‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 101 sur 428 · CHAPITRE LVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIL

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ii întfm ée b mnatiiiwi «t ^ertoewe inrtooeiie Ame, nrne de rnaoB et ducbesse de Bretaigne, du niariage dm wj htjs douzième arec Marie d'ADgleterre, et de la mort

Le ivjr se retira en la viHe de Moys pour s'y R^ouyr quelque peu, mais le plaisir qu'il y pttoit prendre luy tourna en grande douleur el tristme ; car, environ le commencement do amier, sa bomie compaigne et esjpouse tumba

malade, et qndqnes médecins qu'elle eust, en moins de buyt jours rendist Famé à Dieu, qui fiit donunaige non pareil dans le royaulme de France et dueil perpétuel pour les Bretons. La noblesse des deux pays fit perte inestimable, car de plus magnanyme, plus sage, plus vertueuse, plus libéralle ne plus accomplie princesse n'avoit porté couronne de France depuis qu'il y a eti tiltre de royne. Les François et Bretons ne plaignirent pas seuUement son trèspas, mais es Almaignes, Espaignes, Angleterre et Escosse, et en tout le reste de l'Europe fiit plaincte et plorée. Le roy son mary ne donnoit pas les grans sommes de deniers de paour de fouler son peuple, mais ceste vertueuse dame y satisfaisoit ; et y avoit peu de g«i8 de vertus en ses pays à qui une fois en sa vie n'eust fjEdt quelque présent. Pas n'avoit trente et huyt ans accomplis la gentille princesse, quand cruelle mort en fit si grant dommaige à toute noblesse. Et qui vouldroit se$ vertus et sa vie descripre comme elle a mérité, ihfanldroit que Dieu fist ressusciter Cicero pour le latin et maistre Jehan de Meung pour le françois, car les modernes ne sçaurc^nt y attaindre. De ce tant lamentable et très piteux trespas en fut le bon roy Loys si affligé que huyt jours durant ne &isoit que larmoyer, souhaitant à toute heure que le désir de Ifostre Seigneur feust luy aller tenir compaignse. Tout le reconfort qui luy demoura, c'e^toit que de Juy et de la bonne trespassée estoient demeurées deux bonnes et belles princesses, Claude et Renée, qui avoit environ trois ans. Elle fut menée à Sainct-Denys, et là enterrée; et.hiy fut fait son service tant audit Bloys qu'audit SainctrDenys, autant solempnel qu'il fat possible, plus de trois moys entiers par tout le royaulme de France ; et par la duché de BreUigne n'eust-on ouy parler d'autre chose que de ce lacrymable treq^. El croy certainement qu'il en soubvlent encores à plusieurs ; car les grans dons, le doux recueil, le gracieulx parler qu'elle faisoit à chascun la rendront immortdle. Environ le moys de may après, que Fondisoit 1514, espousa monscigneoT François, duc de Valoys et d'Angaulesme, Claude, aimée fille de France et duchesse de Bretaigne, au lieu de Sainct-Germain-cn-Laye. En ladicte amiée, environ le moys d'octobre, par le mpyen du seigneur de Longueville, luy estant prisonnier, qoi avoit traicté le mariage

CHRONIQUE DE BAYART,

4e leursgens. Or atenda qu'il advint» le seigneur Prosper avoil bonnes espies; et fut adverty en auant à la messe » dedans cette petite ville de Yillefranche, que les François estoient aux diamps en gros nombre. Il fist responce en son langaige qu'il sçavoit bien qu'il n'y avoit que le cappitaine Bayart et sa bende , si les autres ne sont voUés par dessus les montaignes. Ainsi qu'il retoumoit de la messe , vindrent cneores d'autres espies quiluy dirent: «Seigneur» je vous advertys que j'ay laissé près d'icy plus de mille chevaulx des François, et vous viennent trouver icy . » H fut ung peu esbahy ; si regarda ung gentilhomme des siens auquel il dîst : « Prenez vingt cbevftulx et allez le chemin de Carmaignolle jusques à deux ou trois milles d'icy» et regardez si verrez riens qui puisse nuyre. •» Cependant il commanda au mareschal des logis de ses bendes qu'il fist sonner la trompette. Les François marchoient toujours, et à mille et demy de Yillefranche rencontrèrent en sortant d'un petit boys ceulx que le seigneur Prosper envoyoit pour les descouvrir* Lesquels quand ils les advisèrent commencèrent à tourner le dos et à bride abattue retourner vers Villefranche. Le gentil seigneur d'Ymberçourt leur donna la chasse à tire de cheval, et manda au bon chevalier, par ung archier, qu'il se bastast. II ne luy convint pas dire deux Cpis. Avant que les gens du seigneur Prosper eussent gaigné Yillefranche, le seigneur d'Ymberçourt les atteignit; on voulut fermer la porte, mais il les en garda tant qu'il peut. Et y fist d'armes le possible , sans estre blessé , fors un peu au visaige. Cependant va arriver le bon chevaUer avec ung bruyt merveilleux, en sorte qu'ils gaignèrent la porte. Ce mareschaldes logis qui jà estoit monté achevai avec aucuns gendarmes, ets'encuydoit aller à Pynerol, ouyt le bruyt et se va gecter en la place pour se mettre en defTense, mais tout cela fot poussé par.terre, et en fut tué une partie. Les seigneurs d« la Palisse et d'Aubigny arrivèrent, qui misrent garde à la première porte « et en allèrent garder une autre afin que personne ne s'eschappast, car il n'y en avoit que ces deux en la ville; mais nefust possible si bien lesgar- ' der que , par dessus la petite planchette qui est joignant dupont-levis, ne se sauvassent deux Albanoys, qui, comme si tous les dyables les avoient emportés, coururent dire a une troppe de quatre mille Suysses, qui n'estoient que à

trois milles de là, le meschief qui eitoit advenu au seigneur Prosper. Lequel cependant fut assailli en son logis où il disnoit et se voulut deffendre comme ung homme de guerre qu'il estoit ; mais quand il congneust que peu luy vauldroU son effort et qu'il entendit les noms des c^ipitaines qui estoient là rassemblés, se rendit m plus grant regret du numde, mauldissant sa mrtune d'avoir ainsi esté surpris, et que Dieu ne luy avoit fait ceste grâce d'avoir trouvé les François aux chaaips. Le bon chevalier oyant ces paroles le reoonfortoit du mieulx qu'il povoit, disant : • Seigneur Prosper, c'est l'hair de la guerrel^une fois perdre et l'autre gaigner. • Hais toujours y avoit-il meslé quelque mots joyeulx ; et disoit enoores : «Seigneur Proqper, vous souhaitez nous avoir trouvés à la campaigne ; je vous promets ma foy que ne le debvriez pas vouloir pour la moy tiède vostrebien, car à la foreur et au talent de bien combattre ou estoient nos gens, il eust esté bien difficile que vous, ni nuls des vostres feussiez escfaappés vifs. » Le seigneur respondit froidement ; «J'eusse bien voulu, s'il eust pieu à Nostre Seigneur, prendre sur ce hazard , l'iadventuce, • Quant et le seigneur Prosper, forent pris le comte Policastre, Petre Morga^it et Charles C&damosto lesquels estoient cappitaines des gens 3e guerre estants là, qui furent aussi jurisonniers. Et puis chascun se mist an pillage, qui estoit fort grant pour si petite compaignie et s'il eust esté bien mené on en eust tiré cent cinquante mille ducats. Et entre autres choses c'estoit ung trésor des chevaulx qui y forent gaignés, où il y en avoit six ou mpi cens, dont les quatre cens estoient de prix^ tons coursiers et chevaulx d'Espaigne. Et a-I'on depuis ouy dire au seigneur Prosper que ceste prinse luy coosta cinquante mille escus, tant en vaisselle d'or et d'argent , argent monnoyé , que austres meubles. Les François n'eurent pas loysir de tout emporter, car nouvelles vindrent que lesSoysses, vers ksqueb les Albanoys estoient aOés, marchoient le grant trot et estcHent desjà bia» près; si forent entre eux mesme eonseiUés d'enlx mettre an retour; Onsonnala trompette. Chascun prit le meilleur de son butin, misrent leurs prisonniers devant eulx, puis s'en retournèrent; et comme ils sortoient par une porte, les Suysses entroient par l'autre ; mais les ungs estoient à pied et les autres à cheval qui nç

PAR LE LOYAL SERVITEUR, CUkP. LIX.

s^en WQCioient gnères. Ce fot une des belles enàtprinses qui deux cens ans devant eust esté Cùcte. Le seigneur Prosper, qui se vantoit qu'il preodrott le bon chevalier comme le pijon dedans la caige, eut le contraire sur luinnesme, et toolpar la yigflance dUcelluy bon chevalier. Le roy de France estoit desjà par les montaignes où jamais n'avoit passé armée, et eut les nouv^es de oeste beDe deflkicte à la montaigne de Sainct- Pol, dont il feust joyeulx à merveilles; si toi toute sa compaignie. Or n'estril rien si certain que h prinse de Prosper Colonnne fist moult de serriee aux François; car sans cela se fieust trouvé à la bataille qui fut qudque temps après ; et par son moyen s'y feussent trouvés tous les Espaignob et k reste de J'armée du pape , qui eufat asMmblés eussent bit nombre de mille hommes dParmes, qui estoient pour &ire de Tennuy etdela&scherie, dont on se passa bien.

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