LA DKCADENCE DU CHATEAU FÉODAL
soulever les bourgeois pour délivrer ses serviteurs; on l'apaise; il invoque secrètement l'appui du duc de Bourgogne. Paris s'insurge, fl L'écorcheur de vaches » Caboche et les siens terrorisent la ville. Le Louvre se remplit de captifs; le prévôt des marchands, Pierre des Essarts, y est enfermé avant d'être décapite aux Halles. Louis de Bavière, frère de la reine, le duc de Bar, d'autres grands seigneurs y sont emprisonnés ainsi que plusieurs dames et damoiselîes de la cour. Mais un jour vient oii la bourgeoisie se lasse des excès de la plèbe; le duc de Guienne s'échappe, et, soutenu par son oncle, le duc de Berry, marche à la tête d'hommes d'armes vers le Louvre, arrive devant le château « en ordre de bataille, » et fait ouvrir les portes de ses prisons. Le jour même, le duc de Bar, délivré, est nomme capitaine de la forteresse où il était détenu.
Pendant sa résidence au Louvre, le duc de Guienne, alors Dauphin, s'entoure d'artistes et de musiciens. Il fait édifier, en 1413, devant la grande salle un « avant portail, » surmonté d'une chambre où desorgues sont placées et que recouvre une terrasse destinée à ses menestriers. Mais bientôt, la politique l'enlève à ses loisirs. 11 rend à sa mère l'affront qu'il en a reçu, en faisant arrêter trois de ses conseillers. Pour justifier ses actes, il convoque, en avril 1415, dans la grande salle du Louvre, une assemblée composée des magistrats municipaux, de l'Université et d'un grand nombre de bourgeois; après leur avoir fait exposer par son chancelier les faits qui s'étaient passés, il leur déclare qu'il prend le gouvernement et la régence du royaume. Peu de temps après, une conspiration des Bourguignons est signalée ; tandis que les conjurés sont arrêtés par ie prévôt de Paris, les princes et le chancelier vont chercher au Louvre un refuge, qui, en cas de succès de l'insurrection, ne les aurait sans doute point protégés.
Les précautions les plus sérieuses sont parfois inutiles. Comme la plupart des châteaux féodaux, le Louvre paraissait inexpugnable; il semblait qu'il dût braver toutes les attaques d'assaillants qui n'étaient armés que de glaives et de lances et connaissaient à peine les armes à feu. Mais pas plus que la Bastille, il ne résistera à ceux qui sont maîtres de Paris; construit pour le dominer, il lui cédera toujours;
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il ouvrira ses portes à qui y frappera impérieusement. En vain, le prévôt de Paris, Tanneguy du Chate!, fera-t-il conduire au Louvre et à la Bastille des chars remplis des chaînes que l'on tend aux carrefours, des armes qu'on a reprises aux bourgeois; en vain le duc de Guienne, qui rentre au Louvre sous la tutelle du comte d'Armagnac, s'y fait-il apporter toutes les clés de la ville; moins de trois ans après sa mort, qui survint au Louvre, le 18 décehibre 1415, c'est au moyen d'une de ces clés rendues aux quarteniers que Perrinet le Clerc livrera une des entrées de Paris aux Bourguignons, et le Louvre se rendra de nouveau, sans coup férir, au parti triomphant.
On sait avec quelle cruauté il abusa de sa victoire. Tandis que le dauphin Charles était emmené de Paris par Tanneguy duChatel, le roi était conduit au Louvre, avec d'autres prisonniers. Les rues étaient jonchées de partisans des Armagnacs massacrés; toutes lès prisons regorgeaient de leurs chefs et de leurs adhérents, parmi lesquels on comptait le connétable d'Armagnac, des évêques, de grands seigneurs, des conseillers aux cours supérieurs. Le 12 juin 1418, la populace armée força les portes du Palais, du Temple, du grand Chàtelet, de Saint-Martin des' Champs, de Saint-Magloire, et massacra tous ceux qui y étaient renfermés, au n'ombre de plus de quinze cents. L'hôtel de Bourbon fut pillé à deux reprises différentes, et la fiancée du dauphin,. Marie d'Anjou, faillit y périr! D'après Juvénal des Ursins et Monstrelet, le Louvre fut forcé comme les autres prisons; mais s'il faut en croire un autre chroniqueur, la présence du roi préserva de la mort ceux qui y étaient enfermés.
Pas plus qu'aux Bourguignons, le château ne devait résister aux Anglais. Il leur fut remis, en vertu du traité de Troyes, en même temps que la Bastille, la Tour de Nesle et Vincennes. Après les violences des massacreurs de juin 1418, précurseurs des assassins d'août 1572 et de septembre 1792, les Parisiens saluèrent l'arrivée de Henri V, comme s'il ramenait l'ordre et la sécurité. Le sentiment national était obscurci chez eux depuis qu'ils avaient acclamé Charles le Mauvais et Jean sans Peur; il l'était à un tel point que les autorités de la ville voulurent célébrer la défaite des Français à Verneuil par
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un Te Deum, que le duc de Bedfort avait jugé plus convenable de ne pas faire chanter. Henri V, on arrivant à Paris, avait été log^er avec
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ses deux frères au Louvre, où il passa les fêtes de Noi^l 1420, y tenant pendant plusieurs jours table royale, faisant « grands pompes elbobans e (bombances), dans la grande salle où Philippe le lîel avait festoyé son prédécesseur et Charles V l'empereur. Le roi d'Angleterre, devenu nominalement roi de France en vertu du traité de Troycs, revint, en 1422, y célébrer les fêtes de la Pentecôte.
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Henri V et sa femme Catherine de France, tous deux « glorieusement et pompeusement couronnés de leurs précieux diadèmes », ■ présidèrent dans la grande salle à des festins plantureux, où ducs, princes, prélats, gonfalonniers et chevaliers de la nation anglaise « se remplissaient, selon l'expression de Monstrelet, de viandes et de breuvages, ft Les Parisiens affluèrent pour voir « le roi et la reine séans ensemble et portant couronne »; mais ils furent désappointés de ne pas être appelés à prendre part au festin, comme c'était la coutume. A la cour du roi de France, lorsque le peuple était admis au Louvre, les jours de grands repas, « tous ceux qui se voulaient seoir étaient servis de viande, très largement, par les maîtres d'hôtel et les serviteurs du roi. » Le luxe égoïste de Henri V contrastait avec l'accueil cordial de Charles VI, dont le triste abandon à l'hôtel Saint-Paul dans les derniers temps de sa vie avait fait la tristesse de ce qui restait de bons et loyaux Français.
Quel contraste aussi entre ce luxe insolent du vainqueur et ie sort des défenseurs de Meaux, qu'on amène au Louvre, en ce môme mois de mai 1422, liés quatre par quatre, pour les descendre bientôt, « comme porcs en tas, » dans des bateaux qui les emmèneront en Angleterre! Le château sert de prison, non seulement à des soldats, mais à de pauvres femmes des villages voisins de Paris, coupables d'avoir demandé des saufs-conduits pour vendanger leurs vignes aux partisans de Charles VH, qui occupent Saint-Denis, au lieu de se faire autoriser par les officiers de justice anglais.
L'occupation anglaise pesa seize ans sur Paris. Elle fut surtout funeste au Louvre par l'enlèvement des joyaux et des manuscrits qu'il contenait. Le trésor était encore considérable en 1420. La chambre aux joyaux, dont l'inventaire fut fait après la mort de l'argentier Poupart, renfermait encore dans ses armoires de grands bassins d'argent « à laver mains », des salières ouvragées, des bijoux, des draps d'or et de soie, des ornements d'église, de grands drageoirs d'argent doré, aux armes de France, ornés de licornes émaiilées. Le duc de Bedford, devenu régent après la mort de Henri V, fit transporter la plupart de ces joyaux h l'hôtel Saint-Pol, pour les avoir sous la main en cas d'alerte. La
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bibliothèque fut égaiement enlevée. Depuis 1414, des princes y avaient pris des manuscrits pour les lire en voyage et ne les avaient pas rendus; de 1,200 volumes qu'elle avait atteints, elle était réduite i\ 843, estimés 2,323 livres parisis, lorsque le duc de Bedford les acheta en 1425. 11 les emporta en 1429, et ils furent dispersés après sa mort. De cette brillante collection, formée par un prince éclairé, il subsiste à peine cinquante volumes, pour la plupart à la Bibliothèque nationale. Le Louvre avait perdu un des plus purs joyaux de sa couronne.
11 semble que la domination anglaise lui ait porté malheur. Charles Vil paraîtra le dédaigner, lorsqu'il rentrera à Paris en 1436. Il préférera dans cette ville, lorsqu'il y séjourne, l'hôtel des Tournelles, sur les terrains duquel sera construit plus tard la place Royale. Sous son règne, le Louvre ne sera plus la résidence passagère de la cour; il ne sera plus habité par des souverains étrangers, comme au temps de Charles VI, où Manuel l'aléologue, empereur d'Orient, y était descendu en 1400; où Sigismond , fils de Charles IV, y reçut « les damoiselles de la ville et les plus honnestes bourgeoises » venues pour l'y complimenter. Sa suite était si considérable que ]{> dimanche gras de l'année I4I6, où il fit son entrée à Pans, il était accompagné de huit cents a che vaucheurs » . Charles VII ordonna, il est vrai, quelques réparations au Louvre, notamment aux terrasses en bordure, qui furent remplacées par des combles; il fit orner de sa statue et de celle de son père la porte qui regardait la Seine. Dans le palais abandonné par les princes, les officiers de la prévôté transportèrent leur tribunal ; ils y tinrent leurs audiences de 1460 à 1506. Des seigneurs sont sans doute autorisés à loger
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dans quelques-uns des appartements désertés. La tour du Coin ou do Vindal, l'une des plus importantes par sa situation, est allouée à un certain Jean de Lestang, dont elle garda le nom et qui la transmit à ses héritiers. En 1486, on leur concède aussi une maison voisine et la moitié de l'allée des murs voisins de la Seine, « auprès de laquelle > on mentionne l'existence d'un « châtel de bois d
Si Louis XI se servit du Louvre, ce fut de la manière qui convenait le mieux à son sombre génie, en l'utilisant de nouveau comme prison. Sous la garde du connétable de Saint-Pol, capitaine du château, il y envoya successivement l'ancien prévôt de Paris, Robert d'Esfouteville, le comte de Dammartin, le duc d'Alençon. Ce dernier, amené la nuit, en barque, au pied de l'arche Bourbon, sortit un mois après du château pour s'entendre condamner à mort par le Parlement; sentence qui ne fut pas exécutée, mais sous le coup de laquelle ie duc resta pendant dix-huit mois.
Les derniers Valois de la branche directe préfèrent les bords de la Loire à ceux de la Seine, les châteaux de Chinon, de Loches, d'Amboise, de PIessis-1 es-Tours et de Blois aux palais de Paris et aux résidences royales des environs. Ils font leur entrée solennelle dans leur capitale; ils y viennent, comme Louis XI, pour flatter les bourgeois et en tirer de l'argent; mais ils s'en défient quelque peu, et se trouvent plus à l'aise dans des châteaux où l'écho des bruits de la grande ville et le souvenirdes troubles du commencement du siècle ne viennent pas les atteindre. Sous Charles VIII, le Louvre n'a pas d'histoire. L'Italie l'attire et l'éblouit; la renaissance qui vient l'empêche de songer au moyen âge qui s'en va. Louis Xli, plus sage, ne veut pas laisser tomber le Louvre en ruines; il répare les vitraux de sa chapelle, sur lesquels il fait peindre ses armes; il fait couvrir les murs de la grande salle de peintures qui représentent des cerfs et des oiseaux « se jouant dans de grandes campagnes >; il fait surtout du château un arsenal; il remplit de poudre ses caves; il amoncelle des armes et des munitions dans les salles basses, dans les chambres hautes.
François 1", comme ses prédécesseurs, subit l'attrait des bords de la Loire; il fait construire dans les plaines qui l'avoisinent l'éblouis-
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sant château de Chambord, avec ses tours fleuronnées de lucarnes, de cheminées et de pinacles ciselés selon les principes d'un art nou-
Le Loui re et ses aborda. Fac-similô du ]ilaii Ile paris [)ar Truschel el Hojau, public; en TiKâ.
veau; il élève à Blois un corps de logis, orné d'un escalier saillant, sculpté et fouillé comme un coffret d'ivoire; mais, comme Louis XI et Charles VIII, il ne dédaigne pas Paris et ses environs. Il met l'empreinte de son goût et de celui de son époque sur les pavillons élégants qu'il crée à Fontainebleau; il fait construire dans le bois de \ioulogne le château de Madrid, tout entouré de galeries, tout émaillé
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de faïences. Il comprend qu'il est de la dignité royale de posséder dans la capitale de son royaume un palais en rapport avec sa puissance et la transformation des arts; il encourage la municipalité à construire un nouvel hôtel de ville; il songe à réédifter le Louvre.
Dans ses campagnes d'Italie, il .a vu les palais superbes dont la plupart des villes de cotte contrée artistique étaient dotées ; il veut faire autrement et mieux que les princes de Florence, les cardinaux de Rome et les patriciens de Venise. II y réussit dans ses châteaux ; pourquoi ne le tenterait-il pas dans sa capitale? Le Louvre, par sa situation sur les bords de la Seine, par les facilités qu'il présente pour son extension, lui paraît de tous ses palais le plus digne d'être transformé sur un plan nouveau. II le séduit comme il avait su plaire à un autre roi artiste, à Charles V. Songe-t-il à le détruire de fond en comble, pour reconstruire sur ses ruines un édifice noble, régulier et complet? Ou veut-il seulement refaire quelques-uns de ses ■ corps de logis, dont l'élégante façade se dressera dans l'intérieur de la cour, où elle sera mieux protégée contre les outrages de l'extérieur? L'heure n'est pas venue où le pouvoir royal sera suffisamment assuré de sa force pour se passer de remparts et de fossés. A Blois, c'est dans la cour du château que François I'' a placé son délicieux pavillon; mais pour agir de même au Louvre, un obstacle se dresse devant lui. C'est la grosse tour qui domine la cour, l'écrase, l'encombre, l'envahit de sa rotondité massive, la prive presque d'air et de jour, et dérobe en grande partie l'aspect et la perspective des autres bâtiments. Elle est d'ailleurs un monument d'un style démodé et par conséquent méprisé, qui rappelle l'époque gothique dans ce qu'elle a de plus sombre et de moins attrayant. Son utilité pour la défense est même contestable; car, le château pris, a-t-elle jamais tenté de résister à ses envahisseurs? Peut-être aussi tombe-t-elle déjà en ruine, et nécessiterait-clle de coûteuses réparations? Toutes ces raisons militent en faveur de sa démolition que François I" ordonne en 1527. Le prisonnier libéré du donjon de l'AIcazar de Madrid, qui avait ses raisons pour ne pas aimer les donjons, fit raser celui du Louvre en cinq mois, moyennant une dépense de 2,500 livres. Des bourgeois de
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Paris la regrettèrent, non seulement parce qu'elle « était belle, haute et forte », mais aussi parce qu'elle était a appropriée à mettre prisonniers de renom, a Sous ce dernier rapport était-ce regrettable? (Je qui est plus significatif dans la destruction de la grosse tour, de qui relevaient tous les fiefs du royaume, c'est le dédain des traditions et des coutumes de la féodalité qui faisaient de cette tour un symbole. L'état politique et social ne consiste plus dans la subordination hiérarchique des vassaux possesseurs de fiefs au suzerain, mais dans la soumission égale pour tous des sujets au souverain.
La grosse tour rasée et la cour aplanie, il ne paraît pas que François P'' ait été pressé de faire au Louvre d'importantes constructions nouvelles; mais comme il manifeste l'intention de résider à Paris, a plus qu'en autres lieux de son royaume », comme il déclare que le Louvre est « le lieu le plus commode et le plus à propos i. pour le loger, il veut en 1528 le « faire réparer et le mettre en ordre, » il désire dégager la porte principale, située devant l'hôtel de Bourbon, quia été confisqué, après la condamnation du connétable de Bourbon, et qui devient une annexe du château. Le concours de l'échevinage de Paris est réclamé par lui pour l'établissement d'un chemin, le long de la rivière, en dehors des remparts, et le pavage de ce quai, qui sera fermé, du coté de l'ouest, par une porte, appelée la porte Neuve. Le roi fait en même temps réparer les anciennes constructions, sous la direction de l'architecte Guillaume de la Ruelle; il édifie de grands bâtiments pour ses cuisines, « ses estables et autres choses », vers l'ouest. Lorsque sa seconde femme, Éléonore d'Autriche, sœur de Charles-Quint, fit son entrée à Paris en 1531, il lui donna des joutes dans la cour qui s'étendait jusqu'à la rivière et qu'il avait fait niveler à cette intention. Aux noces du duc de Longuevilleet de mademoiselle de Guise, lacour intérieure fut garnie d'un tribunal ou tribune, d'où l'on assista au déploiement du cortège. En
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1533, nouvelles joutes qui durèrent trois jours. La présence du roi en 1535 fut aussi l'occasion de tournois, lis eurent lieu dans des lices situées du côté de Saint-Thomas et qui furent entourées d'échafauds ou estrades, destinés aux princes, aux dames et aux demoiselles. Les combatsjudiciaires ne sont pas encore tombés en désuétude; en 1545, le sire de La Perrine provoquera en champ clos, sous les murs du Louvre et en présence du roi et de la cour, un accusateur, qui n'osera pas se présenter. Si les coffres du trésor avaient été déposés depuis 1531 dans une des tours, le Louvre prenait surtout un caractère d'habitation de plaisance. Les laquais du légat venaient y donner récréation et passe-temps au roi, avec fifres, tambourins et autres instruments. Deux jeux de paume furent construits de chaque côté du guichet de l'est, et si l'extérieur n'en avait rien de monumental, les murailles intérieures furent décorées de peintures à fresques représentant des satyres et des nymphes.
Le château revêtit un aspect plus brillant que jamais, lors de la visite que Charles-Quint fit à François l", en 1540. Le roi, pour mieux honorer et peut-être aussi pour éblouir son rival, fit réparer, repeindre, décorer, embellir les vieux bâtiments de Philippe- Auguste et do Charles V. Des vitres peintes furent posées, des chambres tendues et meublées, des chandeliers furent fixés dans les escaliers et les corridors, les girouettes furent dorées. La cour fut transformée; les vieilles constructions de Charles V disparaissaient sous un décor moderne et chatoyant; toutes les fenêtres avaient été décorées de piliers, de frises, de a moresques », de moulures et de « soubassements d'antiques f dorés, « triomphalement peints et accoutrés, » et sur toutes étaient figurées les armes de l'empereur, du roi et de la reine de France.
Au milieu de la cour se dressait une statue de Vulcain entièrement dorée, de quinze pieds de haut, portant à la main un large (lambeau, qui brûla toute la nuit du banquet, tandis qu'aux quatre angles de la même cour des mains dorées tenaient des torches ardentes.
Devant la porte principale était érigé un arc triomphal, élevé sur deux colonnes, aveclesarmesdeCharles-Quintsupportées par deslions d'or et surmontées d'un grand aigle noir à deux têtes. C'est sous
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cet arc qu'il passa, le lendemain de son entrée solennelle à Paris, où il était descendu au Palais. Vêtu de noir, monté sur un cheval noir
caparaçonné de drap noir, il était accompagné du connétable de Montmorency, couvert de drap d'or en rapport avec les parements de son destrier; il était suivi de princes, de barons, de dignitaires de l'État et de l'Église, et d'une foule de seigneurs, chevauchant sur des genêts d'Espagne, en robes de velours fourrées de martre, portant des bonnets de velours a ferrés de for d'or, » des « chaînes d'or en écharpe, j> des images et des enseignes d'or. Son escorte était formée par les
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Suisses de la garde du roi, en velours jaune, rouge et violet, la hallebarde sur le col, marchant trois par trois, et par les deux cents gentilshommes pensionnaires du roi superbement vêtus, tenant à la main leurs becs de faucon.
François P' attendait Charles-Quint au bas du grand escalier. Toutes les salles, les galeries, les chambres avaient été tendues des plus riches tapisseries, tissées d'or et de soie, telles que « tapis de dorure faits de candélabres d'anticques tous d'or et d'argent à personnages pourtraicts au vif, n bordés de « petits enfants d'or et d'argent pourtraictz, montés sur cornets et bestions d'anticques » . Jamais pareil luxe n'avait été déployé. Les appartements du roi étaient dans un autre corps de logis que ceux de l'Empereur. La chambre de celui-ci était tendue de drap d'or semé d'aigles. Son Ut était de velours cramoisi brodé de feuillages couverts de perles et de pierres précieuses. Les murs de la grande salle, où le roi le festoya, étaient garnis d'or et de soie, parés de tapisseries superbes, représentant des épisodes de la guerre de Troie, avec des « chapeaux de triomphe, > encadrant les armes et les devises des souverains. Dans cette salle et dans les autres, se dressaient de grands buffets, tout tapissés de drap d'or et de broderies, chargés de coupes, de flacons dorés, de tasses, de bassins à laver mains, de gobelets et d'autres vaisselles d'or et d'argent en si grand nombre qu'il semblait impossible de les compter.
C'est dans la grande salle « éclairée par des candélabres presque tout d'or... et hauts comme de petits arbres », que furent offerts à l'empereur des festins analogues sans doute à celui qui lui avait été donné au Palais, et qui fut suivi de « mommeries, de farces, tragédies et mots dorés triomphants ». Après quoi, ducs, princes, seigneurs et dames se mirent à baller et à danser, « faisant, dit un nouvelliste du temps, sauts et gambades par des mesures qui semblaient droictement que les muses les guidassent! » Charles-Quint aimait la musique; car il voulut entendre de nouveau au Louvre un beau motet qui avait été chanté devant lui le matin à la Sainte-Chapelle. 11 y reçut aussi les députés de l'Université et l'échevinage de Paris. Celui-ci vint lui offrir, dans un étui de cuir semé d'aigles à
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