture, dans les derniers jours de la Commune.

Lorsque le 2 mars 1871, les Allemands entrèrent à Paris, un certain nombre d'officiers et de soldats pénétrèrent dans la cour du Louvre. Bismark était au milieu d'eux. Ils voulurent parcourir les galeries de peinture, où il ne restait que les cadres. Les salles de sculpture, dont les ouvertures étaient fermées, étaient presque obscures, Un gardien chef, à qui un officier demandait à voir la Vénus de Milo, répondit avec flegme : — La Vénus de Milo n'est pas visible aujourd'hui. — Du balcon de la colonnade, des soldats ayant insulté par gestes le peuple massé derrière la grille du côté de Saint-Germain l'Auxerrois, la foule riposta en lançant des pierres et en poussant des huées. On fut obligé de faire tendre les grilles de toiles vertes, pour dérober les Allemands à la vue de la population irritée.

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NAPOLEON Ili ET L'AGHÈVEMENT llC I.OCVIîE. 313

Un triste incident marqua cette pénible journée. Morel-Fatio, conservateur du musée de marine, n'avait pu se résignerày voir pénétrer les vainqueurs; il en emporta les clés. Le soir, on le chercha vainement; son chapeau était encore dans son cabinet; on en conclut qu'il

e du manège, dans la cour Caulainixiurt, auji

ne pouvait êlre sorti du palais. On se rappela qu'il avait l'habitude de se promener sur les terrasses des toits, si pittoresques d'aspect et d'où l'on commande une si belle vue sur Paris. On y monta, et sur l'une des terrasses on le trouva mort, frappé d'une congestion, sans doute causée par l'émotion poignante que son cœur de patriote avait ressentie.

Peu de temps après, la Commune devint maîtrcssede Paris ; le peintre

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314 LE I.OIIVHE.

Courbet, président de la fédération des artistes, lit révoquer le IG mai les conservateurs du musée; trois délégués, l'arcliitecte Henrlot, le sculpteur Dalou, le peintre Héreau, les remplacèrent. lis s'installèrent dans le cabinet du comte de Niewerkerque ; mais ils se gardèrent de faire expulser les fonctionnaires du musée, qui ne s'étaient pas éloignés de son enceinte : MM. Barbet de Jouy, conservateur de la sculpture française, Héron de Villefosse, attaché aux antiques, et Morand, secrétaire comptable. Les gardiens continuaient à regarder ces derniers comme leurs chefs véritables, lorsque les troupes du gouvernement de la France pénétrèrent dans Paris. Le 21 mai 1871, à onze heures du soir, une escouade d'officiers fédérés descendit dans les caves pour y découvrir l'entrée d'un souterrain qui aurait communiqué avec le Champ de Mars. Naturellement ils ne trouvèrent rien; mais dans leur dépit, ils arrêtent quarante-sept gardiens, les retiennent pendant la nuit comme otages, et ne les laissent aller le lendemain soir qu'après les avoir contraints de travailler aux barricades qui s'élèvent au coin des rues du Louvre et de Rivoli.

Terrifiante fut la nuit du 23 au 24 mai. Vers minuit, le dôme des Tuileries sauta, et des flammes multicolores embrasèrent le palais où le pétrole et des matières chimiques avaient été répandus à flots, par les ordres de Bergeret. A trois heures du matin, le Palais-Royal flambait; à quatre heures, le pavillon du Louvre qui renfermait la bibliothèque s'embrasait. Le feu, qui courait sur toutes les toitures des Tuileries, se propageait sur les ailes, menaçant la nouvelle sa.l[e des Étals, et faisant rage dans le pavillon Richelieu. Les anciens fonctionnaires du musée, derrière les fenêtres du vieux Louvre, contemplaient ce spectacle d'horreur, tout en ordonnant aux gardiens de visiter les caves, pour vérifier si aucune manière explosible n'y a été déposée. Os font chercher des seaux et des pioches; ils font fermer les grilles de la cour, prêts à résister en attendant l'arrivée des troupes. En parcourant les salles, ils rencontrent les trois délégués qui leur proposent leur concours pour arrêter les progrès du feu ; Barbet de Jouy refuse leur collaboration et les fait surveiller par des gardiens; mais lorsque les troupes occupèrent le Louvre, i! offrit un asile dans son cabinet

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aux délégués; il favorisa leur sortie, et comme la femme de l'un d'eux avait suivi son mari dans le palais, il lui donna son bras pour la conduire saine et sauve, jusqu'à la rue Saint-IIonoré.

Vers le matin, deux capitaines du génie apparaissent dans la galerie d'Apollon, où ils ont pénétré à l'aide d'une échelle; ils veulent visiter les toitures pour empêcher le feu des Tuileries de gagner la grande galerie. Comme un gardien hésite à les suivre, parce qu'il est père de famille, Barbet de Jouy les accompagne. En ce moment, le commandant de Sigoyer, qui campe avec ses hommes sur la terrasse du bord de l'eau, prend sur lui d'arrêter les progrès du feu. 11 pénètre sans ordre dans le Carrousel, disperse à coups de fusilles insurgés qui s'y trouvent, et fait grimper sur le toit une compagnie de ses soldats munis de pioches, sous le commandement du capitaine Lacombe. D'autres soldats font la chaîne avec des cruches, tandis que les capitaines du génie combattent l'envahissement des flammes aux abords de la bibliothèque. Enfin, des sapeurs pompiers accoururent, vers midi, sous la direction de leur colonel, et l'incendie fut arrêté.

Ce n'étaient pas les derniers dangers auxquels devait être exposé le Louvre. Les chasseurs à pied y avaient pris position, etdes fenêtres de la galerie d'Apollon tirèrent sur les insurgés retranchés sur le Pont- Neuf. Ceux-ci ripostèrent, et leurs balles vinrent briser les vitrines heureusement vides et mutiler quelques parties de la façade. Lorsque les marins les eurent délogés du Pont-Neuf, le drapeau tricolore, hissé sur le pavillon de l'Horloge, attira sur lui les obus des batteries rebelles installées au Père Lachaise; il fut descendu sur les instances de MM. Barbet de Jouy et Héron de Villefosse, qui pendant ces heures tragiques s'étaient montrés admirables de fermeté et de dévouement, selon le témoignage de Maxime Du Camp. La lutte allait enfin cesser, et le musée était sauvé.

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