LA DECADENCE DU CHATEAU FÉODAL
avant 1396, sur les bords de la Seine, le superbe hôtel de Bourbon, avec ses toitures élevées, sa porte dorée, sa galerie célèbre par ses dimensions, ses peintures exquises et ses dorures, et sa grande salle presque aussi haute
approches, s'élèvent la tour du Coin ou de Vindal, faisant face à la tour de Nesle, et à l'ouest, la tour de Bois, ainsi nommée à cause des pieux et des palissades, qui défendent l'accès du Louvre du côté de la campagne, à l'extrémité du mur crénelé qui borde la rivière. Et sur les murs extérieurs du quadrilatère de la forteresse, ce sont destours dont la destination, la situation ou l'importance est indiquée par
ceux de leurs noms qui sont venus jusqu'à nous, toui-s de la grande et petite chapelle, de la Fauconnerie ou de la Librairie, de la Taillerie, a devers le jardin », « devers l'artillerie », de l'Écluse, de l'Armoirie et d'Orgueil.
Parmi la foule des serviteurs et des parasites que la cour entretient au Louvre se trouvent des fous et des nains. Charles V lui-même envoie quérir à grands frais un fol en Bourbonnais. En 1383, le fol du roi s'appelle Heisselicoq, et l'on fait des dons à Jehan le fol et Jehanne la folle. Ils paraissent sans nul doute à la suite d'un grand souper, qu'on donne cette année-là au Louvre, et dans lequel une « chanteresse », Marie d'Arras, se fit entendre devant le jeune roi. Qui se serait attendu alors qu'il serait frappé lui-même de véritable folie neuf ans plus tard?
Le trouble de son esprit permit à ses oncles, les ducs do Bourgogne et de Berry, de s'emparer du pouvoir et de mettre la main sur le Louvre. Les prisons de ce château avaient été presque toujours vides sous Charles V ; cependant Jean d'Auxerre y avait été renfermé, et, suivant une chronique, le captai de Buch y serait mort en 1376; sous le gouvernement des oncles de Charles- VI, elles se remplirent de nouveau. En 1393, trois des principaux conseillers du roi, Nogent, La Rivière et le Bègue de Vilaine, y furent incarcérés, et n'en sortirent que pour être transférés à la Bastille. La grosse tour renferme toujours le trésor et le garde-meuble royaux. L'argentier, qui suit la cour dans ses déplacements, en fait extraire des « chambres » pour les noces de M"' de Namur; en 1394, un dépôt de 50,000 francs, en dix sacs de cuir, est placé au « moyen étage de la grosse tour », dans un coffre, dont la clé est portée au roi dans un sac scellé. En 1398, le pauvre roi est lui-même l'hôte et quelque peu le prisonnier de la tour, dont on fait plus que jamais garnir les fenêtres de fil d'archal, sans doute à cause des « oiseaux et autres bêtes », mais peut-être aussi par mesure de précaution contre les écarts d'un esprit aliéné. La même année, tandis que la reine réside au Palais, le Louvre sert de logement au dauphin, à son frère Louis et à deux de ses sœurs, qu'on appelle « nos jeunes dames de France ». Chaque jour, d'après un compte des
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Archives nationaics, les princes et chacune des princesses remettent au chapelain une offrande d'un denier qui leur est fourni par le trésorier du roi. L'année précédente, une des filles du roi, Jeanne,
avait été fiancée, dans le ciiâteau, au comte Jean de Bretagne, au milieu d'une brillante assemblée de ducs, de barons et de chevaliers; phis tard, en 1413, le comte do Ponthieu, le futur Charles Vil, y sera fiancé à Marie d'Anjou, fille du roi de Sicile.
Le château est occupé par des hommes d'armes, chefs et soldats, tels que Morelet de Montmor, qualifié de châtelain en 1390, Jean Kouquaut, maître de l'artillerie, des concierges et d'autres gardiens. En 1398, lîegnault d'Angenne est capitaine du « chastel » du Louvre; il a sous ses ordres deux écuyers et trois arbalétriers. Nombreux sont
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les officiers et serviteurs qui derneurent dans le « chastel » et ses basses-cours; ils réclament en 1405 des exemptions de tailles et d'autres impositions levées pour le fait des guerres, et lo roi leur octroie leur demande.
Guerres civiles et guerres étrangères désolent la France ; le Louvre ■ en subit le contre-coup. Le duc de Bourgogne, le duc d'Orléans, frère du roi, le comte d'Armagnac se disputent l'autorité que le roi ne peut exercer. En 1405, Jean sans Peur, flattant les passions populaires, domine à Paris; il tient le dauphin sous étroite garde au Louvre, où lui-même loge pendant quelques jours; il fait rendre aux bourgeois la plus grande partie des armes qui leur avaient été prises en 1382 et qui étaient encore conservées dans le château : concession dangereuse, qui fut la source des violences dont Paris devait être le théâtre. Enfin, pour se défaire d'un rival qui lui porte ombrage, il fait assassiner le duc d'Orléans, avec lequel il vient de se prêter à un simulacre de réconciliation. Mais la voix publique s'élève contre lui; il s'enfuit vers les Pays-Bas, tandis que la veuve de sa victime, Valentine de Milan, vient en longs voiles de deuil demander avec son fils justice de la mort de son mari, dans la grande salle du Louvre, où la reine et le dauphin siègent au milieu des barons. Devant cette assemblée imposante, où l'on voit figurer les ducs de Berry, de Bretagne et de Bourboi^ de hauts barons, le recteur de l'Université et les premiers magistrats du royaume, l'abbé de Saint-Fiacre lit, au nom de Valentine de Milan, une longue requête émaillée de citations latines, pour demander réparation du meurtre de Louis d'Orléans. Le dauphin prend en considération les conclusions de l'avocat Cousinot et promet justice.
Vaines promesses ! Ce n'est pas le droit qui triomphe dans ces tristes temps, c'est la violence et la ruse. Les princes se jalousent, se tendent des pièges et se combattent. Le peuple se révolte ou se calme, se déclarant pour qui le flatte ou le musèle. En 1413, la reine Isabeau vient voir au Louvre son fils, le duc de Guienne, qu'elle y tient dans une sorte de réclusion, et fait arrêter sous ses yeux quatre de ses chevaliers. Le jeune prince en est à tel point courroucé qu'il veut
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