PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAR IIL
sur demoara ledit évesqae de Grenoble à son lo- ' gis» sans se montrer àlâ court, combien que le doefast assez informé qa'ilestoU à la ville; dont il fast très joyeux , parce que ycelluy évesque estoît (â ainsi on les peut appeller en ce monde) mig des {dus saincts et dévots personnages que Ton soeust. Le lendemain, qui fot dimanche, bien matin se leva et s'en alla faire la révérence an duc de Savoye , qui le receust d'ung ryant visage, luy dcmnant bien à congnoistre que sa venue loi plaisoit très fort. Si devisa avec luy tout au long du chemin , depuis son logis jusqu'à réglise où il alla ouyr messe, à laquelle il servit ledit duc, comme à tel prince appartient, à luy bayllant à baiser Tévangille et la paix. Après la messe <lîcté, le duc le mena par la main disncr avecques luy, où , durant icelluy, estoit son nqyveu le bon dievaUer, qui le servoit de boire très bien en ordre , et très mignonement se eontenoit; ce que regarda le duc, pour la jeunesse qu'il voyoit en Fenfant ; de sorte qu'il demanda à l'évesque : «Monseigneur de Grenoble , qui est ce jeune enfant qui vous donne le boire? — Monseigneur, respondit-il, c'est ung honune d'armes que je vous suis venu présenter pour vous servir se il vous plaist , mais il n'est pas en Pestât que je le vous veulx donner. Après disner, si c'est vostre plaisir, le verrez. — Yrayment, ce dist le duc qui deqà l'eust pris en amour, il seroit bien estrange qui tel présent refoseroit. «» Et le bon chevalier, qui deqà avoit l'ordonnance de son oncle en l'entendement, ne s'amusa guères aulx morceaulx après le disner; ains s'en va au logis faire seller son roussin , sur lequel , après l'avoir bien mis en ordre , monta , et s'en vint le beau petit pas en la court de la maison du duc de Savoye, cpii desjà estoit sorty de sa salle, appuyé sur une gallerie. Si veit entrer le jeune enfant qui faisoit bondir son cheval , de sorte qu'il sembioit homme de trente ans, et qui toute sa vie eust veu de la guerre. Lors s'adressa le duc à révesque de Grenoble, auquel il dist : « Monseigneur, je croy que c'est vostre petit mignon qui si bien chevauche ce cheval ? — Oui, monsagneur, respondit l'évesque, c'est mon nepveu; il est d'une rasse ou il y a eu de gentils dievaliers. Son père, qui, par les coups qu'il a reœus es guerres et batailles où il s'est trouvé, est tant myné de foiblesse et de vieillesse qu'il n'tpeu venir devers vous^ se recommande très
humblement à vostre bonne gr^ce , et vous en faict présent. — En bonne foy , respondit le duCf je l'accepte voulcntiers; le présent est beau et honneste. Dieu le face preudhomme ! » Lors commanda à ung sien escuyer d'escurie, en qui plus se fioit, qu'il print en sa garde le jeune Bayart qui, à son opinion, seroit un jour homme de bien.
Ne tarda guères après ce propos l'évesque de Grenoble de remercier très humblement le duc de Savoye et d'en prendre congé pour s'en retourner à sa maison ; et ledit duc demeura à Chambéry jusques à quelque temps après qu'il se délibéra d'aller veoir le roy de France, Charles huytiesme , qui estoit en la ville de Lyon , où il se dcHinoit du bon temps à faire joiûtes, tournois et tous autres passe temps.