PROLOGUE
Du temps.qne le Jeune Advenlureux lenoit sa prison auchasteaude FEscluse en Flandres, sous un gentil-homme nommé Charles de Sainl-Paul, capitaine dudit chasleau ; par et afin de passer son temps plus légèrement , et n'estre oiseux , voulust mettre par escript , en manière d'abbregé , les adventures qu'il a eues et veues , et ce qui est advenu en son temps, depuis Tâge de huit à neuf ans jusquesen Tâge de trente-quatre ans, pour monstrer et donner à connoistre aux jeunes gens du temps advenir, pour en lisant y proufiter sans entrer en paresse, et pour avoir la connoissance de luy et qui il feust. Scm père estoit messire Robert de la Marche, seigneur de Sedan , et frère au cardinal de la Marche , qui tenoit le duché de Bouillon entre ses mains; laquelle lignée de la Marche, est venue d'un ancien Romain de père et de fils jusques à présent, lequel étoit prince de la marche d'Ancone, lequel feust banni de son pays, et de là s'en vint en Allemagne, où il fonda la comté de la Marche et la comté d'Aremberg, et plusieurs autres: et vint aussi ledit Adventureux , du costésa mère, de dame Catherine de Croy, sœur à messire Charles de Croy, prince de Chimay.
Or, dit l'histoire, que quand le Jeune Adventureux feust en l'âge de huit à neuf ans à la maiswi de monsieur son père à Sedan, qui pour lors estoit revenu d'une guerre qu'il avoit faite contre le duc de Lorraine» ce jeune homme Ad-
ventureux se voyant en âge de pouvoirmonter sur un petit cheval, et avec ce, que desjà en son temps avoit leu quelques livres des chevaliers adventureux du temps passé, et aussi avoit oui raconter des adventures qu'ils avoient eues et achevées, délibéra en soy d'aller veoir le monde, et aller à la cour du roy de France Louis douzième, qui pour lors estoit le prince le plus renommé de lachrestienté ; et fist tant, avec l'aide d'un gentilhomme françois, le vicomte d'Etoges, gentil chevalier et allié de sa maison, et d'un qui s'appelioit le capitaine Jennot, ou le bastard gascon, lieutenant de cent hommes d'armes de la compagnie de monsieur de Sedan, et principalement avec l'aide de madame sa mère , fist tant que ledict sieur de Sedan feust content qu'il allast en France devers ledict roy Louis douzième. Et print congé ledict Adventureux de ses père et mère, lesquels lui baillèrent un jeune gentilhomme nommé Fontaine, fils du prévost de Bouillon, pour estre son gouverneur, et le conduire devers le roy ; un gentilhomme gascon, nommé ïoumeville, appelle en France le Chevallier des Ardennes ; et un autre ùommé François de La Jouste, seigneur de Ferrant ; et le porteur d'enseigne de sa compagnie, nommé Vidost; et le menèrent passer à Pougy vers madame de Braine , sa tante ; et de là s'en alla vers le roy de France, qui se tenoit à Biois.
MÉMOIRES DE FLEURANGE, CHAP. I