CHAPITRE XXXV
Comment le Jeune Adventureux feust envoyé par le sieur de la Trimouille à Alexandrie^ laquelle il print en on matin.
L'armée du roy que menoit monsieur de la Trimouille passée les monts, ledict sieur fist haster les lansquenets que le Jeune Adventureux menoit, et ledict sieur de la Trimouille le suivoit avec le demeurant de la gendarmerie ; et prenoientleur chemin non en Milan, mais en l'Astesan. Et en la comté d'Ast qui appartient de long-temps à la maison d'Orléans, est une ville qui se nomme Novare où feust long-temps assiégé monsieur d'Orléans du temps du roy Charles; et alla le Jeune Adventureux jusques à la ville d'Ast avecques lesdicts lansquenets, et attendit monsieur de la Trimouille lequel arriva le lendemain. Et ledict sieur arrivé, il ouit nouvelles que les Suisses estoient à Alexandrie, qui est une ville grande; et passe le Pô droict au milieu, et est une des plus riches villes des Italies ; et après avoir au matin ou! les nouvelles desdicts Suisses, ledict sieur de la Trimouille pria au Jeune Adventureux qu'avecques ses lansquenets et quelques gens de pied françois allast prendre Alexandrie. Et avoit ledict Jeune Adventureux avecques luy, outre ce que dessus estdict, de chacune compagnie trente hommes d'armes. Et partist de nuict, après souper, de ladicte ville d'Ast et alla passer entre Roc et No vi , qui sont deux places-fortes sur deux montaignes, et qui du temps des guerres tousjours ont esté l'une contre l'aultre.
Et s'en alla ledict Adventureux arriver à un po'mt de jour à Alexandrie là où il trouva un
MÉMOIRES DE FLEUÎIANGE,
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Ée)ffiM«r d*ttAtié qui s'iq^Moft SfetcFemore Y m* éontt aveecpDes ceirt homittes d'ames qui hiy Teaoil à secovrs. Et surprinrent teUement les SiilMes qui estoient aux portes qu'ils entrèrent dedans et guignèrent ville. Et ainsy que les buftscpienets entroient par une porte, les Suisses sortoient par Pauhre, et prenoient le droict chemin de Torlonne, pour eulx aller rallier. Lediet Âdventureux ayant pris ladtcte ville et voyant la ftiiteqae fcisotent lesSuisseSfdemeuraenla viHe; et fist mcoBtinent mardiêr après eulx quelques gens de pied et de cheval ; et là y eust belle escarmouche et quelques Suisses tués; et fist mettre lediet Âdventureux son artillerie sur les plates- formes du costé où les Suisses estoient sortis , et la fist tirer pour donner à congnoistre aux peuples d'Italie et à ceulx qui tenoient la partie françoise que la ville estoit prise, et aussi pour donner bon courage aux amis et peur aux ennemis^ Ladicte n ille d'Alexandrie estoit fcrt riche ; et, pour l'entretenir en amitié, deffendit le pillage qu'on coramençoit desjà à foire, car on pilloit aiissl bien amis que ennemis ; en laquelle ehose il feust obéi , dont Crast bien graïKle merveiUe entre tant de nations et ville prisiie deft>rce et d'emblée. Après ce, lediet Adventuveux alla loger en une abbaye de cordeliers, vis*à^visla muraille de la porte par laquelle les Suisses estoient saillis. Et dedans ceste abbaye les Eqpaignols, qui y avoîent esté long-temps, •t les Suisses et autres ennemis de France y avoientlaissé dedans tout le pHIage qu'ils avoient &iet es villes et pays là en tour; lequel feust tout pris et pillé par lesdicts lansquenet&et gens de gnerre, et y fisrent un merveilleusement gros gaing. Après que ladiete ville fet»t ainsi prise, lediet Adventureux le fist scavonr à monsieur de k TnmouiUe lequel en feust joyeux; car c'estoit un grand point povr eulx d'avoir gaigné kdiete vtUe et le pasu^e de la rivière, tant pour les vivres qui leur venoient que poor le demeurant de l'armée qai venoit après eulx. Et koiet jours après, monsieur de la Trimouiite, Bwosieur de Sedan, le duc d'Albanie, le sieur Jeajft-Jaeques, l'àdmiral de France et aultres affrivèrent tous airecques le demeurant de la gmdarmorit.
Or; comme je vous ay dict par cy>devant, les lansquenets, qui estoient en nombre cinq mille qui venoient de Guyenne lesquels menoient dnu capitaines allemans qui se nommoient
Tavennes et ftrandecque, n^esfoieiit pas encove venus et ne pou voioit suivre les auhies, et avecques euU quelques adventwfiers françois; et t§^ toient encore quatre ou cmq journées loin te camp des François, et monsieur de la TrinouiBe et les aultres capitaines les vouloient tousjourt attendre. Mais le sieur Jean-Jacques lequel avoit charge de les mener jusques à BÎlilan avecques un esperon de bois estoit encore en cesis fantaisie et les faisoit tousjours haster, dont mal en prist, comme vous verrez cy-après.