‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 108 sur 428 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Bo gnol duel qui fot démené pour le trespas du bon chera- ^ 1er éaospâouretsansreproQcbe.

Qoffid les tioutelles forent espandues parmy les deux armées, que le bon chevalier avoit esié toéou pour le moins blessé à mort, mesmement au camp des Espaignob, combien que et fedM Fung des hommes du monde dont ils éo^Katgraigneur crainte, gentils-hommes et soridsn en furent desplaisans merveilleuse^ É^tpdusr beaucoup de raisons ; car quand en K» tivant foismt cotlrtes, et il en prenoit autmà pridoimiertf, le^ traictoit tant humainenent que merrelUes, et de rançon tant doulcentetqiÉe tout homnie se contentoit de Itiy. Us MBpkoissOieiit que par tô mort noblesse estoit gnodemeut affoiUie ; car, sans Uasmer les autitt, a a caté parfait chevalier en ce monde. KsmlÉ la ggerte avec hiy , s'adressoient leurs jernes gemils-hommes. Et dist ung de leurs pte^iwa cappitaines, le marquis de Pescare, «pifc fîut vfeolr avant qrfil rendlst Famé, une Mlé^^irbile à sa louenge, cpi Ait telle, en son l«Agttp : - Pkust à Dieu, gentil seigneur de •*]^ <ltf a m'eust cousté une quirte de mon tt^, sÉùs mort recevoir, et ne deusse manger d^ de deux ans, et je voustiensisse enbonne

ijdnlaiinfAmcf».

santé mon prisonnier : cai* par le traictement que je vous féroîs, auriez congnoissance de combien j'ay estimé la haulte prouesse qui estoft en vous. Le premier los [que vous donnèrent ceulx de ma nation quand (mt dist : Muchos Grisones y poco» Baiardùs *, ne vottt ftif pas donné à tort; car depuis que j'ay congnois^ sance des armes, n'ay veu ne ouy parler de Chevalier qui en toutes verttw vous ait approché. Et combien que je deusse estre bien ayse vouil veoir ainsi , estant asseqré que Fempereur^ mon maistre , en ses guerres n'avoit point de plus grand ne rude ennemy, toutesfois], quand je considère la grosse perte que &it aujourd'huy toute chevalerie, Dieu ne me soit jamais en ayde si je ne vouWroys avoir donné la moytié de mon vaillant, et qu'il feust aultrement. Mais puisque à la mort n'a nul remède,je requiers cil qui tous nous a créés à sa ressemblance, qu'il veuille retirer vostre ame auprèsde luy .»» Teispiteuxet kcrymalles regrets faisoit le gentil marquis de Pescare, et plusieurs aultres cappitaines, sur le corps du bon chevaliei* sans paour et sans reprouche. Et croy qu'il n'en eust pas six de toute l'armée des Espaignols qui ne le veinsissent veoir après Ftmg Fautre. Or, puisque ainsi est que les ennemys si eflbrcéementploroient samort, peultrOnasset considérer la grande déplaisance qui en fut partout le camp françois/ tant des cappitaines, gens d'anobes qud gens de pied ; car de chascun en sa qualité se fiiisoit aymer à merveilles! Totis eussiez dit qu'il n'y avoit celluy qui n'eust perdu son pèrfe ou sa mère. Mesmement les povres gentils-hommes de sa compaignie faisoientdueil inestimable. «Las! disoieùt-ils, parlants àla mort ; desloyale furye ! que t'avoit meffaict ce tant parfait et vertueux* chevalier? tu ne t'es pas vengée de luy tout seul; mais nous tous as mis en doideur, jusqueé à ce que tu ayes Éait ton chef-d' oeuvre sur noui comme sur luy. Soubs quel pasteur yrons-nouà plus aux champs? Quel guyde nous pourra désormais Dieu donner, où nous feussions en teBe seureté que quand nous estions avecques luy f car il n'y avoit ceDuy qtii en sa présence né fetist aussi asseuré qu'en la plus forte place dû monde. Où trouvcrons-nbus doresnavant càp-

(I) Jeu de mots çspagnol sur le mot Baiardo, qui est aonl I» nom du cheval de bataille du iameux paladin Renaud de Montauban. « Ity a beaucoup de chevaux yriS} mais il n'ett qu'un

CHRONIQUE DE BAYART,

piuine qui nous rachapte quand nous serons prisonniers, qui nous remonte quand nous serons desmontés, et qui nous nourrisse comme il lefaisoit? U est impossible. 0 cruelle mort I c'est tousjours ta façon que tant plus ung homme est parfait, de tant plus tu prends tes esbats à le destruire et le deffoire. Mais si ne sçaurois-tu si bien jouer qu'en despit de toy, combien que tu luy ayesosté la vie en ce monde que renommée et gloire nedemoure immortelle tant quMl durera, car sa vie a esté si vertueuse qu'elle laissera souvenir à tous les vertueux et preux chevaliers qui viendront après luy.» Tant piteusement sedémenoient les povres gentilshommes que, si le plus dur cueur du monde eust esté en présence, l'eussent contrainct partir à leur dueil. Ses povres serviteurs domestiques estoient tout transis ; entre lesquels étoit son povre maistre d'hostel, qui ne l'abandonna jamais ; et se confessa le bon chevalier à luy par faulte de prestre. Le povre gentihomme fondoit en larmes, voyant son bon maistre si mortellement navré que nul remède en sa vie n'y avoit. Mais doulcement le reconfortoit icelluy bon chevalier, en luy disant : « Jacques, mon amy, cesse ton dueil, c'est le vouloir de Dieu de m'osterde ce monde; je y ay, par sienne grâce, longuement demeuré, ety ay receu des biens et honneurs plus que à moy n'appartient ; tout le regret que j'ay à mourir, c'est que je n'ay pas aussi bien fait mon debvoir que je devois; et bien estoitmon espérance, si plus longuement eusse vescu, d'amender les faultes passées. Mais puisque ainsi est, je supplie mon Créateur d'avoir pitié, par son infinie miséricorde, de ma povre ame ; et j'ay espérance qu'il lè fera, et que, par sa grande et incompréhensiblebonté n'usera point envers moy de rigueur de justice. Je te prie, Jacques mon amy, qu'on ne m'enliève point de ce Ueu ; car quand je me remue, je sens toutes les douleurs que possible est de sentir, hors la mort, laquelle me prendra bientost. » Peu devant que les £spaignols arrivassent au lieu où avoit esté blessé le bon chevalier, le seigneur d'Âlègre, prévost de Paris, parla à luy et luy déclaira quelque chose de son testament. Aussi y vint ung cappitaine des Suysses, nommé Jehan Dyesbac, qui l'avoit voulu emporter sur despicques, avec cinq ou six de ses gens pour le cuyder sauver; mais le bon chevalier^ qui congaoissoit comment U luy

estoit, le pria de vouloir bien pour ung peu le laisser penser à sa conscience, car de l'ester de là ne seroit que abrègement de sa vie. Si convint aux deux gentilshommes en grans pleurs et gémissemens, le laisser entre les mains des ennemys ; mais croyez que ce ne feust pas sans grans regrets, car à toute force ne le vouloient habandonner; mais leur dist : « Messeigneurs , je vous supplie , allez-vous^n ; autrement vous tomberiez entre les mains des ennemys , et cela ne me prouffiteroit de riens, car il est fait de moy. A Dieu vous command, mes bons seigneurs et amys. Je vous recommande ma povre am^, vous suppliant, au surplus, adressant sa paroUe au seigneur d'Alègre, que saluez pour moy le roy nostre maistre, et que desjdaisant suis que plus longuement ne luy puis foireservice, car j'en avois bonne voulenté, à messeigneurs les princes de France, à tous messeigneurs mes compaignons, et généralement à tous les gentils-hommes du très honoré royaulme de France, quand les verrez.» En disant lesquelles parolles, le bon seigueurd'Alègre ploroit tant piteusement que merveilles, et print en cest estât congé de luy. Il demoura encores en vie deux ou trois heures; et par les ennemys luy fut tendu ung beau pavillon sous lequel U fut couché; et luy fut amené ung prestre, auquel dévotement se confessa, et en disant ces propres mots : « Mon Dieu, estant asseuré que tu as dist que celluy qui de bon cueur retournera vers toy, quelque pescheur qu'il ait esté, tu es tousjours prest de le recevoir à mercy, et luy pardonner. Hélas! mon Dieu, créateur et rédempteur, je t'ay offencé durant ma vie griefvement, dont il me desplait de tout mon cueur ; je congnois bien que quand je serois aux déserts mille ans, au pain et à l'eau, encores n'est-ce pas pour avoir entrée en ton royaulme de paradis, si par ta grande et infinie bonté ne t'y plaisoit me recevoir; car nulle créature ne peult mériter en ce monde si hault loyer. Mon Père et mon Saulveur, je te supplie n'avoir nul regard aux faultes par moy commises, et que ta grande miséricorde me soit préférée à la rigueur de ta justice.» Sur la fin de ces parolles, le bon chevalier sans paour et sans reprouche rendit son ame à Dieu, dont tous les ennemys eurent un dueil non croyable. Par les chefs de l'armée des Espaignols, furent commis certaine gentilsbonunes pour le

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