‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 14 sur 428 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comment le seigueur de Bayart, père dq bou dievs^jer lan^ paour et sans reprouche,eut vouloir de sçavoir de ses en- £ms de quel estât ils vouloleiit estre.

Au pays de D|tiilpb)né fpfi pQ§;Me pfési^B^ ment le roy de France, et ont fait ses prédéces^mcs, de^s ^pt ou bnyt i^t^ apf qu'fin^ daulphin, Ymbert, qui fat le dernier, leur en fit don, y a plusieurs bonnes et gvdsies mainns de gentilshonnnes, et dont il est sorti tant de vertueux et ï\qt^es chev^iers que le broyt çn court par toute la dàresti«ités en sorte que tout ainsi que Pescarlate passe en couleur toutes autres tincturos ^ dF4p3; «ana Uamaer la indilesii d'autre région, les Daulphinois sont appelés, par tous ceulx qui en ont congnoissance, Veg^ carlate des gentilshommes de France. Entre lesquelles maisons est celle de Bayart, de ancienne et noble extraction; et bien l'ont, cenlx qui ea sont saillis, monstre; car % la joi^rnée de ipoiçtiers, le ter-ayeul du bon chevalier sans paour et sans reprouche mourut aux pieds du roy de -France Jehan ^ à la journée de €récy, son bysayeul ; à la journée de Mont-le-hefy demoura sur le champ son ayeul avecques six plaies mortelles, sans les autres; et à la journée de Guignegaste fat son père si fort blessé que oncques puis ne put guères partir sa maison, où i| mourut âgé de bien quatre-vingts ans. Et peu de jours avant son trespas, considérant, par nature qui en lui défeilloit, ne pouvoir pas fiiire grant séjour en ce mortel estre, appela les quatre enfans qu'il avoit, en présence de sa femme, dame très dévote et toute à Dieu , laquelle estoit sœur de l'évesque de Grenoble, de la maison des Alemans. Ainsi, ses enfens venus devant tuy, à l'aîné demanda , qui estoit en l'âge de dix-huyt à vingt ans, qu'il vouloit devenir, lequel respondit qu'il ne vouloit jamais partir de la maison, et qu'il le vouloit servir sur la fin de ses jours. «« Eh bien! dit le père, Georges, puisque tu aymes la maison, tu resteras ici à combattre les ours. » Au second, qui a esté le bon chevalier sans paour et sans reprouche, fat demandé de quel estât il vouloit estre ; lequel, en l*âge de trei:^ ans ou peu phis^,esveillé comme ungesmérillon, d'ung visage riant respondtt comme s'il eust eu cinquante ans : « Monsetgoe^r B^qn

(1) Bayart était qé en U7Q,

DE B4YiRT, [1489]

père, combien que mon amour paternelle me tiepgne si ^rapdf ment obligé que je dusse ouli^ier toutea cbos«8 pour vous servir sur la fin de vostrevie, ce néanmoins, ayant enraciné dedans mon cueur les bons propos que chascun jour vo^ féçil^ 4^8 ppt^ hôoiQ^ du temps passé, mesmement de ceulx de nostre maison , je seray , s'il yP9^ plMsfc (ie l'çat^t dPPt vous çt vos prédécesseurs ont esté, qui est de suivre les armes ; ^ c^ la €^^ ^ ce monde dont j'ai le plus grant désir ; et j'espère, aydant la grâce de Dieu, pç Yqus faire j^i^t 4e (Iç^qoncqr. - Alors respondit le boa vieiUart ea larmoyaot : « Mon enfant. Dieu t'en doint la grâce ! jà ressonbles- H» ^ vi^ftgç et dç cçriifgç f toi^ gi»nt père, qui ht en son temps ung des accomplis chevaliers qui fast en chrestienté : si mettray peine de te bailler le train pour parvenir à ton désir. *• Au tiers «nswto demanda quel m&jvk M w>uloit ^9^% il rfWP^^it W'U ^uloit estre de Testât de son oncle, monseigneur d'Esnay, ung abbaye près Lyon. Son père le luy accorda et l'envoya par un sien parent à son dict oncle qui le fit moyne ; et depuis a esté, par le moyen du boa chevalier son fi-ère, abbéde Josaphat, aux faulxbourg$^ de (ïivrlrçf. l4 4epùef resppifdit de mesme sorte, et dist qu'il vouloit estre comme m» onde meoseigneur de (irei¥Met § q^i Ufat fiimUesieot dowé, et poM %près W g( ç^wf>ifii« de PégUse Noatve-Daiafit et depuis parle ipiwfi^ tàvym que aea km^ le inftyAe, f«t 9lbbé. V 6»! éyesque de Gla^idwYea ^ fi^veœe* péliyv^i^ii^ les ai^tres Ireiafirèrealà, et 9»¥«aQMlL VI^VNi^ du boa ehenralm aaaa pMur 6t «yM r«pru«^

€HABiTR£ II.

prouche envoya quéçir son beau-frère révesqye de Grenoble poor atfeîp à luy, parce qu'B 06 poirroié ph» paMfr

Joviale propoittfuip^rlepèreiièbeaeheva^ lier à aea fîalra eniHia» #t pfa;«e ftt' il Q« poavok pluia «hevwicbiv, env^^ya uns d(» se» aervileun l^lwMkMMA )k Cx^Êtobii^ dever& révesigae son iMVHfeèfe, à e^<pi« aoft pUîAhr Ufily pQ«r ^» ennea eh^sM^i'il avoit à lui dic^ ^ vpulqîr tranap^rtiep jfmpfm k 3a «^aîsoa de Bajart, difl»«B*4^t Ciim^ eîoq màpk lîeuea.; à

tltt»] PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. IL

Ibt hs de fiiire ^liisir î ttttg ehasdlti, dbt^ttipéM (te trfeS boii eHëttt: Si pairtit, inbotitinent b lettiré Mîfeîié^ et ren tim âti gistè eu Id mai^ son de iTâyftrt) bù U tirbtit^ d<m beiu-A-èré en

qm (âiâiit àti^ dti itëû\ mti^m getis dé son

âge mi toëleiHleH. Si ^ âftiu^iit Ymg Vmtre et firent le s(^if lé niëillêilté thitiè qu'ils penrent enseillMe^ et ëil lëtr e6iil|lâigtlie pluâenH Mti*es ^tUMbriimëà dti Dâtilphiné qui esttfhm a aâsethMéfi ; poiâ; qtiâilt il foi heurè^ dM^ettti «e h^rË ëii sa ëhftttibire ;6ii il» reposèrent

jdsqdëft i leitdèibftlil niiUii qiills se letëreht) et e^tic^dt là ttiessë ^ lediet étesque de Grénèfeile ekfttitâ i e«r t^tdëhtiets disdit tcmë les joèf flieflàe^ ff a n'éstmt Inal de sa persGfdtfe: Et

phist i rtostre Seignetîr qtie les prékts do présent tè^etit ftttSSi MiiS SèrvitetlrS de DIett et atttsl éhMritabieÉ UàA povres qa*il it esté en son teffips ! La tbèssé oufë) é(^yint later leè itiâins et se itiettre dé teehiéf K tâMe, od ebâsettn fit trbr bèttitie chiëre ; m f setiréH W boii <*ieta- Uet^ tkttt Sftgetueht et hônnestéhiént qtfe tout hotttflte en disdit Men. Sdr Ik fin du disnerj et a|vès graees diètes, lé iKm tieillart, seigneur de Biiyaft, eëfiimemea ainili ees parolles à toute la eôttipafgiiie: << Motrseigneur et mesaéigilecirs, Poccasidft pemrqtioy vous ay mandé« est tetitps d'ml'e déelairée, car tons estes mes pÊtnm a aury s ; et jk Voyet-tous que je sM I^ Vieillerie si oppressé qu'a est qoasi impussIMe que puisse titré deux ans. Dieu nf a donné quatre fts, desquels de diaseun ay bîéU touKi eÉiqaêrir quel traiû ils veulent tenir; et êritfé autres ufa dit ntofh fils Pierre; é[U'it vent soyvre les anfi» ^ déUt !J m'a fldt nn *ingulier jrfaisir \ car il ressemble entièrement de tontes façons à thbh ffetf sel^itr de père, vostrc parait ; et si de condition il luy veut aussi b^ ressèfuMè^, fl e^t imposiâtbie qtf H ne stoH en son vivant ung grant homme c(e bien, dont je croy que nng chascnn de vous, comme mes bèlBt^pifeni^ et amys, Slfrié^ iAeU aises. Il u/est béHMg,' ptor SUfi èôUUmericement, le tttettre en la ioÊîsm de (fi^itfi^ prince on «eîgnenr, afife qtf y a^pi^gne à Se contehfr honnesteiUént ; ef qmâf ilséa ttn^ peu plus graut, appreiïdra fe Mffir dei sftisëÈi: h tat»jtîëi UM ^e je peM/ qiléeliaJeUfinfé ànt^^ eU sou endroit lé nài 6ftj<^lép(Wrifaytf<îétfi loger, w Alorsdrt ru^dl»fjfosancieusgébfîlShoMnes : à it faut

dit qu'il seroit fbrt biéti en la maison dé BoiirbOn ; et aiîiël d'ung en autre ti'y eut celuy qui it'en dist Son avis. Mais l'évesque de Grenobte parla et dist : i* Mon frère, vous sÇavfet que nous tomiaes en grosse amitié avecques leduc Charles de Savoye^ et nous tient du nombre de Ses botls serviteurs ; je croy qu'il le prendra touléntieH pour ung de ses paigfes. Il est à Chambéry; c'est près d'icy : si bon fous semblé, et & la fcompaignie, je le lui liiènerai demain au matiil; après l'avoir très bien mis en ordre et garny d'ung bas et bon petit roUssirt que j'ay dépUiS trbiA ou quatre jours en fcà recoutert du seigueur du Riage. - Si fiit le propos de l'étesqué de Grenoble tenu à bon de toute la compaignie,' mei^enlent du dîfct seigrifeur de Bayart, qui lui livra son fils en lui disant : tf Tenet, Uiônseigneur, je prie à Kostre Sèîgnèui', que si bon présent en puissiez fiiire , qu'il vous fasse hOiirieur eti sa vie. »» Alors tout iriëontirièrit envoya le dit évesque à la ville quérir soh tailléUr^ auquel II ttteda apporter velou^, satiU, et autres chOSeà nécessaires pour habiller lé bon chevalier. H vhit et besogna tdutc la irnyt,^ de Sorte qUe le lendemain matin fut tout prest : et après avoir desjetiué^ monta sûr son roU«ôn, et se préâenta à toute la compaignie^ qui eStoit en la bassè-courtdu chasteau, tout ainsi qde si UU l'enst voulu présenter dès l'heure au duc de Sàvoye. Quant le cheval sentit si petit hit sur luy, joiftct aussi que le jeune enfant avolt ses espérons dont il le pîcqooît, cdtfWieheèa i faire trois ou quatre saulx ; de qëby la ètrtn|)aigniè eut paour qu'il affollast le garàoÈf ; rtlais en Meu dé ce qu'on cuydoit qu'il detist erièr à Payde, quant il sentit le cheval si fort remuer SUttbs lui, d'tmg gentil cueur assuré, comme Ung lyon, hrf donna trois ou quatre cdUpi ff espérons et une carrière dedani^ ladicte bas^côutt : eti sorte qu'il mena le cheval à la raîsbn comme s'îleust eu trente ans. U ne fault pa« demander st le bon vieillart fut ayse -, et scrtés-tîaut de joîe, demanda à son fils s'il avoit point de iwtour ; car pas tf avoit quinze jours qtfîl-éstoit sorty de l'eseolle : lecpiel respondit d'ung visage assuré : *^ Monseigneur, j'espère, avee Payde de Ken, avant qu'il soit six ans, le remtier, hry on tout autre, en plus dangereux lieu ? ear je sois îcy parmi mes amys, et je poUrray estre parmy les ennemys do maistre

^il wm «voyé au rcry dé France. • Uu autre l que je àefviray. —Sus! sus! dist le bon éves-^

CHRONIQUE DE BAYART,

que de Grenoble qui estoit prest à partir ; mon nepveu, mon amy, ne descendez point, et de toute la compaignie prenez congé. » Lors le jemie enfant, d'mie joyeuse contenance, s'adressa à son père, auquel il dist : « Monseigneur mon père, je prie à Nostre Seigneur qu'il vous doint bonne et longue vie, et à moy grâce, avant qu'il vous oste de ce monde, affin que puissiez avoir bonnes nouvelles de moy. — Mon amy, dit le père, je t'en supplie. *• Et puis luy donna sa bénédiction. Et après alla prendre congé de tous les gentilshommes qui estoient là, Fung après l'autre, qui avoient à grant plaisir sa bonne contenance. La povre dame de mère estoit en une tour du chasteau , qui tendrement ploroit; car combien qu'elle &LSt joyeuse dont son fils estoit en voye de parvenir, amour de mère Fadmonestoit de larmoyer. Toutesfois, après qu'on luy fust venu dire : « Madame, si voulez venir voir votre fils, il est tout à cheval prest à partir ••, la bonne gentille femme sortit par le derrière de la tour et fist venir son fils vers elle, auquel elle dist ces paroUes : « Pierre, mon amy, vous allez au service d'un gentil prince. D'autant que mère peult commander à son enfant, je vous commande trois choses tant que je puis; et si vous les faites, soyez assuré que vous vivrez triomphamment en ce monde : la première, c'est que, devant toutes choses, vous aymez, craignez et servez Dieu, sans aucunement l'offenser s'il vous est possible, car c'est celluy qui tous nous a créés, et qui nous fait vivre ; c'est celluy qui nous saulvera : et sans luy et sa grâce ne saurions faire une seulle bonne œuvre en ce monde ; tous les soirs et tous les matins , recommandez-vous à luy, et il vous aydera. La seconde, c'est que vous soyez doulx et courtois atout gentilhomme, en ostant de vous tout orgueil. Soyez humble et serviable à toutes gens ; ne soyez maldisant ne menteur ; maintenez-vous sobrement quant au boire et au manger. Fuyez envye, car c'est un vilain vice. Ne soyez flatteur ne ri^>porteur', car teUes manières de gens ne viennent pas voulentiers à grande perfection . Soyez loyal en faicts et dicts ; tenez vostre parolle. Soyez secourable aux povres veufves et aux orphelins, et Dieu vous le guerdonnera. La tierce, que des biens que Dieu vous donnera vous soyez charitable aux povres nécessiteux ; car donner pour l'honneur de luy

n'apovritoncques hommes : et sachez de moy, mon «ofant, que teUe aumosne que vous pour* rez faire graïklement vous prouffit^a au corps et à l'ame. Velà tout ce que je vous en charge. Je crois bi^ que vostre père et moy ne vivrons plus guères. Dieu nous face la grâce, à tout le moins tant que serons en vye, que toujours puissions avoir bon rapport de vous, n

Alors le bon chevalier, quelque jeune aage qu'il eust, lui respondit : •> Madame ma mûre, de vostre bon enseignement, tant humbl^nent qu'il m'est possible, vous remercie ^ et espère si bien l'ensuivre que, moyennant la grâce de celluy en la garde duquel me recommandez, en aurez contentement. Et au demourant, après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce, je vois prendre congé de vous. »

Alors la bonne dame tira hors de sa manche une petite bourcette, en laquelle avoit seulement six escus ^ or et ung en monnoye qu'elle donna à s(m fils ; et appella ung des serviteurs de l'évesque de Grenoble, s(m firère, auqud elle bailla une petite malètte en laquelle avoit quelque linge pour la nécessité de son fils, le priant que, quant il seroit présenté à monseigneur de Savoye, il voulust prier le serviteur de l'escuycr, soubs la garde duquel il seroit, qu'il en pristun peu soing jusqu'à ce qu'il fiist en plus grant âge ; et luy bailla deux escus pour luy donner. Sur ce propos print l'évesque de Grenoble congé de la compaignie, et appela son nepveu, qui, pour se trouver sur son gentil roussin, pensoit estre en ung paradis. Si commaicèrent à marcher le chemin droit à Chambéry, où pour lors estoit le duc Charles de Savoye.

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